30 novembre 2015

Comequi au service des petits producteurs de café du Nord Kivu

Catégorie Non classé

Au début des années 2000, au cœur des années de guerre, Michel Verwilghen, qui avait dirigé une agence bancaire à Goma, est revenu au Nord Kivu. Il a été touché par la décrépitude de la ville, par l’afflux de réfugiés, par les conséquences de l’éruption du volcan Nyiragongo, qui avait englouti une bonne partie du centre ville. Goma était alors la « capitale mondiale de l’humanitaire ». Les agences onusiennes, les ONG internationales géraient l’urgence, tentaient de faire face au plus pressé, mais le développement, lui, semblait tragiquement oublié. L’économiste qui avait passé au Kivu une bonne partie de sa vie se souvint alors des « fondamentaux » de la province, des temps où la prospérité n’était fondée ni sur les ressources minières, ni sur la spéculation immobilière due à l’afflux d’expatriés et de militaires, mais sur le développement agricole, en particulier la culture du café. Les campagnes étant préfinancées par les organismes financiers de la place, la production du café représentait l’une des principales sources de revenu de la région, occupant une main d’œuvre abondante. Durant longtemps, le café des hautes terres du Kivu fut internationalement réputé. Pourquoi ne pas revenir à ces valeurs de base et tenter d’enrayer l’exode rural ?
Dès 2009, sur une base totalement privée, mobilisant quelques amis qui avaient eux aussi le sentiment qu’il fallait relancer l’économie du Nord Kivu, Verwilghen se lança dans l’aide aux petits caféiculteurs. Afin d’améliorer la qualité générale du café, des pépinières furent créées, alimentées par les meilleures semences du domaine de Katale, et des plants sélectionnés furent confiés aux petits producteurs. Le budget initial ne dépassait pas 30.000 euros, alimenté par des contributions privées mais il atteignit rapidement les 200.000 euros, à mesure que des sociétés ou des fortunes privées étaient mises à contribution. En outre un subside de WBI (Wallonie Bruxelles International) (40.000 euros) permit la formation des petits caféiculteurs. Beaucoup de soutiens trouvent leur origine dans des visites sur le terrain, organisées par l’agence Kivu Travel et un véritable réseau d’appui s’est ainsi mis en place.
Depuis 2014, la coopérative COMEQUI (commerce équitable) a pris son envol et les producteurs disposent désormais à Minova d’une station de lavage et de dépulpage où ils peuvent apporter leur production afin que les précieuses graines soient soigneusement lavées, triées, sélectionnées. Verwighen, en bon banquier, insiste : « rien ne doit être gratuit, les services sont payants…Ainsi les coopérateurs qui recourent à la station de lavage doivent lui laisser 13% de leurs gains, c’est la seule manière de rendre l’entreprise pérenne. » La station espère recevoir bientôt le label Fair trade, ce qui accroîtra sa visibilité. Aujourd’hui déjà, la qualité du café produit par Comequi s’est imposée sur les marchés, à tel point que l’entreprise « Café Liégeois » installée dans la Cité ardente, en achète désormais une bonne partie et qu’un label particulier signale ses qualités exceptionnelles. Le café du Sud Kivu en effet appartient à la catégorie Arabica, d’une qualité telle que, sur les marchés mondiaux, la demande est plus importante que l’offre. Le succès de Comequi a fait des émules : suivant la même formule, des champs communautaires ont été affectés au maraîchage, afin que Goma puisse redevenir ce qu’elle était auparavant, exportatrice de légumes frais vers le reste du pays.
A Minova sur les rives du lac, un ingénieur agronome a été mis à disposition des cultivateurs, qui sont souvent des associations de femmes et, face à un paysage sublime, un « guest house » de huit chambres a été construit afin de pouvoir accueillir des visiteurs de passage.
Comequi apporte aussi une aide spécifique aux femmes vulnérables, particulièrement affectées par les guerres qui ont frappé la région :pour survivre, elles ont formé des groupes solidaires, et se sont lancées dans l’élevage de chèvres, les champs communautaires, la couture…
Verwilghen insiste : « ici non plus, rien n’est gratuit. Un organisme de micro finance, Smico, accorde aux groupes de femmes de très petits crédits, avec des taux d’intérêt de 3% par mois –il faut savoir qu’au Kivu, le facteur risque est toujours considéré comme très important- et le taux de remboursement est excellent… »
Les succès de Comequi, qui repose exclusivement sur des initiatives privées, est tel que la société Tree Top, spécialisée dans le conseil aux investisseurs, envisage d’ouvrir un compartiment spécial, composé de « fonds de bons pères de famille » et dont un demi pour cent des bénéfices seraient attribués aux cultivateurs du Kivu.
Les défis et les perspectives d’avenir de Comequi seront présentés mercredi 2 décembre au cinéscope de Louvain la neuve, à l’occasion de la projection du documentaire « Virunga » consacré au parc qui fait la fierté du Nord Kivu et en présence de son conservateur Emmanuel de Merode.

29 novembre 2015

Au Nigeria, Boko Haram perd du terrain même si les enlèvements persistent

Catégorie Non classé

Lagos, envoyée spéciale,
Nasir El-Rufai, gouverneur de l’Etat de Kaduna, dans le Nord du Nigeria, a pris la peine de descendre à Abeokuta, une petite ville située à 200 kilomètres de Lagos, qui vient d’accueillir une importante foire du livre. C’est que ce petit homme frêle, qui se dit déjà « fatigué » par cinq mois d’exercice du pouvoir, a un message important à communiquer : « d’ici quelques semaines, le Nord du pays sera pacifié, on n’entendra plus parler de Boko Haram et il sera temps d’inviter les investisseurs, afin qu’ils créent des emplois pour les jeunes… » Relayant les promesses du président Muhammadu Buhari, un Musulman austère, élu en avril dernier et originaire du Nord lui aussi, le gouverneur assure que Boko Haram serait avant tout «l’expression d’ un malaise dont les causes sont avant tout sociales : révoltés par la corruption, le manque d’emplois, les jeunes se laissent aisément recruter… » Quant à Mohamed Banjuma, un prospère commerçant venu de Kano à Lagos pour affaires, il répète lui aussi que « d’ici la fin de l’année, Boko Haram aura été défait, car le nouveau président, ancien militaire et homme à poigne, a remplacé les généraux corrompus et inefficaces qui, dans le Nord comme ailleurs, ne songeaient qu’à s’enrichir… »
Les faits cependant démentent cet optimisme, largement partagé par beaucoup de Nigérians qui refusent de considérer que le groupe terroriste qui sévit dans les provinces du Nord puisse faire partie de la nébuleuse internationale de Daech ou d’Al Qaida. Le week end dernier encore, alors que l’hôtel Radisson était attaqué à Bamako, la capitale du Mali, à Kano, deux adolescentes qui se promenaient dans le marché des téléphones portables d’origine chinoise, n’hésitaient pas à faire sauter leur ceinture d’explosifs, faisant quinze morts et des dizaines de blessés. Au même moment, à Yola, dans l’Etat d’Adamawa, un autre attentat suicide emportait trente personnes : une bombe avait explosé au milieu de la foule, alors que les fidèles quittaient la mosquée. Aux yeux de nos interlocuteurs, il ne s’agît là que «des derniers soubresauts d’un mouvement en recul, qui ne cesse de perdre du terrain car il a perdu les complices qu’il avait au sein de l’armée… »
Cependant le groupe djihadiste nigérian, dont l’aile « Ansaru » s’est affiliée à Al Qaida, multiplie les attaques, visant surtout les marchés et les rassemblements de population. Et les chiffres des victimes sont bien plus lourds qu’à Paris : durant la seule année 2014, l’organisation a fait 6644 morts et cette année, dans toute sa zone d’opération,(Nord Est du Nigeria, Tchad et Cameroun) Boko Haram a déjà fait plus de 3500 morts.
Nos interlocuteurs tiennent à le répéter : « malgré ces chiffres, Boko Haram est un recul, son chef actuel, Abubakar Shekau n’ a réussi ni à perturber les élections démocratiques qui ont eu lieu en mars dernier, ni à maintenir le « califat » qu’il avait créé dans le nord-est du Nigeria et qui débordait sur les pays voisins. »
Réorganisée, plus pugnace qu’auparavant, l’armée a réussi à faire reculer les insurgés des territoires qu’ils avaient conquis, détruisant leurs camps et libérant des centaines d’otages. Malgré l’optimisme relatif de nos interlocuteurs, plus personne ne croit que les 276 lycéennes de Chibok, enlevées le 14 avril 2014, dans le pensionnat qui les hébergeait, seront jamais retrouvées : « ces jeunes filles, chrétiennes pour la plupart, ont été dispersées dans les pays voisins, probablement vendues ou offertes en récompense aux combattants. Ces derniers, souvent issus de milieux très modestes, n’ont pas les moyens de payer la dot d’une éventuelle épouse. Se voir offrir une femme, qu’ils traiteront comme une esclave sexuelle ou une porteuse, représente une récompense importante… »
Mausi Segun, chercheuse à Human Rights Watch, confirme que les problèmes sociaux dans les provinces du Nord ont facilité la tâche des propagandistes de Boko Haram : « les élites locales, souvent des chefs traditionnels, ne se soucient absolument pas des populations et c’est contre eux aussi, considérés comme de mauvais musulmans, qu’est dirigée la révolte… »
C’est donc sur un terreau social explosif qu’est née une révolte inspirée autant par la volonté d’imposer un islam rigoriste que par l’anti-occidentalisme : le mouvement, dont le nom ‘Boko Haram» vient de « book » (livre en anglais) et de « haram » (interdit, en arabe) se caractérise par un refus du modèle occidental d’éducation, hérité de la colonisation britannique et adopté par les élites nationales où chaque famille rêve d’envoyer ses enfants dans une université anglaise ou, de préférence, américaine.
Pour Mohamed Yusuf, chef spirituel et fondateur de Boko Haram, l’école occidentale détruit la culture islamique et se révèle plus dangereuse que les croisades. Outre ses actions armées, dont les victimes sont surtout des musulmans accusés de ne pas être des croyants suffisamment rigoureux, le mouvement dénonce la mixité, le relâchement des mœurs, la corruption et même la pratique du sport, qui distrait de la prière…
Rêvant de créer un jour dans le nord du pays une république islamique intégriste, le mouvement, au départ, a surtout visé des écoles et pris pour cible…les professeurs de géographie car ils enseignent que… la terre est ronde !
Purement local au départ, et motivé aujourd’hui encore par la corruption des élites du Nord et la brutalité des militaires, c’est voici cinq ans que la secte, radicalisée, a commencé à recourir au terrorisme, prenant contact avec des mouvances djihadistes internationales.
Cependant, malgré la multiplication des attaques et la dispersion du mouvement sur quatre Etats du Nigeria et trois pays voisins (Nord Cameroun, Niger et Tchad) nul, à Lagos, ne croit que Boko Haram puisse être la branche locale, « franchisée », de la « multinationale djihadiste » sont les membres obéiraient à des consignes dictées d’ailleurs. Et s’ils étaient pleins de compassion pour les victimes des attentats de Paris, les Nigérians ne se privaient pas de rappeler que chez eux, le terrorisme islamiste avait fait des milliers de morts et provoqué l’exode de plus d’un million de réfugiés, sans susciter de réaction internationale majeure…

29 novembre 2015

A la Belgique: cri du coeur lancé par une amie du “plat pays”

Catégorie Non classé

Depuis plus d’une semaine, en France, les commentateurs de tous poils –journalistes, politiques – ont trouvé un bouc émissaire à l’action terroriste qui a ensanglanté le pays le 13 novembre. Chacun y va de son interprétation condescendante, « Le Monde » du 24 novembre allant même jusqu’à se demander, dans son éditorial, si la Belgique ne serait pas devenue « une nation sans Etat ».
Qu’il y ait eu des failles, pour dire le moins, dans la surveillance de ceux qui s’apprêtaient à commettre des actes aussi lâches qu’ignobles, consistant à cibler une classe d’âge, la jeunesse, à laquelle chaque pays est viscéralement attaché, qui le conteste ? Mais comment peut-on jeter la pierre à une société tout entière en l’enjoignant, comme le fait encore « Le Monde » dans le même sentencieux éditorial, de se « ressaisir », comme on le dirait au plus mauvais élève de la classe ? Comment ne pas voir que le terrorisme prospère sur ce qui fait l’essence des démocraties, à savoir le refus du tout policier et du tout militaire ?
Les failles ont existé des deux côtés de la frontière, c’est l’évidence même. De part et d’autre de cette frontière, les deux pays ont laissé se constituer des ghettos hermétiques où la police ne rentre plus, où faiblesse de l’action sociale le dispute à la laideur urbaine, celle qui rend fou. Avant 2012, la France a éclairci comme jamais les rangs de ses forces de l’ordre. Et elle n’a pas su tirer les leçons des attentats de janvier 2015 qui auraient dû provoquer le sursaut que l’on voit aujourd’hui.
Le propos n’est pas ici d’entrer dans un débat technique sur l’anti-terrorisme. Mais de constater une désagréable réalité. Sous prétexte que la France est un vieux pays centralisé – malgré toutes les tentatives de ces dernières décennies –, elle considère avec condescendance ses voisins moins peuplés, moins anciens, et ne cesse d’invoquer, au nom de la République, la force de ses structures « régaliennes », oubliant au passage que le mot veut dire …royal.
Je ne tomberai pas dans le travers qui consisterait à dénigrer mon propre pays, profondément blessé. Mais je rejette ce regard méprisant sur un pays, la Belgique, qui est à la fois joyeux et attentif, qui accueille par milliers des Français handicapés ou âgés dont la France se désintéresse… et qui accueille, aussi par milliers, des Français soucieux d’échapper à une fiscalité qu’ils jugent confiscatoire. Un pays, la Belgique, véritable laboratoire du travail social, je peux en témoigner. Un pays où l’on connait les arcanes

de la politique française mieux que ne le font beaucoup de Français. Un pays où l’on mange comme Pantagruel, où l’on boit sec, où l’on célèbre le Beaujolais nouveau, où l’on vous prête sa chambre. Un pays frère.

Claire BRISSET
Ancienne Défenseure des enfants (2000-2006)
Ancienne journaliste au « Monde »

29 novembre 2015

Congo: Amnesty s’inquiète de la répression des “voix discordantes”

Catégorie Non classé

Alors que les élections ne doivent avoir lieu que fin 2016 et que six scrutins successifs sont prévus, le climat se tend dangereusement en République démocratique du Congo : même si le président Kabila n’a pas encore ouvertement affiché ses intentions et que la dérive du Burundi devrait inciter à la prudence, les spéculations se multiplient à propos de l’élection présidentielle prévue pour novembre 2016. De manière plus ou moins discrète, des membres importants de l’entourage présidentiel, comme Evariste Boshab, ancien secrétaire général du parti du peuple pour la reconstruction ou la démocratie ou Claude Mashala, secrétaire général du parti, se sont prononcés en faveur d’une révision constitutionnelle afin de supprimer la limitation du nombre de mandats et permettre au président sortant de briguer un troisième terme, ou de prolonger, à la faveur d’un « glissement », l’actuel deuxième mandat.
Soutenue par les caciques du régime, cette perspective suscite déjà débats et critiques : la majorité présidentielle se montre divisée, l’Eglise catholique a clairement exprimé son désaveu, la société civile a fait connaître son opposition et la rue elle-même, en janvier dernier, s’est clairement exprimée, lorsque des manifestations éclatèrent dans plusieurs grandes villes du pays (Kinshasa, Bukavu, Goma, Lubumbashi) à la seule annonce d’un projet de modification de la loi électorale. Les partis d’opposition expriment également leur désaccord, même si l’UDPS, le parti d’Etienne Tshisekedi, pourrait entamer un « dialogue » avec le pouvoir, qui se solderait par la nomination de Felix Tshisekedi, le fils du vieux chef, à un poste important et à un refinancement sinon du parti ou au moins de son leadership…
Dans ce climat d’incertitudes et de tractations de coulisses, la répression s’étend non seulement aux militants des droits de l’homme mais aussi aux personnalités politiques membres du groupe dit du G7 qui ont fait connaître leur opposition au troisième mandat. C’est ainsi qu’à Lubumbashi, le député Christian Mwando a dénoncé la forte militarisation de la ville et accusé le gouvernement de « vouloir terroriser la population ». Alors que le gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, et le président de l’Assemblée provinciale Gabriel Kyungu wa Kumanza, avaient démissionné de leurs fonctions en septembre dernier et quitté le parti du président, le député Mwando a déclaré « si vous fréquentez M. Katumbi ou Gabriel Kyungu wa Kumanza, vous serez automatiquement traqué. » Il a même ajouté : « si on ne se réveille pas, un régime de terreur est en train de s’installer. «
Dénonçant ce durcissement généralisé, Amnesty International s’est inquiétée de la répression frappant toute voix discordante et publié un rapport relatant huit cas de détention arbitraire et de mise au secret et soulignant l’activité considérable des services de sécurité.
C’est ainsi que le député Jean-Bertrand Ewanga, secrétaire général de l’UNC (Union pour la nation congolaise, le parti de Vital Kamerhe) a été arrêté à l’issue d’un rassemblement politique s’opposant au changement de la Constitution. Condamné à un an de prison pour offense au chef de l’Etat, il a été libéré par la suite. Elu sur les listes de la majorité présidentielle, le député Vano Kiboko, élu à Kolwezi, est considéré comme un prisonnier d’opinion par Amnesty car après avoir dénoncé l’usage excessif de la force par la police et assuré qu’à ses yeux Moïse Katumbi ferait un bon candidat à la présidence, il a été incarcéré et par la suite condamné à trois ans de prison. Un autre Katangais très en vue, l’avocat Jean-Claude Muyambo, président de Solidarité congolaise pour la démocratie (un parti politique membre de la majorité présidentielle…) a également été mis en détention à Kinshasa de même qu’un autre membre de son parti Cyril Dowe qui avait osé mettre sur Internet des images d’un combat imaginaire entre le président Kabila et l’avocat Muyambo, avec le gouverneur Katumbi dans le rôle de l’arbitre. Des défenseurs des droits de l’homme et des activistes sont également dans le collimateur : Christopher Ngoy, qui préside l’ONG Synergie Congo culture et développement et est à l’origine de « Sauvons le Congo » une coalition de partis et d’organisations opposées au troisième mandat, a été arrêté en janvier 2015 de même qu’à Goma Ernest Kayiro, membre d’un parti d’opposition.
S’il s’agît là de cibles plutôt «classiques », les arrestations parmi la jeune génération ont suscité un tollé de protestations. En mars dernier, à l occasion d’un atelier (financé par les Américains !) et consacré à l’engagement des jeunes dans la vie politique, des membres du mouvement citoyen «Filimbi » (le sifflet) et du mouvement de jeunes ‘Lucha » (Lutte pour le changement) furent arrêtés et détenus par les services de sécurité. L’arrestation de Fred Bauma et d’Yves Makwambala, deux militants très connus sur les réseaux sociaux et soutenus par les Burkinabe du mouvement « Balai citoyen » et les Sénégalais de « Y en a marre », provoquèrent non seulement des manifestions à l’intérieur du Congo (à Goma entre autres) mais une grande solidarité parmi la nouvelle génération d’Africains connectés sur Internet.
Un phénomène nouveau est ainsi apparu, qui contribue à l’exaspération des services de sécurité : de Ouagadougou à Kinshasa et de Bujumbura à Goma et Bukavu, les jeunes Africains sont de plus en plus connectés, ils partagent leurs expériences et leurs révoltes, mènent la vie dure à leurs dirigeants accrochés au pouvoir et, face à la répression, recourent à une « mobilisation sans frontières ».

29 novembre 2015

Palestine et boogie woogie, à travers Bruxelles niveau trois…

Catégorie Non classé

Bruxelles, premier week end de mise à niveau…Dans le quartier de la Bourse, les plaisirs d’hiver sont encore bien solitaires…Les premiers badauds arrivent, certes, mais bien timidement et les chalets proposant de l’artisanat ne font pas encore recette. Pourquoi ne pas suivre Dansaert, en direction de Sainctelette et s’aventurer dans Molenbeek ? Le long des boutiques de luxe, à la hauteur de Passa porta, il y a moins de monde encore et les robes de soirée proposées en vitrine semblent curieusement hors saison, sinon passées de mode. Vers le parvis Saint Jean Baptiste, les équipes de télé, qui faisaient des « in situ » depuis deux semaines se sont évaporées. Quelques micros traînent encore, mais plus personne ne se prête aux interviews. Les militaires se font discrets, la police circule en voiture, de temps en temps une sirène troue le silence, mais s’est tout. Le visage d’une jeune femme s’éclaire lorsque nous lui demandons si elle sait où se trouve la rue Lavallée, où les amitiés belgo palestiniennes célèbrent leur 40eme anniversaire. Elle connaît, elle approuve : « les Palestiniens il ne faut pas les oublier. C’est par cette cette injustice là que tout a commencé… » Dans le petit centre culturel, heureusement, tout le monde est là : Pierre Galand, Marianne Blume, Nadia Farkh et aussi tous les autres, qui depuis quatre décennies mobilisent les solidarités, rappellent, sans relâche, comment sont bafoués les droits du peuple palestinien, combien cette écharde plantée au cœur du monde arabe demeure douloureuse, humiliante…
Alors que tout le monde promet de se retrouver le lendemain à l’occasion de la marche pour le climat, l’envie nous prend de faire la fête, de répondre aux affiches par lesquelles le pianiste Renaud Patigny invite, depuis des semaines, les amateurs de boogie woogie à se rendre dans la salle du Ceria pour un méga concert. Comment imaginer que même cette activité là sera annulée ? Hélas, une fois arrivés à Anderlecht, nous constatons que les grilles sont fermées, que quelques rares voitures font demi tour dans la pluie. Chapeau bien enfoncé, Renaud Patigny himself rattrappe quelques amateurs déçus et explique : « niveau trois oblige, nous n’avons été prévenus que voici trois jours…Il a fallu décommander les artistes, annuler toutes les réservations. Les billets, qu’il nous est impossible de rembourser, seront valables lors du grand concert que nous avons prévu pour le 11 juin. Autour de Pierre Volondat, passé du classique au jazz, tout le monde sera là… »
Et puis il ajoute, l’œil pétillant : « si vous voulez, on vous invite à un petit concert gratuit, ce soir à la maison, rue Franz Hals… Vous y entendrez le groupe Zanzibar…»
Et c’est là que le miracle se produit : l’arrière de la petite maison anderlechtoise a été transformée en studio, en mini salle de concert. En parfaite maîtresse de maison, l’épouse de Renaud Patigny prend les manteaux, propose une boisson chaude aux mélomanes frigorifiés. Chacun s’installe, à côté d’autres déçus du Ceria ; une dame soupire « il ne faut pas renoncer aux plaisirs de la vie, ils ne nous empêcherons pas d’aimer la musique… »
Lorsque Renaud Patigny s’installe au piano, que Genevière Dartevelle s’empare de son harmonica, on oublie tout. Nous sommes transportés à Chicago, à la Nouvelle Orléans…Et lorsque retentit la voix de Désiré Ntemere, un chanteur burundais qui anime les nuits de Kigali ou que le Guinéen Kankan Bayo se lance dans un solo de batterie, nous atteignons, en quelques instants, le niveau quatre du bonheur. On bat des mains, on tape des pieds, on reprend les airs les plus connus ; il fait chaud comme en Afrique, comme en Louisiane. On se balance sur sa chaise, coude à coude avec les inconnus de l’heure précédente. Le quatuor, constitué à la sauvette histoire de sauver les meubles, de remonter le moral des plus fidèles, se révèle synchro, soudé, magnifique d’entrain et de talent. C’est bien simple, on en redemande, on bisse, on trisse, on ne veut plus se quitter. Dehors, il y a des sirènes de police, la place Bizet est presque vide, la pluie se change en neige. Mais ici, dans cette petite salle de concert où on boit un dernier verre avant de prendre congé comme on le ferait dans une maison amie, la musique aide à conjurer la haine et la peur.
« Ils veulent nous détruire, mais ils ne gagneront pas », répète la dame entre deux âges, « nous aimons trop la vie… Plus que jamais, nous allons faire la fête… » Patigny approuve et confirme : « le boogie woogie sera toujours là, à votre service, rendez vous au concert suivant… »

29 novembre 2015

Lagos-Bruxelles aller retour ou le danger n’est pas où l’on pense…

Catégorie Non classé

A l’ambassade du Nigeria déjà, un homme d’affaires m’avait prévenue : « personne ne va dans ce pays pour son plaisir, c’est trop risqué… « Au milieu de sa rafale de conseils, il était question de cartes de crédit piratées, de garde armé pour vous attendre à l’aéroport et dissuader d’éventuels rackets ou tentatives d’enlèvements, d’hôtels sécurisés, d’embuscades sur les routes…
Le samedi suivant, prenant le train pour Roissy, je pensais tellement à cet incertain Nigeria que j’en avais oublié d’acheter un journal ou d’écouter la radio. Dans l’aéroport cependant, quelque chose ne tournait pas rond : la foule était immense, compacte, semblait accablée ; des militaires armés comme s’ils étaient en opération remontaient les files, les contrôles étaient extraordinairement lents et tâtillons. Tellement lents que je m’échappai pour acheter un journal et découvrir- enfin- les terribles manchettes relatant les tueries de la veille ! J’en avais oublié Lagos et les ennuis qui m’attendaient, seul comptait Paris, ses morts, ses blessés, ses djihadistes fous…En arrivant à l’aéroport de Lagos, je fus immédiatement surprise par la décontraction des douaniers et des services de sécurité, par la courtoisie de Samuel, le jeune chauffeur qui brandissait une grande pancarte à mon nom…Dans la ville, certes, il y avait des embouteillages, mais pas plus que sur le ring de Bruxelles ou le périphérique parisien et Samuel, roulant fenêtres ouvertes, achetait aux marchands ambulants des paquets d’arachides, des cakes, des boissons fraîches.
Le lendemain, alors que les télévisions nigérianes relataient le dernier attentat de Boko Haram, une attaque au fusil qui avait fait 17 morts à Jola dans le Nord, mes hôtes d’un soir, des Nigérians qui avaient étudié en Angleterre ou aux Etats Unis, n’avaient d’yeux que pour CNN et la BBC. Toutes leurs pensées allaient vers Paris, vers l’Europe blessée. « Vous n’en êtes qu’au début » m’expliquait Folorunsho, en charge de la relance du tourisme dans son pays. « nous, ces migrants on les connaît, il y a certainement de vrais réfugiés parmi eux, des gens qui rêvent d’un meilleur avenir. Mais aussi des jeunes dotés de téléphones neufs, qui savent où aller, quelle mission accomplir. Si vous les laissez se disperser à travers l’Europe, sans contrôle, vous allez bientôt mesurer votre naïveté… »
Durant huit jours, dans ce pays réputé dangereux sinon agressif, j’ai découvert, à l’occasion d’une Foire du livre organisée à Abeokuta, à 200 kilomètres de Lagos, des gens d’une politesse exquise, des intellectuels amoureux de littérature, capables d’écouter de la poésie durant toute une soirée, des femmes musulmanes applaudissant à tout rompre une pièce où les actrices parlaient de leur vagin, des jeunes gens parlant librement de la difficulté d’être homosexuel en Afrique ! J’étais fascinée par la liberté des paroles, par le brio des intervenants, mais en même temps, Paris me hantait, et aussi Molenbeek, berceau du réseau terroriste. La petite commune bruxelloise n’était pas inconnue de certains de mes interlocuteurs nigérians : « avant nous y faisions volontiers nos courses, attirés par des magasins bon marché. Mais nous avons cessé d’y aller lorsque des jeunes gens, en nous voyant, imitaient les cris des singes ou nous traitaient d’animaux… »
A l’issue du festival consacré aux livres et aux arts, j’ai quitté à regret un pays vibrant, dynamique où, en dépit de la surpopulation (161 millions d’habitants aujourd’hui, le double d’ici vingt ans…) chacun répète que demain sera meilleur qu’aujourd’hui et croit fermement que l’avenir se jouera en Afrique.. « Soyez prudente à Bruxelles, revenez quand vous voulez » me répétaient mes nouveaux amis au moment du départ. Après avoir traversé Roissy sur pied de guerre, j’ai débarqué du Thalys dans une ville garrotée par la peur. Bruxelles semblait exsangue, crispée, repliée sur elle-même.
Ce matin cependant, alors que depuis Lagos m’arrivaient des mails me demandant si j’étais arrivée « safe » chez moi, j’ai voulu retrouver mes marques en parcourant quelques lieux familiers. Dès le matin, j’ai marché dans les rues vides en écrasant des feuilles mortes, en échangeant des conversations furtives avec mes voisins, qui se demandent toujours comment notre ville a pu nourrir de telles haines…
Les écoles aux portes fermées ressemblent à des forteresses, mais elles laissent tout de même échapper des cris et des rires venus des cours de récréation. Au fil de la journée, tout doucement, la vie revient, timide mais assurée. Devant l’école où elle a déposé son petit fils, je retrouve une amie de longue date désireuse de partager ses émotions. Le gamin, en la quittant pour une institutrice en chasuble qui l’attend devant la porte, a crié « de toutes façons si je dois être mort, je mourrai… « Et puis, en voyant les larmes de sa grand mère il a aussitôt ajouté : «mais ne t’en fais pas, ce que je veux c’est vivre ma vie.. »
Dans cette ville hier encore tétanisée, j’ai marché comme à tâtons, de repère en repère. Sur la place Saint Pierre à Uccle, les mendiants habituels ont retrouvé leurs postes de faction, des membres de Vie féminine et d’autres militantes, abritées par un auvent de toile distribuent des tracts dénonçant les violences faites aux femmes et proposent du café ou de la soupe aux passants transis. Les policiers communaux, mobilisés depuis l’aube, ne se font pas prier pour profiter d’un peu de chaleur. Sur le parvis de Saint Gilles, si animé d’ordinaire, c’est le calme plat. Pas de marché, pas d’étalages de fruits et légumes ; les magasins marocains sont fermés, les restaurants affichent porte close. A la brasserie de l’Union ou à la Maison du peuple, les rares clients ont fait main basse sur tous les journaux disponibles et y demeurent plongés sans rien dire. Vers la porte de Hal, la place Bara, ces lieux si animés d’ordinaire, seule la circulation qui a commencé à reprendre trouble un étrange silence. Les passants sont rares, poussés vers les bouches de métro par les rafales. Sur le boulevard Lemonnier, les agences de voyage marocaines, proposant Marrakech, Casablanca, Rabat à des prix imbattables, n’ont pas levé leurs rideaux de fer et les commerçants de la rue du Midi, cachés derrière leurs étals colorés, arborent un visage fermé. Trop tôt encore pour parler, pour poser des questions dérangeantes…
A la station Lemonnier, une jeune Africaine, tresses au vent, remonte lentement l’escalier : « j’avais oublié qu’il n’y avait pas de métro, je devrai aller à pied jusque Rogier. » Sur le désormais fameux « piétonnier » rincé par les averses, la seule animation est celle des équipes de télévision étrangères, qui interrogent des hommes coiffés d’une casquette, essaient de stopper des femmes furtives, qui tentent d’échapper aux interrogatoires. Devant les escaliers de la Bourse, le marché de Noël se met en place tant bien que mal. Un ami m’appelle. Militaire à la retraite, ancien d’Afrique, il éructe : « alors qu’il n’y a pas eu un seul coup de feu sur notre territoire, on a foutu la trouille à toute la Belgique. C’est le syndrome de la panique…. A Paris au moins, la vie a continué. Montrer sa force pour ne pas s’en servir, c’est la règle de base. Nous ,c’est notre peur que nous avons montré… »
Porte de Namur, des véhicules militaires sont immobilisés, la tourelle soigneusement encapuchonnée. Il y a un peu plus de monde que dans le bas de la ville. De jeunes soldats passent devant les magasins de luxe sans tourner la tête, et le dos de leur gilet pare balle porte des traces d’usure. Dans la plupart des boutiques, les vendeuses errent entre les rayons qui proposent déjà des rabais de fin de saison. Malgré les paillettes annonçant les prochains réveillons, les vêtements restent sur les cintres, comme s’ils annonçaient des fêtes encore improbables. A l’affiche des cinémas, on a retiré « Black », trop chaud, trop explosif sans doute.
Dans les galeries, un magasin sur deux est fermé, ou tire le rideau avant l’heure. « J’ai hâte de rentrer chez moi » dit une vendeuse. Dans le tram, je retrouve un vieil ami qui a déménagé à Lasne, « en zone sûre » dit-il. Bruxellois d’origine, il reconnaît ne jamais avoir mis les pieds à Molenbeek, et ne rien comprendre à ce qui s’y passe : «nous avons du faire beaucoup d’erreurs, mais lesquelles ? » Lorsque je lui explique que je reviens du Nigeria, et que le nouveau visage de Bruxelles m’a surprise, sinon inquiétée, il sursaute : « du Nigeria ? Mais tu es courageuse ! » Comme le tram arrive square des Héros, je n’ai pas le temps de lui expliquer que le danger n’est pas là où l’on pense…

27 novembre 2015

Disparition de Marc De Kock, avocat et “porteur de valises”

Catégorie Non classé

L’avocat Marc De Kock, qui vient de mourir à Bruxelles, était un « Juste », dans tous les sens du terme. Cet ancien bâtonnier, le premier néerlandophone à occuper ce poste à Bruxelles et le fondateur du Barreau flamand de la capitale, fut, sa vie durant, un homme de tous les combats. Vers la fin encore, celui qui fut, de 1973 à 1984, président de la Ligue belge pour la défense des droits de l’homme, avait, bénévolement, mis ses talents de juriste au service des « derniers venus », des demandeurs d’asile qu’il aidait dans la rédaction de leur dossier. Originaire d’Alost et issu d’une famille modeste, Marc De Kock était arrivé à Bruxelles pour y mener ses études de droit alors que la guerre d’Algérie faisait rage et divisait la France.
Durant des années, dans la discrétion la plus totale, le brillant juriste qu’il allait devenir fut l’un des membres les plus actifs du « Front du Nord » (titre du livre puis du film du journaliste Hugues Le Paige): lorsque les combattants algériens du FNL (Front national de libération), traqués en France, traversaient la frontière, ils ne savaient rien de la Belgique, sauf un nom, qu’ils murmuraient aux policiers, celui d’un certain Marc De Kock. Ils savaient que cet avocat là, s’il le fallait, viendrait les chercher, prendrait leur défense, les aiderait à obtenir asile politique et papiers en règle. Composé de Luc Somerhausen, de Serge Moureaux et de son frère Philippe qui servait de chauffeur et abritait quelquefois les fugitifs dans la vaste demeure familiale, le réseau de soutien aux « fellaguas » du FNL était solide et efficace, même si ses membres ne se connaissaient pas entre eux et mettront des années à se retrouver dans la lumière.
Alors que les frères Moureaux se lançaient en politique, quelqu’un comme Marc De Kock avait mieux à faire que se vanter de ses exploits de jeunesse : cet avocat de plus en plus réputé allait insuffler à la Ligue des Droits de l’homme un souffle nouveau. Ouvrir ce cénacle de juristes libéraux à des problématiques nouvelles, les défis de l’ !immigration, la permanence des discriminations et du racisme, les difficultés de l’accès au logement. Très vite, il s’inquiéta des menaces qui pesaient sur les libertés publiques et co-rédigea un livre qui sonna comme une alerte « les libertés malades du pouvoir » (éditions Vie Ouvrière). Il ouvrit aussi la ligue à des problèmes internationaux : la Palestine, le Chili, le Zaïre de Mobutu et des questions éthiques comme le droit à l’avortement. Même après avoir quitté la Ligue, scindée sur le plan linguistique, Marc De Kock demeura une référence pour tous les jeunes juristes, l’image d’un homme simple et droit. Pour ses amis, il était l’incarnation même de l’humaniste, un homme qui aimait la vie, jouait du piano avec un talent exceptionnel, goûtait aux longues promenades et aux rencontres chaleureuses. Un homme qui alliait la rigueur et la bonté. Ayant choisi de terminer ses jours au cœur de Bruxelles il avait réussi à recréer, là aussi, un réseau d’amis et malgré la maladie, il fit preuve, jusqu’au bout, d’altruisme et de solidarité.

23 novembre 2015

Une pensée pour Bruxelles… depuis Abeokuta…

Catégorie Non classé

Abeokuta…entre Lagos et Ibadan c est déjà le sud du Nigeria.A l’occasion de la troisième édition du festival des arts et des livres de Ake, organisé par l’infatigable Lola Shoneyin, belle fille de l’écrivain Wole Sonyinka, des jeunes, par grappes, se sont rassemblés pour parler de livres, écouter, toucher des auteurs…Débarquée d Amerique la diaspora est rutilante. Peaux brillantes, soignées, coiffures en échafaudage..Les musulmanes aussi portent des robes éclatantes, elles prennent la parole en public et ne se privent pas de crier s’il le faut, de rire à gorge déployée…Au coeur de ces joutes intellectuelles, de ces débats enflammés, de cette fraternisation d’auteurs venus de toute l’Afrique anglophone, je pense à ma ville guettée par la neige, paralysée par l’angoisse. La ligne de fracture du monde se serait elle déplacée? Do you like nigeria? Si c est “yes” rien ne devrait vous arriver. Bamako c est ailleurs, loin au nord. Boko Haram qui tue ou enlève chaque jour, ce serait presque fini…Chacun le croit et d ailleurs le gouverneur de l’Etat de Kaduna est venu le dire. Et un vieil écrivain aux cheveux blancs assure qu avant sa mort la pollution sera maitrisee…Il veut le croire, il tient à le dire…Les jeunes repartent d’ici chargés de livres et de musiques, des femmes sur scène parlent de leur vagin en termes crus et font rire l’assistance avec leurs blagues???(quel est le féminin de machiste?) Demain ce n est pas aujourd hui…Ici quand on a peur on rit. ET on avance, sans rien attendre de personne. Immergée dans ce dynamisme, cette culture, cette joie de vivre, je pense a ma ville tétanisee et j ai l impression que le bonheur, tout doucement,change de camp…
C est dans les banlieues du monde que se tapit le crime. Mais c est ici aussi que l’on ose encore rire et créer…

8 novembre 2015

Kagame accuse son voisin burundais de massacrer son peuple

Catégorie Non classé

Présenté comme une opération de ramassage des armes, le ratissage de certains quartiers de Bujumbura a commencé à la date indiquée par l’ultimatum présidentiel : dimanche à l’aube, des centaines de policiers lourdement armés ont encerclé les quartiers situés au nord de la capitale et, maison par maison, les fouilles ont commencé.
La veille, Willy Nyamitwe, conseiller en communication à la présidence, avait tenté de désamorcer les critiques internationales de plus en plus vives : « il n’y aura pas de guerre ni de génocide au Burundi » avait- il déclaré, ajoutant «on ne permettra pas que ce pays retombe dans ses vieux démons.» Sans démentir formellement les propos tenus par plusieurs responsables, « nous allons travailler », « les quartiers vont être pulvérisés » il dénonça «les traductions erronées » et accusa la communauté internationale d’être « tombée dans le piège d’une opposition qui a toujours chanté « génocide ». Ces dénis risquent cependant de tomber à plat, car, s’ajoutant aux enregistrements initiaux, les traductions des propos aux accents génocidaires, réalisées par des services de l’ONU, ont déjà été transmises aux instances de la justice internationale.
Selon un journaliste belge demeuré à Bujumbura, le résultat des ratissages demeure très maigre : « la plupart des habitants des quartiers visés, Mutaruka, Musaga, Bwiza, Cibitoke, avaient pris la fuite… En revanche, on a relevé de nombreux cas de pillage des maisons visitées, les policiers emportant les biens abandonnés par les familles en fuite. Dans certains cas, le zèle des forces de sécurité et des miliciens Imbonerakure s’est trouvé renforcé par les promesses qui leur avaient été faites aux policiers « vous pourrez vous partager les terrains des maisons vides »…
Ces pillages, commis par des membres des forces de l’ordre, représentent un fait nouveau au Burundi, car les violences de naguère n’avaient jamais été accompagnées d’exactions. Ce volet là rappelle lui aussi de sinistres souvenirs : au Rwanda, le zèle des miliciens auteurs du génocide avait été stimulé par la promesse de pouvoir s’approprier les biens de leurs victimes…
D’autres sources nous assurent qu’en plus des pillages, les violences se sont poursuivies : «si les jeunes garçons, fer de lance de toutes les manifestations, avaient fui les quartiers tutsi de la capitale, les membres de leur famille ont souvent été pris pour cible : chaque jour, on trouve des cadavres dans les rues. De plus, les corps sont souvent atrocement mutilés, cœur arraché, tête coupée… Comme un macabre avertissement… » Cette volonté de s’en prendre aux proches des personnalités critiques du régime explique l’assassinat du fils de Pierre Claver Mbonimpa, le plus connu des défenseurs des droits de l’homme, en convalescence en Belgique à la suite d’un attentat à l’explosif.
Une tuerie particulièrement atroce s’est déroulée dans la nuit de samedi à dimanche dans un cabaret « Au coin des Amis » situé dans le quartier populaire de Kanyosha. Selon le journal Iwacu, un client inhabituel s’était mêlé à la foule des samedis soir et était resté le téléphone collé à l’oreille. Dès son départ, des hommes en tenue policière firent irruption dans le cabaret, ordonnant à tous les clients de se mettre à plat ventre. Sans rien voler, ils ouvrirent le feu à l’arme automatique, visant le tenancier, ses deux fils et deux de leurs invités. Selon l’administrateur de la commune, les assaillants en tenue policière étaient au nombre de cinq, trois bloquèrent la roue tandis que deux autres, après avoir pris l’argent de la caisse, ouvrirent le feu, faisant huit morts et de nombreux blessés.
Alors que lundi le Conseil de sécurité doit examiner la situation au Burundi, les pays voisins s’inquiètent aussi. Des sources congolaises nous assurent que les réfugiés burundais affluent dans la région d’Uvira au Sud Kivu et que les jeunes gens sont recrutés pour participer à des entraînements militaires, afin de rejoindre un jour les opposants armés.
Au Rwanda, qui accueille 80.000 réfugiés du Burundi et de nombreux exilés politiques, le président Kagame est sorti de sa réserve, critiquant vivement son collègue burundais Pierre Nkurunziza qui, selon lui, « s’enferme et se cache ». Précisant «les gens meurent tous les jours, les cadavres jonchent les rues » il conclut » les Burundais auraient du tirer les leçons de ce qui s’est passé au Rwanda. »
Lorsque l’on se rappelle que le président rwandais a maintes fois déclaré qu’ « il ne pourrait jamais tolérer qu’un autre génocide se déroule dans la région » et que dans le cas du Rwanda en 1994, il a toujours critiqué l’impuissance de la communauté internationale, les propos très durs tenus à l’encontre du Burundi ne peuvent être compris que comme un grave avertissement. Le dernier peut-être avant un éventuel passage à l’action, à condition que les feux internationaux passent au vert…

8 novembre 2015

“Kora” travaillez, ou le discours de la haine au Burundi

Catégorie Non classé

Abreuvée de discours menaçants, réveillée chaque matin par les détonations et le souffle des explosions, Bujumbura s’enfonce dans la peur. Selon un journaliste local, joint par téléphone, les quartiers nord de la ville, fiefs de la contestation, se vident lentement : «ballots sur la tête, les gens fuient. Ils craignent l’expiration de l’ultimatum fixé à vendredi par le président Nkurunziza qui, dans un discours à la nation, a ordonné que toutes les armes soient remises. »
Un autre interlocuteur confirme : « il y a beaucoup d’armes dans les quartiers. Les opposants au régime sont désormais organisés, bien armés, il est clair qu’ils sont approvisionnés depuis un pays voisin. Face à eux, l’armée et la police eux aussi ont été rééquipés en armes et sont prêts à tout … »Et de conclure : «la peur est permanente : on tire sur des cortèges funéraires, sur des corbillards, les morts s’additionnent et on ne sait pas vraiment qui est à l’origine de ces provocations. Pire encore que les grenades, les bombes, les détonations, nous vivons l’institutionnalisation du mensonge, de la manipulation : chaque partie commet des crimes qu’elle impute à l’autre, on ne sait plus qui est qui…Dans les deux camps, on recourt à la violence…C’est la spirale de la terreur… »
Lorsque, le 20 août dernier le président Nkurunziza avait prêté serment, investi pour un troisième mandat à l’issue d’élections violemment contestées, il s’était engagé à ramener la paix dans un délai de deux mois. Mais depuis lors les attaques contre les positions de la police se sont multipliées.
Le premier délai d’un mois accordé pour permettre la remise volontaire des armes entre les mains des civils ayant expiré sans donner de résultats, le chef de l’Etat, dans un discours solennel, a donné un dernier terme de cinq jours, qui expire le week end prochain. Après quoi, a-t-il menacé, les forces de l’ordre recevront « tous les moyens » pour se défendre et désarmer les auteurs des attaques.
Au cours des dernières semaines déjà, les forces de sécurité à la recherche d’armes ont multiplié les descentes dans les quartiers, avec perquisitions, fouilles et parfois meurtres et chaque matin, des corps étaient retrouvés sur la rue…
Rappelons que, lorsqu’en avril dernier, le parti au pouvoir FDD CNDD annonça que le président sortant Pierre Nkurunziza, (en violation de l’esprit des accords de paix d’Arusha) allait briguer un troisième mandat, l’opposition à ce projet dépassa largement le cadre ethnique : au sein même du parti majoritaire, des intellectuels hutus se dressèrent contre cette violation de la Constitution et ces « frondeurs » furent exclus du parti. Un militaire hutu, le général Nyombare, mena une tentative de putsch, rapidement mise en échec mais qui permit de détruire plusieurs stations de radio indépendantes et de durcir la répression. A l’époque, au sein de la société civile comme parmi les manifestants, opposants Hutus et Tutsis se retrouvaient côte à côte, hostiles à un pouvoir dont ils critiquaient la corruption, l’inefficience et dont ils refusaient la reconduction à l’occasion d’un troisième mandat présidentiel.
Six mois plus tard, les «vieux démons » du Burundi semblent s’être réveillés et l’ethnisme, délibérément ranimé par le pouvoir, a refait surface : les dizaines de milliers de réfugiés qui ont afflué vers le Rwanda voisin sont essentiellement Tutsis et ils assurent avoir été menacés par leurs voisins. Mais surtout, des personnalités officielles, soutenant l’ultimatum lancé par le président Nkurunziza, u n’hésitent pas à tenir des discours dont le vocabulaire rappelle les termes utilisés à la veille du génocide au Rwanda en 1994. Ainsi, lors d’une rencontre avec les chefs des quartiers de la municipalité de Bujumbura, le président du Sénat, Révérien Ndikuriyo, a tenu les propos suivants (enregistrés sur un smartphone puis réécoutés et rediffusés…) : « lorsqu’on donnera l’autorisation aux forces de l’ordre de travailler, vous irez où ? Il n’y a pas d’île au Burundi… Lorsqu’ on passera à l’opération « kora » (travaillez) , vous irez où ? L’opération sera claire : tout se terminera ici dans vos quartiers. On arrêtera le feu par un feu plus dévastateur.
Le jour où on dira « kora » il ne restera plus rien. (…)On fera le travail, tout sera brûlé. A Cibitoke, il y a eu 100 morts en deux jours. Vous tomberez dans vos maisons. On vous délogera, même si vous êtes cachés sous les pierres. »
Au lendemain de ce discours incendiaire, le chef de la police rédigeait le message suivant : « le paresseux sommeillant sur sa tâche ne songe pas au jour qui fuit » tandis qu’un partisan du président diffusait sur les réseaux sociaux une photo de lui avec une machette…Quant au premier vice président, Gaston Sindimwo, il a déclaré « nous allons utiliser tous les moyens y compris des avions. (…) La récréation est finie… »Pour les habitants des quartiers hostiles au pouvoir, le message est clair : à la fin de l’ultimatum présidentiel, ils feront l’objet d’une répression extrêmement dure, qui visera surtout les groupes de jeunes manifestants.
Il faut noter que les menaces ne visent pas seulement les opposants et les Tutsis : comme au Rwanda en 1994, les Belges sont volontiers pris comme boucs émissaires, accusés de tous les maux qui ont frappé le Burundi, depuis la colonisation jusqu’à nos jours.
Face à cette détérioration rapide de la situation, la présidente de la Commission de l’Union africaine, Mme Dlamini Zuma a dénoncé dans un communiqué « la poursuite des actes de violence, ainsi que la multiplication des déclarations de nature à aggraver davantage la tension actuelle et à créer les conditions d’une instabilité encore plus grande, aux conséquences dévastatrices tant pour le Burundi que pour l’ensemble de la région. »
A ce stade cependant, aucune action internationale concrète n’est encore envisagée.