29 avril 2015

Pas vu pas pris…

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L’importance des évènements qui se déroulent au Burundi dépasse de loin les frontières du pays. Insensible aux avertissements venus de toutes parts, Pierre Nkurunziza entend passer en force et conquérir un troisième mandat présidentiel. Sa réussite ou son échec mais aussi les méthodes utilisées et l’ampleur de la réaction internationale auront valeur de tests pour plusieurs pays de la région dont, en premier lieu ses plus proches voisins, la République démocratique du Congo et le Rwanda.
A ce stade, il est difficile de prévoir l’issue de l’épreuve en cours, mais on ne peut que constater que les méthodes des forces de l’ordre au Burundi n’ont rien à envier à celles de la police de Kinshasa lors des manifestations de janvier dernier : arrestations, mort d’hommes, restriction des moyens de communication. Soit un net recul qui montre la fragilité des avancées démocratiques des dernières années, les pouvoirs en place n’hésitant pas à recourir à des méthodes que l’on croyait révolues.
La réaction de Etats Unis et de l’Union européenne, bien plus ferme de l’autre côté de l’Atlantique qu’à Paris ou Bruxelles montre la différence de perspectives : à propos de la candidature de Nkurunziza, les Américains parlent d’ « occasion manquée » pour la démocratie tandis que les Européens, certes « préoccupés » refusent de s’engager dans le débat constitutionnel. En cas de dérapage cependant, ils assurent qu’ils tiendront les autorités pour « personnellement responsables » de ce qui pourrait arriver, laissant ainsi planer la menace de sanctions aussi insoutenables que l’interdiction de voyager en Europe ou le gel d’avoirs dont on ignore même où ils sont logés…
Tout cela ressemble fort au jeu du « pas vu pas pris ». Si vous passez, quitte à tordre le bras aux accords d’Arusha ou à la Constitution, mais en préservant l’ordre public, on fermera les yeux. Si vous échouez, si la répression est trop médiatisée et le désaveu trop général, vous ferez face aux sanctions. Autrement dit on vous jugera sur les effets, non sur les causes. Sur le fait d’avoir raté l’obstacle, mais non sur l’erreur d’avoir entamé la course.
A bon entendeur salut. Face aux présidents qui veulent s’accrocher au pouvoir, et ils demeurent nombreux en Afrique, les peuples, décidément, ne peuvent compter que sur eux-mêmes…

29 avril 2015

Le Burundi flirte avec ses vieux démons

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1.La désignation de Pierre Nkurunziza, le président sortant, comme candidat à un troisième mandat est-elle une violation des accords d’Arusha ?
L’accord de paix d’Arusha, conclu en 2000 avait mis fin à la guerre civile interethnique commencée en 1993 avec l’assassinat du président hutu Melchior Ndadaye. Le premier scrutin, qui avait porté Pierre Nkurunziza à la présidence en 2005 s’était déroulé au suffrage indirect. Le parti vainqueur des élections, CNDD-FDD (Forces pour la défense de la démocratie) estime qu’il a droit à deux élections présidentielles au suffrage direct et il présente donc une nouvelle fois le président sortant. Dans ce sens, la lettre de l’accord d’Arusha peut être considérée comme respectée même si le Sénat a saisi la Cour constitutionnelle. Mais les partis d’opposition, l’Eglise catholique, la société civile (majoritairement investie par les Tutsis et les citadins), la presse indépendante, les « frondeurs » au sein du parti au pouvoir, les Etats Unis et l’Union européenne considèrent que dans l’esprit d’Arusha, un président élu doit s’effacer après deux mandats.

2.Qui s’oppose au président sortant et à son parti ?
Se comportant de plus en plus comme un « parti unique » trustant au profit des siens les emplois dans la fonction publique et l’accès aux –rares- ressources, le parti au pouvoir suscite des critiques croissantes : corruption des anciens « maquisards » qui après les années de lutte armée veulent à leur tour « manger » et se comportent comme des nouveaux riches, création de milices de jeunes, les Imbonerakure qui reçoivent un entraînement para militaire, délitement d’une administration naguère très performante, scandales à répétition comme la vente de l’avion présidentiel ou l’incendie du grand marché de Bujumbura…Les critiques émanent surtout des milieux urbains et intellectuels, des activistes des droits de l’homme, de la presse et les manifestations actuelles se limitent aux quartiers de Bujumbura où les Tutsis sont majoritaires. Dans les campagnes, tenues en main par le parti au pouvoir et les miliciens Imbonerakure, la population majoritairement hutue apprécie un chef d’Etat qui passe tous ses week ends sur le terrain (où il prie et joue au football..)et qui a pris plusieurs mesures sociales importantes, comme la gratuité de l’accès médical pour les femmes enceintes.
Cependant, un autre parti hutu, le FNL (Forces nationales de libération) dirigé par Agathon Rwasa, le dernier à avoir déposé les armes, se pose en concurrent du CNDD, il risque de l’affronter militairement et aurait des contacts avec le Rwanda.

3 .Le clivage est-il essentiellement ethnique ?
Ayant rendu la mixité ethnique obligatoire dans l’armée et la police (ce qui avait rendu possible l’intégration de beaucoup d’anciens rebelles), prévoyant le « panachage » de tous les partis (avec des quotas réservés aux deux ethnies) les accords d’Arusha avaient permis au Burundi, durant quinze ans, de conjurer les démons ethniques, les remplaçant par des rivalités politiques. Une vie associative intense, une presse indépendante et courageuse avaient consolidé ces acquis, une nouvelle génération avait pris le relais. Mais aujourd’hui le parti CNDD joue avec le feu : les partisans du chef de l’Etat assurent que les Tutsis veulent reprendre le pouvoir, que ceux qui s’opposent au troisième mandat sont complices de ceux qui naguère assassinèrent Melchior Ndadaye(c’est-à-dire des officiers tutsis…).Une rumeur non vérifiée assure que les Imbonerakure auraient été rejoints par des Interhahamwe, les génocidaires rwandais de sinistre mémoire, aujourd’hui traqués par l’armée congolaise. Ce réveil des vieux démons ravive toutes les craintes : gagnés par la peur, les Tutsis fuient vers le Rwanda où ils sont accueillis dans des camps ethniquement séparés, des élèves du secondaire menacent d’en venir aux mains, Hutus contre Tutsis. Et chacun remarque qu’à Bujumbura les quartiers « tutsis » qui se soulèvent sont ceux où, dans les années 90, opéraient les milices paramilitaires « Sans échec » qui pratiquaient l’ « autodéfense » et le nettoyage ethnique, chassant les Hutus vers les collines…
4.Faut- il craindre un nouveau génocide rappelant le Rwanda de 1994 ?
Malgré les risques de dérapage, malgré une configuration ethnique comparable, les deux situations sont très différentes, aussi bien dans le temps que dans la pratique quotidienne : au Burundi, le mixage ethnique s’est opéré, la pratique démocratique s’est enracinée (quatre anciens présidents vivent en paix dans le pays et se sont opposés au troisième mandat de leur « collègue »), la communauté internationale est vigilante même si elle manque de recul. Quant au parti au pouvoir, il est lui-même divisé car des « frondeurs », intellectuels le plus souvent, s’opposent aux « maquisards », qui veulent «rester plus longtemps à la table du pouvoir ».
Le danger de guerre civile, de répression, d’élargissement de la violence est cependant bien réel et pourrait faire de nombreuses victimes, parmi les Hutus comme parmi les Tutsis. Dans la région, on peut mourir en masse, sans qu’il s’agisse pour autant d’un génocide…

5.La partie est-elle jouée ?
L’opposition interne au troisième mandat est large, les mises en garde internationales sont nombreuses, les pressions des bailleurs sont fortes et la rue de Bujumbura ne faiblit pas : à certains égards le Burundi rappelle le Burkina Faso, où le président Compaoré, refusant de céder, avait fini par être chassé du pouvoir. Le rapport de forces pourrait basculer si l’armée bougeait, comme au Burkina Faso, mais elle vient de marquer publiquement son unité d’action avec une police souvent considérée comme plus proche du pouvoir.
Les évènements actuels, comme lors des troubles de janvier dans les villes congolaises, comme à Ouagadougou en novembre, marquent l’apparition d’une nouvelle génération d’activistes, opérant via de nouvelles formes de communication, les réseaux sociaux, la musique, qu’il s’agisse du rap ou du reggae, déclenchant par conséquent de nouvelles formes de répression (l’interdiction des tweets et des SMS…)
Les pays voisins pourraient peser : la Tanzanie et l’Afrique du Sud sont garants de l’accord de paix, à l’instar des Etats Unis, dont la fermeté a été très remarquée, le Rwanda redoute un afflux massif de réfugiés. Mais par ailleurs, Kigali évalue les deux hypothèses : l’effacement d’un président qui avait permis d’utiliser l’aéroport de Bujumbura lors des opérations de la force d’intervention de la force africaine contre les rebelles tutsis du M23 au Nord Kivu, ou son maintien au pouvoir qui représenterait un précédent intéressant.
Par ailleurs, alors qu’une nouvelle rébellion apparaît au Nord Kivu, héritière du M23, c’est le Burundi qui mobilise l’attention internationale…
La révélation de nouveaux scandales, ou de nouvelles victimes ethniquement ciblées pourraient également accélérer le désaveu général. Mais par ailleurs, divisée, dépourvue de personnalité charismatique, l’opposition peine à convaincre et on ignore son degré d’implantation dans les campagnes. Si, dans les jours à venir, le CNDD réussit à surmonter l’épreuve de force actuelle, il pourra malgré tout se diriger vers les élections prévues pour juin prochain…

27 avril 2015

Didier Reynders à propos du Burundi: nous avions prévenurety

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En janvier, Didier Reynders fut l’un des premiers mandataires politiques de l’Union européenne à se rendre au Burundi. Alors déjà, mesurant les risques, il avait prévenu ses interlocuteurs de la nécessité de respecter strictement les accords d’Arusha : « il fallait en respecter l’esprit, et j’avais souligné le risque que représentait le fait de briguer un troisième mandat ».
« Aujourd’hui » poursuit-il « comme on pouvait le prévoir, il y a beaucoup de troubles, de confusion, et nous ne pouvons que réitérer un appel au calme, afin qu’il n’y ait pas de violences… » Didier Reynders, à l’instar de l’Union européenne,n ne craint pas de placer le pouvoir burundais devant ses responsabilités : « c’est en premier lieu au pouvoir en place qu’incombe la responsabilité d’éviter tout dérapage, toute violence. Nous ne pouvons qu’en appeler au calme, demander que l’on respecte la philosophie des accords. »
Le ministre veut cependant aller plus loin, et il rappelle que les accords d’Arusha, conclus en 2000 et socle de la paix depuis lors, avaient eu des garants : les Etats-Unis en premier lieu mais aussi l’Union africaine et des pays comme l’Afrique du Sud, -dans l’esprit de Nelson Mandela -qui avait présidé les premières négociations interburundaises. La Belgique entend par conséquent raviver les contacts avec l’Union africaine à propos du Burundi. Mais aujourd’hui, c’est l’inquiétude qui prévaut : « il faut de toute urgence éviter toute tentation de recours à la violence, revenir à l’application stricte des accords conclus. »

27 avril 2015

Burundi: des nuances entre l’Europe et les Etas Unis

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Tout serait donc dans la nuance… Alors que, très vite, les Etats Unis ont réagi à la désignation du président Nkurunziza comme candidat à un troisième mandat, regrettant « une importante occasion manquée pour la démocratie », la France et la Belgique, avec grande prudence, ont «pris acte » de cette candidature, Paris demandant que les élections à venir soient « transparentes et pacifiques » et Bruxelles rappelant l’importance des accords d’Arusha. Quant à l’Union européenne, qui refuse d’entrer dans le débat constitutionnel, elle a cependant signifié qu’elle tiendrait pour personnellement responsables les dirigeants actuels en cas de dérapage éventuel. Au fil des heures cependant, l’inquiétude est montée d’un cran et la porte parole du service d’action extérieure a exprimé une « grande inquiétude » réitérant l’appel pour un esprit de réconciliation respectant les accords d’Arusha et condamnant l’arrestation de militants des droits de l’homme. Autrement dit, même si les effets sont considérés considérés comme préoccupants, on se contente, sans autre commentaire, de « prendre acte » des causes…

27 avril 2015

Bujumbura: la répression sévit

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Deux jours après que le parti au pouvoir ait désigné le président sortant, Pierre Nkurunziza, comme candidat à sa propre succession pour un troisième mandat, la situation à Bujumbura demeure très explosive. A la suite des affrontements de dimanche qui ont fait deux morts, les autorités ont interdit toute nouvelle manifestation. Utilisant les jets d’eau et les gaz lacrymogènes, la police a verrouillé la capitale, dissuadant les habitants des quartiers considérés comme « tutsis » Musaga, , Cibitoke, Ngarara, de tenter de manifester et plus de 300 personnes ont été arrêtées. Mais surtout des mesures répressives ont été adoptées : RPA, (radio publique africaine) la principale radio indépendante du pays et la plus écoutée, a elle-même annoncé s’être fait retirer son autorisation d’émettre et son signal a été coupé. La veille déjà, accusée d’inciter les populations au « soulèvement », elle ne pouvait plus émettre au-delà de Bujumbura.
En outre, une figure historique du mouvement de défense des droits de l’homme, le très respecté Pierre-Claver Mbonimpa a été arrêté sans ménagements alors qu’il arrivait à la maison de la presse à Bujumbura et emmené en détention, sans doute à cause de l’appel à manifester qu’il avait lancé auparavant. Depuis longtemps, ce militant de la société civile s’était opposé à un nouveau mandat du président sortant. Un mandat d’arrêt a également été émis contre Vital Nshimirimana, l’un des meneurs de la campagne anti Nkurunziza, passé à la clandestinité et qui a déclaré que le mouvement de protestation, pacifique, ne s’arrêterait qu’au moment où le président sortant retirerait sa candidature. .
Alors que la police, considérée comme plus proche du parti au pouvoir et ayant recruté un certain nombre de ses jeunes militants, s’était comportée avec brutalité, l’armée a été déployée dans la ville, ce qui a été accueilli avec satisfaction par la population. Plus professionnelle, moins politique, l’armée s’est employée à calmer le jeu et, selon certains témoignages, elle a freiné les excès de la police, l’empêchant d’utiliser des gaz lacrymogènes et laissant les jeunes exprimer leur opposition de manière pacifique, avec des chants et des branches d’arbres.
Plusieurs interlocuteurs, joints par téléphone, ont exprimé leur crainte d’une dérive ethnique, d’un retour des vieux démons : à Bujumbura, ce sont les quartiers majoritairement tutsis qui ont été le théâtre des manifestations les plus suivies et en province, à Mwaro, Rumonge entre autres, des écoles secondaires ont été fermées dans la crainte de bagarres opposant élèves hutus et tutsis. La peur de développements violents est surtout perceptible au sein des Tutsis, qui comparent les Imbonerakure (la milice du parti présidentiel) aux Interhahamwe auteurs du génocide au Rwanda en 1994. Plus de 15.000 Burundais ont déjà cherché refuge au Rwanda et on note déjà que les groupes se séparent sur une base ethnique.
Selon des observateurs sur le terrain, la partie n’est cependant pas encore jouée et l’épreuve de force opposant le parti au pouvoir aux très nombreux courants qui s’opposent à un troisième mandat pourrait se poursuivre durant quelques jours encore. Plusieurs hypothèses sont à envisager : la première est celle d’une totale reprise en mains par le parti au pouvoir, jouant sur la répression et la peur. La seconde est celle d’une amplification des mouvements de protestation, avec tous les risques de dérapage que cela implique. L’attitude finale de l’armée demeure une inconnue : même mixée sur le plan ethnique, elle est moins soumise au pouvoir en place que la police et les contingents envoyés dans les missions de paix, en Somalie et en Centrafrique, se sont comportés avec un professionnalisme remarquable. Si les 3600 hommes déployés en Somalie devaient être rappelés au pays pour contribuer à y rétablir le calme, ces quatre régiments pourraient certainement peser sur l’évolution de la situation et empêcher de dangereuses dérives.

27 avril 2015

La répression sévit au Burundi, pour mater les manifestants

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Deux jours après que le parti au pouvoir ait désigné le président sortant, Pierre Nkurunziza, comme candidat à sa propre succession pour un troisième mandat, la situation à Bujumbura demeure très explosive. A la suite des affrontements de dimanche qui ont fait deux morts, les autorités ont interdit toute nouvelle manifestation. Utilisant les jets d’eau et les gaz lacrymogènes, la police a verrouillé la capitale, dissuadant les habitants des quartiers considérés comme « tutsis » Musaga, , Cibitoke, Ngarara, de tenter de manifester et plus de 300 personnes ont été arrêtées. Mais surtout des mesures répressives ont été adoptées : RPA, (radio publique africaine) la principale radio indépendante du pays et la plus écoutée, a elle-même annoncé s’être fait retirer son autorisation d’émettre et son signal a été coupé. La veille déjà, accusée d’inciter les populations au « soulèvement », elle ne pouvait plus émettre au-delà de Bujumbura.
En outre, une figure historique du mouvement de défense des droits de l’homme, le très respecté Pierre-Claver Mbonimpa a été arrêté sans ménagements alors qu’il arrivait à la maison de la presse à Bujumbura et emmené en détention, sans doute à cause de l’appel à manifester qu’il avait lancé auparavant. Depuis longtemps, ce militant de la société civile s’était opposé à un nouveau mandat du président sortant. Un mandat d’arrêt a également été émis contre Vital Nshimirimana, l’un des meneurs de la campagne anti Nkurunziza, passé à la clandestinité et qui a déclaré que le mouvement de protestation, pacifique, ne s’arrêterait qu’au moment où le président sortant retirerait sa candidature. .
Alors que la police, considérée comme plus proche du parti au pouvoir et ayant recruté un certain nombre de ses jeunes militants, s’était comportée avec brutalité, l’armée a été déployée dans la ville, ce qui a été accueilli avec satisfaction par la population. Plus professionnelle, moins politique, l’armée s’est employée à calmer le jeu et, selon certains témoignages, elle a freiné les excès de la police, l’empêchant d’utiliser des gaz lacrymogènes et laissant les jeunes exprimer leur opposition de manière pacifique, avec des chants et des branches d’arbres.
Plusieurs interlocuteurs, joints par téléphone, ont exprimé leur crainte d’une dérive ethnique, d’un retour des vieux démons : à Bujumbura, ce sont les quartiers majoritairement tutsis qui ont été le théâtre des manifestations les plus suivies et en province, à Mwaro, Rumonge entre autres, des écoles secondaires ont été fermées dans la crainte de bagarres opposant élèves hutus et tutsis. La peur de développements violents est surtout perceptible au sein des Tutsis, qui comparent les Imbonerakure (la milice du parti présidentiel) aux Interhahamwe auteurs du génocide au Rwanda en 1994. Plus de 15.000 Burundais ont déjà cherché refuge au Rwanda et on note déjà que les groupes se séparent sur une base ethnique.
Selon des observateurs sur le terrain, la partie n’est cependant pas encore jouée et l’épreuve de force opposant le parti au pouvoir aux très nombreux courants qui s’opposent à un troisième mandat pourrait se poursuivre durant quelques jours encore. Plusieurs hypothèses sont à envisager : la première est celle d’une totale reprise en mains par le parti au pouvoir, jouant sur la répression et la peur. La seconde est celle d’une amplification des mouvements de protestation, avec tous les risques de dérapage que cela implique. L’attitude finale de l’armée demeure une inconnue : même mixée sur le plan ethnique, elle est moins soumise au pouvoir en place que la police et les contingents envoyés dans les missions de paix, en Somalie et en Centrafrique, se sont comportés avec un professionnalisme remarquable. Si les 3600 hommes déployés en Somalie devaient être rappelés au pays pour contribuer à y rétablir le calme, ces quatre régiments pourraient certainement peser sur l’évolution de la situation et empêcher de dangereuses dérives.

27 avril 2015

Une candidature qui enflamme le Burundi

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L’explosion était prévisible, redoutée depuis des semaines. Elle a eu lieu au lendemain de la décision, prévisible elle aussi, de présenter le président sortant, Pierre Nkurunziza comme candidat du parti CNDD-FDD à l’élection présidentielle de juin prochain. C’est à l’issue d’un congrès qui s’est tenu samedi, en présence de nombreux membres de la milice des Imbonerakure, que le parti au pouvoir a décidé de relever le défi et de passer outre au prescrit des accords d’Arusha, qui, en 2000, avaient mis fin à la guerre civile et ne prévoyaient que deux mandats successifs. Arguant que pour son premier mandat, il avait été élu au suffrage indirect, M. Nkurunziza s’estime en droit de se représenter une fois de plus devant les électeurs. Cette interprétation des accords d’Arusha et de la Constitution suscite beaucoup d’hostilité au Burundi : l’opposition estime qu’un troisième mandat sera inconstitutionnel, la puissante Eglise catholique et la société civile ont marqué leur désaccord, le principal opposant (hutu) Agathon Rwasa, dont le parti FNL n’a enterré la hache de guerre que depuis peu a déclaré que cette décision risquait le plonger le pays dans le chaos…
Défiant un impressionnant dispositif policier et bravant l’interdiction du gouvernement qui avait multiplié les mises en garde contre toute tentative de « soulèvement », des manifestants se sont rassemblés dès dimanche matin pour tenter de gagner la place de l’Indépendance au centre de Bujumbura tandis que dans des quartiers plus périphériques comme Cibitoke, la police utilisait des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour empêcher des milliers de jeunes de converger vers le centre ville. L’eau utilisée par les policiers était teintée de bleu, afin de faciliter par la suite l’identification des manifestants aspergés…
Au cours de la matinée, une personne a été tuée par balles, plusieurs manifestants ont été blessés et au moins sept policiers anti émeutes ont été atteints par des jets de pierre.
La police a procédé à une dizaine d’arrestations. Dimanche soir, un calme précaire était revenu à Bujumbura, mais les opposants promettaient que dès lundi, des manifestations plus structurées allaient reprendre. Très écoutées et soupçonnées de coordonner l’action des opposants à l’occasion de reportages en direct, les trois principales radios indépendantes du pays (Bonesha, Isanganiro et Radio publique africaine) ont vu leurs émetteurs relais être coupés sur ordre du gouvernement, ce qui a empêché la réception des émissions en dehors de la capitale. A ce stade, on ignore les réactions dans les provinces et les milieux ruraux, où, depuis des mois, des milices aux ordres du parti, les Imbonerakure, sont déployées et, selon de nombreux témoignages, intimident voire terrorisent la population.
Sur le plan international, les Etats Unis sont le premier pays à avoir réagi sans équivoque : la porte parole du Département d’Etat a déploré «une importante occasion manquée » pour la démocratie et menacé les autorités burundaises de prendre des sanctions si le processus électoral n’était pas régulier. Souhaitant que les élections présidentielle et législatives burundaises se déroulent «dans un environnement dépourvu de menaces, d’intimidation et de violences » les Etats Unis se sont déclarés prêts à prendre des « mesures ciblées » contre les responsables.
Du côté belge, la réaction a été extrêmement modérée : un communiqué du ministère des Affaires étrangères assure que Didier Reynders « prend note » du choix de Pierre Nkurunziza comme candidat du CNDD-FDD pour la prochaine élection présidentielle et rappelle que l’accord d’Arusha, socle de la paix et de la démocratie, devait servir de guide. Alexander de Croo, ministre de la Coopération, s’est , lui, montré plus net : exprimant son inquiétude, il a estimé qu’un troisième mandat irait à l’encontre des accords d’Arusha.
Dans la région, les pays voisins suivent de près la situation, en particulier au Rwanda où plus de 9000 Burundais se sont déjà présentés comme réfugiés. Selon plusieurs témoignages, des miliciens Imbonerakure auraient scellé la frontière entre les deux pays et déclaré que ceux qui s’opposeraient au troisième mandat sont à mettre sur le même pied que les assassins du président Ndadaye en 1993, ce président hutu qui avait été tué par des militaires tutsis. Même si le clivage actuel est politique et non ethnique, la peur, en particulier parmi les Tutsis, n’est jamais très éloignée et, selon certaines sources, des Interhahamwe rwandais (auteurs du génocide de 1994) auraient rejoint leurs « cousins » les miliciens Imbonerakure !
Les Burundais, tous groupes ethniques confondus , redoutent un retour en arrière qui ferait basculer dans la violence non seulement leur pays mais une sous région qui demeure fragile.

24 avril 2015

De mystérieux Rwandais au Nord Kivu

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Le gouverneur du Nord Kivu, Julien Paluku, a dénoncé l’incursion de forces rwandaises au nord de Goma, du côté du parc des Virunga dans la localité de Bunagana, qui jouxte le Rwanda et l’Ouganda ainsi que dans le village de Kibumba et dans le parc des Virunga. En outre, trois membres des Nations unies ont été enlevés sur la route de Rutshuru, au nord de Goma. Selon le gouverneur, une nouvelle rébellion, le Mouvement chrétien pour la reconstruction du Congo serait en gestation. Selon d’autres sources, il s’agirait de faire monter les enchères à la veille du retour au pays des ex-rebelles du M23 réfugiés au Rwanda. Le dé^puté Juvénal Munobo, spécialiste des questions de défense, a affirmé depuis KInshasa que cette affaire devait être prise très au sérieux. D’aucuns se demandent même si ces nouvelles tensions militaires n’auraient pas pour objectif d’hypothéquer l’enregistrement des candidatures pour les prochains élections provinciales, qui vient de commencer…

24 avril 2015

Pourquoi l’Erythrée se vide de sa jeunesse

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Lampedusa, le désert du Sinaï, les îles grecques… Parmi les migrants qui échouent aux portes de l’Europe, les Erythréens forment le plus important contingent : d’après le Haut Commissariat aux réfugiés, ils sont plus de 220.000 à avoir fui leur pays depuis 2011, soit 5% de la population. Chaque mois, 3000 jeunes Erythréens, garçons et filles, traversent la frontière éthiopienne. C’est ce que l’on appelle une « crise silencieuse ».
Andebrhan Welde Georgis a décide de rompre cette conspiration du silence, aider à comprendre les raisons profondes d’un tel exode. Son livre, « Erythrée at a crossroads » est largement diffusé à travers la diaspora et même sous le manteau en Erythrée, en dépit des contrôles policiers. C’est que l’auteur sait de quoi il parle : il fut membre du Comité central du parti au pouvoir, le Front patriotique pour la libération de l’Erythrée, enseigna à école du parti, fut banquier, ambassadeur. Aujourd’hui réfugié en Europe et chargé de cours à l’ULB, il a parcouru toutes les étapes d’une longue lutte de libération et ne doit sa liberté de parole qu’à l’exil : depuis septembre 2001, onze de ses compagnons, de haut dirigeants et membres fondateurs du FPLE se trouvent en prison, privés de toute communication avec le monde extérieur.
« La guerre de libération qui a mené l’Erythrée à se séparer de l’Ethiopie a été l’une des plus longues du continent, et elle a entraîné bien des bouleversements dans la Corne de l’Afrique. Pour nous, qui nous considérions comme des révolutionnaires, il ne s’agissait pas seulement de revendiquer l’indépendance : par le combat armé, nous voulions transformer le pays et améliorer les conditions de vie de ses habitants. Nous nous battions pour la démocratie, la justice, la prospérité. Hélas 34 ans après avoir gagné la guerre, au lieu de la démocratie, nous avons un régime autoritaire, l’un des plus durs et répressifs d’Afrique. Toutes les libertés de base, d’expression , de réunion on été supprimées, la Constitution n’a pas été appliquée et que l’Assemblée est impuissante : tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains du président Issaias Afeworki.
Après avoir été un héros de la lutte pour l’indépendance, il est devenu un dictateur honni par son peuple et détesté dans la région… Aujourd’hui tous ceux qui le peuvent quittent le pays, surtout les plus qualifiés. »
C’est en 1991, les armes à la main, que les combattants érythréens mirent l’armée éthiopienne en échec et leur pays fut l’un des derniers du continent à devenir indépendant. Amer, Andebrhan Welde Georgis constate que ses compagnons, au lieu de s’instruire de l’expérience des autres pays africains, ont commis les mêmes erreurs, en les aggravant : « nous espérions pouvoir reconstruire le pays et durant les premières années, nous avons enregistré une certaine croissance. Mais ensuite, nous nous sommes plongés dans une série de guerres inutiles, avec le Yémen, pour le contrôle d’îles sur la mer Rouge ou avec l’Ethiopie pour des revendications frontalières. Cette guerre, qui n’a jamais été débattue démocratiquement, a suscité des centaines de milliers de déplacés et sur les champs de bataille, nous avons perdu plus de 100.000 hommes…Depuis lors, la politique a changé, le seul impératif est devenu celui de la sécurité, le président a commencé à prendre seul toutes les décisions et les jeunes ont été soumis à un service militaire quasi illimité… »
C’est après la guerre avec l’Ethiopie que les migrations massives ont commencé et que la direction du FPLE s’est divisée, à cause de la concentration des pouvoirs entre les mains du président, qui se méfie désormais de tous : « mes compagnons, qui ont mené la lutte aux côtés d’Afeworki sont privés de tout contact avec le monde extérieur ; ils n’ont jamais été jugés, on ne sait même pas s’ils sont encore vivants…Amnesty estime que le pays compte aujourd’hui plus de 10.000 prisonniers politiques.»
Pour Andebran Wolde Georgis, « seule la géopolitique explique la relative impunité du régime, le fait que l’Erythrée, un Etat aussi policier que la Corée du Nord, forme une sorte de « point aveugle » sur la carte de l’Afrique : voyez la carte, précisément : la Somalie est en guerre tout comme le Yemen,, le Soudan est instable… Face à ces guerres ouvertes, le monde s’accommode de la pseudo stabilité de l’Erythrée, qui détient sur la mer Rouge une position stratégique… En outre les sanctions qui ont déjà été décrétées, entre autre autres par les Natios unies se sont avérées inopérantes, nous sommes en face d’un Etat paria, mais le régime s’en moque. »
L’ancien ambassadeur n’en juge pas moins la situation dangereuse : « dans cet Etat policier, il n’y a pas de débat public mais le mécontentement est généralisé, une explosion demeure possible…».
Le pays ne manque cependant pas de ressources : « il vit de l’exploitation de mines d’or, qui rapportent quelque 200 millions de dollars par an mais le budget de l’Etat n’est pas connu. »
Pour l’ancien ambassadeur, les causes de l’exode massif des jeunes sont multiples : « le travail manque, il y a exode des cerveaux mais surtout les jeunes sont soumis à un service militaire « national » illimité, ce qui les amène à fuir. » Wolde Georgis se demande même si le régime ne soutient pas tacitement cet exode massif, qui fait l’effet d’une soupape de sécurité, car il a constaté que des officiels, militaires ou officiers de sécurité, moyennant paiement, négligeaient de contrôler les camions quittant le pays en direction du Soudan et souvent chargés de clandestins : « dans les land cruisers portant des plaques d’immatriculation militaires, le prix du passage représente l’équivalent de 3000 dollars. »
Dans son livre, l’ancien diplomate relève que la Méditerranée n’est pas la seule destination des demandeurs d’asile : « ils essaient aussi de traverser le Sinaï en direction d’Israël où ils sont la proie des Bédouins qui les dépouillent et parfois les tuent. On parle même de vente d’organes… » Et de conclure : « en amont de toutes ces tragédies, de ces exodes de masse, il y a un régime qui maintient une sorte d’Etat de siège permanent et où la répression constante a transformé le pays en enfer pour sa population… »

Andebrhan Welde Georgis, Eritrea at a crossroads, A narrative of Triumph, Betrayal and Hope,
.Strategic Book, 2015

17 avril 2015

Les signaux sont au rouge au Burundi

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L’Inde a conseillé à ses ressortissants de quitter le Burundi. Plus de 8000 habitants des provinces voisines du Rwanda ont déjà plié bagages pour se réfugier de l’autre côté de la frontière. Le parti au pouvoir, CNDD-FDD est divisé et plusieurs de ses dirigeants, appelés « frondeurs » et désormais suivis de près par les services de sécurité, ont fait savoir qu’ils s’opposaient au projet consistant à faire concourir le président sortant, Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat alors que les accords de paix d’Arusha, conclus en 2000 n’en prévoyaient que deux. Constatant que tous les signaux étaient au rouge, le représentant spécial des Nations unies pour les droits de l’homme, le diplomate jordanien Zeid Raad Al Hussein a tenu des propos extrêmement clairs avant de quitter Bujumbura mercredi dernier, assurant que la communauté internationale s’inquiétait du climat de violences et d’intimidation régnant dans le pays.
Tout indique que le Conseil de Sécurité dispose désormais d’informations confirmant les rumeurs qui traversent le Burundi depuis des semaines, selon lesquelles le parti au pouvoir serait prêt à prendre le risque d’une déstabilisation violente afin d’assurer la victoire électorale de son candidat, le président sortant et que le recrutement de jeunes miliciens, les Imbonerakure et la distribution d’armes dans toutes les provinces seraient organisées par l’ancien chef des services de renseignements, Adolphe Nshimiymana, l’un des hommes les plus redoutés du pays, devenu conseiller à la présidence.
Si le climat se tend dangereusement, tout n’est cependant pas encore joué : c’est au cours du dernier week end d’avril que le parti au pouvoir doit décider du maintien de la candidature de M. Nkurunziza et d’ici là, chacun fait ses comptes. En effet, l’Eglise catholique (qui rallie 80% des Burundais), la société civile et les défenseurs des droits de l’homme, les partenaires extérieurs qui multiplient avertissements et visites sur le terrain ne sont pas seuls à s’opposer à un troisième mandat : le parti au pouvoir est lui-même divisé sur l’opportunité de bafouer les accords de paix d’Arusha, qui représentent toujours le socle de la stabilité politique du pays et, selon certaines sources, l’armée et la police seraient traversés de courants contradictoires…
Alors que d’aucuns, décrivant le recrutement de jeunes miliciens, les distributions d’armes, le fichage des éléments suspects et la multiplication des actes d’intimidation se rappellent déjà les prémices du génocide rwandais de 1994, il apparaît cependant que le Burundi a évolué d’une autre manière : désormais, suivant le prescrit des accords de paix et l’obligation d’attribuer à chaque groupe ethnique des quotas fixes, Hutus et Tutsis se retrouvent dans tous les partis politiques et toutes les institutions et, même si la peur subsiste au sein de la minorité tutsie, le clivage ethnique est devenu moins important que le fossé politique.
Même si, dans les campagnes, le parti au pouvoir a pu jouir d’une certaine popularité grâce à l’adoption de mesures sociales, (la gratuité de l’accès aux centres de santé pour les femmes enceintes, l’ouverture de nombreuses écoles primaires et la construction de logements) il suscite de nombreuses critiques relayées par la presse et l’opposition qui lui reprochent d’avoir accaparé les institutions de l’Etat, d’avoir vertigineusement relevé le degré de corruption, de se comporter de facto comme un parti unique, en ayant gardé une mentalité et un comportement hérités des années de maquis.
C’est le 9 mai au plus tard que devraient être déposées les candidatures à l’ élection présidentielle fixée au 26 mai. En ce moment déjà, les policiers sont déployés de manière très visible afin de dissuader le collectif «Halte à un troisième mandat » de réunir les foules et une manifestation qui était prévue pour cette semaine a été décommandée de facto.
L’inquiétude de la communauté internationale et des pays de la région n’est pas suscitée seulement par la perspective de nouvelles violences : si le président Nkurunziza se décide à concourir pour un troisième mandat, cette décision signifiera l’abolition des accords de paix qui, en 2000, mirent fin à la guerre civile et ce précédent pourra avoir des répercussions dans les pays voisins. En République démocratique du Congo, malgré les engagements officiels, la question du « troisième mandat » du président Kabila n’est pas définitivement résolue, au Rwanda le président Kagame est censé préparer sa succession, au Congo Brazzaville le président Sassou Nguesson, sans opposition réelle, se prépare à se succéder à lui-même…
En outre si le Burundi devait basculer dans la violence, l’afflux de dizaines de milliers de réfugiés au Rwanda représenterait pour Kigali un enjeu à la fois humanitaire et sécuritaire tandis que le Sud Kivu risquerait une fois de plus d’être déstabilisé par des « réfugiés sans frontières » qui pourraient s’allier aux derniers groupes armés que l’armée congolaise peine à démobiliser.