29 avril 2015

Pas vu pas pris…

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L’importance des évènements qui se déroulent au Burundi dépasse de loin les frontières du pays. Insensible aux avertissements venus de toutes parts, Pierre Nkurunziza entend passer en force et conquérir un troisième mandat présidentiel. Sa réussite ou son échec mais aussi les méthodes utilisées et l’ampleur de la réaction internationale auront valeur de tests pour plusieurs pays de la région dont, en premier lieu ses plus proches voisins, la République démocratique du Congo et le Rwanda.
A ce stade, il est difficile de prévoir l’issue de l’épreuve en cours, mais on ne peut que constater que les méthodes des forces de l’ordre au Burundi n’ont rien à envier à celles de la police de Kinshasa lors des manifestations de janvier dernier : arrestations, mort d’hommes, restriction des moyens de communication. Soit un net recul qui montre la fragilité des avancées démocratiques des dernières années, les pouvoirs en place n’hésitant pas à recourir à des méthodes que l’on croyait révolues.
La réaction de Etats Unis et de l’Union européenne, bien plus ferme de l’autre côté de l’Atlantique qu’à Paris ou Bruxelles montre la différence de perspectives : à propos de la candidature de Nkurunziza, les Américains parlent d’ « occasion manquée » pour la démocratie tandis que les Européens, certes « préoccupés » refusent de s’engager dans le débat constitutionnel. En cas de dérapage cependant, ils assurent qu’ils tiendront les autorités pour « personnellement responsables » de ce qui pourrait arriver, laissant ainsi planer la menace de sanctions aussi insoutenables que l’interdiction de voyager en Europe ou le gel d’avoirs dont on ignore même où ils sont logés…
Tout cela ressemble fort au jeu du « pas vu pas pris ». Si vous passez, quitte à tordre le bras aux accords d’Arusha ou à la Constitution, mais en préservant l’ordre public, on fermera les yeux. Si vous échouez, si la répression est trop médiatisée et le désaveu trop général, vous ferez face aux sanctions. Autrement dit on vous jugera sur les effets, non sur les causes. Sur le fait d’avoir raté l’obstacle, mais non sur l’erreur d’avoir entamé la course.
A bon entendeur salut. Face aux présidents qui veulent s’accrocher au pouvoir, et ils demeurent nombreux en Afrique, les peuples, décidément, ne peuvent compter que sur eux-mêmes…