8 mars 2015

Kivu: des recrutements qui posent question

Catégorie Non classé

Bukavu,

« Mais où partent donc ces jeunes issus de familles musulmanes ? Sont ils envoyés dans le Nord Kivu, du côté de Beni, suivent ils des formations à l’étranger ? » Un militant des droits de l’homme et travailleur social à Bukavu, qui tient à préserver son anonymat, a tenu à nous faire part de son inquiétude. Il constate que, depuis plusieurs mois, des jeunes garçons disparaissent, tous musulmans et il a longtemps cru qu’ils avaient été recrutés par les Mai Mai Cheka, l’un des groupes d’autodéfense congolais. Aujourd’hui, tout semble indiquer que ces jeunes rejoindraient des réseaux opérant plus au nord «au sein du M23, (le mouvement de rebelles tutsis vaincu en 2013) il y avait des Musulmans, originaires du Masisi et de Rushuru et il est possible que ce groupe se reconstitue…. A Beni également, les ADF Nalu, (forces démocratiques alliées) ce mouvement présenté comme étant composé de rebelles ougandais, se présente comme appartenant à la mouvance islamique et est en contact avec des djihadistes de Somalie et du Kénya….»
Les craintes de notre activiste rejoignent celles des autorités provinciales qui mettent discrètement en cause le contingent pakistanais de la Monusco : « non seulement les Casques bleus pakistanais construisent des mosquées dans des villages reculés et font du prosélytisme, mais ils proposent des bourses d’études à des jeunes gens envoyés à l’étranger. Quelle formation ?Dans quel pays ? Nous n’en sommes pas informés… »
Au Sud comme au Nord Kivu, ces recrutements sous la bannière de l’Islam inquiètent les observateurs car si des extrémistes devaient s’implanter dans un pays aussi vaste et aussi difficile à gérer que le Congo, ce front là deviendrait rapidement ingérable.
D’après la revue « les Nouvelles du continent », les recrutements ne doivent rien au hasard : « les ADF Nalu sont une fausse appellation…En réalité, des jeunes, garçons et filles, sont recrutés à coups de dollars pour revivifier la foi islamiste. » Selon la revue, la Muslim Defense International, MDI, implantée dans le Nord Kivu, enverrait ses recrues s’entraîner au maniement des armes et s’initier à la foi dans le massif du Graben, vers la frontière ougandaise, une région parsemée de forêts et de rivières, idéale pour des entraînements discrets. Kenyans, Ougandais, Rwandais, Soudanais, Nigerians auraient participé à ces formations avant d’être renvoyés dans leurs pays respectifs. Alors qu’au début, des recruteurs se méfiaient des recrues congolaises, le business s’en est mêlé et des jeunes originaires de Lubero, de Beni et même de Goma auraient rejoint les jihadistes, non seulement par conviction, mais surtout pour gagner de l’argent dans les opérations de ravitaillement, dans le commerce du bois et des minerais. Selon certaines sources, une partie des fonds proviendrait de Turquie, un pays qui a opéré une percée commerciale et politique spectaculaire en RDC…