29 septembre 2015

L’oeuvre inachevée de Martin Kobler au Congo

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Voici deux ans, l’arrivée de Martin Kobler à la tête de la Monusco avait suscité beaucoup d’espoir au Congo : le diplomate allemand revenait d’Afghanistan, où il avait laissé le souvenir d’un homme énergique et courageux. Dès son arrivée en Afrique centrale, il consacra toute son attention à la situation dans l’Est du Congo, où les rebelles tutsis du M23 contrôlaient encore une bonne partie du Nord Kivu et défiaient les forces gouvernementales. Définissant le M23 comme la première des cibles, Kobler prit plusieurs mesures spectaculaires : déploiement de drônes, mise sur pied puis engagement de la Brigade africaine d’intervention, composée de 3000 hommes mis à disposition de l’ONU par l’Afrique du Sud, la Tanzanie, le Malawi. Epaulant une armée congolaise mieux payée, mieux équipée et mieux dirigée, les soldats africains, profitant de dissensions entre les rebelles, réussirent à chasser le M23 vers l’Ouganda et le Rwanda tandis que l’un de leurs chefs, Bosco Ntaganda, était envoyé à la Cour pénale internationale où il comparaît en ce moment.
Cette défaite d’un mouvement qui défiait directement l’autorité de l’Etat contribua à la pacification et au relatif relèvement du Nord Kivu. Mais à l’époque, Martin Kobler répétait que le M223 n’était que le premier sur la liste et que d’autres groupes armés allaient être pris pour cible par les offensives conjointes de la Monusco et de l’armée gouvernementale.
L’offensive suivante visa les ADF (Allied democratic forces), des rebelles d’origine ougandaise opérant du côté de Beni dans le « grand Nord » du Nord Kivu. Liés aux « chebabs » somaliens, mais également manipulés par des politiciens locaux, les ADF se rendirent coupables de nombreux massacres, faisant 400 morts en moins d’un an. Kobler, à chaque fois, plus rapidement que les autorités elles-mêmes, se rendit sur les lieux et si actuellement les déplacés commencent à regagner leurs villages, les ADF demeurent une menace latente, recourant à des actes de terrorisme.
Désireux d’intensifier les opérations de désarmement des groupes armés opérant à l’Est, le représentant spécial de l’ONU délocalisa vers Goma une partie des troupes onusiennes positionnées dans des provinces considérées comme stables et une partie du staff civil quitta Kinshasa pour prendre ses quartiers à l’Est, faisant exploser le prix des loyers.
Peu à peu, le désarmement d’autres groupes armés, des Mai Mai congolais entre autres, se poursuivit, les Casques bleus assurant la logistique et le transport des forces gouvernementales à l’offensive.
Mais l’essentiel, qui avait, voici seize ans, justifié l’intervention de l’ONU au Congo, restait à faire : désarmer et rapatrier les FDLR, (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) ces rebelles hutus auteurs des pires exactions contre les populations civiles et toujours considérés comme une menace par le Rwanda.
La condamnation de deux de leurs dirigeants (Ignace Murwanashyaka et Straton Musoni) pron,oncée cette semaine un tribunal de Stuttgard a rappelé, si besoin en était, les ramifications internationales de ce mouvement et surtout, la manière dont ses chefs dirigeaient à distance les atrocités commises au Kivu : les représailles contre les villages (meurtres, violences sexuelles, recrutement d’enfants soldats, pillages…) étaient commanditées depuis l’Europe, grâce aux moyens de communication modernes, le téléphone et Internet.

Au début de cette année, alors qu’une opération d’envergure était prévue, réunissant les efforts des unités congolaises et de la Monusco, c’est de New York que tomba le veto, au grand dam des hommes de terrain : le fait que les forces congolaises soient dirigées par deux généraux figurant sur la « liste rouge » des hommes ayant commis des crimes de guerre dans l’Ituri généra une position de principe, et, alors que le dispositif d’attaque était fin prêt, la collaboration entre les FARDC et les Casques bleus fut annulée, ce qui priva les Congolais d’une logistique importante. Aucune solution de compromis n’ayant pu être trouvée, c’est seule que l’armée gouvernementale partit à l’assaut contre les FDLR, avec des résultats très mitigés : voici deux semaines encore, elle subit plusieurs défaites militaires infligées par des hommes beaucoup moins « en perdition » qu’on ne l’avait assuré…
Pour Martin Kobler, cette absence de collaboration représente un échec incontestable, dont il faut blâmer autant les forces congolaises qui auraient du écarter des officiers sujets à caution que les responsables de l’ONU à New York qui, invoquant des questions de principe (surmontées ailleurs…)ont fait échouer une opération sensible qui aurait donné satisfaction au Rwanda…
Depuis lors, malgré la jovialité de Kobler, les relations entre le représentant spécial de l’ONU et les autorités congolaises se sont considérablement refroidies et si les effectifs de la Monusco ont été réduits de 2000 hommes, les autorités congolaises, de plus en plus jalouses de leur souveraineté, souhaiteraient la fin totale et définitive d’une opération de maintien de la paix souvent considérée comme l’une des plus chères du monde. Se préparant vraisemblablement à devoir se rendre en Libye, Martin Kobler, comme ses prédécesseurs laisse un travail inachevé et un pays en proie à de nombreuses incertitudes, qui pourrait être secoué par une crise grave si le « glissement » c’est-à-dire le report du calendrier électoral devait se confirmer.