2 novembre 2014

Recreatrales à Ouagadougou: en prise sur la révolution

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« Ce que nous vivons, c’est l’insurrection d’un peuple qui a longtemps attendu pour reprendre son destin en mains. Pour les dirigeants, le réveil a été brutal : en fait, Blaise Compaoré ne connaissait pas son peuple. Ce dernier, en état d’amnésie depuis les années 60, s’est brusquement réveillé. La pauvreté a ceci de bon qu’elle confère aux gens la lucidité qui leur permet de constater toutes les failles du système… »
A Ouagadougou, le comédien metteur en scène Etienne Minoungou assure qu’il vit une expérience extraordinaire. En effet, après avoir présenté à Bruxelles son spectacle « Mohamed Ali » un monologue consacré au boxeur noir américain qui, voici 40 ans exactement disputa son match historique à Kinshasa contre Georges Foreman, l’acteur belgo-burkinabe participe en ce moment à Ouagadougou au Festival « Récréthéâtrales ».
« Ce festival, en direct, évoquait ce qui était au cœur des préoccupations des gens » explique Minoungou, « les spectateurs faisaient des aller retour entre la Place de la Nation et des spectacles comme « la manifestation des hommes » qui se terminait par l’ enregistrement d’un éditorial de Norbert Zongo, où le journaliste, assassiné par la suite, évoquait la résistance politique dans nos pays. Dans un autre spectacle, des Congolais de Brazzaville adjuraient les autorités « de ne pas tripatouiller la Constitution », tandis que le groupe burkinabe, « le balai libéré » en première ligne du mouvement de contestation, prenait part lui aussi à une représentation…. »
« Le premier soir des manifestations » poursuit Minoungou, « nous avons du annuler le festival. Mais dès vendredi, tout a repris et nous faisons salle comble : des milliers de personnes font un va et vient entre nos représentations qui évoquent des luttes citoyennes, des combats en faveur de la démocratie, et les manifestations sur la place, où des foules, immenses et déterminées, ont fini par obtenir le départ du dictateur…. »
Minoungou, relativement optimiste par rapport à la suite des évènements, assure que « des négociations ont lieu, qui préparent l’après Compaoré…Les militaires ont entendu la clameur du peuple, et refusé d’ouvrir le feu sur la foule. Ce dimanche après midi, ce sont les hommes de la sécurité présidentielle qui quadrillent la ville. Alors que les négociations se poursuivent, je crois qu’on arrivera à un consensus… »