1 juillet 2015

le Congo et la communaute internationale: memo pour le tribunal sur le Congo

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Ce dimanche d’avril 1994, tous les drapeaux de toutes les agences de l’ONU, de toutes les ONG flottaient très haut au dessus des véhicules qui se dirigeaient vers le Burundi. Lorsque le convoi était arrêté aux barrages, les civils tutsis étaient brutalement extraits des voitures bondées et massacrés sur le champ. Seuls les expatriés arrivèrent sains et saufs à la frontière. Trois jours plus tôt, dix Casques bleus belges, qui avaient pour mandat d’observer l’application des accords de paix, avaient été massacrés à Kigali après avoir été obligés de rendre leurs armes. Dans le courant du mois d’avril 1994, après le départ du contingent de 500 casques bleus belges, la mission des Nations Unies au Rwanda, dirigée par le général Dallaire, allait être sensiblement réduite. Ces images, celles de l’abandon du Rwanda aux mains des auteurs du génocide, me hanteront toujours, et elles rodent encore sur les rives des Grands Lacs. Et nul n’a oublié l’exode massif qui eut lieu trois mois plus tard : dès le 4 juillet 1994, après la victoire du Front patriotique rwandais, deux millions de Hutus, dont beaucoup avaient participé au massacre de leurs voisins, prirent la direction de la Tanzanie et surtout du Congo, qui s’appelait encore Zaïre. Le président Mobutu fut mis sous pression par la France et sommé par la communauté internationale d’accueillir sur le territoire du Nord et du Sud Kivu plus d‘un million et demi de Rwandais, civils et militaires confondus. Parmi eux se trouvaient de nombreux criminels, qui reçurent tous le statut de réfugiés et bénéficièrent de l’aide et de la protection de la communauté internationale, le Haut commissariat aux réfugiés, les grandes agences de l’ONU tandis que des dizaines d’ONG prenaient en charge l’organisation des camps où les génocidaires reprenaient des forces et se préparaient à « terminer le travail » c’est-à-dire à reprendre l’offensive.
A Goma, une épidémie de cholera emporta 30.000 personnes dont de nombreux citoyens congolais, à Bukavu, tous les arbres des collines furent coupés pour construire les camps de réfugiés, au Nord Kivu, dans le Masisi, plus de 300.000 vaches furent volées et découpées en viande de boucherie vendue dans les camps. Après avoir abandonné le Rwanda aux forces du génocide, la communauté internationale imposa au Congo de subir les conséquences de cette tragédie et les populations locales ne furent jamais dédommagées des dommages qu’entraîna cet accueil forcé.
SI dans les grandes enceintes diplomatiques plus personne ne rappelle cette genèse de la déstabilisation du Congo et n’évoque l’opération française Turquoise qui couvrit l’exode des réfugiés hutus, les Congolais, eux, n’ont pas oublié. Ils savent que c’est l’implantation sur leur territoire de milliers de citoyens rwandais qui donna prétexte à deux guerres, à d’innombrables mouvements rebelles, autochtones ou téléguidés par les pays voisins et qu’elle justifia le déploiement, dès le début des années 2000, de la plus grande des opérations de paix de l’ONU. Depuis l’arrivée des premiers observateurs en 1999, jusqu’à nos jours où les effectifs onusiens s’élèvent à 19.815 militaires, 760 observateurs militaires, 1400 policiers, l’intervention de l’ONU a absorbé un budget total de 8,73 milliards de dollars, soit une moyenne de un milliard 200 millions de dollars par an. Ce qui représente la plus grande, la plus coûteuse des opérations de paix de tous les temps.
Porté au pouvoir en 1997 par une coalition comprenant des rebelles congolais, des militaires rwandais et ougandais, le successeur de Mobutu, Laurent Désiré Kabila, se souvenait qu’en 1960 les Nations Unies ne firent rien pour empêcher l’assassinat de Patrice Lumumba. Se méfiant de l’organisation internationale, il refusa d’autoriser une commission d’enquête sur le massacre des réfugiés hutus et finalement dut en endosser la responsabilité, alors qu’il n’y était pour rien, les tueries ayant été le fait de commandos envoyés directement par Kigali et Kampala. Il refusa obstinément le déploiement d’une force militaire de l’ONU et finalement, il fallut attendre son assassinat en 2001 et l’arrivée au pouvoir de son fils Joseph pour que les Nations unies soient enfin autorisées à s’installer au Congo.
Il y a déjà quinze ans que la Monuc, Mission des Nations unies au Congo, devenue Monusco, Mission pour la stabilisation du Congo, fait partie du paysage. Au fil des années, ses tâches se sont diversifiées, toute la « famille » onusienne s’est installée dans le pays. Sur le plan des transports, la Monusco est devenue la plus grande compagnie aérienne d’Afrique mais surtout les agences se sont déployées dans tous les secteurs : l’information avec radio Okapi, les droits de l’homme, la préparation et l’observation des élections, la défense des droits de l’enfant et des femmes ,les affaires politiques et civiles, le plaidoyer sur d’innombrables sujets.
Même si elle concentre désormais l’essentiel de ses effectifs dans l’Est du pays, la Monusco apparaît comme un Etat dans l’Etat et voici deux ans, elle a été renforcée sur le plan militaire par l’apport de 3000 hommes, envoyés par le Malawi, l’Afrique du Sud et la Tanzanie, la Brigade d’intervention africaine chargée de mettre fin, définitivement, à la prolifération de groupes armés dans l’Est du pays. Au fil des années et des débats au Conseil de sécurité, le mandat de la force onusienne a évolué : de simple observation au tout début, il s’est, au fil du temps, précisé et durci. Les Casques bleus sont, plus que jamais, officiellement chargés de protéger les populations civiles aux côtés des forces gouvernementales et de nombreuses initiatives en ce sens ont été prises, comme l’ouverture de lignes téléphoniques spéciales, sorte de téléphones rouges, ou l’accompagnement de femmes revenant du marché et menacées d’être dépouillées, enlevées et violées. Il ne se passe guère de semaine sans que l’actuel représentant spécial de l’Onu au Congo, l’Allemand Martin Kobler, un ancien d’Afghanistan, se déplace à l’intérieur du pays er répète sa détermination à mener à bien cette mission de protection.
Cependant, aux yeux des populations congolaises, cette protection n’est qu’un leurre, une dangereuse illusion. Vous vous souvenez tous de la tragédie de Srebenicza, où les Casques bleus hollandais refusèrent d’intervenir pour protéger des civils et furent jugés par la suite.
Au Congo, depuis quinze ans, à des échelles différentes, Srebrenicza se reproduit pratiquement chaque mois. A Bukavu, tout le monde se souvient encore de l’entrée dans la ville du chef rebelle Laurent Nkunda, qui pût franchir les barrages onusiens sans qu’un coup de feu ne soit tiré. Ses hommes, désireux de se venger contre une population hostile, parcoururent le quartier résidentiel de Nguba, de maison en maison, violant systématiquement toutes les femmes qu’ils y trouvaient. En 2008, à Kiwandja, au Nord Kivu, des centaines de civils furent massacrés par ces mêmes rebelles dirigés par Nkunda et j’ai moi-même vu les rouleaux de barbelés qui entouraient le camp de Casques bleus à deux kilomètres de là, des rouleaux sur lesquels des civils venus alerter et demander des secours s’étaient empalés et avaient hurlé toute la nuit sans obtenir de réponse.
Kassika, où la femme du Mwami fut éventrée dans l’église et son enfant arraché de son ventre, Makobola, Mwenga où les femmes durent descendre debout dans une fosse commune où elles allaient être enterrées vivantes, Shabunda et ses miliers de femmes violées, Rutshuru, où j’ai moi-même vu une fosse commune que les experts de l’Onu ordonnaient de refermer au plus vite, Beni… La liste des villages martyrs du Congo est infinie, le « rapport mapping » dont il sera question plus tard cite plus de 600 lieux de tueries…Tous ces crimes ont été commis par des hommes en armes.
Les violences sexuelles les plus atroces, les empalements, les éventrations, le recours aux instruments tranchants comme les machettes ou les coutelas sont souvent imputées aux rebelles hutus venus du Rwanda en 1994 mais les autres groupes ont développé leurs propres méthodes, viols en série, commis publiquement, devant la famille ou le village réunis, enlèvement d’esclaves sexuelles, viols d’enfants de moins de cinq ans…Il y eut aussi des tueries opérées sur une base ethnique, comme le massacre de Mutarule sur lequel ce tribunal est amené à se pencher.
Il faut le répéter : toutes ces opérations de représailles, de vengeance, de terreur, ces violences sexuelles massives, ces massacres commis à la machette ou au fusil d’assaut ont eu lieu alors que les forces onusiennes étaient sinon présentes du moins pas éloignées au point de ne pouvoir intervenir. Certes, la Monusco a réparé des routes, transporté des urnes électorales, organisé des milliers de séminaires, publié des millions de documents. Mais sur deux points principaux, qui avaient justifié son déploiement voici quinze ans, c’est-à-dire la neutralisation et le rapatriement des génocidaires hutus et la protection des civils congolais, elle a tragiquement échoué. Cette année encore, ce sont les forces gouvernementales congolaises qui mènent seules des opérations contre les derniers groupes de rebelles hutus FDLR. Alors que les opérations auraient du être menées avec le soutien logistique des Nations unies (qui auraient assuré le transport et l’approvisionnement en vivres) cette collaboration fut annulée en dernière minute sur ordre de New York, qui venait de découvrir que les deux généraux congolais chargés des opérations figuraient sur une « liste rouge », étant accusés, comme beaucoup d’autres, de violations des droits de l’homme.
Grâce à ces scrupules de dernière minute, les rebelles hutus ne sont toujours pas mis hors course et il arrive que certains d’entre eux, ramenés à la frontière rwandaise par l’armée congolaise et remis entre les mains du HCR soient reconnus au Kivu quelques jours plus tard… Retour à l’expéditeur… Plusieurs raisons peuvent être invoquées pour expliquer cet échec. On a incriminé un mandat insuffisant, mais ce dernier a été plusieurs fois modifié et renforcé. On a souligné l’immensité du territoire congolais, la densité des forêts, mais les forces de l’ONU disposent de nombreux moyens de transport, de systèmes de communication satellitaires et même de drones qui survolent la frontière du Rwanda.
Des éléments objectifs ont été rappelés : les troupes de l’Onu, des soldats originaires du sous continent indien, les « curry countries » dont l’Inde, le Pakistan, le Népal, le Bangla desh, non seulement ne disposent pas d’un système de renseignements efficace (en anglais on dit, très justement, d’ « intelligence ») mais ne parlent pas la langue et sont culturellement très éloignés des populations congolaises. Pourquoi ne Congo ne bénéficie –t-il pas de troupes francophones, de contingents africains, de casques bleus européens ? Chacun se souvient de l’efficacité de l’Opération Artemis, déployée en Ituri en 2003 où l’on vit les troupes françaises venir à bout en quelques semaines des rebelles dirigés par Thomas Lubanga qui fut ensuite envoyé à La Haye…Ce type d’opération ne fut pas renouvelé.
Il est vrai que les pays européens, qui envoient cependant leurs soldats dans des pays autrement plus dangereux comme l’Afghanistan ou le Mali, refusent d’engager leurs troupes au Congo, et la Belgique, traumatisée par le massacre de ses dix casques bleus au Rwanda, n’envoie plus de soldats dans ses anciennes colonies.
On peut cependant, après tant d’années, se demander si le fait de n’envoyer au Congo que les moins efficients des contingents, les plus éloignés culturellement, relève uniquement d’une incapacité d’ordre technique. N’y aurait il pas, aussi, une volonté sub liminale, de ne jamais réellement résoudre le conflit, de laisser se prolonger indéfiniment une guerre dite de basse intensité qui, s’accompagnant du pillage des ressources naturelles rendu possible par la faiblesse de l’Etat, bénéficie à tant de monde ?
Les troupes onusiennes ne sont d’ailleurs pas au dessus de tout soupçon et bien des scandales sont défrayé la chronique : abus sexuels commis par le contingent marocain, collusion entre des Casques bleus indiens et des FDLR se traduisant par des transports d’ivoire et de coltan, trafics d’or, recrutement de garçons envoyés au Pakistan pour y suivre un enseignement religieux…
Ce qui paraît évident, c’est qu’au-delà de la protection bien illusoire des populations civiles ou de la stabilisation toute relative du pays, la force onusienne a représenté l’un des instruments de cette inscription forcée du Congo dans la mondialisation. Au forceps, à coup d’opérations militaires et d’interventions diplomatiques, ce vaste pays a été exploré, prospecté, quadrillé, mis en coupe réglée.
A plusieurs reprises, le président Kabila a demandé, mais sans frapper sur la table, que la mission onusienne prépare son retrait du Congo. On lui a chaque fois répondu que c’était trop tôt, trop risqué, on a fait valoir les risques de guerre, d’éclatement…
Qui osera jamais prendre les risques d’un départ définitif, qui osera jamais réclamer la souveraineté pleine et entière d’un pays qui, dans les faits, se trouve toujours placé sous la tutelle de la communauté internationale ?

1 juillet 2015

De Berlin à Berlin, quelques rappels pour le Tribunal sur le Congo

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Le Congo a toujours été un objet de convoitises internationales. Après la traite négrière, menée au fouet et au mousqueton, il y eut, au nom de la lutte contre l’esclavage, le règne de la chicotte, ce fouet en peau de rhinocéros qui sanctionnait ceux qui refusaient de livrer leurs ballots de caoutchouc ou qui fuyaient pour ne pas descendre dans les mines de cuivre.
Grâce à la prédation coloniale, menée en costume cravate et bardée de principes civilisateurs, la Belgique réussit à sortir de la deuxième guerre mondiale sans être accablée de dettes. Grâce à l’uranium du Katanga, mis à la disposition des alliés américains à prix d’ami, le colonisateur put faire bonne figure parmi les vainqueurs de la guerre et participer à la fondation des grandes institutions dites de Bretton Woods, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale qui, jusqu’aujourd’hui mènent le monde.
Après une indépendance chaotique, dont le héros, Patrice Lumumba, fut assassiné sur ordre des Américains et des Belges car il voulait que ses compatriotes congolais bénéficient du fruit des richesses de leur pays, la prédation en toque de léopard et canne de chef s’ajouta à la prédation en col blanc : durant 32 ans, le maréchal Mobutu, maintenu au pouvoir grâce au soutien occidental, s’employa à piller le pays, à gaspiller les ressources. C’était le temps de la cueillette, celui des enveloppes, des valises, et vers la fin, celui des caisses de nouveaux billets imprimés à Munich et que l’on appelait « tourne à gauche ». En effet, dès leur arrivée à l’aéroport de Kinshasa, certaines malles prenaient la direction de la Banque centrale, mais beaucoup d’autres étaient dirigées vers le bateau présidentiel où de nuit, les leaders politiques venaient monnayer leurs trahisons.
Avec un tel héritage, où la corruption était devenue une institution nationale, comment s’étonner de l’effondrement des systèmes de références ?
Au début des années 90, la conférence nationale souveraine, vaste exercice qui avait réuni toutes les forces de la nation, s’était clôturée sur un échec, sans tirer au clair les assassinats politiques ni analyser les leviers de la prédation économique.
Alors que la fin de la guerre froide avait rendu inutile un vieux dictateur rongé par le cancer et que l’armée nationale se résumait à une garde présidentielle entourée d’une pléthore de soldats non payés et démotivés, le Zaïre, qui allait bientôt redevenir le Congo, était l’archipel de la débrouillardise, du chacun pour soi. Une vaste zone grise au cœur de l’Afrique où, par manque de sécurité ou de connaissance du terrain, les grands acteurs économiques avaient renoncé à investir tandis que la presse internationale évoquait volontiers un « Etat en faillite »…
En 1994, l’afflux de réfugiés rwandais, parmi lesquels de nombreux auteurs du génocide, acheva de fragiliser l’Est du Congo et l’installation d’un million et demi de civils et d’hommes en armes dans des camps gérés par la communauté internationale fut perçu comme une menace existentielle par le nouveau régime rwandais dont Paul Kagame était l’homme fort.
En octobre 1996 éclata ce que l’on pourrait appeler une « guerre gigogne ». La guerre des fantassins, des bottes en caoutchouc et des kalachnikovs…A l’avant plan, des hommes venus du Rwanda et d’Ouganda. Ils avaient entrepris de détruire les camps de réfugiés, de pourchasser impitoyablement les « génocidaires » et au cours de leur avancée, pas moins de 200.000 personnes furent portées disparues. Certains de ces « libérateurs », poussant jusque Kisangani, rêvaient de détacher de Kinshasa l’Est du Congo. A leurs côtés se trouvaient des Congolais, opposants de longue date à Mobutu comme Laurent-Désiré Kabila. Ils pensaient que l’heure de la revanche avait sonné, qu’il était temps de ressusciter les idées nationalistes de Lumumba.
Les techniques de cette première guerre du Congo étaient simples : avancer, tuer, chasser les populations civiles, séduire et enrôler les jeunes dans une aventure qui, sept mois plus tard, devait mener à la chute du dictateur, instaurer à Kinshasa un ordre nouveau… A cette époque, qui remarquait les conseillers militaires américains stationnés à Goma ? Qui s’interrogeait sur le fait que des sociétés minières comme American Mineral Fields, basée à Atlanta, la ville de la famille Clinton, prêtaient leurs avions pour transporter les chefs rebelles et à Lubumbashi, signaient des contrats miniers avant même la chute du régime Mobutu ?
Le financement de cette première guerre était simple, car le Zaïre, rebaptisé République démocratique du Congo, avait encore de beaux restes : une usine de retraitement de minerai, démontée au Sud Kivu, fut remontée de l’autre côté de la frontière, des avions militaires, qui apportaient des hommes et des armes, repartaient chargés de marchandises, des centaines de véhicules, portant des plaques « zaïroises » circulaient désormais à Kampala et Kigali. Dans une ville enclavée comme Kisangani, les habitants en étaient réduits à pédaler sur les tolekas, les vélos taxis à la selle recouverte de laine tricotée.
C’était le hold up du siècle, perpétré au nom de la sécurisation des frontières, du renversement d’un dictateur honni, de la libération d’un peuple. Mais la façade dissimulait des ambitions à plus long terme : comment pouvait on laisser en friche cet immense pays, la plus vaste forêt du monde, le plus grand bassin hydrographique, des centaines de sites miniers inexploités ?
Il y eut cependant une erreur de casting : Laurent Désiré Kabila, devenu président, refusa d’endosser le rôle qu’on lui avait dévolu, être le fondé de pouvoir d’intérêts étrangers. L’ancien maquisard, qui avait accueilli Che Guevara , refusa d’être « coiffé » par un bureau politique nommé à Kigali et Kampala. Il dénonça les contrats miniers qu’il avait lui-même signés en temps de guerre et adjura la population de compter d’abord sur ses propres forces, créant des « comités de pouvoir populaire », afin de stimuler les initiatives locales et de pouvoir se passer de l’aide étrangère…
Il fallut une année pour que Kabila se décide, fin juillet 1998, à congédier les militaires rwandais qui l’avaient porté au pouvoir et leur demande de regagner leur pays. Il fallut alors moins de 48 heures au Rwanda pour retraverser la frontière et mettre sur pied un mouvement présenté comme « congolais » le Rassemblement congolais pour la démocratie, dans lequel des Tutsis originaires du Congo jouaient un rôle prédominant tout en prenant leurs ordres à Kigali. L’Ouganda ne fut pas en reste : il encouragea Jean Pierre Bemba, un ancien mobutiste, de fonder à son tour un mouvement rebelle, le Mouvement pour la libération du Congo qui fut soutenu dans un premier temps par des troupes ougandaises.
Cette guerre, entamée le 2 août 1998, sera bien vite appelée la « première guerre mondiale africaine » car Kabila appela ses alliés à la rescousse : le Zimbabwe et l’Angola envoyèrent des renforts qui épaulèrent les faibles troupes gouvernementales et stoppèrent l’avancée des rebelles.
Durant cette guerre là, le Congo faillit éclater : il était divisé en plusieurs zones distinctes, qui n’avaient pas de contact entre elles, et chacun des belligérants finançait son effort militaire en puisant dans les ressources locales. Si l’Est du pays était mis en coupe réglée, les Zimbabwéens se payaient avec les diamants du Kasaï tandis que les Angolais obtenaient d’importantes concessions leur permettant d’exploiter le pétrole des eaux territoriales communes.
La prédation, en ces années là, était simple : « take the money and run… » « Il s’agît d’une guerre autofinancée » assuraient des financiers rwandais, elle ne pèse pas sur le budget de notre pays.
Lorsque les négociations s’engagèrent à Lusaka en 1999, les représentants de la communauté internationale veillèrent, pour mettre Kabila en minorité, à placer sur le même pied les forces rebelles et les représentants du gouvernement mais le vieux rebelle, contraint de signer, s’employa à saboter l’arrangement : il encouragea la renaissance, dans l’Est du pays, des anciens groupes d’autodéfense villageois, les Mai Mai qui combattirent en avant des lignes gouvernementales…
En 2001 Laurent Désiré Kabila, l’homme qui défendait farouchement la souveraineté menacée de son pays, fut assassiné par un de ses gardes du corps soudoyé par des Libanais avec de l’argent américain. Antoine Vumilia, ici présent, pourrait nous en dire plus sur le sujet…Dans les capitales occidentales, le soulagement fut palpable. Joseph Kabila, 28 ans, fut désigné pour succéder à son père à la tête d’un pays occupé, morcelé, pillé par plusieurs armées étrangères. Rompant avec le radicalisme de son père, il fut obligé de louvoyer, de conclure des compromis afin d’obtenir, pas à pas, non seulement la fin des hostilités, mais le retrait des troupes étrangères, la réunification du pays. Rwandais et Ougandais, soutenus par les Américains, n’acceptèrent de retirer leurs troupes qu’à la condition de voir leurs alliés et complices, les « proxys », ou « collaborateurs » intégrer le gouvernement central.
En attendant des élections générales, fixées à 2006, une étrange formule « un plus quatre », comprenant un président, flanqué de quatre vice présidents dont deux représentaient les rebelles d’hier, vit alors le jour.
Les troupes étrangères, officiellement, quittèrent le pays, mais dans les provinces de l’Est une vingtaine de mouvements armés demeurèrent opérationnels, avec comme caractéristique commune de fonctionner en pillant les ressources locales et en terrorisant la population. C’est à cette période que le Docteur Mukwege, le gynécologue de Panzi, près de Bukavu, commença à dénoncer l’utilisation du viol des femmes comme arme de guerre, pour terroriser et soumettre des populations et s’emparer de leurs richesses.
Jusqu’aujourd’hui, les victimes de cette « grande guerre africaine » n’ont pas été dénombrées. On cite le chiffre de quatre ou six millions de morts, c’est-à-dire de personnes emportées par la violence, les exodes, le travail forcé, la privation de soins médicaux. Si le chiffre exact des victimes ne sera jamais connu, un jour peut-être ira-t-on déterrer les 600 charniers et autres fosses communes qui s’égrènent dans l’Est du pays, depuis le grand Nord du Kivu jusqu’à la frontière du Burundi…
En 2002, alors que le Congo n’était pas dirigé par une autorité légitime, mais par des hommes qui étaient tous issus de la lutte armée, la Banque mondiale dicta pratiquement un Code minier d’inspiration très libérale. Il était censé attirer les investissements étrangers par des mesures exceptionnellement favorables : exonérations d’impôts durant quinze ans, rapatriement des bénéfices etc..
Au cours des années qui suivirent, les cartes du Congo se couvrirent de carrés, des propriétés accordées à tous les candidats investisseurs qui, sans même se rendre sur le terrain, avaient obtenu des « concessions » à Kinshasa.
Les prédations de la première guerre s’étaient menées à la kalachnikov, avec des enfants soldats et des lance roquettes. Les prédations de la deuxième s’étaient accompagnées de chars de combat, de mitrailleuses lourdes.
Les prédations qui suivirent les accords de paix furent menées avec des moyens plus sophistiqués que les pelles et les burins, avec des Caterpillar et des pelleteuses qui dévoraient les collines, des camions remorques qui franchissaient les postes frontières chargés de terre brute, des avions qui transportaient les lingots d’or
Peu à peu, le Congo retrouva sa place dans l’ordre du monde : premier producteur de cobalt, deuxième producteur de cuivre, avec un million de tonnes par an, premier producteur de coltan…
Les premières élections démocratiques, supervisées par la communauté internationale, eurent lieu en 2006 et Joseph Kabila légalisa son pouvoir. En 2011, il fut reconduit, à l’occasion d’un nouveau scrutin, très contesté et marqué par de nombreuses irrégularités et son deuxième, et en principe dernier mandat doit s’achever en 2016.
La guerre à l’Est ne s’est pas pour autant terminée : malgré la présence de 20.000 Casques bleus, la plus importante et la plus coûteuse des opérations de paix de l’ONU, les groupes armés se sont maintenus. Les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), nouveau nom des génocidaires de 1994, sont toujours présents. Ils exploitent des carrés miniers, enlèvent des femmes congolaises et des milliers d’enfants, comme des petites graines plantées en terre étrangère, sont issus de leurs viols. Certains groupes armés congolaises sont démobilisés, d’autres reprennent les armes, pour défendre leur terroir, pour lutter contre des rebelles poussés par Kigali. La formule élaborée lors des accords de paix de 2002, permettant la réintégration au sein de l’armée nationale des groupes rebelles démobilisés et l’amnistie sinon la promotion de leurs chefs, a eu des effets pervers : l’armée nationale est désormais infiltrée par des combattants d’origine étrangère et par des hommes qui ne connaissent que la violence et la rapine..
Durant toutes ces années, jamais le Rwanda et dans une moindre mesure l’Ouganda n’ont renoncé à leur volonté de garder une main mise sur l’Est du Congo, qu’ils considèrent comme leur hinterland économique. Malgré la mise en échec, en novembre 2013 du M23, le dernier des grands groupes rebelles soutenus par Kigali, l’instabilité persiste. Dans le « grand Nord » du Kivu, à Beni, affrontements et atrocités demeurent quotidiens, car les politiciens congolais eux-mêmes ont retenu la leçon de l’impunité instaurée par les accords de paix : levez une troupe, tuez des civils, puis négociez votre reddition en échange d’un grade d’officier ou d’un poste de ministre…
Les rebellions à répétition représentent aussi une forme de pression économique : c’est au moment où Kinshasa entreprenait de réviser les contrats miniers et de revoir certaines dispositions du Code qu’éclata la guerre dirigée par le chef rebelle Laurent Nkunda, aujourd’hui réfugié à Kigali. Alors que j’allais l’interviewer dans son fief proche du Rwanda je me souviendrai toujours d’avoir croisé des hommes d’affaires américains qui sortaient d’ un entretien avec lui, et vantaient ses bonnes dispositions…
Je voudrais conclure en vous remerciant de m’avoir invitée à Berlin, une ville où fut décidé, en 1885, le partage de l’Afrique. C’est ici que furent dessinées les frontières actuelles du Congo et en particulier des provinces de l’Est, des frontières contestées jusqu’aujourd’hui. C’est ici que fut décidée une spoliation des ressources qui se poursuit toujours ; c’est ici que l’on posa les prémices des guerres du futur, qui sont aujourd’hui d’autant plus âpres que de nouveaux acteurs, les Chinois et les Asiatiques en général, veulent prendre place à la table.
Mais grâce au Tribunal sur le Congo, c’est ici aussi que ces vols à main armée et ces crimes en col blanc connaissent un début de jugement et que des Congolais, enfin, sont invités à témoigner eux-mêmes de leurs souffrances et de leurs luttes.

1 juillet 2015

Les nouveaux activistes africains

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Le sifflet, le carton rouge, le balai…Une nouvelle forme de protestation secoue l’Afrique et conduit en prison de jeunes activistes congolais

Du Ouagadougou à Dakar, de Kinshasa à Bruxelles, les réseaux sociaux bruissent d’indignation : voici déjà trois mois que deux activistes, Fred Bauma, membre fondateur de « Lucha » à Goma et Yves Makwambala, membre du collectif « Filimbi » (le sifflet) sont détenus à Kinshasa. Ce vendredi, ils ont à nouveau comparu devant le tribunal de grande instance de la Gombe qui les accuse d’ « atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat ». Les charges sont lourdes : les prévenus sont accusés d’avoir été membres d’une association « Filimbi Eloki » une « bande organisée » qui aurait pour but « d’attenter à la personne ou à la vie du chef de l’Etat, de changer, détruire ou interrompre le processus constitutionnel. » Ces accusations peuvent entraîner des condamnations allant de dix ans de prison ferme à la peine de mort… Le seul crime qui est jusqu’à présent reproché aux deux détenus est d’avoir organisé à Kinshasa en mars dernier un atelier d’échanges avec d’autres jeunes Africains, principalement des Sénégalais du mouvement « Y en a marre » et des Burkinabe du collectif « le Balai citoyen ». Les arrestations ont eu lieu lors d’une conférence de presse organisée dans les locaux d’une maison de production « Eloko Makasi » dans la commune populaire de Masina. Une trentaine de personnes furent alors interpellées, six prirent la fuite tandis que Yves Makwambala et Fred Bauma furent mis au secret durant 40 et 50 jours.
Bénéficiant du soutien de l’USAID, l’agence de développement américaine, l’atelier réunissait une trentaine de militants venus de divers pays d’Afrique, pour échanger sur le thème « Jeunesse et citoyenneté ». Alors que des conférences de ce type, qu’il s’agisse de la bonne gouvernance, de la lutte contre la pauvreté ou des droits des femmes, sont organisées chaque jour à Kinshasa par les différentes agences de développement et que les participants en repartent nantis d’un petit « per diem » qui couvre leurs « frais de transport », dans ce cas ci, les services de renseignement ont vu rouge : ils ont cru avoir mis la main sur un dangereux réseau, mettant en cause la sécurité de l’Etat.
Il faut reconnaître que la réputation des amis de Lucha et de Filimbi n’est plus à faire : au Sénégal, « Y en a marre » s’est opposée avec succès au président Wade qui briguait un troisième mandat et au Burkina Faso, sous la houlette du musicien Smokey, d’acteurs et d’activistes, le « Balai citoyen » fut à la pointe des manifestations qui menèrent au départ du président Blaise Compaoré, qui avait lui aussi eu l’imprudence de vouloir se représenter.
Par la grâce d’Internet et des réseaux sociaux, les Congolais de tout bord, accrochés à leurs portables, avaient suivi en direct les évènements de Ouagadougou. Le pouvoir n’avait pas été en reste : une délégation officielle dirigée par le conseiller Atundu, venue observer la manière dont Compaoré tentait de se maintenir au pouvoir, fut exfiltrée de justesse d’un Burkina en ébullition.
Dans les jours qui suivirent, des activistes congolais, eux aussi hostiles à un éventuel troisième mandat présidentiel, se rapprochèrent de leurs homologues burkinabe, entretenant une correspondance suivie.
D’où le soupçon, nourri par les autorités congolaises, de voir l’atelier d’échange d’expériences se transformer, selon les termes du porte parole du gouvernement Lambert Mende, en tentative de subversion : « alors qu’officiellement, ils étaient venus pour échanger, en réalité, ces personnes arrêtées étaient à Kinshasa pour apprendre aux Kinois comment se confronter aux forces de l’ordre et mettre fin au régime sans attendre les élections ».
Après avoir été interpellés, les rappeurs et activistes sénégalais et burkinabe furent renvoyés dans leur pays sans autre forme de procès et les Congolais furent arrêtés.
Membres fondateurs de Filimbi, Frank Otete et Filibert Anzuluni, qui réussirent à prendre la fuite et se trouvent en Belgique s’étonnent encore de la réaction agressive des autorités : « à Masina, nous assistions à des échanges pacifiques entre jeunes Africains, parmi lesquels des rappeurs, des slameurs et autres reggaemen, parmi lesquels nos compatriotes musiciens faisaient bonne figure. Nous étions nous mêmes surpris et émus de constater le talent de ces jeunes venus de la cité, qui se confrontaient pour la première fois à des musiciens venus d’ailleurs et rencontraient des groupes plus larges. »
Frank Otete, médecin travaillant pour la multinationale Nestlé, et Filibert Anzuluni, directeur chez Ecobank, la trentaine décontractée, se décrivent comme « représentatifs de cette nouvelle classe moyenne qui se développe dans les grandes villes. La plupart d’entre nous ont étudié à l’université, certains ont trouvé du travail, d’autres non et ces derniers ont été obligés, malgré leur diplôme conquis de haute lutte, d’accepter des emplois non qualifiés, dans les services de sécurité privés par exemple… »Frank et Filibert assurent que leurs compagnons, à l’origine de divers mouvements citoyens, ne connaissent pas de réels problèmes matériels mais sont confrontés chaque jour à la pauvreté, aux inégalités sociales : « nous voyons les enfants des rues, obligés de mendier et, si nous avons du travail, nos familles sollicitent notre soutien financier. C’est pourquoi, depuis plusieurs années, des asbl de terrain ont été créées. Cette « nouvelle société civile congolaise » dont l’un des porte parole est Ben Kabamba, qui se fit remarquer lors des manifestations de janvier dernier, opposées à l’hypothèse d’un troisième mandat présidentiel, a des antennes dans toutes les villes du pays : Goma, Beni, Kisangani, Lubumbashi et bien sûr les différents quartiers de Kinshasa.
Tout le pays étant désormais couvert par les réseaux de téléphonie mobile, nous sommes en contact permanent les uns avec les autres et la mobilisation peut se faire très rapidement… Vous n’imaginez pas à quel point Facebook gagne du terrain au Congo…»
L’existence d’un tel réseau explique pourquoi l’une des premières mesures prises par les autorités, en janvier dernier, fut de couper les SMS…Revenant sur les évènements de janvier dernier, les deux activistes de Filimbi reconnaissent que, bien qu’adeptes de l’action non violente, ils ont été débordés par la colère des jeunes : « personne ne contrôlait ces groupes qui agissaient simultanément, dans des quartiers différents… Même des leaders de l’opposition, comme Vital Kamerhe ou des chefs politiques comme Moïse Katumbi, le gouverneur du Katanga, ont été pris au dépourvu…Les partis politiques traditionnels ont été dépassés. »
Pourquoi ces jeunes en colère ont il attaqué les magasins tenus par des Chinois ? « Tout simplement parce que, dans l’entendement populaire, les Chinois soutiennent le pouvoir en place. Mais d’autres communautés auraient pu être ciblées, les Libanais, les Ouest Africains et même les expatriés européens. »
« Nous sommes des « éveilleurs », assurent les deux activistes, « il y a plusieurs années déjà que nous essayons de sensibiliser les jeunes, de les faire réfléchir, tout en prônant l’action non violente…Nous n’étions pas clandestins, loin s’en faut, mais discrets, sinon méconnus car nos associations, créées sur base volontaire, ne bénéficient d’aucun financement et ne sont donc pas répertoriées au sein de la société civile… »
Qui alors soutient cette « nouvelle société civile » qui recrute parmi la jeune génération et se distingue de la « société civile « des années 90, souvent très dépendante des bailleurs étrangers et parfois courtisée par le pouvoir ?
« Nombre d’entre nous sont des jeunes cadres qui jouissent d’une certaine indépendance financière. Les « enveloppes », cela ne nous intéresse pas, nous n’en avons pas besoin…Nous sommes en contact avec les jeunes Congolais de la diaspora, mais, privilégiant les actions non violentes, nous ne sommes pas aux côtés des « combattants ». »
Nos interlocuteurs assurent que c’est la mobilisation à la base, via la musique, les réseaux sociaux, qui a politisé les jeunes des « quartiers » : « ils aspirent à la démocratie, demandent le respect de la Constitution, une meilleure répartition des ressources, la lutte contre la corruption, contre l’impunité… En janvier, le pouvoir a reculé sur la question du troisième mandat, sinon les troubles auraient continué, au risque de devenir incontrôlables… »
S’ils s’appuient sur les milieux populaires, les jeunes intellectuels ont le bras plus long qu’on ne le pense : « certains d’entre nous sont des fils de notables du régime. En janvier, on a vu des officiers, des ministres demander aux services de sécurité et même au président de mettre fin à une répression qui visait leurs propres enfants… »
Outre le Burkina Faso et le Sénégal, les activistes congolais ont des relais dans tous les pays de la sous-région, où ils décèlent des forces de changement identiques : en Angola, malgré la chape de plomb, des actions ponctuelles sont parfois lancées. Au Congo Brazzaville un mouvement, « Ras le bol » rassemble des artistes qui s’expriment via la BD, le théâtre, la musique, au Gabon il y a du mouvement…
« Le sifflet, le carton rouge, voilà nos armes. Elles signifient aux politiciens « cela suffit »… A travers tout le pays, des jeunes sont au courant de nos actions et nous sommes surpris par les talents qui s’expriment et qui demandent non pas le renversement mais la moralisation des institutions…. »
Refusant d’apparaître comme hostiles au pouvoir, s’abstenant de critiquer Joseph Kabila qui n’est pas beaucoup plus âgé qu’eux mais ne les comprend pas, les jeunes de Filimbi et leurs alliés à travers l’Afrique veulent, au contraire, un approfondissement de la démocratie. Aussi difficiles à encarter qu’à acheter ou étiqueter, ils dérangent profondément les pouvoirs en place et font souffler un vent nouveau…