29 septembre 2015

José Kagabo nous a quittés

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José ne m’appellera plus « petite sœur ». Il ne m’appellera plus du tout et il m’a fallu trois jour pour réaliser cette évidence : la mort l’avait emporté, lui qui était si présent au téléphone, dans la vie, dans les échanges…Discrètement, comme il avait vécu, José Kagabo s’en est allé, et bon nombre de ses amis ne savaient même pas qu’il était en partance.
La disparition de cet historien, c’est un pan de la mémoire du Rwanda qui s’effondre. José savait tout de son pays ancien, de ses mues, de ses décennies de souffrance. On le présentait comme un historien du génocide, mais ce professeur à l’Ecole des hautes études sociales était bien plus que cela. Il avait la rigueur intellectuelle, l’exigence de vérité des profs à la française. Son savoir était bien antérieur à 1994, il savait tout du Rwanda de ses pères, de ses aïeux, il connaissait la sagesse de son vieux peuple et avait emmené cette science avec lui, durant son long exil en Europe.
Evidemment, à propos du génocide aussi, José savait tout. Il avait souffert dans ses affections, dans ce qu’il croyait savoir de ses compatriotes, il avait vécu, de l’intérieur, l’angoisse et le désarroi des rescapés, l’aveuglement et les négation des autres. Il avait traversé son pays détruit, calciné, et les cendres, quelque part, avait commencé à se répandre dans sa tête…
José le Français de cœur avait souffert d’une autre blessure encore, celle de voir son pays d’adoption, qu’il avait fait sien, qu’il aimait tant, la France, se ranger aux côtés des génocidaires, les appuyer, les défendre. Déchiré par une double fidélité, par son amour envers les deux pays qui avaient marqué sa vie d’homme, José avait choisi la vérité.
Le citoyen savait tout sur le rôle de la France au Rwanda, et l’historien, l’intellectuel en avait fait la matière d’innombrables écrits, conférences, colloques jusqu’à ce dernier numéro des Temps Modernes qu’il coordonna avec passion.
La disparition de José, c’est aussi celle d’un militant. Un homme qui avait des convictions de gauche, qu’il mettait en pratique, avec obstination, fidèle qu’il était au Secours populaire français. D’autres diront ses engagements en France, sa fidélité, son militantisme. Moi, je connais surtout Gahanga, cette petite brousse destinée à devenir une partie du grand Kigali, sur la route du nouvel aéroport. Gahanga, son école pour les enfants du coin, toutes origines confondues, sa cour de récréation, son dispensaire. Gahanga et ses espoirs de vivre ensemble, avec papa José qui y séjournait aussi souvent que possible. Gahanga, avalée par la modernité, ne sera bientôt plus qu’un point sur la carte. Modernisme oblige, l’œuvre de José sera rayée du paysage mais pas des souvenirs ; j’en ai ramené des images d’espoir et de précarité. Serait ce cette angoisse là qui contribua à miner notre ami ?
Car José était aussi un politique. Il accepta le poste de sénateur, il posa même sa candidature à la présidence, histoire de démontrer que c’était possible. Et il souffrit pour ses amis emprisonnés ou déchus, pour ses rêves envolés ; après les affres des tueries, des témoignages, de la recherche de la vérité qui éclaire sans brûler, il se cogna à la realpolitik, au choc du réel, à des projets qui n’étaient pas les siens, à des peurs qui en réveillèrent d’autres…
Était il miné par ces angoisses accumulées ? Qui le dira ?
Tout ce que je sais, c’est que José, avec son grand sourire, son front dégarni qui charriait trop d’idées, son verbe fort, était un ami, un homme honnête et bon, d’un autre temps peut-être, un homme qui croyait en la vie mais ne voulait pas la vivre n’importe comment.
Longtemps, il va manquer…

29 septembre 2015

L’oeuvre inachevée de Martin Kobler au Congo

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Voici deux ans, l’arrivée de Martin Kobler à la tête de la Monusco avait suscité beaucoup d’espoir au Congo : le diplomate allemand revenait d’Afghanistan, où il avait laissé le souvenir d’un homme énergique et courageux. Dès son arrivée en Afrique centrale, il consacra toute son attention à la situation dans l’Est du Congo, où les rebelles tutsis du M23 contrôlaient encore une bonne partie du Nord Kivu et défiaient les forces gouvernementales. Définissant le M23 comme la première des cibles, Kobler prit plusieurs mesures spectaculaires : déploiement de drônes, mise sur pied puis engagement de la Brigade africaine d’intervention, composée de 3000 hommes mis à disposition de l’ONU par l’Afrique du Sud, la Tanzanie, le Malawi. Epaulant une armée congolaise mieux payée, mieux équipée et mieux dirigée, les soldats africains, profitant de dissensions entre les rebelles, réussirent à chasser le M23 vers l’Ouganda et le Rwanda tandis que l’un de leurs chefs, Bosco Ntaganda, était envoyé à la Cour pénale internationale où il comparaît en ce moment.
Cette défaite d’un mouvement qui défiait directement l’autorité de l’Etat contribua à la pacification et au relatif relèvement du Nord Kivu. Mais à l’époque, Martin Kobler répétait que le M223 n’était que le premier sur la liste et que d’autres groupes armés allaient être pris pour cible par les offensives conjointes de la Monusco et de l’armée gouvernementale.
L’offensive suivante visa les ADF (Allied democratic forces), des rebelles d’origine ougandaise opérant du côté de Beni dans le « grand Nord » du Nord Kivu. Liés aux « chebabs » somaliens, mais également manipulés par des politiciens locaux, les ADF se rendirent coupables de nombreux massacres, faisant 400 morts en moins d’un an. Kobler, à chaque fois, plus rapidement que les autorités elles-mêmes, se rendit sur les lieux et si actuellement les déplacés commencent à regagner leurs villages, les ADF demeurent une menace latente, recourant à des actes de terrorisme.
Désireux d’intensifier les opérations de désarmement des groupes armés opérant à l’Est, le représentant spécial de l’ONU délocalisa vers Goma une partie des troupes onusiennes positionnées dans des provinces considérées comme stables et une partie du staff civil quitta Kinshasa pour prendre ses quartiers à l’Est, faisant exploser le prix des loyers.
Peu à peu, le désarmement d’autres groupes armés, des Mai Mai congolais entre autres, se poursuivit, les Casques bleus assurant la logistique et le transport des forces gouvernementales à l’offensive.
Mais l’essentiel, qui avait, voici seize ans, justifié l’intervention de l’ONU au Congo, restait à faire : désarmer et rapatrier les FDLR, (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) ces rebelles hutus auteurs des pires exactions contre les populations civiles et toujours considérés comme une menace par le Rwanda.
La condamnation de deux de leurs dirigeants (Ignace Murwanashyaka et Straton Musoni) pron,oncée cette semaine un tribunal de Stuttgard a rappelé, si besoin en était, les ramifications internationales de ce mouvement et surtout, la manière dont ses chefs dirigeaient à distance les atrocités commises au Kivu : les représailles contre les villages (meurtres, violences sexuelles, recrutement d’enfants soldats, pillages…) étaient commanditées depuis l’Europe, grâce aux moyens de communication modernes, le téléphone et Internet.

Au début de cette année, alors qu’une opération d’envergure était prévue, réunissant les efforts des unités congolaises et de la Monusco, c’est de New York que tomba le veto, au grand dam des hommes de terrain : le fait que les forces congolaises soient dirigées par deux généraux figurant sur la « liste rouge » des hommes ayant commis des crimes de guerre dans l’Ituri généra une position de principe, et, alors que le dispositif d’attaque était fin prêt, la collaboration entre les FARDC et les Casques bleus fut annulée, ce qui priva les Congolais d’une logistique importante. Aucune solution de compromis n’ayant pu être trouvée, c’est seule que l’armée gouvernementale partit à l’assaut contre les FDLR, avec des résultats très mitigés : voici deux semaines encore, elle subit plusieurs défaites militaires infligées par des hommes beaucoup moins « en perdition » qu’on ne l’avait assuré…
Pour Martin Kobler, cette absence de collaboration représente un échec incontestable, dont il faut blâmer autant les forces congolaises qui auraient du écarter des officiers sujets à caution que les responsables de l’ONU à New York qui, invoquant des questions de principe (surmontées ailleurs…)ont fait échouer une opération sensible qui aurait donné satisfaction au Rwanda…
Depuis lors, malgré la jovialité de Kobler, les relations entre le représentant spécial de l’ONU et les autorités congolaises se sont considérablement refroidies et si les effectifs de la Monusco ont été réduits de 2000 hommes, les autorités congolaises, de plus en plus jalouses de leur souveraineté, souhaiteraient la fin totale et définitive d’une opération de maintien de la paix souvent considérée comme l’une des plus chères du monde. Se préparant vraisemblablement à devoir se rendre en Libye, Martin Kobler, comme ses prédécesseurs laisse un travail inachevé et un pays en proie à de nombreuses incertitudes, qui pourrait être secoué par une crise grave si le « glissement » c’est-à-dire le report du calendrier électoral devait se confirmer.

18 septembre 2015

Qui est Gilbert Diendéré, l’homme fort du Burkina Faso?

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Sécuriser les élections d’octobre ? Veiller à ce que les anciens partisans du président déchu Blaise Compaoré puissent y participer ?
Ces raisons présentées par les nouveaux maîtres du Burkina Faso, qui ont fini par remettre en liberté le président par interim Michel Kafando, ne convainquent personne. L’une des raisons du putsch orchestré par le général Gilbert Diendéré, ancien chef d’état major particulier de l’ex-président Compaoré, est peut-être liée à une date : l’hebdomadaire Jeune Afrique révèle que c’est le 17 septembre que le juge d’instruction chargé de l’enquête sur l’assassinat du président Thomas Sankara avait convoqué les parties civiles pour leur communiquer les résultats de l’autopsie du corps présumé de la victime. Etouffée par le régime Compaoré, l’enquête sur l’assassinat de Thomas Sankara avait été relancée par le régime de transition qui vient d’être renversé. Et tout convergeait pour désigner le général Diendéré comme l’un des principaux responsables de cet assassinat….
Athlétique, d’une discrétion remarquable, Gilbert Diendéré, un homme de l’ombre, est depuis plus de trente ans, l’officier le plus puissant du Burkina Faso, l’exécuteur de toutes les basses œuvres…Résumer sa carrière, c’est rouvrir toutes les blessures du pays . En 1983 lorsque le capitaine Thomas Sankara s’empare du pouvoir et proclame la révolution dans cette Haute Volta qu’ il rebaptise « pays des hommes intègres », cinq officiers se trouvent à ses côtés : Blaise Compaoré, l’ami, le frère, Jean-Baptiste Lingani et Henri Zongo ainsi que, un peu en retrait, un certain Diendéré, qui sera placé à la tête du régiment de la sécurité présidentielle (RSP), un bon millier de soldats d’élite qui deviendront une armée dans l’armée.
Six ans plus tard, c’est la rupture : le « beau Blaise », soutenu par le président Houphouet Boigny en Côte d’Ivoire et surtout par la France, décide d’écarter ses amis, qu’il soupçonne de conjuration : Lingani et Zongo sont arrêtés et passés par les armes, Diendéré supervise la « neutralisation » de Sankara qui se terminera par un bain de sang.
Le Burkina Faso ne se remettra jamais réellement de ce « crime fondateur » et en octobre 2014, des jeunes qui n’étaient pas nés à l’époque de sa mort manifestaient en se souvenant du mythe Sankara…
Diendéré, lui, devient, à trente ans, le numéro deux du régime, chargé de la défense et de la sécurité. Efficace, sans états d’âme, il se charge de faire disparaître en 1999 le journaliste Norbert Zongo, qui avait mené l’enquête sur la mort de Sankara. Il intervient aussi dans toutes les affaires délicates qui font de Ouagadougou la plaque tournante de toutes les entreprises de déstabilisation dans la région : c’est au Burkina Faso, sous la protection de Diendéré, que Charles Taylor, le maître du Liberia se replie et reprend des forces, c’est à Ouagadougou aussi que Foday Sankoh organise la guerre en Sierra Leone et achemine ses caisses de diamants. Le Guinéen Moussa Dadis Camara est protégé par Diendéré, qui s’occupe aussi de l’Ivoirien Guillaume Soro. Ce dernier créera, au départ du Burkina Faso, les Forces Nouvelles, qui finiront par renverser le président élu Laurent Gbagbo au bénéfice d’Alassane Ouattara, aujourd’hui président de la Côte d’Ivoire.
Bien introduit au Tchad, très au fait du dossier malien, Diendéré s’était spécialisé, ces dernières années, dans la libération des otages occidentaux détenus par les islamistes, s’attirant, si c’était encore nécessaire, la reconnaissance des militaires et des diplomates français et l’estime des Américains qui ont fait du Burkina faso l’une des plaques tournantes de la lutte anti terroriste. Au vu de tels états de service, les condamnations de sa prise de pouvoir risquent de n’être que de pure forme…

15 septembre 2015

La majorité présidentielle se divise mais les Congolais restent optimistes

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Après la classe politique, la rue s’est à nouveau emparée du débat électoral : à Kinshasa, de violents affrontements ont éclaté en marge d’un rassemblement de l’opposition, lorsque le meeting a été attaqué à coups de projectiles par des jeunes gens non identifiés et un journaliste de l’AFP a été témoin d’une scène de lynchage.
Cette montée de la violence semble donner raison à l’avertissement lancé par plusieurs membres importants de la majorité présidentielle, appartenant à un groupe qui s’est intitulé le G7 et qui s’est ouvertement opposé au « glissement », c’est-à-dire à un retard du « train électoral », quelles que soient les raisons invoquées, techniques ou financières. Dans une lettre ouverte adressée au président Kabila, le G7, (composé d’Olivier Kamitatu, Jose Endundo, Mobango, Banza Maloba, Gabriel Kyungu, Charles Mwando Simba et Christophe Lutundula) exige la tenue de toutes les élections dans les délais prescrits et le respect absolu de la Constitution et il condamne le découpage territorial en 26 provinces qui a affaibli l’Etat.
S’adressant au chef de l’Etat, ces sept personnalités assurent : « la gravité de la situation et les risques qu’elle fait peser sur l’avenir de la RDC appellent des initiatives courageuses aussi bien de votre part que du côté de la majorité présidentielle ». Les signataires estiment que cette majorité, au lieu de chercher des subterfuges, « doit préparer les prochaines élections dans la perspective de l’alternance politique » et qu’en son sein même, « il y a beaucoup d’autres candidats potentiels qui pourraient exercer le rôle de président de la République. »
Cette division apparue au sein même de la coalition soutenant le président renforce le camp des opposants au « glissement », appuyé par 33 ONG qui exigent le strict respect de la Constitution en cas de réaménagement du calendrier électoral.

Les Congolais sont… optimistes
La publication d’un dernier sondage d’opinion, réalisé par l’institut Berci (sur base d’un échantillon de 1000 personnes interrogées dans 100 quartiers de Kinshasa) contient des résultats surprenants, à la fois positifs et qui pourraient être portés au crédit du pouvoir en place, et inquiétants car ils révèlent une érosion de la popularité du chef de l’Etat.
Alors que les « professionnels du développement » (dixit Berci) placent volontiers la RDC en fin de classement, telle n’est pas la perception des Congolais eux-mêmes : en mars 2015, 66% d’entre eux se déclaraient « très confiants » en pensant à l’avenir de leur pays dans les années à venir (une progression de 10 points par rapport à 2002) et 57% estimaient que le destin des Congolais était déterminé « par les Congolais eux-mêmes » soit une progression de 13 points. Par rapport au risque de partition du pays, ils étaient 75% à la redouter en 2002 et 52% treize ans plus tard. Il apparaît aussi que 67% des Congolais soutiennent les positions du chef de l’Etat quand il affirme que le Congo, pays souverain, ne doit pas être dirigé par un «club de diplomates ».
Cependant, ce «Congo-optimisme » ne se reflète guère dans la perception politique : à l’issue des élections controversées de 2011, la cote du président Kabila avait glissé à 36%, pour atteindre 48% fin 2014. Ces gains furent cependant laminés lors des manifestations de janvier 2015, violemment réprimées, pour se stabiliser à 46% deux mois plus tard. En janvier 2015, à l’issue des manifestations, seulement 13% des personnes interrogées pensaient que le président Kabila devait briguer un troisième mandat et en mars, 10% seulement des personnes interrogées se disaient prêtes à voter pour lui. En revanche, Etienne Tshisekedi, en mars 2015, obtenait toujours 17%, Vital Kamerhe 16% Moïse Katumbi 9%. Au vu de ces résultats de ses enquêtes, Berci concluait « qu’aucun leader de la majorité n’émerge comme dauphin possible du président Kabila. »
Quant au Premier Ministre Matata Mponyo, sa cote de popularité se stabilise à 46% de « bonne opinion », mais celle de son gouvernement subit une érosion de 12 points, passant de 3% d’opinion positive en janvier à 23% cent jours plus tard, les principaux reproches portant sur le manque d’inclusivité, (35%) le soupçon d’être au service de Kabila (9%), de partager le pouvoir avec lui (6%) de ne pas respecter les engagements des concertations nationales (5%) ou… d’être tous des voleurs (2%). Quant aux gouverneurs de province, Moïse Katumbi, avec 61% des voix, est de loin le plus apprécié.

14 septembre 2015

Les francofolies ont débarqué à Kinshasa

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Différées l’an dernier pour cause d’Ebola et de difficultés de financement, les « francofolies » qui font les beaux jours de Spa et aussi de la Rochelle ont enfin débarqué à Kinshasa. Durant trois jours, la vénérable salle du centre Wallonie Bruxelles, au cœur de la Gombe, a vibré sous les battements de mains et de pieds d’un public enthousiaste. Car comment résister à un duo tel que Philippe Lafontaine, qui a livré ici le meilleur de son répertoire, et le « barde » local Jean Goubald, entonnant ensemble la mélodie fétiche des Congolais, « indépendance cha cha »…
Loin d’une éventuelle nostalgie, les « francos » furent surtout l’occasion d’une chaleureuse confrontation d’artistes congolais avec leurs collègues belges tels qu’un Lafontaine qui subjugua l’ assistance par sa virtuosité de guitariste, une Noa Moon dont la composition « Paradise » rest devenue un tube tant à Bruxelles qu’à Kinshasa et Daan, qui chantant en français avec son accent flamand prononcé ne manqua pas de surprendre l’assistance : passant du rock à l’électro, il livra un concert brillant et savoureux, parfois délirant, où la jeune assistance, tapant des pieds, se demanda aussi si le Flamand aux lunettes fumées n’avait bu que de la Primus avant d’arriver…
Relativement peu habitués aux vedettes européennes, qui font rarement le déplacement, c’est à leurs propres stars que les Kinois firent surtout la fête. C’est ainsi que Jean Goubald emmena son public sur des voie à la fois musicales et poétiques et que, transformé en humoriste, il fit crouler de rire l’assistance en imitant les accents du pays, ceux des Mongo de l’Equateur, des swahiliphones, des gens du Bandundu…
La deuxième soirée au Centre Wallonie Bruxelles fut l’occasion d’une révélation : un orchestre féminin, né du groupe Taz Bolingo, qui fit swinguer l’assistance au rythme de la rumba. On y découvrit à la batterie, à la percussion, à la guitare électrique, des « showwomen » aussi convaincantes que leur collègues masculins. Certaines d’entre elles avaient été formées à l’ENA, l’école nationale des arts, d’autres venaient tout droit des quartiers populaires sinon de la rue. «Alors que les filles sont aussi douées pour la musique que les garçons, durant longtemps il était mal vu qu’elles se produisent sur scène autrement que pour danser » devait expliquer leur manager Louis Onema, animateur du centre culturel M’eko, dans le quartier de Kinsuka. « Nous voulons qu’elles prennent conscience en elles, qu’elles puissent gagner leur vie en devenant, à l’instar des hommes, des vedettes de la scène… » Lors de cette mémorable soirée au Centre Walllonie Bruxelles en tous cas le pari fut largement gagné : espérons revoir un jour à Bruxelles Nkento Bakaji et ses sœurs, toujours aussi dynamiques…
Durant la troisième soirée, encadrant Daan, Shak Shakito fit revivre les sources traditionnelles des Anamongo, l’une des grandes ethnies de l’Equateur et chanta également en tetela, la langue du Kasaï oriental, encadré par une musique endiablée qui emporta l’asssistance.
Au vu du succès de ces trois premières soirées, Jean Steffen, le promoteur des francofolies, qui caressait depuis longtemps ce projet kinois, un peu fou, un peu franco, pouvait déclarer que le pari était gagné car la salle s’était avérée trop petite pour contenir un public enthousiaste, qui dansait encore en sortant dans la rue. Mais l’épreuve de vérité devait venir plus tard encore, à l’occasion des spectacles programmés en fin de semaine au Théâtre de Verdure : là, dans ce lieu d’accès plus difficile, le prix des places s‘élève à 25 euros, un peu cher pour le Kinois moyen…

14 septembre 2015

Congo: du glissement à la glissade, les enjeux des élections provinciales

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Kinshasa,

Echaudé par la violence des émeutes de janvier dernier, provoquées par le simple soupçon d’un report des élections présidentielles le pouvoir congolais (ou en tous cas les partisans du maintien au pouvoir du président Kabila) a choisi de s’avancer masqué. C’est en effet un arrêt rendu par la Cour Constitutionnelle, en principe indépendante, qui risque de gripper le délicat mécanisme électoral qui devait s’enclencher en octobre prochain.
En effet, la Cour a ordonné, lors d’une audience à Kinshasa, que l’élection des gouverneurs de province aient lieu avant l’élection des députés provinciaux. Or le calendrier électoral a fixé cette élection au 25 octobre prochain, soit un délai de six semaines, qui paraît bien difficile à respecter.
Rappelons en effet que le Congo se trouve en pleine réforme administrative : négocié lors des accords de paix de Sun City en 2002, inscrit dans la nouvelle Constitution, le découpage territorial, longuement différé, a finalement été promulgué par le président Kabila en février 2015. Désormais, au lieu des onze provinces existantes, le Congo en comptera 26 et 21 nouvelles provinces ont donc été créées. Chacune d’entre elles devra être dotée d’un gouverneur et d’un vice-gouverneur, élus par les nouvelles Assemblées provinciales. Cette élection, indirecte, devrait coûter deux millions de dollars, mais le Premier Ministre Matata Mponyo a déjà déclaré, sans autre explication, que son gouvernement ne disposait pas des moyens nécessaires pour financer ce premier scrutin.
Si la Ceni (Commission électorale indépendante) s’avère incapable de respecter l’arrêt de la Cour dans un délai aussi bref, c’est l’ensemble du calendrier électoral qui se trouvera décalé : les élections provinciales ne pourront avoir lieu en octobre, ni les sénatoriales en janvier, et il sera probablement impossible d’organiser pour novembre 2016 les élections législatives et le scrutin présidentiel. On assistera donc, pour des raisons présentées comme « techniques » à un glissement de fait, soit un report de l’élection présidentielle vers laquelle convergent déjà tous les esprits. Estimant que c’est le découpage territorial précipité et non préparé, après une longue attente, qui a grippé la délicate machinerie électorale, le député de l’opposition Martin Fayulu a suggéré que l’on en revienne provisoirement aux onze anciennes provinces. Pour lui, « gouverner, c’est prévoir et le Premier Ministre comme le Ministre de l’Intérieur ont opéré le découpage, précipitamment, en sachant qu’il n’y avait pas assez d’argent… C’est de l’irresponsabilité… »
L’ancien Premier Ministre Muzito (appartenant au PALU (parti lumumbiste unifié) qui fait cependant partie de la majorité présidentielle, est bien plus critique encore. Il nous assure « les nouvelles provinces sont des « enfants morts nés », qui n’auront pas les moyens de fonctionner. En effet, alors que la loi prévoit que le pouvoir central rétrocède aux provinces 40% des ressources disponibles, la part versée aux provinces n’était que de 12% en 2015. A l’avenir, chacune des 26 provinces ne pourra compter que sur un crédit mensuel de 1, 1 million de dollars… »
Plus globalement, le financement de la série de scrutins pose des problèmes jusqu’à présent insolubles : alors qu’en 2006 des élections considérées comme un succès avaient été menées avec un budget de 500 millions de dollars, cette fois les montants avancés par la CENI oscillent entre 800 millions et 1, 1 milliard de dollars et la communauté internationale refuse d’intervenir dans le financement aussi longtemps qu’elle ne disposera pas du calendrier électoral complet et définitif. Une autre question porte sur l’état de santé du président de la CENI, le très compétent et très respecté abbé Malu Malu, qui serait toujours retenu aux Etats Unis pour des soins médicaux.
A ce stade, même si l’arrêt de la Cour constitutionnelle a entraîné des questions dans la presse et si les juristes montent à l’assaut, la population n’a pas encore réellement mesuré à quel point le retard de la locomotive de tête mettait en péril tout le convoi et une partie de l’opposition, autour d’Etienne Tshisekedi, est toujours absorbée par un « dialogue » avec le pouvoir.
Instruites par les émeutes de janvier, les autorités ne baissent cependant pas la garde : redoutant qu’un report des élections, fût-il dû à des raisons techniques, provoque de nouveaux troubles, l’arsenal répressif se renforce et on assiste à un réel durcissement du pouvoir, dont l’interdiction du film consacré au Dr Mukwege, le maintien en prison de deux jeunes activistes du mouvement citoyen Filimbi, l’arrestation de journalistes ne sont que quelques exemples…

8 septembre 2015

Pas de négociation à propos du film “l’homme qui répare les femmes”

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A la suite du refus de diffusion du film « l’homme qui répare les femmes » exprimé par le ministre de l’information congolais Lambert Mende, invoquant la réaction négative des forces armées, une voie de négociation demeurait ouverte. Elle avait été préparée par plusieurs amis congolais et surtout par Kathryn Brahy, déléguée de Wallonie Bruxelles International. Cette perspective demeurait cependant très hypothétique, étant donné que Thierry Michel, de sa propre initiative et sans consulter les autres personnes concernées, -dont les producteurs et la co auteur du film-, avait prévenu la presse de la « censure » dont « l’homme qui répare les femmes « avait fait l’objet.
Malgré tout, il avait été convenu qu’à mon arrivée à Kinshasa, je prendrais contact avec le ministre de l’Information et que nous visionnerions ensemble les passages litigieux, à l’aide d’un traducteur local maîtrisant parfaitement le swahili et le mashi. Si une erreur de traduction avait du être décelée, elle aurait pu être corrigée, ouvrant ainsi la voie à la levée du veto militaire. Cette solution à l’amiable aurait permis que nul ne perde la face et surtout que la population congolaise puisse prendre connaissance d’un film qui lui était destiné en premier lieu, bien avant les audiences diplomatiques et internationales.
Elle n’a cependant pas été possible parce que le co auteur du film, Thierry Michel, de sa propre initiative et sans concertation, prit les devants, prenant l’avis de traducteurs vivant en Belgique. Ces derniers conclurent au fait qu’aucune erreur n’avait été relevée et ce verdict, qui ne découlait pas d’une appréciation croisée, fut largement communiqué.
En outre, alors que le rendez vous était pris avec le ministre de l’Information, M. Michel prit l‘initiative, encore une fois unilatérale, d’adresser à ce dernier un message qui fut jugé jugé « menaçant » et rappelant les derniers jours du maréchal Mobutu (septembre est l’anniversaire de la mort de ce dernier au Maroc). A mon arrivée au ministère de l’information, je découvris qu’un traducteur local swahiliphone avait déjà été convoqué la veille, en prévision de notre séance de visionnage. Mais surtout, il apparut que les ponts avaient été rompus entre le ministre et Thierry Michel. Lambert Mende avait tenu le chef de l’Etat informé de ses échanges avec le cinéaste et le président avait tranché contre une diffusion du film au Congo. Plus rien n’était donc possible, la porte entr’ouverte avait claqué.
Sans préjuger du résultat final de la démarche entreprise (un échec était parfaitement envisageable, les objections du pouvoir congolais étaient peut-être plus radicales qu’un problème de traduction) je ne peux m’empêcher de conclure que , une fois de plus, le réalisateur a communiqué sans concertation sur une question qui concernait plusieurs personnes ayant jusque là respecté les règles de la collégialité. Qu’il a torpillé une négociation qu’il savait imminente et délicate, en faisant connaître les conclusions de ses propres traducteurs et en interpellant maladroitement le ministre de l’Information.
Qu’il a, de facto, rendus vains sinon ridicules les efforts de plusieurs personnes qui s’étaient efforcées de trouver une solution à l’amiable, car elles pensaient que la priorité devait être donnée au droit de la population congolaise à voir ce film qui lui était destiné.
Mais je conclus aussi que sur le plan médiatique international, le réalisateur, en plus de décrédibiliser le pouvoir congolais, a assuré la publicité de son film et renforcé sa propre position de victime de la censure…

8 septembre 2015

Au Congo les entrepreneurs wallons visent l’eau et l’énergie

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KInshasa
Installée à Kinshasa depuis dimanche, l’importante délégation de 50 chefs d’entreprise et d’universitaires, conduite par le ministre wallon de l’économie Jean-Claude Marcourt, a pu prendre la mesure à la fois des défis à relever et des potentialités du pays.
A Ndjili par exemple, à deux kilomètres de la rivière du même nom qui traverse la ville, la Regideso capte, fait décanter, épure puis distribue 330.000 mètres cubes d’eau par jour. Aux représentants et aux ingénieurs conseils des entreprises spécialisées dans le secteur de l’eau comme Balteau ou Altech Saf,, le directeur provincial de la Regideso Gervais Ntariba fait toucher du doigt l’ampleur du problème : « inaugurée par le président Mobutu en 1984, cette station fonctionnait avec l’aide de la coopération belge jusqu’en 1990. Lorsque la coopération fut rompue, nous avons été laissés à nous mêmes. Mais le travail s’est poursuivi et aujourd’hui, avec les autres stations de Ngaliema, Lukaya, Maluku, la Regideso réussit tout de même à fournir chaque jour 600.000 mètres cubes d’eau propre aux Kinois. Cependant l’extension de la ville est telle qu’il en faudrait au moins 750.000 : nous estimons le déficit à 200.000 mètres cubes par jour ! En 2020, nous devrions arriver à l’équilibre. Nous voulons investir dans les infrastructures de base, mais la ville ne cesse de s’étendre, elle compte aujourd’hui plus de dix millions d’habitants et il n’y a toujours pas de plan directeur… »
Les visiteurs wallons soupirent : l’un se verrait bien être associé à cette tâche gigantesque, fournir de l’eau aux habitants de l’une des plus grandes villes d’Afrique. L’autre, un expert dans la planification de Liège, s’associerait volontiers à la mise au point d’un « master plan » pour Kinshasa. Et un troisième, familier du pays, soupire plus profondément encore : « investir, oui, mais les risques subsistent, l’avenir politique marqué par les échéances électorales demeure incertain… »
C’est pour répondre à de telles questions que Jérôme Roux, attaché commercial de Wallonie Bruxelles International, a organisé un planning d’enfer pour ses hôtes, tous des spécialistes reconnus dans deux secteurs spécifiques, l’énergie et l’eau : des visites sur le terrain, des entretiens de haut niveau avec, pour commencer, le ministre Bahati Lukwebo chargé de l’économie nationale. Volontariste, Jean-Claude Marcourt balaie craintes et objections : « oui, des risques subsistent, oui nous devons plaider pour plus de transparence, mais il est plus que temps de faire le voyage, tous les autres sont déjà là, les Chinois, les Indiens, les Américains. Devrons nous être les derniers dans ce pays ci ? »
Accueillant la délégation, le ministre Bahati avait lui-même tenu à rassurer ses hôtes et à rappeler les opportunités qu’offre le Congo : « il est classé par « Doing Business » dans le « top 10 » des pays ayant accompli le plus de réformes, la croissance a atteint 9,5% en 2014 et pourrait passer à 10% l’an prochain, surtout grâce à la production du secteur minier et de l’agro business. L’énergie doit être le moteur de cette croissance…»
Cependant, la réalité est moins glorieuse : si le seul fleuve Congo possède des ressources énergétiques potentielles évaluées à 100.000 megawatts, 9% seulement de la population a accès à l’électricité. Et si la RDC est le château d’eau de l’Afrique, détenant 55% des réserves en eau douce du continent, seulement 22% de la population a accès à l’eau potable, dont 12% en milieu rural…
Le secteur minier lui-même est sanctionné par la pénurie d’électricité, qui paralyse le développement des grands projets.
Cette conjonction des besoins et des ressources potentielles fait briller les yeux des chefs d’entreprise wallons : sans vouloir jouer dans la cour des géants, ils lorgnent des niches intermédiaires, qu’il s’agisse de petites stations d’épuration, de barrages sur les cours d’eau moyens, de travaux d’assainissement. Et tous admirent la performance de la société Neo tech, qui vient de signer, en présence du ministre Marcourt, un contrat de 2.300.000 euros portant sur la fourniture d’équipements aux laboratoires de la faculté polytechnique de Kinshasa.

4 septembre 2015

Le Docteur Mukwege regrette l’interdiction du film qui lui est consacré

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Confirmant la décision d’ interdire la diffusion au Congo du documentaire « l’homme qui répare les femmes » consacré au travail mené par le Docteur Mukwege auprès des femmes du Kivu victimes de violences sexuelles, le ministre congolais de l’Information Lambert Mende a justifié cette mesure par des problèmes de traduction. Selon lui, des propos tenus en mashi (la langue du Kivu) ou en swahili par des femmes congolaises, qui auraient été mal traduits en français et qui auraient critiqué injustement l’armée congolaise, auraient justifié cette mesure « l’armée s’est estimée calomniée, c’est une injustice totale » a précisé le porte parole du gouvernement.
Cette décision a suscité de nombreuses réactions, dont celle de Didier Reynders, du ministre-président de la Communauté française de Belgique Rudi Demotte et du représentant spécial de l’ONU au Congo Martin Kobler. Mais surtout, le principal intéressé, le Docteur Mukwege, qui comptait projeter le film en primeur dans l’enceinte de l’hôpital de Panzi devant ses patientes et ses collaborateurs, a exprimé son grand regret. « Nous avions hâte que nos compatriotes puissent voir le film dans leur pays. Il a été fait pour eux, il leur appartient. Sa censure met en évidence la volonté du gouvernement de refuser au peuple congolais son droit d’accès à l’information. Son histoire et son droit à la mémoire collective lui sont niés dans le but de mieux le manipuler et le contrôler. »
Le médecin-chef de Panzi rappelle d’autres formes de censure dont il a fait l’objet : le public congolais, en 2008 n’a jamais été informé du prix des Nations unies pour les droits de l’homme qui lui avait été décerné. En 2014, le Prix Sakharov, décerné à l’issue d’un vote unanime du Parlement européen, au docteur mais à travers lui aux femmes congolaises n’a pas été porté à la connaissance de ses compatriotes. Le médecin rappelle aussi d’autres mesures « liberticides » : la répression sanglantes des manifestations populaires de janvier 2015 et la coupure de l’accès à Internet ainsi que le blocage des réseaux sociaux et le brouillage des faisceaux des radios et télévisions telles que RFI.
Pour le docteur, «il apparaît incompréhensible que les témoignages des femmes et des acteurs de la société civile retraçant dans ce film documentaire la dure réalité vécue par des dizaines de milliers de femmes ces vingt dernières années, mais aussi leur faculté à retrouver la force de vivre avec dignité, puissent inquiéter outre mesure les autorités qui ont pris la décision de l’interdire. » Et de conclure : « Jésus a dit : « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres. » Gageons que cette mesure d’interdiction soit temporaire, car la vérité, même si elle dérange certains, a toujours vocation à voir le jour. »
Relevons que si le veto apposé par les autorités militaires est inspiré par des problèmes de traduction, il s’agit d’un obstacle qui pourrait être levé sans trop de peine.
Quant aux critiques bien réelles adressées par la population aux forces armées, elles doivent se lire dans un contexte historique : la comparution de Bosco Ntaganda, dit « Terminator » devant la Cour pénale internationale illustre la manière dont des chefs de faction rebelles ont, à certaines époques, été intégrés au sein de l’armée congolaise, avec l’assentiment de la communauté internationale qui y voyait un gage de réconciliation.
Rappelons qu’en 2009, la décision du Congo et du Rwanda de mener des opérations conjointes contre les combattants hutus rwandais présents au Kivu s’était traduite par la nomination de Bosco Ntaganda à un poste de commandement au sein de l’armée nationale et par l’élévation au grade de général du tueur de l ’Ituri, déjà visé par plusieurs mandats d’arrêt internationaux !
Durant des années, l’impunité voire l’amnistie, imposées par des impératifs géopolitiques, (les relations avec les pays voisins et en particulier le Rwanda) ont inspiré les opérations de « mixage » et de « brassage »c’est-à-dire l’intégration d’ ex-rebelles au sein des forces armées, au grand dam de la population qui voyait ses bourreaux d’hier changer d’uniforme !
La réorganisation et la professionnalisation des forces armées congolaises est un processus déjà entamé avec succès, -avec, entre autres, le soutien de formateurs belges- mais il mettra des années à être mené à son terme. Aujourd’hui encore, des témoignages nous parviennent du Sud Kivu, mettant en cause des militaires participant à l’opération Sukola2 qui se seraient rendus coupables de viols. Au lieu de bloquer l’information sur ces crimes, les autorités militaires et politiques devraient intensifier leurs efforts pour châtier les coupables et démontrer que de tels méfaits appartiennent à une époque révolue.

Jean-Claude Marcourt à Kinshasa

Accompagné par une cinquantaine d’honnes d’affaires et d’universitaires, le ministre wallon de l’économie Jean-Claude Marcourt arrivera dimanche à Kinshasa pour une visite de quatre jours.
Ce séjour sera axé sur deux thèmes principaux, l’énergie et l’eau et le ministre, qui rencontrera les ministres concernés par ces matières, exposera à ses hôtes le savoir faire et les possibilités de coopération de la Wallonie. Il inaugurera aussi les Francofolies, qui, pour quelques jours, ont pris leurs quartiers à Kinshasa.

4 septembre 2015

Les chantiers africains d’Hervé Ladsous, chargé des opérations de paix à l’ONU

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Chargé du département des opérations de maintien de la paix de l’ONU, (DKPO) le Français Hervé Ladsous, de passage à Bruxelles, a été confronté à la crise des migrants et aux commentaires des personnalités politiques. Il réagit sans hésiter aux propos de Wouter Beke, préconisant une intervention militaire en Syrie, dans le cadre de l’ONU : « ce n’est pas envisageable … De toutes façons l’afflux de migrants vers l’Europe s’explique aussi par la guerre qui fait rage au Yémen, elle coupe la route vers les pays du Golfe…Tout est lié… Quant à la migration en provenance d’Afrique noire, elle est due aussi aux conditions économiques, au chômage des jeunes… »
Face aux grandes crises internationales, l’Europe demeure-t-elle absente, laissant les pays du Sud fournir 90% des effectifs des opérations de maintien de la paix ? Hervé Ladsous est conscient de ce déséquilibre : «voici quelques années, le Sud fournissait 95% des troupes », mais il insiste sur le concours financier de l’Europe « elle assure 40% des contributions financières…En outre, un pays comme la France, le plus réactif, s’est fortement engagé dans plusieurs opérations en Afrique de l’Ouest, Serval au Mali, Barkhane au Sahel…En Centrafrique, l’Europe soutient la formation de militaires, au Mali, c’est une force européenne qui a réussi le bridging, c’est-à-dire la transition entre les forces françaises et le déploiement d’un contingent de l’ONU… En outre, le retrait de plusieurs contingents européens qui étaient déployés en Afghanistan va sans doute libérer des forces qui pourront être mises à la disposition de l’Onu. Au Mali déjà, des Hollandais et des Suédois sont déployés du côté de Gao et de Tombouctou et des officiers européens sont présents dans de nombreuses missions en Afrique.
Cette participation aux opérations de maintien de la paix est généralement très appréciée par les militaires eux-mêmes car elle développe leur expertise…L’Union européenne envisage aussi de renforcer ses capacités de déploiement de « battle groups » des unités d’intervention rapide…Cette notion de rapidité est très importante, car la mise sur pied d’une mission de l’ONU en tant que telle prend toujours beaucoup de temps : il faut négocier et préciser le mandat, recruter les troupes, prévoir l’équipement. Bien souvent, les parlements nationaux doivent ratifier l’engagement sur le terrain, tout cela prend du temps… »
Pour le moment, la situation du Sud Soudan préoccupe beaucoup le patron du DKPO : «c’est très difficile : le pays est vaste comme la France et la Belgique réunis et ne dispose que de 500 km de routes carrossables; il est en grande partie couvert de marécages impraticables.. Malgré les accords signés en 2013 et renouvelés en janvier dernier, la situation ne cesse de s’aggraver : les armes prolifèrent, on compte 200.000 déplacés, des milliers de morts. Et, bien sûr, des foules immenses qui vont grossir le flux des migrants. Quatre ans seulement après l’indépendance, nous assistons à la banqueroute d’un Etat, aggravée par la chute des cours du pétrole, qui a vidé le trésor public, l’Etat est incapable de remplir ses obligations minimales… A cette faillite s’ajoutent les intérêts contradictoires de tous les pays voisins, le Soudan lui-même, évidemment, mais aussi l’Ouganda, le Kénya. L’IGAD, organisation régionale s’avère incapable de trouver une solution… »
Sans le dire ouvertement, Hervé Ladsous déplore le départ de la mission de l’ONU au Burundi, qui avait été exigée par les autorités et le fait que les envoyés spéciaux du secrétaire général aient été poussés au départ ou récusés « nous avons du céder la place aux acteurs régionaux, ce qui est positif en principe, à condition d’obtenir des résultats… »Quant à la République démocratique du Congo elle représente toujours la plus importante des missions de paix de l’ONU, avec plus de 20.000 hommes déployés sur le terrain.
Là non plus, les relations avec les autorités ne sont pas faciles : « après deux ans, le mandat du représentant spécial de l’ONU, l’Allemand Martin Kobler, est déjà terminé. Nous avons engagé un « dialogue stratégique » avec les autorités car le président Kabila, à plusieurs reprises, a demandé le départ de la mission, estimant que les forces gouvernementales étaient désormais capables de prendre le relais. De notre côté, nous évaluons la situation sur le terrain : certes, voici deux ans, nous avons mis hors course le M23, le plus important des mouvements rebelles, mais le travail n’est pas fini. Restent les ADF Nalu liés aux shebabs (ndlr. un mouvement islamiste originaire d ’Ouganda qui sévit dans la région de Beni, au Nord du Nord Kivu), les FDLR rwandais (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) très dispersés mais toujours présents, des groupes de combattants congolais Mai Mai…Heureusement, les 3000 hommes de la Brigade d’intervention africaine (Tanzanie, Malawi, Afrique du Sud) restent opérationnels et l’usage de drones a changé la situation sur le terrain : ils permettent des interventions plus rapides, effrayent les chefs de guerre qui se savent observés, sécurisent les frontières car ils permettent de repérer les infiltrations… »
De Bruxelles, Hervé Ladsous va s’envoler pour la Centrafrique : « si à Bangui la sécurité a été rétablie, en province, les mouvements armés antagonistes, Seleka et anti balaka sévissent toujours, l’armée demeure indisciplinée…Il nous faut recréer une police, une gendarmerie, cantonner les ex combattants…L’autorité de l’Etat ne dépasse pas les 12 kilomètres au-delà de la capitale… Et pourtant il faut mettre sur pied un gouvernement de réconciliation nationale, organiser des élections, puis la transition…Tout reste à faire…»