18 novembre 2014

Te Deum centenaire à Kinshasa

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Le temps passe, les régimes changent, les générations se succèdent…Et cependant, il est des liens qui demeurent constants, comme les souvenirs communs entre la Belgique et le Congo. Ils ont amené une foule nombreuse, Belges et Congolais, côte à côte et tous vêtus avec le même souci d’élégance, à célébrer ensemble, à l’église Sainte Anne de Kinshasa, le traditionnel Te Deum en l’honneur du roi des Belges, chanté en lingala, avec comme refrain « totondo ya zambe », (à toi Dieu nous rendons grâce…)
L’anniversaire était double, sinon triple : c’est en 1914 que, dans le village de pêcheurs, simple comptoir commercial appelé à devenir l’immense Léopoldville, que fut entamée la construction de la petite église qui allait devenir la première cathédrale du Congo. Un an plus tard, ses voûtes gothiques devaient retentir du premier Te Deum, entonné avec d’autant plus de ferveur et qu’à ce moment la Belgique était occupée par l’armée impériale allemande. A l’est du continent, des troupes congolaises et belges s’employaient à repousser les avancées allemandes en Afrique, remportant plus tard la fameuse bataille de Tabora qui allait installer la Belgique dans le camp des vainqueurs et lui offrir un protectorat sur le Rwanda et le Burundi, au prix de plus de 20.000 morts, victimes des combats ou des maladies.
Depuis ces premières prières de soutien au « Roi chevalier » chaque année, sans exception, l’église Sainte Anne accueille le Te Deum d’hommage à la famille royale.
Aujourd’hui encore, alors qu’en métropole, les institutions symbolisant le destin commun des Belges sont affaiblies sinon combattues, à Kinshasa, de nombreux Congolais semblent avoir pris le relais de leurs « oncles » vieillissants : ils ne craignent pas, eux, d’afficher les sentiments de fidélité que leur inspire l’ancienne métropole, ils entonnent avec une même vigueur les deux hymnes nationaux et prient de bon cœur pour le roi Philippe comme naguère pour Albert, Baudouin, Léopold…
Au nom de l’amitié, de la pérennité de ces liens centenaires, l’ambassadeur de Belgique Michel Lastschenko se permit aussi de rappeler quelques uns des principes qui, en dépit des changements, garantissent la solidité des institutions. Il exhorta ainsi les Congolais à respecter leur Constitution, du moins ses dispositions conçues comme immuables (allusion non déguisée à l’article 220, qui limite à deux les mandats du chef de l’Etat) et à respecter les échéances électorales, afin de ne pas mettre en péril la « clé de voûte » du contrat social liant les dirigeants et les citoyens.
La cérémonie terminée, c’est sous la pénombre des arbres centenaires que les représentants des deux communautés partagèrent cet autre élément de leur héritage commun, la bière généreusement proposée…