13 février 2015

Amani à Goma: hommage à Mamadou Ndlala

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Goma

Rien ne pourrait décourager les organisateurs et les volontaires du festival Amani qui se tient durant trois jours à Goma dans l’enceinte du collège Mwanga. Ni les fumerolles suspectes au dessus du volcan Nyamulagira, ni les menaces de pluies ou d’orages, ni les sponsors qui tardent à délier les cordons de la bourse et à honorer leurs promesses : le vendredi 13 à l’heure dite tout était en place, même si la veille encore des camions amenaient de Kigali les derniers baffles et les amplis de dernière minute.
Lorsqu’ils le veulent les Congolais réalisent des miracles et ici, des centaines de volontaires ont prêté leur concours à Eric de Lamotte, l’homme dont la foi soulèverait les volcans : l’équipe de basketteurs a entouré les vedettes, 120 scouts ont gardé les entrées et nettoyé le terrain du collège qui accueillait les festivaliers, des jeunes venus de Belgique ont créé diverses commissions, travaillant avec une efficacité redoutable.
Lors de cette première journée du festival pour la paix, des musiciens étaient venus du Burundi avec leurs tambours, des rappeurs rwandais avaient traversé la frontière et les jeunes de la capitale du Nord Kivu, si longtemps privés de rêves et de distractions, avaient rapidement appris les rituels de tous les festivals du monde, lever le bras pour saluer et accompagner les vedettes, se déhancher et danser dans la boue, faire le V de la victoire, scander le noms des artistes préférés…
Alors que ceux des jeunes de la ville qui ne pouvaient même pas s’acquitter du modeste droit d’entrée de un dollar étaient juchés sur les murs extérieurs du collège, ne perdant pas une miette des différents spectacles, d’autres, par milliers, se pressaient devant les deux podiums fonctionnant en alternance. La plus petite des deux scènes proposait des spectacles plus traditionnels comme des danses ou l’extraordinaire prestation d’acrobates locaux qui semblaient littéralement montés sur des ressorts, tandis que la plus grande accueillait des artistes célébrés dans toute la sous région.
La vedette kinoise Bill Clinton reçut un accueil à la mesure de sa réputation et de son look extraordinaire : il apparut en scène coiffé d’une sorte de casque blanc qu’il ne retira qu’en dernière minute pour laisser apparaître ses dreadlocks et conquit immédiatement le public avec ses rythmes puissants, sa belle voix généreuse qui ne craignait pas d’apostropher la technique « eh ingénieur, il faut monter le son ». S’il l’emporta certainement à l’applaudimètre, réussissant à galvaniser la foule, en revanche c’est le chanteur rwandais Mani Martin qui suscita le plus d’émotion.
Une belle voix souple, des chansons ciselées, imprégnées d’amour pour l’Afrique, et surtout une volonté marquée de saluer le voisin congolais et de charger sa présence de marques symboliques, comme un hommage à la richesse de la musique locale ou un récital commençant par l’hymne congolais version reggae : il n’en fallait pas plus pour susciter un engouement légitime. Mais lorsque Mani Martin, en compagnie d’un chanteur de Goma tout de blanc vêtu entama un hymne spécialement composé en l’honneur de « Mamadou » des larmes coulèrent dans le public. C’est que Mamadou Ndala, le colonel des forces armées congolaises qui remporta la victoire contre les rebelles du M23 en novembre 2013 était adulé à Goma, considéré comme un libérateur, un héros. Lorsque, quelques semaines après sa victoire il tomba dans une embuscade à Beni, le Nord Kivu observa trois jours de deuil.
Entendre un chanteur rwandais rendre ainsi hommage avec talent et sensibilité, à un officier congolais suscita une émotion intense au sein du public. Les bras se levèrent, les mains formèrent le V de la victoire, les applaudissements se chargèrent de tendresse. « Pour moi aussi Mamadou Ndala était un héros qui combattait pour son pays et qui voulait ensuite construire la paix dans la région » devait nous confier plus tard Mani Martin « c’est pourquoi j’ai tenu à le saluer, chez lui… »