11 septembre 2014

Le Congo tente de conjurer la psychose d’Ebola

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Kinshasa,
C’est lorsqu’ils franchissent les frontières que les Congolais découvrent que leur pays se trouve sur la liste rouge, celle des pays à risque, frappés par la fièvre d’Ebola. Lorsque se pose à Entebbe (Ouganda) un appareil venu de Kinshasa, le dispositif est spectaculaire : avant même de gagner la salle de transit ou de faire la file devant la douane, les voyageurs sont accueillis par des hôtesses gantées et masquées qui leur enjoignent de remplir un formulaire sanitaire détaillé. Avant toute autre formalité, un produit désinfectant est pulvérisé sur les mains de tout nouvel arrivant.
Jusqu’à présent cependant, le fléau demeure limité à la province de l’Equateur, dans le territoire de Boende, un terroir de 244.000 habitants composé de treize groupements dont sept sont touchés par le virus. Mais le chiffre des victimes s’élève déjà à 37 personnes et, même si les autorités soulignent que le virus qui sévit au Congo n’est pas de même souche que celui qui frappe l’Afrique de l’Ouest, nul ici n’a oublié que c’est au Congo, à Yambuku et à Kikwit dans la province du Bandundu que le terrible fléau fut identifié pour la première fois en 1995 et que par la suite il se manifesta encore en Province Orientale, dans la région d’Isiro.
C’est pourquoi toutes les provinces ont été invitées à mettre en place des plans de vigilance : ainsi par exemple, à Bukavu, capitale du Sud Kivu, des thermomètres lasers ont été installés sur la frontière avec le Rwanda afin d’identifier les voyageurs qui seraient atteints de fièvres suspectes. A Kinshasa, qui est reliée à l’Equateur par le fleuve Congo, les précautions vont en s’amplifiant : des thermomètres lasers ont été installés sur tous les ports fluviaux par où pénètrent dans la ville des voyageurs venus du Congo Brazzaville ou de l’Equateur. En outre, un document doit être délivré à tout voyageur qui quitte le pays, lui enjoignant de faire l’objet d’un suivi médical durant 21 jours.
C’est que, malgré les distances, l’épicentre de l’épidémie, à Djera, une localité en principe isolée et coupée du monde, est relié par le trafic fluvial à plusieurs provinces du pays, dont le Bandundu, le Kasaï et la Province Orientale. En outre, la mobilité est beaucoup plus grande aujourd’hui que lors de l’apparition du fléau voici deux décennies…
Les consignes de prévention étant abondamment relayées par la presse, on constate que les comportements évoluent : plus question, dans les restaurants aussi modestes soient ils, de passer à table sans se laver soigneusement les mains. En outre, à tout moment, chacun sort de sa poche des bouteilles de produits désinfectants, largement commercialisés ou même distribués gratuitement.
Le ministre de la Santé, le Docteur Felix Kabange Numbi, s’est rendu personnellement dans les zones touchées et il a ordonné aux autorités d’interdire les enterrements privés. Dorénavant, les funérailles et la mise en terre devront être organisées par les autorités publiques, chacun ayant désormais compris qu’en Afrique de l’Ouest les rites religieux, où la famille lave et touche le corps du défunt, étaient un important facteur de propagation.
Cependant, la mobilisation des autorités et la multiplication des mesures de prévention n’empêchent pas la peur de gagner du terrain : le contingent sud africain de la Force africaine d’intervention basée au Kivu et opérant aux côtés des casques bleus de la Monusco a déjà fait savoir qu’il envisageait de se retirer au cas où Ebola gagnerait du terrain tandis que les pays membres de la SADC (conférence des pays membres de l’Afrique australe) se sont réunis les 3 et 5 septembre au Zimbabwe afin d’harmoniser les mesures de protection. IL a été décidé de renforcer les contrôles aux frontières et les mises en quarantaine de toute personne suspecte. Fortement urbanisés, les pays d’Afrique australe, alliés politiques et partenaires économiques du Congo, redoutent que, si elle devait arriver chez eux, l’épidémie s’avère incontrôlable et plus dévastatrice encore que dans les régions reculées de l’Equateur et ils ont décidé d’éviter désormais tout rassemblement auquel devraient participer des personnes venant de zones infectées.