23 février 2015

Jeune ministre, vieux réflexes

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Avant de s’embarquer pour Kinshasa, Alexander De Croo aurait du s’inspirer de l’exemple du Premier Ministre Charles Michel qui s’entretient régulièrement avec l’ancien ministre des Affaires étrangères: écouter son père Herman et s’inspirer, non seulement de sa prudence mais aussi du respect réciproque et de la bonne connaissance du terrain qui inspirait ses relations avec ses nombreux amis congolais.
La « sortie » que s’est permise à Kinshasa le nouveau ministre de la coopération n’est pas infondée pour autant: chacun sait qu’à moins de deux ans des prochaines élections, le pays risque de traverser une nouvelle zone des tempêtes lorsqu’il s’agira de trouver le financement du scrutin et de respecter le calendrier. En outre, provoqué par les disparités sociales et la corruption à nouveau grandissante, le mécontentement est patent et il fut l’une des causes des manifestations violentes de janvier dernier. A ce constat, il faut ajouter la motion de défiance adressée à la Monusco, alors que l’on s’interroge toujours sur les chances de succès des opérations promises contre les rebelles hutus. Mais la question n’est pas celle de la pertinence des propos, elle est à la fois belgo belge et belgo congolaise : est il opportun que le Ministre de la coopération, sous prétexte de « parler vrai » supplante son Ministre des affaires étrangères et, pour Bruxelles, est il bien utile d’ « enfoncer le clou », d’insister sur le fait que la bouteille non seulement est à moitié vide mais que le niveau baisse dangereusement ? Il faudrait reconnaître aussi que les signaux ne sont pas tous au rouge : la population a démontré sa maturité politique et le pouvoir lui-même, en reculant (peut-être pour mieux sauter…) a démontré sa capacité d’écoute, même si le renforcement des mesures sécuritaires et répressives est de plus en plus alarmant.
M. De Croo l’ignore peut-être mais dans la région des Grands Lacs, plus que partout ailleurs en Afrique, les mentalités sont en train de changer : le nationalisme se réveille, les susceptibilités sont à vif, les donneurs de leçons sont de plus en plus mal vus. Voici un mois encore, alors que de Croo avait suspendu un crédit de 40 millions de dollars le président Kagame n’avait il pas fait savoir que « la Belgique était libre de faire ce qu’elle voulait de son argent… » Ce qui signifie aussi que d’autres partenaires se bousculent, plus discrets sinon aussi efficaces…
On avait pu croire que les discussions sur la souveraineté, le respect entre partenaires, la recherche du bien commun appartenaient au passé et que certains principes de base avaient désormais été intégrés par notre diplomatie, tant vis à vis de l’Afrique que d’autres régions du monde. L’incident actuel montre que les vieux réflexes ont la vie dure, même parmi les jeunes ministres et que l’expérience et la sagesse des pères n’est pas transmissible.

23 février 2015

Belgique-Congo, je t’aime moi non plus

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Les relations belgo congolaises ont ceci de particulier que, malgré les années qui passent et les génération qui se succèdent, elles ne changent guère, ou si peu : les Belges, surtout s’ils sont originaires du Nord du pays, se sentent autorisés à utiliser un langage abrupt, à formuler des jugements à l’emporte pièce, qui leur font certes gagner des points auprès de leur électorat, mais suscitent à Kinshasa des réactions souvent empreintes d’un nationalisme sourcilleux…L’incident provoqué par Alexander De Croo ressemble au remake d’une pièce déjà vue : on se rappelle 1989 et la querelle historique entre le président Mobutu qui clamait à la face de Léo Tindemans « j’attendais des amis, j’ai trouvé des comptables » tandis que, revenant sur ses élans précédents, Wilfried Martens tentait de faire oublier qu’il avait jadis déclaré « j’aime ce pays, sa population et aussi ses dirigeants ». Quelques mois plus tard, Bruxelles prit prétexte d’un massacre d’étudiants à Lubumbashi pour rompre sa coopération avec le Zaïre. Une décision certes justifiée par la corruption du régime et la lenteur des avancées démocratiques, mais qui entraîna des conséquences désastreuses pour la population.
Durant les années 90, cet abandon de notre ancienne colonie ne fut pas sans conséquences pour la Belgique elle-même : notre pays se trouva muet et impuissant au cours des tragédies qui se succédèrent dans la région et en particulier les deux guerres du Congo. En 1999, il fallut le retour aux affaires des libéraux francophones et en particulier de Louis Michel pour que la Belgique reprenne sa place et mette en œuvre une diplomatie active, qui se révéla un facteur de paix dans la région.
Comme souvent, l’embellie ne dura que le temps d’une ou deux majorités :lorsque Karel de Gucht remplaça Louis Michel aux Affaires étrangères, il se mit en devoir, avant même d’avoir attentivement lu ses dossiers, de « parler vrai » dès son arrivée sur les tropiques, n’hésitant pas, -à l’encontre de tous les usages-, de dénoncer, depuis Kigali (alors en guerre avec Kinshasa…) l’ « absence d’Etat au Congo » et à diffuser des biographies offensantes des principaux dirigeants congolais ! Frôlant la rupture des relations diplomatiques, le président Kabila exigea que la souveraineté de son pays soit respectée et Karel de Gucht fut déclaré persona non grata au pays de Lumumba !
Depuis qu’il est aux affaires, Didier Reynders, lucide mais diplomate et plus soucieux de résultats concrets que de « gonflette » politique, a tenu à s’inscrire dans la ligne de Louis Michel, réussissant –jusqu’à présent- à ce que la Belgique demeure un partenaire écouté lorsqu’il est question de l’Afrique centrale…

17 février 2015

Bras de fer entre les Nations unies et Kinshasa à propos du désarmement des FDLR

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L’armée congolaise devra combattre seule les rebelles hutus
Goma,
Le désarmement des rebelles hutus sévissant depuis vingt ans dans les forêts congolaises s’avérait une opération militaire difficile. Six semaines après la fin de l’ultimatum qui leur avait été adressé, « Sokola2 » (nom donné à l’offensive qui semblait imminente) commence par un désastre politique : une quasi-rupture entre la Monusco et le pouvoir congolais, qui se traduit par une suspension de la coopération d’un côté et de l’autre par une « déclaration de souveraineté », adressée par le président Kabila lui-même à vingt ambassadeurs convoqués à sa résidence : « nous ne sommes pas sous un pays sous la tutelle de l’ONU »…
Pour comprendre la gravité de l’incident, il faut se rappeler que c’ est en 1994 qu’affluèrent au Kivu des milliers de miliciens et militaires hutus, auteurs du génocide au Rwanda, protégés par l’opération française Turquoise et le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU. Depuis lors, plus d’un million et demi de ces Hutus, civils et militaires, ont regagné le Rwanda mais dans les forêts du Kivu subsiste le dernier carré des irréductibles, quelque 2000 hommes en armes entourés de leur famille et de leurs alliés ou otages congolais. Malgré la cohabitation obligée, ces Rwandais sont honnis par les populations locales, qui les rendent responsables des pires atrocités, entre autres à l’encontre des femmes. L’organisation politico- militaire qui les représente, les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda, exige toujours un « dialogue interwandais », refusé par Kigali.
La présence de ces Hutus encore imprégnés de l’idéologie du génocide a été à l’origine des deux guerres subies par le Congo. Elle a donné prétexte à de multiples interventions rwandaises, par groupes rebelles interposés (le dernier en date étant le M23 vaincu en novembre 2013) et, last but not least, elle fut la principale raison du déploiement au Congo d’une force des Nations unies qui, depuis 2002 représente la plus importante et la plus coûteuse des opérations de paix (1,5 millions de dollars par an). En 2013, l’un des principaux points des accords de paix d’Addis Abeba, ratifiés par tous les pays de la région, fut le désarmement et le rapatriement au Rwanda de ce «dernier carré » des FDLR, une opération jugée prioritaire mais qui mit deux ans à se concrétiser.
En principe, cette opération aurait du être menée par les forces armées congolaises, assistées des Casques bleus de la Monusco et surtout de ses contingents tanzanien et sud africain, que Kigali, en froid avec Dar es Salam et Pretoria, soupçonne de soutenir ses opposants…
C’est le 29 janvier dernier que la crise de confiance a éclaté : le chef d’état major congolais le général Etumba a annoncé que ses forces opéreraient seules. En réalité, même si les soldats congolais devront se porter en première ligne (débusquer les FDLR dans les forêts, les extraire des villages où, confondus avec les civils, ils se dissimulent, parfois même dotés d’uniformes locaux) les Congolais comptaient sur les forces onusiennes pour la planification des opérations et surtout pour leur logistique : transport de troupes, distribution des rations alimentaires, renseignement grâce aux drônes…
Or ce soutien, que beaucoup jugent indispensable, est désormais suspendu : le QG de l’ONU à New York a jugé qu’ il était impossible que les Casques bleus collaborent avec des troupes placées sous les ordres de deux généraux congolais placés à la tête des opérations et figurant sur une « liste rouge » Bruno Mandevu et Sikaye Fall, tous deux accusés d’avoir couvert des crimes de guerre dans l’Ituri.
Pour leur part, les autorités congolaises assurent que ces deux hommes n’ont jamais été condamnés au Congo, que la « liste rouge » ne leur a jamais été communiquée, que ces deux généraux sont réputés pour leur bonne connaissance du terrain et surtout qu’il n’appartient pas à des forces extérieures d’interférer dans la hiérarchie nationale.
Mais les Nations unies, visiblement, tiennent à appliquer le principe de vigilance (due diligence) interdisant à ses troupes de travailler avec des militaires accusés de violations des droits de l’homme et elles se trouvent sous la pression d’organisations telles que Human Rights Watch, qui serait prête à dégaîner un rapport déjà rédigé.
Reste à savoir si placer deux officiers contestés à la tête d’une opération difficile et politiquement explosive n’a pas été le prétexte que beaucoup attendaient : les Nations unies, incapables depuis vingt ans d’agir concrètement contre un groupe qui justifie leur présence dans la région, avaient elles réellement envie de trouver une solution définitive ? Quant aux Congolais, qui ont souvent collaboré avec ces groupes hutus, soit sur le plan militaire soit dans le commerce des minerais, ont-ils vraiment le désir et les moyens de défaire leurs anciens alliés ? En outre, à un an des élections, le pouvoir craint, non sans raison, les risques de représailles à l’encontre des populations civiles..
A cela s’ajoute le fait que la pérennisation de la guerre au Kivu arrange beaucoup de monde : déclarant que 30.000 hommes sont en opération et n’en alignant que la moitié, la haute hiérarchie militaire s’octroie des bénéfices substantiels et des primes spéciales qui permettent de fructueuses « Opération retour » où une partie de l’argent envoyé au Kivu peut être ramené à Kinshasa…

17 février 2015

Le numero deux de la force militaire de la Monusco à propos de Sokola 2

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Trois questions au général Bayaud, adjoint au commandant de la force de la Monusco au Nord Kivu

Pourquoi la Monusco a-t-elle décidé de suspendre sa collaboration avec l’armée congolaise ?

C’est une décision qui a été prise à New York et je ne veux pas m’étendre sur ce sujet.
Je tiens simplement à rappeler que, dans les opérations contre le M23, nous avions mené des opérations conjointes avec les forces armées congolaises et je n’ai pas eu d’exemple de violations flagrantes des droits de l‘homme.
Par an, je fais 350 heures de vol par hélicoptère au dessus du Congo…Par notre proximité sur le terrain, nous pouvons veiller à la bonne tenue des troupes. Je peux témoigner du fait que, dans toute la chaîne de commandement des FARDC, on prend au sérieux le respect des droits de l’homme car la réussite des opérations en dépend. Bien se comporter, cela fait partie des directives opérationnelles…Encore faut-il que les formateurs sur les questions des droits de l’homme arrivent à temps, ce qui n’est pas toujours le cas.
Les FARDC savent d’où ils viennent et mesurent ce qui reste à faire. Même s’il reste encore quelques ADF (forces démocratiques unies, un mouvement venu d’Ouganda) et FDLR, (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) les derniers groupes armés sont des Congolais. Il ne s’agît donc pas d’un ennemi extérieur et on ne peut pas traiter n’importe comment des adversaires issus de la population. C’est cela le problème à Beni et dans le Masisi: beaucoup de groupes sont communautaires et on ne peut pas braquer la population.
En outre, même si on peut critiquer la formule du « brassage » qui prévaut au sein de l’armée congolaise, il faut se rappeler qu’elle doit, en son propre sein, tenir compte des équilibres ethniques dans la désignation des chefs.
Il faut aussi recréer une chaîne de commandement unique, ce qui amène quelquefois à écarter des éléments de valeur au profit d’autres officiers, mais c’est une réalité dont il faut tenir compte. On ne peut pas faire de procès d’intention au commandement des FARDC…

Etiez vous prêts pour entamer les opérations contre les FDLR ?

Sur le terrain, on n’a jamais été aussi près d’entamer une opération contre les FDLR et on est pratiquement sûr d’atteindre des résultats. C’est le 29 janvier que le général Etumba avait annoncé que les forces armées congolaises étaient prêtes à mener les opérations seules…Mais la Monusco aurait pu apporter un soutien logistique important, en matière de transport, de nourriture etc…
Depuis la victoire contre les rebelles tutsis du M23 il est clair que ce sont les Congolais qui entendent prendre la direction des opérations et nous n’avons aucun problème à travailler avec les FARDC…
Le contexte ici est bien meilleur qu’au Darfour, au Sud Soudan en Somalie et même au Liban…
En plus la population congolaise sait très bien ce qu’elle veut : elle souhaite que les groupes soient désarmés et elle manifeste contre nous chaque fois qu’elle nous juge inefficaces…

Quelle est la pire situation actuellement au Congo ?

La situation à Beni est la plus préoccupante : les ADF, qui se réclament de la religion musulmane, enlèvent des jeunes filles, pratiquent des mariages forcés.
Pour nous il s’agît d’un combat à mort avec ces gens totalement fanatisés. Nous n’avons pas d’autre solution qu’employer la force face à ces criminels. Le problème, c’est qu’ils ont avec eux des femmes et des enfants, emmenés de force. On se retrouve face à des gamins, c’est très dur. En outre la situation des civils qui sont sous leur contrôle est lamentable, les combattants sont entourés de centaines de civils, ce qui empêche d’employer l’artillerie. Parmi eux il y a aussi beaucoup de Nande de la région de Beni…J’ai vu des enfants sortir de la brousse, mourant de faim…
Les FARDC ont payé un lourd tribut dans ces opérations se sont comportés avec beaucoup de courage. Des milliers d’hommes opéraient dans la forêt dans des conditions épouvantables du point de vue logistique. Ils ont obtenu des résultats vraiment impressionnants mais pas définitifs. Les dernières poches de résistance n’ont pas été détruites. En outre depuis octobre, les massacres ont commencé, faisant des centaines de morts…
Ce groupe veut punir les civils qui, jusqu’alors étaient leurs alliés, les empêcher de les dénoncer…

Les opérations contre les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) seront-elles aussi difficiles que celles contre les ADF ?

Il y a une action militaire à mener, mais c’est plus compliqué. Certains membres des FDLR sont mariés à des Congolais, ils se confondent avec la population…Il s’agît d’un adversaire qui possède une structure militaire, ses positions se trouvent à proximité des zones habitées, entourées de beaucoup de civils.
Le désarmement volontaire n’ a rien donné et maintenant les Congolais doivent agir. Il faut frapper la structure militaire des FDLR, c’est un objectif prioritaire. Mais comment faire avec ceux qui vont se cacher au sein de la population ? Je crois que les Congolais, très sincèrement, veulent se séparer des FDLR, mais que ce ne sera pas facile…

15 février 2015

Le festival Amani a rappelé à Goma le goût du bonheur et de l’espoir

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Goma
Le festival Amani s’est clôturé à Goma dans une ambiance de fête, que les jeunes de la ville, qui n’ont jamais connu que la guerre et ses séquelles, n’avaient jamais vécu jusqu’alors.
Dans un collège Mwanza plein à craquer, où le service d’ordre refusait de vendre des entrés supplémentaires (un dollar…) le rastaman Tiken Jah Fajoly a mis le feu. Vert, jaune et rouge : les drapeaux du reggae flottaient sur la foule, les bras se dressaient, nul ne résistait à la danse, au déhanchement, à l’enthousiasme… Il faut reconnaître cependant que les jeunes de Goma étaient bon public : Tiken avait mis une sourdine aux plus politiques de ses chansons, sa voix avait perdu de son éclat et sa gestuelle –ample boubou ocre et trépignements- était plutôt répétitive. Mais le barde du reggae a su trouver les mots qui touchent, évoquant Patrice Lumumba, plaidant pour une Afrique debout, pour des jeunes allant à l école, chantant aussi « il y en a marre » marre, entre autres, de la misère et des présidents qui assassinent leur peuple, allusion claire aux troubles récents en Afrique de l’Ouest et au renversement de Blaise Compaoré au Burkina Faso.
Une musique entraînante, un discours mobilisateur, une grande figure du reggae : il n’en fallait pas plus pour galvaniser les jeunes de Goma qui étaient à la fête mais démontrèrent à la fin du concert, où allaient leurs véritables préférences, réservant une véritable ovation à leur compatriote de Kinshasa « Bill Clinton » et au voisin rwandais Mani Martin qui avait rendu hommage au défunt colonel Mamadou Ndala et conquis les cœurs de tous…
Ce qui est certain, c’est que les organisateurs de ce deuxième festival Amani ont offert aux habitants de Goma ce qui leur manque le plus : un temps pour le rêve, pour le bonheur, pour la ferveur d’être ensemble.. Et aussi un temps pour la foi, dans une Afrique libérée, dans un Congo définitivement sorti des cycles du malheur.
La « déclaration de Goma » appel international pour la paix au Kivu, devait d’ailleurs, une fois encore, relayer ces espoirs et souligner le côté fou de l’entreprise : « lorsque voici trois ans nous évoquions le projet d’organiser un festival international de musique pour la paix à Goma, nous n’osions pas trop y croire. Comment dans notre région dévastée depuis plus de vingt ans par la guerre civile et l’éruption volcanique, comment nous les jeunes qui n’avons jamais connu la paix pourrions nous relever ce défi ? »
Les jeunes de la ville ont conclu leur déclaration en disant : « nous, victimes innocentes de ces crises, nous voulons être des bâtisseurs de la paix. Nous chantons la paix car elle est notre seul espoir pour le Nord Kivu et notre population ne l’a jamais autant désirée… Nous lançons donc un appel solennel pour que la paix soit portée par tous et que l’intérêt du bien commun soit dorénavant la seule priorité de toutes nos actions. (…) Par delà les frontières, nous sommes rassemblés pour appeler à la paix… »
Le festival a aussi été l’ occasion d’un vaste rassemblement de toutes les forces vives de la province, d’une rencontre avec des artistes venus des pays voisins (les tambours du Burundi suscitèrent un réel enthousiasme ainsi que les danseurs venus du Rwanda) et d’une coopération exemplaire entre les jeunes Belges mobilisés par Eric de Lamotte, qui ont trouvé à Goma des partenaires exceptionnels, scouts, basketteurs ou simples individus qui, simplement, avaient envie d’apporter leur contribution. C’est pour cela que les organisateurs espèrent de nouvelles éditions du festival : parce que les équipes de jeunes, à Goma, ont démontré qu’elles s’étaient approprié l’ initiative et seront capables de prendre la relève…

15 février 2015

Tiken Jah Fajoly à Goma

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Tiken Jah Fajoly : revenu à ses sources africaines, le reggae doit éveiller les consciences

Attendu en Belgique en avril, Tiken Jah Fajoly, considéré comme l’une des dernières incarnations du reggae, est un habitué des scènes bruxelloises et son dernier album, Dernier Appel « cartonne » déjà. Il a cependant interrompu ses tournées en Europe et aux Etats unis pour accepter de se produire à Goma, où s’est déroulé le festival Amani, trois jours de musique pour la paix. Ce retour au Congo, où le populaire chanteur ivoirien n’est venu qu’une seule fois était important pour lui.
« C’est une région qui a besoin de paix et dès que l’on m’a parlé de ce festival, j’ai accepté de venir. Vu la situation dans la région, j’ai accepté tout de suite….
Si le Congo est faible c’est parce qu’il est divisé. Dès qu’il sera vraiment uni et qu’il pourra se défendre, tout changera. Il en est de même pour les Africains : sitôt qu’ils seront ensemble, ils seront respectés…
Le reggae, c’est une musique qui éveille les consciences et l’Afrique a besoin d’être réveillée. Le rap et le reggae font le même travail de réveil. J’apprécie beaucoup le rap africain en particulier.
Aux artistes de Goma et du Congo en général, je veux dire que les artistes ont un rôle très important à jouer : eux, ils peuvent dire des vérités que les politiciens ne peuvent pas aborder. Si les artistes parlent d’unité, de paix, le peuple va les entendre, d’autant plus que les artistes congolais sont écoutés partout, jusque dans les plus petits villages.

Pour moi, qui suis un panafricaniste convaincu, venir au Congo, le pays de Patrice Lumumba, c’est comme un pèlerinage. Il fut l’un des premiers à prendre la parole pour défendre les intérêts de l’Afrique et c’est pour cela qu’il a perdu la vie. Soixante ans plus tard, il vit encore dans nos pensées. Le dernier des héros africains, c’était Nelson Mandela. Rares sont ceux qui ont accepté de payer le prix de l’indépendance, Thomas Sankara au Burkina Faso a été l’un d’entre eux…Aujourd’hui, si un autre Patrice Lumumba apparaissait, je crois qu’il aurait beaucoup de soutien. Grâce au reggae, grâce à Internet, aux réseaux sociaux, les jeunes sont éveillés : c’est la génération consciente… Elle a voyagé, elle sait que rien ne se fera sans elle. Elle a gagné le combat au Burkina Faso et ici, au Congo, elle s’est opposée au changement de constitution.
Mon devoir c’est de chanter pour renforcer cette conscience, c’est dire à ces jeunes qu’ils sont sur la bonne voie. Nos ancêtres ont combattu l’esclavage et ils ont gagné. Nos parents ont combattu la colonisation et celle-ci est terminée. Notre génération doit tout faire pour offrir une autre Afrique à nos enfants et petits enfants…

Qui sont aujourd’hui les ennemis de l’Afrique ?

Nos adversaires sont d’abord économiques, l’Afrique est victime de sa richesse. Nos ennemis sont ceux qui pillent le continent, sans lui donner la part qui lui revient. Mais les hommes politiques, qui ne travaillent pas dans l’intérêt du peuple ou qui soutiennent les guerres sont aussi des ennemis…
L’Afrique, c’est l’avenir du monde : nous sommes 54 pays sur le continent, l’Union européenne ne compte que 28 Etats, les Etats Unis 50…Notre population est jeune et en 2050 nous serons deux milliards. Nous aurons une main d’œuvre très importante et si nous avons la stabilité et la démocratie, on viendra du monde entier pour investir…

« Dernier appel » votre album qui vient de sortir exprime cependant un sentiment d’urgence…

Certes, il y a urgence : notre génération doit jouer son rôle, très rapidement. Tout faire pour que la démocratie soit installée, que la stabilité soit concrète…Il est vrai qu’il y a beaucoup de guerres, mais c’est normal, car nous nous trouvons dans un processus ; voici 70 ans, l‘Europe aussi était en guerre… Il y a des étapes que nous allons devoir franchir. Les guerres au Soudan, au Congo, dans le Sahel, en Côte d’Ivoire, sont des passages obligés. J’espère que, lorsque la majorité des Africains seront alphabétisés, ils comprendront que ces guerres ne nous apportent rien. Demain ce sera le tour de l’Afrique, j’en suis convaincu. Car malgré toutes les richesses qu’on nous a pris, il en reste encore….Et en plus, il y a le climat, le dynamisme, la jeunesse… Mais nous les Africains nous sommes les derniers à croire que notre continent a des atouts… Les Africains ont d’eux-mêmes une image négative et c’est là que nous, les artistes du reggae et du rap, nous pouvons jouer un rôle.

Depuis Bob Marley, le reggae a contribué à éveiller les consciences. Bob est né en Jamaïque, un petit pays perdu mais son message a fait le tour du monde. Le reggae c’est la voix des sans voix et nous, nous sommes les héritiers de Bob Marley. Il l’avait dit, voici 35 ans : « un jour le reggae va revenir à la source. » Nous sommes la preuve palpable de la véracité de cette prophétie : l’Afrique compte beaucoup de groupes de reggae, qui disent des choses justes, qui ont du talent et qui réveillent…Mes musiciens sont sortis dans Goma, ils m’ont parlé des vélos en bois, les tshukudu, de l’énergie des gens qui reconstruisent leur ville…Partout dans la région, au Congo au Rwanda, j’ai vu des peuples au travail et cela me donne beaucoup d’espoir…

13 février 2015

Amani à Goma: hommage à Mamadou Ndlala

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Goma

Rien ne pourrait décourager les organisateurs et les volontaires du festival Amani qui se tient durant trois jours à Goma dans l’enceinte du collège Mwanga. Ni les fumerolles suspectes au dessus du volcan Nyamulagira, ni les menaces de pluies ou d’orages, ni les sponsors qui tardent à délier les cordons de la bourse et à honorer leurs promesses : le vendredi 13 à l’heure dite tout était en place, même si la veille encore des camions amenaient de Kigali les derniers baffles et les amplis de dernière minute.
Lorsqu’ils le veulent les Congolais réalisent des miracles et ici, des centaines de volontaires ont prêté leur concours à Eric de Lamotte, l’homme dont la foi soulèverait les volcans : l’équipe de basketteurs a entouré les vedettes, 120 scouts ont gardé les entrées et nettoyé le terrain du collège qui accueillait les festivaliers, des jeunes venus de Belgique ont créé diverses commissions, travaillant avec une efficacité redoutable.
Lors de cette première journée du festival pour la paix, des musiciens étaient venus du Burundi avec leurs tambours, des rappeurs rwandais avaient traversé la frontière et les jeunes de la capitale du Nord Kivu, si longtemps privés de rêves et de distractions, avaient rapidement appris les rituels de tous les festivals du monde, lever le bras pour saluer et accompagner les vedettes, se déhancher et danser dans la boue, faire le V de la victoire, scander le noms des artistes préférés…
Alors que ceux des jeunes de la ville qui ne pouvaient même pas s’acquitter du modeste droit d’entrée de un dollar étaient juchés sur les murs extérieurs du collège, ne perdant pas une miette des différents spectacles, d’autres, par milliers, se pressaient devant les deux podiums fonctionnant en alternance. La plus petite des deux scènes proposait des spectacles plus traditionnels comme des danses ou l’extraordinaire prestation d’acrobates locaux qui semblaient littéralement montés sur des ressorts, tandis que la plus grande accueillait des artistes célébrés dans toute la sous région.
La vedette kinoise Bill Clinton reçut un accueil à la mesure de sa réputation et de son look extraordinaire : il apparut en scène coiffé d’une sorte de casque blanc qu’il ne retira qu’en dernière minute pour laisser apparaître ses dreadlocks et conquit immédiatement le public avec ses rythmes puissants, sa belle voix généreuse qui ne craignait pas d’apostropher la technique « eh ingénieur, il faut monter le son ». S’il l’emporta certainement à l’applaudimètre, réussissant à galvaniser la foule, en revanche c’est le chanteur rwandais Mani Martin qui suscita le plus d’émotion.
Une belle voix souple, des chansons ciselées, imprégnées d’amour pour l’Afrique, et surtout une volonté marquée de saluer le voisin congolais et de charger sa présence de marques symboliques, comme un hommage à la richesse de la musique locale ou un récital commençant par l’hymne congolais version reggae : il n’en fallait pas plus pour susciter un engouement légitime. Mais lorsque Mani Martin, en compagnie d’un chanteur de Goma tout de blanc vêtu entama un hymne spécialement composé en l’honneur de « Mamadou » des larmes coulèrent dans le public. C’est que Mamadou Ndala, le colonel des forces armées congolaises qui remporta la victoire contre les rebelles du M23 en novembre 2013 était adulé à Goma, considéré comme un libérateur, un héros. Lorsque, quelques semaines après sa victoire il tomba dans une embuscade à Beni, le Nord Kivu observa trois jours de deuil.
Entendre un chanteur rwandais rendre ainsi hommage avec talent et sensibilité, à un officier congolais suscita une émotion intense au sein du public. Les bras se levèrent, les mains formèrent le V de la victoire, les applaudissements se chargèrent de tendresse. « Pour moi aussi Mamadou Ndala était un héros qui combattait pour son pays et qui voulait ensuite construire la paix dans la région » devait nous confier plus tard Mani Martin « c’est pourquoi j’ai tenu à le saluer, chez lui… »

13 février 2015

Quand Bill Clinton entend se faire élire à Goma

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Bill Clinton entend bien se faire élire au Festival Amani de Goma

Casque doré sur sa coiffure afro, T shirt noir serré sur ses tatouages, pantalons super moulants qui se déchirent lorsqu’il grimpe sur le camion jaune, Bill Clinton domine la foule, entouré de ses majorettes en pagne, le visage peint au kaolin. A ses pieds, sur les routes poussiéreuses de Goma, des centaines de moto taxis vrombissent et les casques rouges des conducteurs moutonnent à l’infini. Des gamins trépignent de joie, les mamans quittent des yeux leurs étals d’ananas, de fretins ou d’avocats et elles battent des mains. La musique domine de loin de bruit de la circulation. C’est que “Bill Clinton” plébiscité par la rue, de son vrai nom Didier Kalonji ou Monseigneur Dangwe ou encore Mac Intosh, est une star de la musique congolaise, un ancien du groupe Wenge Musica. A Kinshasa, il draine un public immense, à Goma il fait briller les yeux d’une foule affamée de musique et de joie.
C’est que la capitale du Nord Kivu est plus habituée au crépitement des mitrailleuses et aux moteurs des avions de l’ONU qu’au rythme des guitares électriques et aux déhanchements lascifs des groupies venues de Kinshasa. Le fait que le festival Amani puisse tenir sa deuxième édition dans l’enceinte du collège Mwanga, entre des murs taillés dans les blocs de lave, est bien plus qu’une fête, c’est un symbole. Lorsque, voici deux ans, le Belge Eric de Lamotte, promoteur d’une dizaine de projets de développement à Goma et fondateur de l’asbl “En avant les enfants” , lança l’idée d’un festival pour la paix (“Amani” en swahili), qui rassemblerait chanteurs et musiciens venus des trois pays de la sous région (Rwanda, Burundi et Congo) il fut traité d’utopiste, sinon de fou. A l’époque, la province du Nord Kivu était envahie par les déplacés de guerre, tous les généraux du Congo s’y pressaient pour préparer l’offensive contre un groupe de rebelles tutsis le M23, trafiquants et contrebandiers se bousculaient sur des frontières trop poreuses et dans les rues, des enfants perdus, orphelins de guerre, ex-enfants soldats, mendiaient leur pitance ou quelques dollars pour payer leurs frais scolaires.
Comment imaginer un festival de danse, de musique dans cette ville sinistrée, prise en mains par les humanitaires et la compassion internationale? La première édition du festival dut d’ailleurs être postposée, car les bombes avaient remplacé les orchestres, mais elle eut finalement lieu et fut considérée comme un succès, où plus de 10.000 personnes, durant trois jours, se pressèrent autour de la maison des jeunes de Goma pour écouter des vedettes venues de toute la région mais aussi des jeunes du Nord et du Sud Kivu, des rockers, des rappeurs, qui sélectionnés à la suite de plusieurs week end de “crochets” trouvaient enfin l’occasion de chanter leurs rêves et de donner la mesure de leurs talents;
A l’époque, au printemps 2014, Woldie Mapenzi se trouvait en Ouganda et bien qu’ayant participé à la composition de l’hymne dAmani, elle ne put prendre part au festival. Cette année, la jeune femme (23 ans) figure parmi les vedettes du festival qui se tiendra du 13 au 15 de ce mois et dimanche elle se produira aux côtés de l’Ivoiren Tiken Jah Kakoli, vedette du reggae, ou du chanteur malien Habib Koité. C’est qu’entre temps elle est arrivée en troisième position lors d’une compétition nationale, qu’elle vient de sortir un DVD et que tous les Gomatraciens (habitants de Goma) se reconnaissent dans son message: ” je chante une ville qui a connu la mort, la guerre et qui veut renaître… Mais ce que je veux dire aussi, c’est qu’au delà de tous ses malheurs, le peuple de Goma est fort, empli d’énergie, il veut vivre et reconstruire…L’espoir renaît et il faut lui donner des voix, de la musique..;” Woldie, qui a assisté aux répétitions des orchestres locaux, se dit émerveillée de la profusion de talents qui apparaissent:” à tout moment un jeune m’apostrophe, veut me faire entendre la chanson qu’il vient de composer. Et généralement, c’est très bon, il y a de la chason française mais aussi beaucoup de rap…”. Pour Woldie, la magie du festival Amani, c’est aussi le croisement des cultures: “cette année il y aura des chanteurs venus d’Afrique de l’Ouest, mais ce qui m’intéresse le plus, ce sera d’écouter Mani Martin du Rwanda ou Lion Story, du Burundi. Eux aussi veulent croire que la paix est possible…Avant d’aller répéter “l’espoir naît du poto poto” (la boue) la jeune chanteuse salue de grands gaillards baraqués qui assureront le service d’ordre: 25 basketteurs de Goma, qui jouent dans l’équipe nationale, se sont mis au service de l’organisation. A l’extérieur du collège Mwanga où s’édifie un podium loué au Rwanda et des baffles qui ont traversé plusieurs frontières, 120 scouts de la ville s’évertuent à ramasser les papiers qui traînent, les cailloux trop tranchants, les sacs de plastique. Toujours optimistes, Eric de Lamotte et son équipe, qui ont mobilisé toutes les bonnes volontés de la ville, attendent 30.000 personnes durant trois jours, venues de toute la sous région et assurent que les rythme d’Amani se feront entendre, au delà du lac, jusqu’au Rwanda voisin et, retransmis par toutes les radios locales, jusqu’au Burundi afin de conjurer, là aussi, les bruits de botte…

 

13 février 2015

La date des élections présidentielles congolaises est fixée: une victoire du bon sens

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“Nous avons été entendus”

GOma, envoyée spéciale

Le suspense est terminé: la Commission électorale indépendante a annoncé que les élections présidentielles auraient lieu le 27 novembre 2016 avec proclamation des résultats provisoires le 7 décembre et des résultats définitifs le 17 décembre. L’abbé Malu Malu, qui préside la CENI, n’a pas caché que l’exercice serait coûteux: la totalité de l’exercice électoral, qui se déroulera aussi au niveau de l’Assemblée et des provinces, devrait représenter 1.145.408.680 dollars.
L’annonce ayant été faite en présence de représentants de la communauté internationale, il est probable que cette dernière, qui exigeait de connaître le calendrier complet des élections, devrait désormais accepter de participer à leur financement.
Mais là n’est pas le plus important. Les sommes nécessaires ont déjà été budgétisées, l’aide internationale ne fera sans doute pas défaut. Ce qui compte aujourd’hui, c’est le soulagement de la population, qui estime avoir été écoutée dans son aspiration à l’alternance démocratique.
A Goma, Patient, un jeune avocat, n’a pas seulement accepté de jouer au chauffeur bénévole pour le festival Amani (paix en swahili) qui doit rassembler des musiciens originaires de toute la région. Il est aussi un militant d’une ONG de défense des droits de l’homme, Lucha, qui, voici trois semaines, s’était fortement mobilisée lorsqu’il avait été question de modifier la loi électorale afin de subordonner l’élection présidentielle à la fin des opérations de recensement de la population. Dans ce “glissement” cette possibilité de report de l’élection présidentielle, la population avait immédiatement décelé une manoeuvre consistant, non pas à modifier la Constitution mais à permettre, en douce, au chef de l’Etat sortant de prolonger son mandat actuel, qui, d’après la loi fondamentale, doit être le dernier.
“Si nous sommes descendus dans la rue à Goma” explique Patient” ce n’était pas à l’appel des partis d’opposition, ni par hostilité à l’égard du président Kabila. C’est parce que nous estimons que les règles doivent être respectées, que l’alternance démocratique doit être possible dans ce pays…”
Patient assure même que si le chef de l”Etat actuel cède la place à un successeur légitimement élu, rien ne l’empêcherait, après cinq ans de retraite, de revenir au pouvoir. “Il est même probable que je voterais pour lui…. ce qui compte, c’est l’alternance. Voyez vous, depuis 2006, date des premières élections démocratiques, le peuple congolais a mûri. Il tient à ses institutions, il veut que les règles soient respectées et si la population, à Kinshasa, Goma et ailleurs, est ainsi descendue dans la rue, c’est par respect pour la démocratie…”
Alors que son portable sonne, que depuis plusieurs villes du pays, des correspondants ou des amis appellent pour se féliciter de la nouvelle, Patient résume le sentiment général: “Nous avons été entendus. Nos dirigeants ont compris ce que voulait le peuple, l’avertissement a porté. Il ne s’agît pas d’une victoire des partis d’opposition, de tel ou tel ténor, mais d’une victoire des principes démocratiques.” Et de féliciter en particulier, outre la communauté internationale qui avait multiplié les pressions, un Sénat qui, très vite, alors que Kinshasa brûlait encore et que les émeutiers menaçaient d’étendre les pillages, s’est prononcé contre la loi électorale. Le président du Sénat, M. Kengo wa Dondo, démontrait ainsi qu’il avait entendu les avertissements de l’église catholique et en particulier du cardinal Monsengwo qui s’était opposé à la nouvelle loi. Très rapidement, le président de l’Assemblée, Aubin Minaku, un pilier de la majorité présidentielle et un proche du chef de l’Etat, avait embrayé sur le même registre, désavouant la nouvelle loi qui avait cependant été proposée par l’actuel ministre de l’Intérieur Evariste Boshab et chef de son propre parti. Minaku avait même critiqué les forces de l’ordre, qualifiant d’”inacceptable” le fait qu’elles aient pu tirer sur les manifestants.
Autrement dit, la majorité présidentielle est apparue divisée: il y a longtemps que des leaders politiques importants, comme OIlivier Kamitatu, président de l’ARC ou Pierre Lumbi, conseiller spécial du chef de l’Etat et président du MSR (mouvement social pour le renouveau) s’étaient prononcés contre tout changement de la loi fondamentale, assurant que la population ne l’accepterait pas. Il fallut dix jours de manifestations et de violences, de répression policière, des dizaines de morts et de blessés pour que le “printemps congolais” débouche sur la décision du bon sens, celle de respecter une valeur nouvelle au Congo mais qui permettra de construire l’avenir: le respect des règles démocratiques.
L’annonce de la date des élections présidentielle ouvre aussi une nouvelle ère: le président sortant ne pouvant plus se représenter, la succession de Joseph Kabila est désormais ouverte.

4 février 2015

Festival Amani: Goma va chanter et danser pour la paix

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Festival Amani : Goma croit en la paix…

Ils en ont tant vu que les paradoxes n’effrayent pas les habitants de Goma : en 2013, alors que tous les musiciens de la ville se préparaient à participer au festival Amani et à prendre part à des concerts pour la paix, rassemblant tous les jeunes de la région (Nord et Sud Kivu, Rwanda et Burundi) c’est sous les bombes que la rencontre dut être annulée, in extremis ! Cependant, contre toutes les attentes des pessimistes, quelques mois plus tard, au printemps 2014, le festival eut lieu. Dans une ambiance inoubliable, il rassembla 25.000 personnes durant trois jours, sur le thème « danser pour changer, chanter pour la paix ». Il y eut des orchestres, des chanteurs, du rap, du rock, de la musique traditionnelle illustrant l’immense richesse culturelle de la sous région, démontrant surtout que la guerre n’est pas une fatalité, que les jeunes, comme partout ailleurs dans le monde, ont des rêves, des projets, et surtout le goût du bonheur et de la paix…
Cette année encore, Goma va cultiver le paradoxe : le deuxième festival Amani est programmé pour les 13,14 et 15 février prochains et, s’ouvrant à des vedettes originaires d’autres régions d’Afrique, il accueillera d’immenses artistes comme Tiken Jah Fakoli, Habib Koité, le Congolais Bill Clinton mais aussi des groupes venus du Rwanda etdu Burundi, comme Mani Martin ou Lion Story. Durant trois jours, plus de 30.000 personnes convergeront vers le Foyer Culturel de Goma, le Collège Mwanga et le village humanitaire pour chanter, danser, partager…
Mais en même temps, sur les collines de la province, il y aura, peut-être, la rumeur de la guerre, celle dont beaucoup espèrent qu’elle sera la dernière, clôturant enfin près de deux décennies de souffrances et d’injustices.
En effet, l’armée congolaise a annoncé qu’elle allait entamer une opération militaire d’envergure contre les rebelles rwandais des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), dont le nombre de combattants ne dépasse plus les 2000 hommes, mais dont la capacité de nuisance continue à effrayer les populations civiles et à garder le Rwanda en alerte. C’est le 2 janvier dernier qu’avait pris fin l’ultimatum adressé à ces groupes, afin qu’ils rendent les armes et acceptent la démobilisation volontaire et, au cours de cérémonies de démobilisation très médiatisées, quelques centaines de combattants avaient accepté de se rendre.
A l’heure actuelle, la perspective d’éventuels affrontements n’effraie guère les organisateurs du festival Amani, car si des combats ont lieu, ils se dérouleront bien loin de Goma, au fond des forêts et des collines où les derniers réfractaires à la paix se sont retranchés.
Bien au contraire, alors que l’armée gouvernementale, réorganisée, mieux armée et plus disciplinée qu’autrefois, s’efforcera de rétablir l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire, les civils congolais se sentiront soulagés par cette mise hors combat d’hommes qui ont semé la désolation et la violence durant leurs longues années de séjour au Congo.
L’appel pour la paix du Festival de Goma, qui sera répercuté dans toute la sous région (les medias des trois pays seront présents !) rappellera, au son des djembe, des tambours et des guitares, au rythme du rock et du rap, que cette superbe région, paradis touristique autant que grenier agricole, est aussi un lieu où il est possible de vivre ensemble et de construire l’avenir…