30 novembre 2015

Comequi au service des petits producteurs de café du Nord Kivu

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Au début des années 2000, au cœur des années de guerre, Michel Verwilghen, qui avait dirigé une agence bancaire à Goma, est revenu au Nord Kivu. Il a été touché par la décrépitude de la ville, par l’afflux de réfugiés, par les conséquences de l’éruption du volcan Nyiragongo, qui avait englouti une bonne partie du centre ville. Goma était alors la « capitale mondiale de l’humanitaire ». Les agences onusiennes, les ONG internationales géraient l’urgence, tentaient de faire face au plus pressé, mais le développement, lui, semblait tragiquement oublié. L’économiste qui avait passé au Kivu une bonne partie de sa vie se souvint alors des « fondamentaux » de la province, des temps où la prospérité n’était fondée ni sur les ressources minières, ni sur la spéculation immobilière due à l’afflux d’expatriés et de militaires, mais sur le développement agricole, en particulier la culture du café. Les campagnes étant préfinancées par les organismes financiers de la place, la production du café représentait l’une des principales sources de revenu de la région, occupant une main d’œuvre abondante. Durant longtemps, le café des hautes terres du Kivu fut internationalement réputé. Pourquoi ne pas revenir à ces valeurs de base et tenter d’enrayer l’exode rural ?
Dès 2009, sur une base totalement privée, mobilisant quelques amis qui avaient eux aussi le sentiment qu’il fallait relancer l’économie du Nord Kivu, Verwilghen se lança dans l’aide aux petits caféiculteurs. Afin d’améliorer la qualité générale du café, des pépinières furent créées, alimentées par les meilleures semences du domaine de Katale, et des plants sélectionnés furent confiés aux petits producteurs. Le budget initial ne dépassait pas 30.000 euros, alimenté par des contributions privées mais il atteignit rapidement les 200.000 euros, à mesure que des sociétés ou des fortunes privées étaient mises à contribution. En outre un subside de WBI (Wallonie Bruxelles International) (40.000 euros) permit la formation des petits caféiculteurs. Beaucoup de soutiens trouvent leur origine dans des visites sur le terrain, organisées par l’agence Kivu Travel et un véritable réseau d’appui s’est ainsi mis en place.
Depuis 2014, la coopérative COMEQUI (commerce équitable) a pris son envol et les producteurs disposent désormais à Minova d’une station de lavage et de dépulpage où ils peuvent apporter leur production afin que les précieuses graines soient soigneusement lavées, triées, sélectionnées. Verwighen, en bon banquier, insiste : « rien ne doit être gratuit, les services sont payants…Ainsi les coopérateurs qui recourent à la station de lavage doivent lui laisser 13% de leurs gains, c’est la seule manière de rendre l’entreprise pérenne. » La station espère recevoir bientôt le label Fair trade, ce qui accroîtra sa visibilité. Aujourd’hui déjà, la qualité du café produit par Comequi s’est imposée sur les marchés, à tel point que l’entreprise « Café Liégeois » installée dans la Cité ardente, en achète désormais une bonne partie et qu’un label particulier signale ses qualités exceptionnelles. Le café du Sud Kivu en effet appartient à la catégorie Arabica, d’une qualité telle que, sur les marchés mondiaux, la demande est plus importante que l’offre. Le succès de Comequi a fait des émules : suivant la même formule, des champs communautaires ont été affectés au maraîchage, afin que Goma puisse redevenir ce qu’elle était auparavant, exportatrice de légumes frais vers le reste du pays.
A Minova sur les rives du lac, un ingénieur agronome a été mis à disposition des cultivateurs, qui sont souvent des associations de femmes et, face à un paysage sublime, un « guest house » de huit chambres a été construit afin de pouvoir accueillir des visiteurs de passage.
Comequi apporte aussi une aide spécifique aux femmes vulnérables, particulièrement affectées par les guerres qui ont frappé la région :pour survivre, elles ont formé des groupes solidaires, et se sont lancées dans l’élevage de chèvres, les champs communautaires, la couture…
Verwilghen insiste : « ici non plus, rien n’est gratuit. Un organisme de micro finance, Smico, accorde aux groupes de femmes de très petits crédits, avec des taux d’intérêt de 3% par mois –il faut savoir qu’au Kivu, le facteur risque est toujours considéré comme très important- et le taux de remboursement est excellent… »
Les succès de Comequi, qui repose exclusivement sur des initiatives privées, est tel que la société Tree Top, spécialisée dans le conseil aux investisseurs, envisage d’ouvrir un compartiment spécial, composé de « fonds de bons pères de famille » et dont un demi pour cent des bénéfices seraient attribués aux cultivateurs du Kivu.
Les défis et les perspectives d’avenir de Comequi seront présentés mercredi 2 décembre au cinéscope de Louvain la neuve, à l’occasion de la projection du documentaire « Virunga » consacré au parc qui fait la fierté du Nord Kivu et en présence de son conservateur Emmanuel de Merode.