30 décembre 2015

Filip Reyntjens et la crise burundaise

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Au moment où, à Kampala s’ouvrent de difficiles négociations entre le gouvernement burundais et des représentants de l’opposition, le professeur Filip Reyntjens (Université d’Anvers) rappelle les enjeux du conflit qui déchire le Burundi depuis des mois et il évalue les chances d’une solution négociée.

Puisque le conflit est né du fait que le président Nkurunziza a été reconduit pour un troisième mandat, il faut reconnaître que le président ougandais Museveni, au pouvoir depuis 1986, n’est pas le mieux placé pour mener une telle négociation…A cela s’ajoute le fait que les interlocuteurs du gouvernement sont aussi divers que divisés ; qui va dialoguer avec qui ? On ne sait pas exactement qui fait partie de la nouvelle rébellion, le Forebu (Forces républicaines du Burundi) dont la création vient d’être annoncée tandis que le Cnared, (alliance regroupant des partis politiques et des membres de la société civile) est encore assez flou et l’un de ses membres, Alexis Sinduhije, a été placé sur une liste noire par les Américains…
Face à ses interlocuteurs le gouvernement a l’avantage du pouvoir : il veille à maintenir les apparences de la normalité, affirme qu’à part quelques quartiers de Bujumbura le pays est en paix, que les institutions fonctionnent… C’est en position de force que les autorités s’engagent dans la négociation…

Quelle est la cause d’un tel gâchis ?
Tout a commencé lorsque le CNDD, le parti au pouvoir, a décidé de présenter le président sortant, Pierre Nkurunziza, comme candidat aux élections afin qu’il obtienne un troisième mandat. N’importe quel autre candidat proposé par le parti aurait été élu sans que se pose la question de la légitimité. Il y a eu une interprétation spécieuse de la Constitution : si on a pu discuter des modalités du scrutin (suffrage indirect d’abord puis suffrage direct) la limitation du nombre de mandats à deux n’a jamais fait aucun doute. L’interprétation que donne le régime ne tient pas la route…
Pourquoi une telle opposition au Burundi, alors que dans la région, d’autres présidents changent la Constitution pour rester au pouvoir ?
Paradoxalement, le Burundi est peut-être victime du fait que dans ce pays, les progrès démocratiques avaient été plus évidents qu’ailleurs : la presse était plus libre, les partis d’opposition existaient, la société civile se montrait active…
Au Rwanda, tout ceux qui oseraient s’opposer à une prolongation du pouvoir du président Kagame risqueraient une arrestation immédiate. Qui peut croire que tous ceux qui ont répondu « oui » au récent referendum constitutionnel au Rwanda n’étaient pas, aussi, poussés par la peur ? Cela étant, ce qui a également joué au Burundi, ce sont les problèmes de gouvernance ; la corruption du régime Nkurunziza a aiguisé le désir de changement.
Cela étant, les Etats Unis sont le seuls à faire preuve de sévérité, même à l’égard du Rwanda, ils ont protesté, ce qui, à l’avenir, pourrait jouer sur le niveau de l’aide et sur le soutien politique.
En réalité, dans la région, il n’y a que le Burundi qui coince. Pour tous les autres, la prolongation au pouvoir, cela passe : au Congo Brazzaville le président Sassou va dépasser la barre des 70 ans, au Rwanda la Constitution va être modifiée. Ne parlons pas du président dos Santos, au pouvoir en Angola depuis 1976, ou de Robert Mugabe au Zimbawe. Au Burkina Faso, si le président Compaoré n’a pas réussi à rester au pouvoir c’est parce qu’il y a dans ce pays une longue tradition de mobilisation syndicale, une forte conscience politique.
Les craintes d’une guerre civile, voire d’un nouveau génocide, sont elles fondées ?
La population n’a certainement pas envie de s’engager dans une telle violence, personne n’en veut. Le régime tente d’ethniciser le conflit, d’opposer Hutus et Tutsis mais jusqu’à présent cela ne marche pas ; aussi bien au sein du parti au pouvoir que dans l’opposition au régime, les groupes ethniques sont mélangés. Cel a étant, si un mouvement rebelle venu du Rwanda lançait une attaque, on pourrait craindre pour la survie des Tutsis du Burundi qui, comme au Rwanda en 1990, seraient qualifiés de « complices ». Cela modifierait aussi la donne régionale…

A propos du Burundi, la région est- elle divisée ?
Même si la Tanzanie a changé de président et que Magufuli n’est pas Kikwete, il y a un axe Bujumbura Dar es Salaam… Si le Rwanda devait soutenir une nouvelle rébellion, la Tanzanie ne resterait pas inactive, ni même le Congo…C’est un scenario catastrophe…
La force de 5000 hommes que l’Union africaine souhaite envoyer au Burundi a-t-elle une chance de débarquer à Bujumbura ?
Très faible. Pour des raisons évidentes ni le Rwanda ni la Tanzanie ne participeront à cette force, et si le Burundi n’est pas d’accord, la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est ne pourra rien faire. Or à Bujumbura c’est très clair : dès le premier jour, les deux chambres du Parlement ont dit non à cette « force d’invasion » et l’armée burundaise a les moyens d’empêcher tout atterrissage non désiré à Bujumbura…
Donc, puisque cette force ne viendra probablement pas, il ne restera qu‘une solution, négocier, envers et malgré tout…

30 décembre 2015

Médiateur dans la crise burundaise, Yoweri Museveni est aussi un pompier pyromane

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Désigné comme médiateur dans la crise burundaise, le président ougandais Museveni a convoqué tous les protagonistes à Kampala où il s’efforce de promouvoir un dialogue entre l’opposition, la société civile et les représentants du président Nkurunziza qui campent sur leurs positions.
Mais le président ougandais est-il réellement le mieux placé pour tenter de trouver une solution à la crise de légitimité qui ébranle le Burundi ?
Celui que les Américains considéraient naguère comme l’un des symboles d’une « renaissance africaine » fondée sur le néo libéralisme se prépare lui-même à une nouvelle échéance électorale. Ce ne sera pas la première : arrivé au pouvoir par les armes en 1986, Yoweri Museveni, lors des élections de 1996 et 2001, était relativement populaire et les taux de participation dépassaient les 70% ; en 2006, ils chutèrent à 69% puis 59% en 2011. Le cinquième terme, qui sera pratiquement acquis lors des élections de février prochain, risque aussi de confirmer l’usure du régime : selon un sondage d’opinion publié par le quotidien The Guardian, 45% des Ougandais ne croient pas que les élections mèneront à l’alternance politique et qu’elles donneront une chance au principal rival du président, l’ancien Premier Ministre Amama Mbabazi. Mais surtout, les principales préoccupations des Ougandais portent sur le chômage qui frappe 70% des jeunes, sur le fait que 20% de la population vit au dessous du seuil de pauvreté…
Longtemps considéré comme l’un des « nouveaux leaders africains » et bénéficiant d’une aide étrangère importante, le président Yoweri Museveni, se présentant comme l’un des favoris des Américains, a toujours voulu faire figure de « sage » dans la région, damant le pion à son voisin rwandais Paul Kagame dont les performances économiques sont cependant bien plus évidentes.
Dans le cas du Burundi cependant, comment oublier qu’il fut souvent partie prenante dans les crises sui secouèrent le pays : après avoir soutenu, à la fin des années 80, le dictateur Bagaza qui fut accueilli à Kampala après son renversement, l’Ouganda, en 1993, fut mêlé à l’assassinat du président hutu Melchior Ndadaye et offrit l’asile à l’un des militaires putschistes le colonel Bikomagu.
Par la suite, c’est le CNDD et l’actuel président Pieter Nkurunziza que Museveni décida de soutenir, au point de financer la campagne électorale de 2011, ce qui obligea le chef de l’Etat, sitôt élu, à vendre son avion Falcon afin de rembourser la dette contractée à l’égard de l’Ouganda…
Plus encore que dans le cas du Burundi, les relations entre Yoweri Museveni et le Congo sont très équivoques. En effet, après avoir soutenu Laurent Désiré Kabila alors qu’il était en lutte contre le président Mobutu, l’Ouganda, aux côtés de son allié rwandais, fut profondément impliqué dans les deux guerres du Congo (1996-1997 et 1998-2002) et le pillage des ressources de son voisin. Au point d’être condamné par la Cour internationale de Justice à devoir rembourser Kinshasa à la suite de la « guerre des six jours » qui, en 2000 détruisit Kisangani, lors des affrontements entre les armées rwandais et ougandaise qui se disputaient le contrôle des comptoirs de diamants.
Actuellement encore, c’est l’Ouganda qui héberge ce qui reste du mouvement rebelle M23, des Tutsis congolais qui furent défaits en 2012 après avoir occupé de larges zones du Nord Kivu voisines de la frontière. Durant des années, le contrôle de la frontière entre l’Ouganda et le Nord Kivu échappa à l’Etat congolais, ce qui permit le fructueux transit des produits miniers et des denrées agricoles. De tous temps, les Nande, l’un des groupes ethniques les plus industrieux et les plus prospères du Nord Kivu, ont été les meilleurs alliés de l’Ouganda et l’un de leurs chefs politiques, Mbusa Nyamwisi, aujourd’hui opposé à Kinshasa, a établi sa base arrière en Ouganda. L’ingérence militaire et politique de l’Ouganda au Nord Kivu, qui se traduit par des bénéfices économiques évidents, est souvent justifiée par la nécessité de mettre hors d’état de nuire le mouvement rebelle ougandais ADF Nalu, qui se présente comme islamiste et lié aux shebabs somaliens. Mais en réalité, les combattants des ADF Nalu se montrent plus cruels, plus acharnés du côté congolais de la frontière qu’en Ouganda leur pays d’ origine. C’est aux environs de Beni qu’ils multiplient les décapitations et entretiennent une instabilité chronique qui empêche la reconstruction de l’Etat congolais.
Médiateur dans la crise burundaise, le président Museveni peut se targuer d’une longue expérience politique et d’une bonne connaissance de tous les acteurs en présence. Mais le rusé pompier pyromane jouit-il pour autant de la confiance générale ?

28 décembre 2015

La centrale de Matebe (Nord Kivu) contre la guerre et la déforestation

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Le développement au Nord Kivu, c’est la paix plus l’électricité

Matebe,

Après guerre ? Entre deux guerres ? Comment qualifier la situation au Nord Kivu, où des milliers d’hommes issus des groupes armés sont démobilisés et cherchent un emploi mais où, prévoyant les joutes électorales de 2016, les politiciens locaux songent déjà aux meilleurs moyens de redistribuer les seules richesses disponibles, c’est à dire les biens publics, la terre, l’accès aux ressources naturelles…
Autrement dit, même si les touristes retrouvent peu à peu le chemin des volcans et les rendez vous avec les gorilles de montagne, le parc des Virunga, le plus ancien d’Afrique, tente toujours de sortir de l’économie de guerre qui menace son existence même.
Durant des années, l’exploitation, généralement illégale, des ressources naturelles, a été le fondement de l’économie locale : couper les arbres du parc pour en faire du charbon de bois rapportait 35 millions de dollars par an, au bénéfice des FDLR, les combattants hutus rwandais, tandis que la pèche (illégale pour 80% des cas) dans les eaux miroitantes du lac Edouard représentait un revenu de 38 millions de dollars par an ! Pour le directeur du parc des Virunga, Emmanuel de Merode, il ne suffit pas d’assurer la sécurité des lieux, de former des gardes avec l’aide d’anciens para commandos belges, (600 hommes seront en fonction fin 2016) il faut aussi démontrer aux populations qui convoitent les terres vierges du parc que ce dernier est avant tout un outil de développement économique et que la préservation de la nature peut générer ressources et emplois.
Voici quelques jours, le président Kabila, longtemps courtisé par la société pétrolière Soco, -jusqu’à ce que la chute des cours du pétrole n’entraîne un relâchement des pressions- a pris la mesure de l’ « or vert » généré par le parc : il a inauguré dans les délais prévus, au jour près, la centrale hydro électrique de Matebe, à 70 km au nord de Goma, d’une capacité de 13,8 mégawatts.
Voici quelques mois, nous avions visité le site, alors en construction : avant d’aller se jeter dans le lac Edouard, la rivière Rutshuru serpente à travers le parc, elle se nourrit de ses eaux souterraines et des pluies qu’attire l’abondante végétation. A la hauteur de Matebe, le cours de la rivière se gonfle, s’accélère, le grondement de la chute d’eau fait trembler les arbres.
Au-delà de la chute, dévalant la pente, la rivière se précipite désormais dans un canal d’arrivée de 485 mètres de long, et les eaux domptées dans un bief de béton alimentent des turbines dont l’ énergie bénéficiera à 100.000 foyers du Nord Kivu…..
Consortium où se retrouvent des partenaires privés, des membres de la société civile, des pouvoirs locaux dont la chefferie-collectivité de Bwishat, avec le soutien du milliardaire et philanthrope américain Howard Buffet et d’autres contributeurs, l’’Alliance Virunga » (Virunga SARL) est le promoteur de l’ouvrage. La centrale de Matebe représente à ce jour le plus grand chantier hydro électrique terminé sur le territoire de la République, Inga I et II , dans le Bas Congo étant toujours en phase de dragage, délivrant respectivement 72 et 280 MGW tandis que Ruzizi III, sur la frontière entre le Rwanda et le Congo, n’est toujours pas terminé.
Plusieurs raisons expliquent pourquoi la centrale de Matebe a pu être achevée dans les délais prévus : un ingénieur belge, Michel Verleyen a tenu à surveiller les travaux de jour en jour, les promoteurs étaient conscients de la portée exemplaire du projet et ils ont pu avancer à leur propre rythme. Dotés de fonds privés, ils ont pu choisir le maître d’œuvre qui leur convenait le mieux, à savoir une société bruxelloise, TPF Utilities, ont désigné sans pressions un ingénieur italien et engagé plus de 200 Congolais, dont des femmes…De nombreux travailleurs ont été fournis par les collectivités locales, désireuses de contribuer au projet…
Sur une plus petite échelle, à Matebe, on a tiré les leçons d’Inga : alors que les turbines du méga barrage sur le fleuve Congo sont régulièrement ensablées, ici, il est prévu de vider chaque semaine un tiers des bassins et de nettoyer régulièrement le bief, où les eaux s’engouffrent au rythme de 18 mètres cube à la seconde, afin que jamais les sédiments ne puissent s’accumuler et paralyser les turbines.
Alors que dans tout le Congo, et particulièrement dans l’Est, coupures et délestages sont monnaie courante, qu’au Katanga les grandes sociétés minières se plaignent de l’irrégularité de l’approvisionnement en énergie, la région du Nord de Goma, Rutshuru, Kiwandja, Rumangabo est désormais assurée de ressources énergétiques stables qui permettront de relancer l’activité économique.
Tel est le pari d’Emmanuel de Mérode : « alors que dans la région, naguère fief du M23 et berceau de plusieurs guerres, 70% des jeunes de 18 à 30 ans sont au chômage, ce qui les rend sensibles à toutes les tentations, la centrale de Matebe, comme celle de Mutwanga qui l’a précédée, va attirer innovations et investissements : la zone va se stabiliser, nous envisageons de créer une école d’hôtellerie afin de former des jeunes aux métiers du tourisme, l’installation de nouvelles entreprises sera encouragée. A Mutwanga déjà, 400 emplois ont été générés par la nouvelle savonnerie… »
Pour le directeur du parc, le calcul est simple : « chaque mégawatt que nous produisons peut générer de 800 à 1000 emplois ! »
Emmanuel de Merode n’entend pas s’arrêter en si bon chemin : après Matebe, qui a représenté un investissement de 20 millions de dollars, il envisage dans un avenir proche, de construire deux autres centrales, à Beni (23 MGW) et à Lubero (12 MGW).
Le directeur du parc, protecteur des gorilles de montagne et d’une faune exceptionnellement variée, est d’abord un humaniste ; il sait parfaitement qu’il est impossible de protéger la nature lorsque les hommes sont oubliés : si le parc peut générer un milliard de recettes par an, il faut que les populations soient les premières bénéficiaires de ces ressources…
C’est l’espoir de tous : que Matebe contribue à effacer les cicatrices de la guerre dans cette région du Nord Kivu dévastée depuis deux décennies par les camps de réfugiés, les déplacements de population, les rébellions successives et une démographie galopante…

21 décembre 2015

Quand deux sociétés belges activent les dents de la mer

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Lagos, envoyée spéciale
Ce n’est pas un hasard si le réfectoire du Breughel est décoré de reproductions évoquant la campagne flamande et ses repas pantagruéliques : pour l’équipage de la drague géante, qui ne quitte jamais le bateau et travaille douze heures d’affilée, durant des périodes de cinq semaines la qualité des repas est essentielle.
La drague elle aussi est vorace : jour et nuit, elle fait la navette entre la haute mer, à vingt kilomètres de Lagos, où elle aspire les profondeurs de l’océan, et Eko Atlantic city, où dans un long jet mêlé d’eau de mer, elle recrache des millions de tonnes de sable. Nuit et jour, sept jours par semaine, l’énorme bateau-usine s’active. Actionnées depuis la cabine de pilotage, d’énormes mâchoires s’enfoncent dans les eaux brunes et ramènent le sable dans les entrailles du bateau. Lorsque la cargaison atteint presque le niveau du pont inférieur, la drague fait demi-tour, infatigable… Sa mission est d’amener au large de Lagos pas moins de 170 millions de mètres cubes de sable blond, qui serviront de fondement à la future ville… Les membres de l’équipage viennent d’Alost, d’Anvers, des Pays Bas, ils habitent aux quatre coins du monde, en Espagne, à Shanghaï ou même au Nigeria et toutes les cinq semaines, sans même avoir passé une heure dans les embouteillages de Lagos, ils rentrent chez eux pour un congé de cinq semaines où ils reprendront contact avec la terre ferme et la vie réelle.
Avec Jan De Nul, la société concurrente et parfois alliée, DEME (Dredging, environmental and marine engineering) est la plus grande des sociétés de dragage du monde. Les deux entreprises belges se sont récemment acquittées avec succès d’une tâche colossale, nettoyer le canal de Suez et ouvrir une nouvelle voie à la navigation. A la grande satisfaction et, à la satisfaction de tous, les travaux ont été terminés plusieurs mois avant le terme prévu.
Le directeur local de Dredging, Johann Van Velthoven, insiste sur le fait que la société est présente au Nigeria depuis 1991 et qu’elle met l’accent sur le partenariat : «DEME multiplie les joint ventures, et ici, 61% de notre capitale est nigérian car dans ce pays menacé par la montée des eaux, nous voulons que des sociétés locales puissent prendre le relais. C’est pourquoi nous envoyons régulièrement des NIgérians en formation à Anvers , où ils suivent des « cours de dragage » et reviennent avec un certificat internationalement reconnu. »
Le projet Eko Atlantic, où 1000 kilomètres carrés de terrain constructible seront créées au large de Lagos mobilise 370 personnes, dont 75 expatriés, de rudes gaillards qui, depuis les Philippines, le canal de Panama ou l’embouchure du fleuve Congo, ont pris les distances avec leur Flandre natale. C’est avec fierté de Van Velthoven nous fait les honneurs du Breughel, la drague géante et insatiable : des coursives jusqu’aux cabines, le bateau est d’une propreté impeccable et depuis la cabine de pilotage surélevée on distingue toute la baie de Lagos et les lumières qui scintillent sur la rive jusqu’à l’infini. Pour assurer le confort de l’équipage et soutenir son moral, tout est prévu, y compris le karaoké, indispensable aux cuisiniers philippins et un home cinéma pour les insomniaques.
Avec ses 161 millions d’habitants (le double dans vingt ans) le Nigeria représente une puissance africaine et DEME, qui a déjà travaillé à Port Harcourt, entend bien relever le défi de la montée des eaux dans le Golfe. Des dragueurs chinois ayant été écartés car ils ne maîtrisaient pas la technique, la société anversoise, qui reçut en Belgique le prix de l’entrepreneur de l’année, ne connaît qu’une seule concurrente : la société Jan De Nul, originaire d’Alost.
Si Eko Atlantic découle de la vision d’un seul homme, Chagoury, c’est à un autre multimillionnaire, Aliko Dangote, que Jan De Nul doit son ancrage nigérian. Même si, à cause de la dévaluation du naira, la monnaie nigériane et de la crise boursière il a perdu 10 milliards de dollars, Dangote, qui a fait fortune dans le ciment et est considéré comme l’homme le plus riche d’Afrique, pèse encore plus de quinze milliards de dollars. Il peut donc lui aussi se lancer dans des entreprises pharaoniques. C’est ainsi qu’à Lekki, à une trentaine de kilomètres du centre de Lagos, sur les côtés de «Jesus Highway » ainsi nommée à cause du nombre d’églises de réveil, il a décidé de créer un port en eau profonde et chargé l’entreprise Jan De Nul de créer un territoire artificiel de 1. 850 hectares, l’équivalent de 200 terrains de football…
Au bout de Ekko Beach road, se détachant sur l’horizon, on aperçoit trois dragues géantes qui aspirent le fond de l’océan et rejettent chaque jour 300.000 tonnes de sable sur le rivage, en longs jets mêlés d’eau de mer tandis que 33 bulldozers, 22 excavatrices, une soixantaine de « dumpers » et autres compacteurs aplanissent le terrain. Les travaux, menés jour et nuit, devraient durer six mois, après quoi commencera la construction du port en eau profonde qui permettra d’acheminer le pétrole du delta jusqu’aux portes de Lagos et rendra la ville moins dépendante des grandes sociétés pétrolières.
Ici aussi, la mangrove, cette ceinture de marécages qui assurait à la côte du Nigeria une protection naturelle contre les assauts de l’océan, aura reculé, au bénéfice des promoteurs qui multiplient les projets de digues artificielles…

21 décembre 2015

Eko Atlantic: un barrage de luxe contre l’Atlantique

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Lagos, envoyée spéciale

Chaque matin, pour arriver fraîche et pimpante au bureau -un simple container posé sur la plage- Shagari se lève à quatre heures. Sous le soleil ou la pluie, elle traverse les embouteillages de Lagos, à travers des quartiers qui ne sont que d’immenses bidonvilles aux toits rouillés ou longeant des « estates», des clos de maisons ou d’immeubles de luxe, ceinturés de grilles et protégés par des gardiens en armes. La jeune femme espère qu’en 2016 son calvaire sera terminé : comme 150.000 autres employés, elle travaillera dans un bureau climatisé d’Eko Atlantic City et aura -peut-être- la chance d’être logée à proximité. Avec ses 21 millions d’habitants, dont cinq appartiennent déjà à la classe moyenne, Lagos, la plus grande ville du continent, représente peut-être le futur visage d’une Afrique où la croissance s’accompagne de colossales inégalités.
Dans cette ville géante, 60% des habitants, vivant avec moins d’un dollar par jour, doivent faire face aux pénuries d’eau potable, aux délestages quotidiens et la spéculation sur le carburant allonge chaque jour les files devant les stations service, paralysant une circulation déjà erratique. A tel point que, accusant la NNPC (Nigerian National Petroleum Corporation)d’avoir organisé la rareté en spéculant sur les stocks, le ministre du pétrole a ordonné aux stations service de distribuer gratuitement leurs stocks de carburant !
Cependant, Shagari comme tant d’autres, fait preuve d’optimisme : « à force de travail, on arrivera à s’extraire de la pauvreté, et si le nouveau président Muhamadu Shagari réussit, comme il s’y est engagé, à éradiquer la corruption, l’espoir est possible… Le chef de l’Etat a mis cinq mois à constituer son gouvernement, mais ses ministres ont été choisis pour leur compétence… »
Aujourd’hui cependant, le « mal développement » de Lagos incarne tous les défauts d’une croissance anarchique, profondément inégalitaire malgré la richesse d’un pays qui a tout misé sur l’exploitation pétrolière. Le long de l’Océan, dont les vagues furieuses ont déjà dévoré des quartiers entiers et inondent régulièrement les bidonvilles, le projet Eko Atlantic incarne-t-il une volonté d’enrayer définitivement les érosions qui rongent le littoral et menacent, à terme, de détruire une grande partie de la ville ? Ou est-il la brillante illustration d’un avenir où le changement climatique creusera encore les inégalités et permettra aux super riches non seulement de se soustraire aux conséquences de leurs comportements prédateurs mais d’en tirer profits et avantages ?
Les deux sans doute…Aux confins de Victoria Island, le berceau de la ville, le quartier résidentiel qui, hier encore longeait l’Océan est aujourd’hui bordé de clôtures et une immense plage de sable artificiel s’allonge chaque jour, à l’abri d’une digue de huit mètres de haut qui bloque l’assaut des flots. « Dans notre ambition de récupérer une superficie de mille kilomètres carrés, nous ne faisons que reprendre ce que l’Océan a rogné depuis un siècle » nous explique Jacques Zacharian, l’un des promoteurs du projet de ville nouvelle, apparenté à la puissante famille Chagoury, d’origine libanaise.
La fortune de la famille a commencé lorsque l’un des frères, dans les années 80, sauva la vie d’un militaire encore inconnu, Sammy Abacha. Ce dernier, après sa prise de pouvoir lui voua une reconnaissance éternelle et une confiance tellement grande que Gilbert Chagoury, dans les années 90, put contrôler 70% du pétrole du Nigeria, dont l’exploitation était confiée à Shell et Total.
Ayant réalisé une fortune colossale pendant que leur protecteur Abacha pendait publiquement l’écrivain Ken Saro Wiwa, défenseur de l’environnement et faisait ouvrir le feu sur les manifestants, les frères Chagoury, Gilbert mais surtout Roland et Laurent, se mirent à rêver du « grand mur de l’Atlantique » : construire une digue de 9 kilomètres de long qui protégerait Victoria Island et surtout permettrait de récupérer le terrain grignoté en un siècle par l’océan, soit plus de mille kilomètres carrés.
Conduisant lui-même la jeep qui patine dans le sable frais, Jacques Zacharian, beau frère des Chagoury, aime détailler ce rêve pharaonique : « sur le terrain que nous allons récupérer, nous avons eu une vision, celle d’une ville nouvelle, à l’image de Dubaï et des autres cités du Golfe…Une ville qui accueillerait des tours géantes abritant des bureaux et des complexes d’habitations de luxe, ouvertes sur une marina qui pourra accueillir 360 voiliers…Le travail, le luxe et la sécurité, au cœur de la ville, avec vue sur l’Océan…… »
Zacharian balaie de la main nos timides objections : « des appels d’offre ? Mais ce n’était pas nécessaire, nous avons pris les meilleurs sur le marché : la société de dragage anversoise Dredging (DEME, Dredging, environment and marine engineering) pour amener un total de 170 millions de tonnes de sable, les Hollandais de Royal Haskoning pour viabiliser le site en y construisant des canalisations, des routes, un système d’éclairage public. Quant aux constructions, elles sont confiées à South Energyx Ltd et Azuri, qui se chargera d’édifier cinq tours de 24 et 31 étages ainsi que les complexes d’habitations de luxe…»
Pour Zacharian, Eko Boulevard, avec ses huit bandes de circulation ombragées de palmiers, ses magasins de luxe et ses restaurants suspendus devrait un jour concurrencer les Champs Elysées ou la Cinquième Avenue. Tout au bout de la vaste allée où le pavement se met déjà en place, le « grand mur » se construit pièce par pièce : une incessante navette de camions amène la première couche de gravier qui tapissera le sol, dépose des blocs de pierre (6 millions de tonnes arrachés à une carrière proche d’Ibadan…). Ces blocs seront par la suite recouverts d’un tissu synthétique (Géotex, fabriqué en Belgique) qui laissera passer l’ eau mais retiendra le sable. D’étranges formes géométriques attendent d’être ajustées, des tripodes et des acropodes, qui s’emboîteront et marieront leurs angles droits… « Lorsqu’il dominera la mer du haut de ses huit mètres, le mur ne devrait plus rien laisser passer, même en cas de tempête », conclut Jacques Zacharian…
A l’entrée de la future Eko Atlantic city, où les premières tours sont déjà en construction et où 200 excavatrices tournent dans le sable, un grand hall abrite la maquette de la future cité. Très élégante, plantée sur des talons de douze centimètres, sourire commercial, l’hôtesse semble échappée d’une bande annonce publicitaire. Nimbée d’une lumière dorée, elle nous présente les joyaux de la future ville : des bureaux certes, mais aussi des logements de luxe pour 250.000 résidents, des ultra privilégiés qui pourront se détendre le long de la marina, ou déambuler dans une galerie commerciale de 120.000 mètres carrés. La conception de cette ville nouvelle a été confiée à l’architecte libanais Marwan Zougheib, et, seule manifestation des pouvoirs publics, l’Etat de Lagos a approuvé ce projet entièrement confié à des privés. Lorsque, naïvement, nous demandons le prix du mètre carré, l’hôtesse nous adresse un sourire éclatant : « je vous le dirai lorsque vous aurez envie d’acheter… Et elle ajoute, l’air de rien : « de toutes façons, presque tous les appartements ont déjà été vendus sur plans… »
Sans nul doute, Eko Atlantic city, protégée par son mur d’un côté, par ses gardiens de l’autre (deux entrées seulement ouvrent sur la ville) sera la quintessence des rêves nourris par les nouveaux millionnaires du Nigeria, qui ambitionnent de concurrencer leurs collègues du Golfe.
Les soucis écologiques affichés par les promoteurs (énergie renouvelable, espaces verts, aires consacrées au sport et au repos, prohibition des voitures en stationnement) représenteront un luxe additionnel, et cette forteresse amarrée au bord d’un océan dompté apparaîtra comme le dernier refuge des plus riches qui tourneront le dos à une autre marée, celle des millions d’habitants des bidonvilles qui, eux, affronteront les aléas des tempêtes, de la pollution urbaine, de la précarité…
Eko Atlantic, sans aucun doute, représente un nouveau concept de ville, un ghetto somptueux dans lequel les plus favorisés auront été les premiers à tirer profit de la lutte contre les éléments et à inaugurer une sorte d’apartheid climatique…

21 décembre 2015

le Parlement burundais face à l’Union africaine

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L’isolement du régime burundais s’accentue : non seulement il fait face aux sanctions de l’Union européenne, au désaveu des Etats Unis, à l’inquiétude de Nations unies, mais il affronte désormais ses voisins africains, qui projettent d’envoyer sur le terrain une mission de maintien de la paix forte de 5000 hommes. Ces 5000 militaires et policiers seraient originaires de l’Ethiopie, du Kénya et de l’Ouganda, mandatés par le conseil paix et sécurité de l’Union africaine.
Les débats qui se sont tenus au parlement burundais, retransmis en direct par la radio et la télévision, reflètent la gravité de l’heure : les deux chambres, réunies en congrès extraordinaire, ont critiqué avec virulence la décision de l’Union africaine, assurant que « le Burundi est un pays en paix » et que la violence n’a touché que certains quartiers de Bujumbura. Le refus est catégorique : « si les troupes de l’UA venaient sans l’aval du gouvernement, il s’agirait d’une force d’invasion et d’occupation » a déclaré un porte parole du président Nkurunziza.
Théoriquement, la force de l’Union africaine pourrait être déployée sans tarder et, selon les termes officiels «démontrer que l’Afrique ne permettra pas un autre génocide sur son sol. »
Peut-on pour autant s’attendre à voir des soldats africains débarquer dans les prochains jours au Burundi sans y être invités ? La réponse est moins catégorique qu’il n’y paraît : si l’Ethiopie, puissance montante dans la région, est très décidée à fournir des troupes, si le voisin rwandais, malgré la réserve officiellement observée, soutient le principe de l’opération, d’autres pays et non des moindres se montrent plus réservés. Si du temps du président Kikwete, la Tanzanie, hostile à toute intervention, soutenait discrètement le président Nkurunziza, la position de son successeur le président Magufuli est moins tranchée. Par contre l’Angola, et derrière Luanda la République démocratique du Congo appuient encore le président burundais, estimant qu’après dix ans de pouvoir son troisième mandat (le deuxième obtenu au suffrage direct) ne mérite pas une telle levée de boucliers et que, par comparaison avec le Rwanda où le président Kagame vient d’être autorisé par referendum à demeurer au pouvoir, il y a deux poids deux mesures. Quant à l’Ouganda, qui devrait fournir des troupes à la force africaine, il privilégie surtout le dialogue : nommé médiateur, le président Museveni aurait déjà invité des Burundais de tout bord à se rendre à Kampala pour entamer des négociations, ce qui est dénoncé par le Cnared, (coalition de partis d’opposition) qui veut être seule à négocier avec le pouvoir. A cela s’ajoutent deux questions débattues dans les chancelleries africaines : qui financera la force de 5000 hommes et surtout, peut-on réellement parler de risque de génocide ?
Sur ce dernier point, l’enquête exhaustive publiée par le journal Iwacu (le seul à demeurer opérationnel, plus de 60 journalistes burundais ayant fui le pays…), à propos de l’attaque menée le 11 décembre dernier contre quatre camps militaires mène à des conclusions nuancées. Il apparaît que des assaillants, bien organisés et disposant vraisemblablement de complices, ont pris d’assaut les camps militaires réussissant à s’emparer d’importants stocks d’armes et de munitions, vraisemblablement destinés à équiper la rébellion en gestation, avec le Rwanda comme base arrière.
Quant aux forces gouvernementales, au lieu de mettre en déroute les assaillants qui ont pu quitter les lieux sans devoir combattre, elles ont fait régner la terreur dans les quartiers politiquement contestataires : à Nyakabiga, Musaga, Ngagara, militaires et policiers ont bloqué les routes et ont systématiquement pris pour cibles les jeunes gens, des étudiants soupçonnés d’avoir pris part aux manifestations, mais aussi des vendeurs de lait, des petits commerçants, des éboueurs, tous des civils massacrés sans considération d’ethnie mais aux cris de « sales Tutsis ». Autrement dit, la haine ethnique a été utilisée pour galvaniser les troupes, mais à ce stade, les massacres ont été commis sur une base politique et ont visé autant les opposants Hutus que les Tutsis.
Refusant la connotation ethnique de ces violences qui ont fait plus de cent morts, Innocent Muhozi, l’un des journalistes burundais les plus respectés, souligne : « ils ne luttent pas pour les Hutus, il s’agît de Hutus et de Tutsis qui luttent pour leur intérêt personnel. Ce pouvoir tue aussi des Hutus depuis dix ans… Les Burundais sont en danger, des bêtes sauvages sont en train de les déchiqueter… »

11 décembre 2015

Climat de guerre à Bujumbura

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L’importante délégation burundaise convoquée à Bruxelles pour répondre aux questions de l’Union européenne n’avait pas encore regagné Bujumbura que la capitale du Burundi a retrouvé une atmosphère de guerre civile : deux camps militaires situés dans la ville, à Ngagara et à l’ISCAM (Institut supérieur des cadres militaires) ont été attaqués par des assaillants lourdement armés tandis qu’un autre camp, celui de la 120eme Brigade, situé à Mujejuru, à 40 kilomètres de la capitale, subissait également un assaut violent. Selon un haut gradé de l’armée, les assaillants, dotés d’armes automatiques, ont mené le combat durant plusieurs heures et les pertes se chiffreraient, dans leurs rangs, à douze morts et 21 prisonniers. Selon des sources militaires, les insurgés qui voulaient s’emparer d’armes et de munitions ont pu s’introduire dans le camp de Musaga et dans celui de l’Iscam grâce aux complicités dont ils auraient bénéficié. Délogés par les militaires « loyalistes » après de rudes combats, les assaillants ont réussi à fuir dans les collines de Bujumbura rural, proches des camps militaires.
Des échanges de tirs se sont poursuivis durant toute la journée, à tel point que le Comité international de la Croix rouge (CICR) a du renoncer à se déplacer dans la ville. En outre, des opérations de « ratissage » ont eu lieu dans plusieurs quartiers, marquées par des tirs nourris d’armes automatiques.
Selon une source proche du gouvernement, contactée par téléphone, la recherche d’armes et de munitions ne serait pas la seule cause des attaques contre les casernes : il se serait agi d’une opération de diversion destinée à mobiliser les militaires « loyalistes » au moment où un autre groupe se rendait à la prison de Mpimba, à Bujumbura, afin de tenter de libérer de force certains détenus, dont les auteurs du coup d’Etat manqué de mai dernier.
Quelle que soit la raison de ces affrontements, les plus violents depuis l’échec du putsch, ils illustrent la profonde dégradation de la situation sécuritaire au Burundi et les divisions qui minent les forces armées.
Or l’appareil militaire était considéré jusqu’à présent comme le meilleur des acquis découlant des accords d’Arusha, conclus en 2000 : militaires des anciennes forces gouvernementales et ex-rebelles issus des rébellions hutues avaient été mixés, des formations et de nombreuses missions à l’étranger avaient renforcé la cohérence des forces armées.
Au cours des derniers mois cependant, les forces de défense et de sécurité avaient perdu du terrain au profit des milices Imbonerakure, -des jeunes mis au service des ambitions présidentielles- et le virus ethnique s’était introduit parmi les hommes en uniforme…
C’est ainsi que des militaires de valeur, Tutsis mais aussi Hutus, dont la fidélité au régime avait été mise en cause, furent mis à l’écart et leurs fonctions réduites à de la figuration.
Cette discrimination, ainsi que la suspicion qui frappa de nombreux policiers et militaires, accéléra les désertions au sein des forces armées.
C’est cette division qui nourrit désormais la crainte d’une guerre civile qui verrait les Burundais s’affronter non pas sur une base ethnique mais pour des raisons politiques, pour ou contre la réélection du président Nkurunziza à un troisième mandat…