17 février 2015

Le numero deux de la force militaire de la Monusco à propos de Sokola 2

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Trois questions au général Bayaud, adjoint au commandant de la force de la Monusco au Nord Kivu

Pourquoi la Monusco a-t-elle décidé de suspendre sa collaboration avec l’armée congolaise ?

C’est une décision qui a été prise à New York et je ne veux pas m’étendre sur ce sujet.
Je tiens simplement à rappeler que, dans les opérations contre le M23, nous avions mené des opérations conjointes avec les forces armées congolaises et je n’ai pas eu d’exemple de violations flagrantes des droits de l‘homme.
Par an, je fais 350 heures de vol par hélicoptère au dessus du Congo…Par notre proximité sur le terrain, nous pouvons veiller à la bonne tenue des troupes. Je peux témoigner du fait que, dans toute la chaîne de commandement des FARDC, on prend au sérieux le respect des droits de l’homme car la réussite des opérations en dépend. Bien se comporter, cela fait partie des directives opérationnelles…Encore faut-il que les formateurs sur les questions des droits de l’homme arrivent à temps, ce qui n’est pas toujours le cas.
Les FARDC savent d’où ils viennent et mesurent ce qui reste à faire. Même s’il reste encore quelques ADF (forces démocratiques unies, un mouvement venu d’Ouganda) et FDLR, (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) les derniers groupes armés sont des Congolais. Il ne s’agît donc pas d’un ennemi extérieur et on ne peut pas traiter n’importe comment des adversaires issus de la population. C’est cela le problème à Beni et dans le Masisi: beaucoup de groupes sont communautaires et on ne peut pas braquer la population.
En outre, même si on peut critiquer la formule du « brassage » qui prévaut au sein de l’armée congolaise, il faut se rappeler qu’elle doit, en son propre sein, tenir compte des équilibres ethniques dans la désignation des chefs.
Il faut aussi recréer une chaîne de commandement unique, ce qui amène quelquefois à écarter des éléments de valeur au profit d’autres officiers, mais c’est une réalité dont il faut tenir compte. On ne peut pas faire de procès d’intention au commandement des FARDC…

Etiez vous prêts pour entamer les opérations contre les FDLR ?

Sur le terrain, on n’a jamais été aussi près d’entamer une opération contre les FDLR et on est pratiquement sûr d’atteindre des résultats. C’est le 29 janvier que le général Etumba avait annoncé que les forces armées congolaises étaient prêtes à mener les opérations seules…Mais la Monusco aurait pu apporter un soutien logistique important, en matière de transport, de nourriture etc…
Depuis la victoire contre les rebelles tutsis du M23 il est clair que ce sont les Congolais qui entendent prendre la direction des opérations et nous n’avons aucun problème à travailler avec les FARDC…
Le contexte ici est bien meilleur qu’au Darfour, au Sud Soudan en Somalie et même au Liban…
En plus la population congolaise sait très bien ce qu’elle veut : elle souhaite que les groupes soient désarmés et elle manifeste contre nous chaque fois qu’elle nous juge inefficaces…

Quelle est la pire situation actuellement au Congo ?

La situation à Beni est la plus préoccupante : les ADF, qui se réclament de la religion musulmane, enlèvent des jeunes filles, pratiquent des mariages forcés.
Pour nous il s’agît d’un combat à mort avec ces gens totalement fanatisés. Nous n’avons pas d’autre solution qu’employer la force face à ces criminels. Le problème, c’est qu’ils ont avec eux des femmes et des enfants, emmenés de force. On se retrouve face à des gamins, c’est très dur. En outre la situation des civils qui sont sous leur contrôle est lamentable, les combattants sont entourés de centaines de civils, ce qui empêche d’employer l’artillerie. Parmi eux il y a aussi beaucoup de Nande de la région de Beni…J’ai vu des enfants sortir de la brousse, mourant de faim…
Les FARDC ont payé un lourd tribut dans ces opérations se sont comportés avec beaucoup de courage. Des milliers d’hommes opéraient dans la forêt dans des conditions épouvantables du point de vue logistique. Ils ont obtenu des résultats vraiment impressionnants mais pas définitifs. Les dernières poches de résistance n’ont pas été détruites. En outre depuis octobre, les massacres ont commencé, faisant des centaines de morts…
Ce groupe veut punir les civils qui, jusqu’alors étaient leurs alliés, les empêcher de les dénoncer…

Les opérations contre les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) seront-elles aussi difficiles que celles contre les ADF ?

Il y a une action militaire à mener, mais c’est plus compliqué. Certains membres des FDLR sont mariés à des Congolais, ils se confondent avec la population…Il s’agît d’un adversaire qui possède une structure militaire, ses positions se trouvent à proximité des zones habitées, entourées de beaucoup de civils.
Le désarmement volontaire n’ a rien donné et maintenant les Congolais doivent agir. Il faut frapper la structure militaire des FDLR, c’est un objectif prioritaire. Mais comment faire avec ceux qui vont se cacher au sein de la population ? Je crois que les Congolais, très sincèrement, veulent se séparer des FDLR, mais que ce ne sera pas facile…