4 octobre 2015

La culbute du Burundi préfigure le glissement du Congo…

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Voici peu, l’un des proches du président Kabila citait en exemple le Burundi : le président Nkurunziza a réussi à passer le cap du troisième mandat, pourquoi pas nous ?
Les derniers évènements politiques au Congo comme au Burundi démontrent que l’exemple était particulièrement mal choisi. Au Burundi, chaque matin apporte son lot de cadavres et ce week end encore quinze morts ont été dénombrés à Bujumbura seulement : non seulement l’économie est en chute libre mais pratiquement tous les acquis engrangés depuis les accords de paix, dont la liberté de la presse et le succès de la réforme de l’armée sont en passe d’être dilapidés.
En République démocratique du Congo également, la perspective d’un « glissement », d’un recul de l’échéance électorale, quelles que soient les raisons évoquées, est lourde de dangers : elle risque de briser le fragile consensus qui avait mené aux accords de paix de Sun City en 2002 et à l’adoption, par referendum, d’une nouvelle Constitution. Cette dernière non seulement représente le socle de la légalité, après des décennies de dictature puis des années de guerre, elle symbolise une nouvelle ère, celle de l’Etat de droit.
Au Burundi, la fuite en avant du président Nkurunziza et des « durs » du régime avait en son temps été critiquée au sein y compris au sein du parti au pouvoir, où des légalistes, appelés « frondeurs », avaient plaidé en faveur du respect des règles constitutionnelles. Rapidement mis sur la touche, ces dissidents, des intellectuels pour la plupart, alimentent aujourd’hui diverses formes de résistance à un régime de plus en plus répressif.
Quelques mois après cette dérive burundaise, on ne peut que s’inquiéter des symptômes congolais : plusieurs personnalités de premier plan, (comme Olivier Kamitatu, (ex ministre du plan) Pierre Lumbi, (ancien conseiller spécial de Kabila) Gabriel Kyungu wa Kumanza, président du parti Union des fédéralistes du Congo (Unafec) et personnalité de poids au Katanga, tous membres de la majorité présidentielle, ont fait défection et fondé le groupe du G7, devenant ainsi des «frondeurs » à la congolaise…
Cette semaine, une autre défection de poids a affecté le camp présidentiel, celle du gouverneur du Katanga Moïse Katumbi : il a annoncé qu’il quittait le PPRD (parti du peuple pour la reconstruction de la démocratie). Dans une déclaration accompagnant son message sur Twitter, il a précisé que « les faits indiquent que depuis maintenant un an, tout est mis en œuvre pour ne pas respecter la Constitution en entretenant retard, flou et illisibilité du cycle électoral et en élaborant une stratégie de glissement des dates des scrutins. » M. Katumbi a déploré également les « arrestations arbitraires de militants pro- démocratie, les intimidations, la répression policière de plus en plus violente, les atteintes à la liberté d’expression ».
Cette démission a été saluée par le Docteur Mukwege, qui a « félicité ses compatriotes qui ont eu le courage de s’opposer à une dérive anti-démocratique de plus en plus accentuée. »
L’annonce de la démission de Moïse Katumbi ne représente pas une surprise, car l’ex-gouverneur du Katanga avait déjà été touché par une mesure de suspension de ses fonctions et la division de la province du cuivre en quatre entités distinctes avait déjà singulièrement morcelé son « royaume ».
Il y a longtemps que M. Katumbi, après avoir longtemps bénéficié de la confiance du chef de l’Etat, était passé à une opposition latente puis déclarée lorsque le président du club de football TP Mazembe avait dénoncé l’éventualité d’un « troisième pénalty frauduleux. » Son opposition à une reconduction de M. Kabila, en dépit du texte de la Constitution, ne représente pas un élément neuf mais il est révélateurs des débats qui divisent les rangs kabilistes : pour les uns, le « Raïs » (chef en swahili) ferait mieux de préparer élégamment sa sortie en 2016, pour les autres il demeure un homme indispensable, au vu de sa connaissance des dossiers régionaux (rwandais en particulier) de l’ampleur du travail accompli depuis 2001 et des menaces qui continuent à peser sur un pays entouré de zones de conflit : Boko Haram et la montée des islamistes à l’ Ouest (Nigeria, Centrafrique, Tchad, Cameroun) persistance des rebelles hutus FDLR à l’Est et surtout recrutement de jeunes Congolais censés aller grossir les rangs des shebabs (islamistes somaliens). « Si le Congo explose, c’est toute l’Afrique qui risque de vaciller » nous expliquait voici peu un conseiller du chef de l’Etat. Fallait il lui répondre que si le Congo venait à imploser, si le glissement devait se traduire en culbute, la situation deviendrait bien plus irrattrapable et plus meurtrière encore que celle du Burundi voisin ?