27 avril 2015

La répression sévit au Burundi, pour mater les manifestants

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Deux jours après que le parti au pouvoir ait désigné le président sortant, Pierre Nkurunziza, comme candidat à sa propre succession pour un troisième mandat, la situation à Bujumbura demeure très explosive. A la suite des affrontements de dimanche qui ont fait deux morts, les autorités ont interdit toute nouvelle manifestation. Utilisant les jets d’eau et les gaz lacrymogènes, la police a verrouillé la capitale, dissuadant les habitants des quartiers considérés comme « tutsis » Musaga, , Cibitoke, Ngarara, de tenter de manifester et plus de 300 personnes ont été arrêtées. Mais surtout des mesures répressives ont été adoptées : RPA, (radio publique africaine) la principale radio indépendante du pays et la plus écoutée, a elle-même annoncé s’être fait retirer son autorisation d’émettre et son signal a été coupé. La veille déjà, accusée d’inciter les populations au « soulèvement », elle ne pouvait plus émettre au-delà de Bujumbura.
En outre, une figure historique du mouvement de défense des droits de l’homme, le très respecté Pierre-Claver Mbonimpa a été arrêté sans ménagements alors qu’il arrivait à la maison de la presse à Bujumbura et emmené en détention, sans doute à cause de l’appel à manifester qu’il avait lancé auparavant. Depuis longtemps, ce militant de la société civile s’était opposé à un nouveau mandat du président sortant. Un mandat d’arrêt a également été émis contre Vital Nshimirimana, l’un des meneurs de la campagne anti Nkurunziza, passé à la clandestinité et qui a déclaré que le mouvement de protestation, pacifique, ne s’arrêterait qu’au moment où le président sortant retirerait sa candidature. .
Alors que la police, considérée comme plus proche du parti au pouvoir et ayant recruté un certain nombre de ses jeunes militants, s’était comportée avec brutalité, l’armée a été déployée dans la ville, ce qui a été accueilli avec satisfaction par la population. Plus professionnelle, moins politique, l’armée s’est employée à calmer le jeu et, selon certains témoignages, elle a freiné les excès de la police, l’empêchant d’utiliser des gaz lacrymogènes et laissant les jeunes exprimer leur opposition de manière pacifique, avec des chants et des branches d’arbres.
Plusieurs interlocuteurs, joints par téléphone, ont exprimé leur crainte d’une dérive ethnique, d’un retour des vieux démons : à Bujumbura, ce sont les quartiers majoritairement tutsis qui ont été le théâtre des manifestations les plus suivies et en province, à Mwaro, Rumonge entre autres, des écoles secondaires ont été fermées dans la crainte de bagarres opposant élèves hutus et tutsis. La peur de développements violents est surtout perceptible au sein des Tutsis, qui comparent les Imbonerakure (la milice du parti présidentiel) aux Interhahamwe auteurs du génocide au Rwanda en 1994. Plus de 15.000 Burundais ont déjà cherché refuge au Rwanda et on note déjà que les groupes se séparent sur une base ethnique.
Selon des observateurs sur le terrain, la partie n’est cependant pas encore jouée et l’épreuve de force opposant le parti au pouvoir aux très nombreux courants qui s’opposent à un troisième mandat pourrait se poursuivre durant quelques jours encore. Plusieurs hypothèses sont à envisager : la première est celle d’une totale reprise en mains par le parti au pouvoir, jouant sur la répression et la peur. La seconde est celle d’une amplification des mouvements de protestation, avec tous les risques de dérapage que cela implique. L’attitude finale de l’armée demeure une inconnue : même mixée sur le plan ethnique, elle est moins soumise au pouvoir en place que la police et les contingents envoyés dans les missions de paix, en Somalie et en Centrafrique, se sont comportés avec un professionnalisme remarquable. Si les 3600 hommes déployés en Somalie devaient être rappelés au pays pour contribuer à y rétablir le calme, ces quatre régiments pourraient certainement peser sur l’évolution de la situation et empêcher de dangereuses dérives.