9 avril 2015

Le combat du siècle… pour défier Senghor!

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Un peu plus de vingt ans après le « combat du siècle » qui opposa Georges Foreman à Mohamed Ali, le fantôme de ce dernier plane toujours sur Kinshasa. La musique a changé, (un peu), la politique n’est plus la même (quoique…) les mythes ont vieilli (légèrement) Mais à l’heure où, sur les scènes de Belgique, d’Avignon et d’Afrique l’acteur burkinabe Etienne Minoungou interprète magistralement le personnage de Mohamed Ali et lui donne se pleine dimension africaine, Blaise Ndala, un écrivain congolais installé au Canada a lui aussi laissé courir son imagination et libéré ses souvenirs.
Le titre intrigue « j’irai danser sur la tombe de Senghor » mais il éclaire le propos d’un ouvrage qui dépasse de loin la simple péripétie d’un match de boxe.
Se replongeant dans les ambitions, l’orgueil et aussi la grandeur du Zaïre de l’époque, l’auteur avance une hypothèse qui fait réfléchir rétrospectivement : selon lui, jaloux de la gloire de l’académicien Léopold Sedar Senghor, adulé par les Blancs fascinés par le talent et l’érudition du Sénégalais, le président Mobutu, suivant la suggestion de l’un de ses plus brillants conseillers, eut l’idée d’organiser la confrontation entre un George Foreman redoutable boxeur mais politiquement modéré et le flamboyant Mohamed Ali, idole et symbole du « pouvoir noir ». Un homme qui se sentait chez lui à Kinshasa, cette ville mythique qu’il traversait à pied tous les matins en guise d’entraînement.
Le match du siècle était aussi celui de la revanche, de la rivalité entre deux chefs d’Etat avides d’entrer dans l’histoire !
Cette révélation ne nourrit cependant pas le livre de Blaise Ndala : ce qui lui donne sa force et son originalité, c’est la manière dont l’auteur se met dans la peau de Modero, un jeune et talentueux musicien qui quitte son village de Banza pour tenter sa chance dans une ville où le chanteur Zaïko Langa Langa règne en maître. Finalement Mohamed Ali, superbement évoqué, n’est plus qu’un prétexte : ce qui apparaît dans ce livre, c’est une savoureuse évocation de Kin la Belle avec ses musiciens, ses bars, ses superstitions. Cette ville où tout est possible et où le jeune Modero finira par se tailler une place au soleil, son ambition courant comme en contre point de celle de Mohamed Ali.
Depuis le match du siècle qui mit la ville en émoi et fit connaître Kinshasa dans le monde entier, le Zaïre devenu Congo a certes changé. Mais le récit de Blaise Ndala n’a pas vieilli car ce qui persiste dans cette ville endiablée, c’est l’essentiel : l’ambition, le désir de réussir, la débrouille, la magie et, omniprésente, obsédante, la musique qui aide à draguer « millimétré », qui aide à vivre et à espérer…

Blaise Ndala, j’irai danser sur la tombe de Senghor,
éditions l’Interligne, Ottawa, Canada