21 octobre 2014

La terreur revient à Beni

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Le déchaînement de violence à Beni, où des massacres ont fait plus de 80 morts, suscite une vive émotion dans un Nord Kivu qui n’a pas oublié la guerre qui, voici un an, s’est terminée par la victoire des forces gouvernementales sur les rebelles du M23.
A ce moment, les forces armées congolaises, soutenues par les Casques bleus de la Monusco et la Brigade d’intervention africaine, forte de 3000 hommes, avaient promis de réduire tous les autres groupes armés sévissant dans l’Est du pays, dont essentiellement les rebelles hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) et les rebelles ADF-Nalu, d’origine ougandaise et opérant dans le « grand nord » du Nord Kivu, du côté de Beni. Un an plus tard, on est loin du compte : les FDLR, refusant d’être délocalisés à Kisangani ou dans l’Equateur ou de rentrer pacifiquement au Rwanda, ont obtenu un nouveau répit, jusque janvier 2015.
Quant aux combattants ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF), ils mènent des opérations de terreur : en moins de deux semaines, ils ont tué environ 80 civils. La dernière tuerie a eu lieu à Eringeti, une localité de 2000 habitants. Selon des témoins interrogés par l’AFP, hommes, femmes, enfants et nourrissons sont tombés sous les coups de tueurs opérant à l’arme blanche et vociférant : « où sont vos protecteurs ? Si vous voulez rester en paix, il ne faut plus nous envoyer vos soldats… » Il s’agissait là d’une allusion à l’offensive gouvernementale que les combattants ADF souhaitaient décourager en menant des représailles contre les populations civiles. Selon les habitants d’Eringeti, le massacre a duré deux heures et demie, durant lesquelles les assaillants se sont livrés à des actes de terreur pure : sans commettre de vols ou de viols, ils ont décapité et amputé à la hache et à la machette.
Cependant, si l’émotion est aussi vive dans la région et si une journée « ville morte « a été décrétée à Goma, la capitale du Nord Kivu, mais aussi à Lubero, c’est aussi parce que la population s’interroge sur l’inaction des autorités : selon des sources locales, la compagnie affectée à la garde de l’état major local n’a pas bougé et un petit groupe de soldats aurait même fait demi tour après avoir tiré quelques coups de feu au début de l’attaque.
Des associations de femmes ont demandé au chef de l’Etat de sanctionner les autorités qui ont failli à leur mission de sécuriser la population et demandent des explications au Ministre de la Défense.
Les observateurs relèvent que l’offensive contre les rebelles ougandais, entamée au début de cette année, avait engendré de bons résultats, mettant hors d’état de nuire des centaines de combattants. La mort soudaine du général Lucien Bahuma, décédé d’un arrêt cardiaque fin août à mis fin à cet optimisme sans doute prématuré : considéré comme l’artisan de la victoire contre le M23, le général Bahuma, un officier chevronné, diplômé de Saint Cyr, menait avec succès l’offensive congolaise . Depuis sa disparition, que d’aucuns ont même jugée suspecte, l’offensive militaire marque le pas et la localité d’Eringeti a pu être attaquée en dépit de la présence de deux régiments cantonnés à proximité. La méfiance est d’autant plus vive qu’un autre héros de la guerre contre le M23, le général Mamadou N’Dala, avait été, au début de cette année, victime d’une embuscade sur la route de Béni, attribuée aux ADF mais résultant vraisemblablement d’une trahison au sein des forces gouvernementales. Joint par téléphone, un habitant de Béni, souhaitant demeurer anonyme, nous a d’ailleurs confié « qu’il n’est pas certain que ces atrocités soient réellement l’œuvre des ADF, il y a beaucoup de divisions au sein des forces gouvernementales elles-mêmes et nous assistons à d’étranges jeux politiques… »
Cet interlocuteur nous a également confirmé la réalité d’un « péril islamiste » dans le « grand nord » du Kivu : «les ADF sont en contact avec les shabab somaliens et certains de mes employés, qui avaient été enlevés puis relâchés, ont confirmé que leurs ravisseurs étaient bien des musulmans radicaux… »