13 février 2015

Quand Bill Clinton entend se faire élire à Goma

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Bill Clinton entend bien se faire élire au Festival Amani de Goma

Casque doré sur sa coiffure afro, T shirt noir serré sur ses tatouages, pantalons super moulants qui se déchirent lorsqu’il grimpe sur le camion jaune, Bill Clinton domine la foule, entouré de ses majorettes en pagne, le visage peint au kaolin. A ses pieds, sur les routes poussiéreuses de Goma, des centaines de moto taxis vrombissent et les casques rouges des conducteurs moutonnent à l’infini. Des gamins trépignent de joie, les mamans quittent des yeux leurs étals d’ananas, de fretins ou d’avocats et elles battent des mains. La musique domine de loin de bruit de la circulation. C’est que “Bill Clinton” plébiscité par la rue, de son vrai nom Didier Kalonji ou Monseigneur Dangwe ou encore Mac Intosh, est une star de la musique congolaise, un ancien du groupe Wenge Musica. A Kinshasa, il draine un public immense, à Goma il fait briller les yeux d’une foule affamée de musique et de joie.
C’est que la capitale du Nord Kivu est plus habituée au crépitement des mitrailleuses et aux moteurs des avions de l’ONU qu’au rythme des guitares électriques et aux déhanchements lascifs des groupies venues de Kinshasa. Le fait que le festival Amani puisse tenir sa deuxième édition dans l’enceinte du collège Mwanga, entre des murs taillés dans les blocs de lave, est bien plus qu’une fête, c’est un symbole. Lorsque, voici deux ans, le Belge Eric de Lamotte, promoteur d’une dizaine de projets de développement à Goma et fondateur de l’asbl “En avant les enfants” , lança l’idée d’un festival pour la paix (“Amani” en swahili), qui rassemblerait chanteurs et musiciens venus des trois pays de la sous région (Rwanda, Burundi et Congo) il fut traité d’utopiste, sinon de fou. A l’époque, la province du Nord Kivu était envahie par les déplacés de guerre, tous les généraux du Congo s’y pressaient pour préparer l’offensive contre un groupe de rebelles tutsis le M23, trafiquants et contrebandiers se bousculaient sur des frontières trop poreuses et dans les rues, des enfants perdus, orphelins de guerre, ex-enfants soldats, mendiaient leur pitance ou quelques dollars pour payer leurs frais scolaires.
Comment imaginer un festival de danse, de musique dans cette ville sinistrée, prise en mains par les humanitaires et la compassion internationale? La première édition du festival dut d’ailleurs être postposée, car les bombes avaient remplacé les orchestres, mais elle eut finalement lieu et fut considérée comme un succès, où plus de 10.000 personnes, durant trois jours, se pressèrent autour de la maison des jeunes de Goma pour écouter des vedettes venues de toute la région mais aussi des jeunes du Nord et du Sud Kivu, des rockers, des rappeurs, qui sélectionnés à la suite de plusieurs week end de “crochets” trouvaient enfin l’occasion de chanter leurs rêves et de donner la mesure de leurs talents;
A l’époque, au printemps 2014, Woldie Mapenzi se trouvait en Ouganda et bien qu’ayant participé à la composition de l’hymne dAmani, elle ne put prendre part au festival. Cette année, la jeune femme (23 ans) figure parmi les vedettes du festival qui se tiendra du 13 au 15 de ce mois et dimanche elle se produira aux côtés de l’Ivoiren Tiken Jah Kakoli, vedette du reggae, ou du chanteur malien Habib Koité. C’est qu’entre temps elle est arrivée en troisième position lors d’une compétition nationale, qu’elle vient de sortir un DVD et que tous les Gomatraciens (habitants de Goma) se reconnaissent dans son message: ” je chante une ville qui a connu la mort, la guerre et qui veut renaître… Mais ce que je veux dire aussi, c’est qu’au delà de tous ses malheurs, le peuple de Goma est fort, empli d’énergie, il veut vivre et reconstruire…L’espoir renaît et il faut lui donner des voix, de la musique..;” Woldie, qui a assisté aux répétitions des orchestres locaux, se dit émerveillée de la profusion de talents qui apparaissent:” à tout moment un jeune m’apostrophe, veut me faire entendre la chanson qu’il vient de composer. Et généralement, c’est très bon, il y a de la chason française mais aussi beaucoup de rap…”. Pour Woldie, la magie du festival Amani, c’est aussi le croisement des cultures: “cette année il y aura des chanteurs venus d’Afrique de l’Ouest, mais ce qui m’intéresse le plus, ce sera d’écouter Mani Martin du Rwanda ou Lion Story, du Burundi. Eux aussi veulent croire que la paix est possible…Avant d’aller répéter “l’espoir naît du poto poto” (la boue) la jeune chanteuse salue de grands gaillards baraqués qui assureront le service d’ordre: 25 basketteurs de Goma, qui jouent dans l’équipe nationale, se sont mis au service de l’organisation. A l’extérieur du collège Mwanga où s’édifie un podium loué au Rwanda et des baffles qui ont traversé plusieurs frontières, 120 scouts de la ville s’évertuent à ramasser les papiers qui traînent, les cailloux trop tranchants, les sacs de plastique. Toujours optimistes, Eric de Lamotte et son équipe, qui ont mobilisé toutes les bonnes volontés de la ville, attendent 30.000 personnes durant trois jours, venues de toute la sous région et assurent que les rythme d’Amani se feront entendre, au delà du lac, jusqu’au Rwanda voisin et, retransmis par toutes les radios locales, jusqu’au Burundi afin de conjurer, là aussi, les bruits de botte…