28 février 2016

Bike for Africa: une autre Afrique à hauteur de vélo

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Banjul

Alanguis sur leurs chaises longues ou ramassant les coquillages déposés par l’Océan atlantique sur les plages de Banjul, quelques dizaines de touristes belges ou hollandais ont cru rêver lorsqu’ils ont vu les premiers participants de « Bike for Africa » prendre de vitesse la marée montante et pédaler dans un jaillissement d’écume en poussant des cris de victoire. Quelques instants plus tard, alors que les premiers arrivés s’étaient déjà jetés à l’eau et nageaient à grandes brasses pour effacer la poussière qui les maquillait en Peaux rouges, c’est la troupe toute entière qui déboula sur la plage, de jeunes hommes aux mollets d’athlètes, des quinquas ou des sexas bien décidés à conjurer les années, de minces jeunes femmes au physique d’hôtesses qui serraient énergiquement leurs guidons entre leurs mains manucurées, des CEO de grandes entreprises fiers de leur timing : une moyenne de 22 km heures, sur près de 90 kilomètres ! Parmi les premiers arrivés se distinguait la haute silhouette du chanteur Henri Ozark, (Piet Godaar pour les intimes) qui avait forcé l’allure, désireux de préparer soigneusement le concert qu’il allait donner le soir même, la voix à peine altérée par la poussière.
Après avoir traversé le Rwanda et le Burundi voici quatre ans, puis l’Ouganda en 2014, cette troisième édition de « Bike for Africa » a mené une soixantaine de cyclistes sur 400 kilomètres, de Guereo au sud de Dakar jusque Banjul, la capitale de la Gambie. Membres du personnel de Brussels Airlines, patrons de grandes entreprises sponsorisant l’opération ( parmi lesquelles Deloitte, Rossel, de Persgroep, Abelag, Lampiris, Thomas Cook…) tous ont partagé la vision d’Herman Carpentier, le « père » de l’opération, soutenu par Bernard Gustin, le patron de Brussels Airlines : témoigner de cette passion pour l’Afrique qui, depuis la défunte Sabena, anime notre compagnie aérienne. Une passion qui se traduit par la connaissance du terrain et des hommes, par un « optimisme de la volonté » qui défie autant les guerres civiles que des fléaux comme Ebola, et qui se traduit par une réelle implication humanitaire, à différents niveaux, des plus modestes aux plus spectaculaires.
Ainsi, sait on que, depuis des années, Bianca, pilote de ligne, trois vols longs courriers par semaine, remplit, avec ses collègues, des dizaines de caisses de bananes avec des jouets, du matériel scolaire, qu’elle dépose dans les orphelinats des villes où elle fait escale ? Plus médiatisée, l’opération « Bike for Africa », grâce à la mobilisation du personnel et grâce aux sponsors, a pu réunir 150.000 euros, remis aux différents projets visités le long de l’itinéraire. Les cyclistes ont ainsi pu découvrir au Sénégal une maternité construite par une Belge, Muriel Jonkheere aussi appelée « Muriel Africa », à Banjul le département « maternité » de la clinique Horizon qui, grâce à un chèque de 80.000 euros, pourra enfin être éclairé de nuit.
C’est à Somika, au cœur de la savane gambienne que les « bikers » ont fait des émules : ils ont découvert une école, elle aussi soutenue par la Fondation « Bike for Africa », où les élèves, garçons et filles, sont tous dotés de vélos tchèques, qui raccourcissent singulièrement la distance entre le domicile et les salles de classe. Même si le président gambien Jammeh a décrété que l’Islam serait la religion officielle de son pays, c’est la tolérance qui prévaut et à Sokota, on a vu des fillettes soigneusement voilées chevaucher avec fierté les VTT des « bikers » et montrer aux visiteurs leurs propres engins, soigneusement entretenus.
Car nos cyclistes, souvent applaudis par les villageois ébahis, n’étaient pas des Ovnis, ils étaient bien différents de ces touristes qui ne distinguent l’Afrique qu’au travers des vitres fumées de leur mini bus et ne s’intéressent qu’à la faune sauvage…
Chaque journée a été marquée par des contacts, même rapides, avec les populations locales. C’est ainsi qu’à Sokota, on a pu voir un CEO donner discrètement son adresse e mail à un jeune garçon en lui disant « si tu as besoin de quelque chose, écris moi.. » et qu’à tout moment fruits, sandwiches et bouteilles d’eau, prévus en abondance, étaient partagées avec les spectateurs locaux. A Keur Salloum, au bord du large fleuve Salloum, aussi majestueux qu’un bras de l’Amazone, les rythmes des djembes retentirent jusque tard dans la nuit, tandis qu’à Brefet, sur la berge du fleuve Gambie, où deux larges tentes accueillaient les visiteurs arrivés en pirogue, les femmes chantèrent longtemps pour exprimer leur joie et leur hospitalité.
Pédaler dans la savane africaine, loin des plages, des hôtels, des boutiques et des réseaux wifi, c’est découvrir une autre saveur du monde. Une autre lumière, une autre poussière, une autre respiration…Avec des moments difficiles certes, où nos compagnons flamands nous ont appris quelques mots clés : une « val partij », une chute en série, c’est ce qui se passe lorsque les pieds ne se détachent pas assez vite des pédales et que le premier « tombeur » entraîne ses compagnons. « Drinken » boire, c’est l’obsession : toujours boire, à chaque halte ou « drink stop », ne jamais craindre de vider sa gourde ou son camel back, pour conjurer les risques très réels de déshydratation. « Trappen », pédaler, c’est ce qu’il ne faut jamais cesser de faire, en particulier dans le sable, tout en réduisant la vitesse et en décuplant l’effort. Et du sable, Dieu sait s’il y en a eu : sur les pistes traversant les villages, au milieu des forêts, sur les chemins de traverse. La Gambie ne serait-elle qu’une immense dune, plantée d’arbres à cajou ou d’anacardiers ? Des bancs de sable à éviter en passant sur les côtés de la piste, des rubans de sable lacérés par les empreintes des premiers cyclistes, de traîtres monticules dressés impromptu. « Trappen » nous soufflaient les coach improvisés, « altijd trappen », pédaler encore et toujours, parfois contre le vent et bien se garder de tout soulagement lorsque tout à coup l’asphalte remplace la piste de brousse. Car alors le peloton s’emballe, les champions se sentent pousser des ailes. C’est alors que des groupes se forment, rassemblant des coureurs de même force, de même vitesse, qui se relaient pour mener la course en tête. Les CEO, super entraînés, habités par la passion de vaincre, sont alors les plus redoutables ; ils raccourcissent les haltes, vérifient leurs montres chronos et leurs GPS, cèdent difficilement les premières places et font exploser les moyennes. Les patrons de presse, Rossel et de Persgroep, ne sont pas les derniers à mener la course en tête…
Nous, loin derrière, sur ces routes écrasées de soleil, nous nous demandons pourquoi le vent vient toujours de face, pourquoi, implacable, il nous adresse des gifles aussi brûlantes…
Les jours où le groupe se met en mouvement avant le lever du soleil, une autre magie se révèle : une brume légère flotte encore entre les arbres, les oiseaux chantent à tue tête, les femmes qui puisent de l’eau aux bornes fontaines nous saluent joyeusement, les enfants qui se pressent vers l’école ou le champ crient « bonjour » ou « donne moi ton vélo », les policiers habitués aux touristes assurent que des cyclistes parcourant une telle distance, ils n’en ont jamais vu. Avant que le soleil arrive à la verticale, les couleurs sont plus vives, ocre de la savane, vert profond des arbres à cajou, frais ombrage des manguiers qui donneront bientôt leurs fruits. Les parfums se confondent, fruités, capiteux, ils nous effleurent comme des promesses, des encouragements. Et au fond, tout au bout des pistes, se devinent toujours les grands fleuves, le Salloum, la Gambie, bordés, comme la côte elle-même , de la mangrove protectrice d’où jaillissent des pélicans et des mouettes et où les villageois vont cueillir des huîtres sauvages.
Ayant amené leurs propres VTT, leur équipement de champions et une bonne humeur inoxydable, nos bikers ont cependant connu quelques mésaventures, vite surmontées : à l’issue du vol amenant les CEO amis de Bernard Gustin, ces passagers de choix constatèrent que leurs bagages étaient restés à Bruxelles et qu’ils devraient se contenter du kit minimum prévu par la compagnie. Le premier matin, Pieter Goddart, livide, arborait un grand bandeau autour du crâne lui donnant l’air d‘un pirate Viking : il s’était fendu le crâne en tombant dans sa chambre mal éclairée et dut renoncer au vélo durant la première journée. Ce qui ne l’empêcha pas, dès le second jour, de remonter en selle et de préparer mentalement son concert. Quant aux bagages manquants, ils finirent par arriver, très tard dans la seconde nuit, le camion qui les transportait vers l’Ecolodge de Simal étant tombé en panne dans les derniers kilomètres, il fallut recourir à une charrette tirée par un âne pour amener les valises des PDG…
L’Afrique délivrait là aux voyageurs pressés sa première leçon : à chacun son rythme…

COLETTE BRAECKMAN

28 février 2016

Le Burundi n’a rien à craindre des médiateurs africains

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En dépit des sanctions économiques qui frappent durement le pays, le président burundais Nkurunziza n’a pas encore à s’inquiéter des pressions de la communauté internationale et moins encore de l’Union africaine : succédant au secrétaire général de l’ONU, une délégation de quatre chefs africains mandatés par leurs pairs pour trouver une issue pacifique à la crise, ont passé deux jours au Burundi et leur position marque un net recul par rapport à des prises de position précédentes . E,n effet, alors que l’Union africaine avait initialement proposé le déploiement d‘une force de 5000 hommes destinée à enrayer les violences, (ce que les autorités de Bujumbura avaient catégoriquement refusé…)le président sud africain Zuma et ses pairs (les présidents de Mauritanie, du Sénégal, du Gabon et le Premier ministre éthiopien) ont suggéré d’envoyer au Burundi 100 observateurs des droits de l’homme et une centaine d’experts militaires non armés. Le porte parole de l’un des partis d’opposition, l’UPRONA, a déjà regretté le fait que ces observateurs, en nombre insuffisant, n’auraient pas la possibilité de se déployer à l’intérieur du pays.
Quant à la relance d’un processus de dialogue politique, seule issue à la crise de légitimité qui ravage le Burundi depuis que le président Nkurunziza a entamé un troisième mandat, elle est bien timide : la délégation, certes, a appelé le médiateur ougandais Museveni à relancer un dialogue inclusif mais en précisant qu’il devrait s’agir d’ « acteurs importants ». Or le pouvoir refuse toujours d’entrer en discussion avec une plate forme qui rassemble la quasi totalité de l’opposition burundaise, le CNARED (Conseil l national pour le respect de l’accord d’Arusha et de l’état de droit au Burundi), arguant que cette coalition serait à l’origine des violences qui ravagent le pays depuis avril 2015.

Deux opposants dénoncent la médiation africaine et « un pouvoir fondé sur la rancune »

De passage à Bruxelles, deux membres importants du CNARED, un ancien chef d’Etat Sylvestre Ntibantunganya, porté au pouvoir en 1993 par son parti le Frodebu après l’assassinat du président Melchior Ndadaye, et Gervais Rufikyiri, ex-deuxième vice président de la République et ex-membre du « Comité des sages » du CNDD (Conseil national pour la défense de la démocratie, le parti du chef de l’Etat), nous ont exprimé leurs doutes au sujet de cette médiation africaine : « Elle pose problème : le président Museveni, en tant que chef d’Etat, ne peut pas passer beaucoup de temps sur le terrain…Il faudrait améliorer cette médiation… »
Les deux dirigeants du CNARED, politiciens chevronnés, regrettent évidemment que leur plate forme soit exclue d’un éventuel « dialogue inclusif » : «depuis 2006, Nkurunziza a toujours tenté de fragmenter les groupes politiques, de monter les uns contre les autres. Or notre groupe a le mérite de vouloir réunifier les différents fragments de l’opposition. Depuis mai 2015, divers partis travaillent sous un leadership organisé : il réunifie ceux qui ont été éparpillés, ce que le pouvoir ne peut pas voir d’un bon œil…
Gervais Rufiykiri , qui fut proche de Nkurunziza, tient à rappeler que « en réalité, le président n’est pas un homme de dialogue. En interne, le pouvoir est très centralisé… Nous sommes en face d’une dictature, celle d’un parti unique qui a écarté ses rivaux, qui est très personnalisé. Tenter de savoir qui décide, c’est entrer dans la « boîte noire ». Nous, au « Conseil des sages », nous étions une façade, la vraie prise de décision se situait au niveau des généraux, de ceux qui avaient commandé dans le maquis.
A l’issue de la lutte armée, au moment des accords de paix, c’est la composante politique du parti qui aurait du l’emporter. Mais en réalité Nkurunziza s’est retrouvé entouré d’un cercle d’officiers qui contrôlaient tout et faisaient partie d’un cabinet erronément appelé « civil ». Ces généraux forment un cercle restreint, tous ont été membres d’une ancienne partie belligérante, tous sont Hutus… »
Au moment de l’assassinat du président Ndadaye, M. Ntibantunganya a perdu son épouse, il a échappé à la mort de justesse. Mais il rappelle « qu’au Burundi, tout le monde a souffert. Un vrai leader doit manger ses douleurs, pardonner, produire du bonheur pour le pays…Or aujourd’hui le pouvoir manipule les émotions, rappelle sans cesse les souffrances du passé, y compris celles qui ne lui appartiennent pas, ce qui est extrêmement dangereux. Alors qu’ils auraient du mettre sur pied la Commission Vérité et réconciliation…Ils assurent que l’opposition veut remettre en selle un pouvoir tutsi..»
M. Rufikyiri confirme : « le président Nkurunziza est un homme très rancunier. Ce qu’il cherche, c’est se venger des évènements de 1972, ces massacres de Hutus au cours desquels son père avait été assassiné. Lors des réunions de prière, il revient chaque fois sur les malheurs qu’il a connus durant son enfance,…Encore et toujours, il veut se venger de l’UPRONA (principal parti regroupant les Tutsis) et écarter le Frodebu (Front pour la démocratie au Burundi, parti hutu modéré)… Je peux vous l’ assurer : « lorsqu’aujourd’hui des Tutsis meurent, au fond de son cœur, il est heureux… »
Les deux leaders du CNARED confirment que « le président et les siens n’ont jamais réellement cru aux accords d’Arusha, (qui prévoient le partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis). Ils ont été forcés de faire semblant d’y adhérer, mais en réalité ils veulent remplacer ces accords qui avaient stabilisé le pays par ce que leurs stratèges appellent « la Charte nationale de la démocratie ». Leur stratégie, c’est de faire couronner cela par un referendum, afin d’invoquer la volonté du peuple… »
Les deux opposants répondent aussi à l’argument selon lequel les masses rurales n’auraient pas bougé : « la réalité c’est que les manifestations ont été réprimées, étouffées, à Gitega, Kirundo, Cyankuzo, Ruhigi. Les milices Imbonerakure font régner la peur, la violence…Au moment du coup d’Etat manqué, les gens qui avaient manifesté leur joie, leur soutien aux putschistes, ont été poursuivis… »
Alors que la communauté internationale évoque encore le « risque » d’un génocide, M. Rufyikiri pose la question : « les éléments constitutifs d’un génocide ne sont ils pas en place ? Des propos incitant au crime sont tenus, une communauté ethnique est ciblée, la violence provient de l’appareil d’Etat… Combien de cadavres faudra-t-il pour que l’on ose parler de génocide ? Même si la population burundaise n’a pas le sang chaud des Africains de l’Ouest, la moindre étincelle peut mettre le feu aux poudres…»
Comment amener le pouvoir à la table de négociations ? « Au bout du compte, il faudra négocier avec le CNARED, c’est inévitable… Mais faudra-t-il attendre des hécatombes ? La région, l’Afrique, la communauté internationale, ont mal joué en abandonnant l’idée d’une force africaine de 5000 hommes, qui aurait pu exercer un rôle préventif. Aujourd’hui ce qui reste, ce sont les sanctions, le risque d’asphyxie financière : d’ici mars le pouvoir pourrait s’avérer incapable de payer les salaires des fonctionnaires…Les banques peuvent bloquer les avoirs, geler les crédits. On pourrait aussi sanctionner les hommes d’affaires qui jouent encore de « sales jeux »… Il faudrait aussi travailler des pays comme la Tanzanie pour qu’ils s’impliquent davantage… »

23 février 2016

Burundi: Kagame exprime son exaspération

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Le ton monte dangereusement entre le Rwanda et le Burundi : dans un série de messages sur son compte Twitter, le président Paul Kagame a répondu sans ambages aux accusations portées jusqu’aux Nations Unies par le Burundi, qui a dénoncé le soutien que Kigali apporterait aux rebelles armés. Pour Kagame, il s‘agît d’une « stratégie de diversion » visant à reporter sur quelqu’un d’autre un problème interne. Il a aussi accusé son voisin burundais de ne pas commanditer des massacres de masse, mais des assassinats ciblés au fur et à mesure, ajoutant : « il s’agît, si on peut dire, d’une solution finale… ».
Cette réponse traduit l’exaspération des autorités et même de l’opinion rwandaise qui estime que le pays n’a fait que son devoir en accueillant dans des conditions décentes près de 70.000 réfugiés vivant soit dans des camps soit, pour les plus aisés, auprès de leurs proches ou dans des maisons louées à Kigali. Elle fait suite à des accusations de plus en plus précises, formulées non seulement par le Burundi qui fait pression sur le Conseil de sécurité de l’ONU pour qu’il rappelle Kigali à l’ordre, mais aussi dans un rapport publié par des experts de l’Onu et corroboré pare les Etats Unis, selon lequel des militaires rwandais forment et arment des réfugiés burundais afin de les renvoyer dans leur pays les armes à la main. Ces informations ont été confirmées par les services de sécurité congolais qui assurent avoir intercepté au Sud Kivu plusieurs dizaines de ressortissants burundais dotés de fausses cartes d’électeurs congolais (tenant lieu de documents d’identité). Ces cartes auraient été imprimées au Rwanda grâce à du matériel électoral volé en 2013 par les rebelles tutsis du M23. Ces opposants burundais dotés de documents congolais leur permettant de circuler librement auraient eu l’intention de s’infiltrer au Burundi via le Sud Kivu. La violence du ton utilisé par le président rwandais ne vise pas seulement à désamorcer les critiques. Elle est aussi animée par le risque de voir la crise burundaise dégénérer en conflit régional, et par la peur, jamais totalement conjurée au Rwada, d’être à nouveau la cible d’attaques menées par les Interhahamwe, ces rebelles hutus réfugiés au Congo et qui n’ont pas été complètement désarmés.
A Kigali en effet, l’on constate que la crise politique ouverte au Burundi avec l’accession du président Nkurunziza à un troisième mandat a tendance à s’ « ethniciser » , à faire renaître un clivage Hutu Tutsi qui, au cours des dix dernières années s’était cependant sérieusement estompé. A l’heure actuelle en effet, ce sont les « quartiers tutsis « de Bujumbura qui, après des semaines de manifestations, sont ciblés chaque jour par des assassinats, des pillages, des disparitions. Pour tenter de mobiliser les masses rurales (Hutues dans leur grande majorité) le pouvoir joue sur la fibre ethnique. Il rappelle volontiers les massacres de 1972, parfois qualifiés de « génocide sélectif » au cours desquels 300.000 Hutus avaient été massacrés par les soldats tutsis tandis que des centaines de milliers de réfugiés accueillis en Tanzanie (parents et compagnons de route du président actuel Pierre Nkurunziza) vivaient dans l’espoir de revenir au pays et d’y prendre enfin le pouvoir. Rappelons que cette « ethnisation » de la politique burundaise passe par l’abandon des accords d’ Arusha, qui, non seulement limitaient le mandat présidentiel à deux exercices, mais avaient imposé une clé de répartition numériquement injuste mais rassurante pour la minorité tutsi, qui s’était vue garantir 50% des places dans l’armée et 40 % des postes dans les ministères.
Dramatisant volontiers la situation, Kigali assure que les Interhahamwe, auteurs du génocide de 1994, sont aujourd’hui présents aux côtés des « Imbonerakure » les miliciens proches du régime, des jeunes gens issus des groupes sportifs mais qui sont aujourd’hui dotés d’arme et multiplient intimidations et violences.
Le Rwanda n’est pas le seul à s’inquiéter de la dérive du Burundi : le Congo, qui redoute l’hégémonie de Kagame et de son voisin ougandais Museveni dans la région, soutient discrètement Nkurunziza et avec lui l’Angola, le Congo Brazzaville et surtout la Tanzanie, en première ligne sur le front humanitaire…L’internationalisation du conflit se profile à l’horizon…

19 février 2016

Pacifique mais avide de moralité politique, la nouvelle génération congolaise inquiète le pouvoir

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Goma, envoyée spéciale

Alors que la chanteuse nigériane Nneka clôturait le festival Amani, des ballons multicolores, légers comme des souffles, survolèrent la foule. « Chanter pour la paix, danser pour le changement » c’était le slogan de cette troisième édition d’un festival qui durant trois jours avait attiré au Nord Kivu plus de 34.000 jeunes venus de tout l’Est du Congo mais aussi des pays voisins, Rwanda et Burundi.
Sous les applaudissements, les ballons dansaient, portant un message muet « libérez Fred ». Certes, les organisateurs, dont le Belge Eric de Lamotte, avaient explicitement banni la politique de l’enceinte du festival, mais comment juguler les pensées ?
Lorsqu’une vedette congolaise, Black Man Bausi, originaire de Goma, relaya Nneka sur scène en disant « Fred, où que tu sois, nos pensées t’accompagnent » il recueillit une ovation plus forte encore qu’au moment de sa prestation…C’est que Fred Bauma, qui l’an dernier, était le coordinateur du « village humanitaire » et l’un des piliers du festival, est devenu, depuis son arrestation en mars dernier l’une des idoles de la jeunesse. Son crime ? Avoir participé, à Kinshasa, à une conférence de presse, tenue aux côtés de Sénégalais du mouvement « Y en a marre » et de Burkinabe du « Balai Citoyen », des activistes qui, mêlant musique et politique, avaient réussi à chasser du pouvoir Blaise Compaoré au Burkina et à empêcher Abdoulaye Wade de se représenter à la tête du Sénégal.
Accusés de complot, de tentative de subversion, les Burkinabe et les Sénégalais avaient fini par être expulsés. Quant à Fred Bauma et Yves Makwambala, ils sont devenus les prisonniers politiques les plus populaires du pays.
Ils ne resteront pas longtemps seuls en prison : ce mardi, à l’aube, six militants du mouvement « la Lucha » (la lutte) ont également été arrêtés à Goma , quelques heures avant que la capitale du Nord Kivu soit elle aussi paralysée par l’opération « Ville Morte »lancée par un collectif de partis d’opposition opposés à un éventuel report des élections de novembre. Jeudi, des charges très lourdes ont été formulées: association de malfaiteurs, incitation à la haine ethnique, désordres sur la voie publique…
Le seul crime de ces étudiants, en réalité, est d’avoir aidé à organiser la grève générale qui, mardi matin, a paralysé Goma et d’autres grandes villes du pays.
Au cours des journées qui précédèrent ces manifestations pacifiques mais sévèrement réprimées, nous avions pu, dans les coulisses du festival Amani comme dans les stands du « village humanitaire », découvrir un autre visage de la jeunesse congolaise : celui de ces quelque 500 volontaires qui avaient assuré le service d’ordre, contrôlé les entrées, géré les stands, nettoyé le site, remis en ordre le collège Mwanga pour que les cours puissent reprendre dès le lundi matin. Scouts, membres de la Croix Rouge, longilignes basketteurs vêtus de T shirts noirs, jeunes filles travaillant en cuisine avec des bénévoles belges, tous ces jeunes garçons et filles se sont acquittés de leur tâche avec sérieux, sans jamais réclamer le « café » ou le « sucré » qui, au Congo, accompagnent le moindre service…
Pour tous ces jeunes, cependant très discrets à propos de leurs opinions politiques, « Yves » et « Fred » sont des héros et le mouvement « la Lucha », qui compte quelque 2000 membres et des milliers de « followers » sur Internet, exprime ce nouveau Congo dont ils rêvent en silence.
L’un d’entre eux, « José » (le prénom a été modifié) nous explique son parcours : « lorsque Mobutu a quitté le pouvoir, en 1996, j’avais douze ans. Tout au long de mon adolescence, je n’ai connu que Joseph Kabila, qui a succédé à son père en 2001. Il était jeune, lui aussi, et ses promesses m’ont fait rêver. Après avoir réussi à mettre fin à la guerre, à réunifier le pays, il a été le premier à nous parler de démocratie, d’alternance, de respect de la Constitution. Il nous promettait aussi un pays prospère, nous disait qu’après l’aboutissement des « cinq chantiers, nous aurions l’eau, l’électricité… Il répétait : « jugez moi sur mes actes et non sur mes discours… »
Le jugement de « José », 27 ans aujourd’hui, est implacable : «les promesses n’ont pas été tenues. Nous qui représentons la « génération Kabila » nous sommes au chômage (moins de 10% des jeunes ont un emploi régulier, « formel » , les autres doivent se débrouiller). »
Lorsque nous évoquons les nouvelles routes, les infrastructures, les immeubles commerciaux qui, à Goma ou ailleurs poussent comme des champignons, « José » balaie ces arguments : « par rapport aux moyens dont ils disposaient, ils n’ont rien fait. Ce pays est riche, beaucoup d’argent a circulé, est rentré dans les caisses de l’Etat. Mais le pouvoir a multiplié les taxes, à Goma ou ailleurs, les villas luxueuses ont été construites avec l’argent de la corruption…Pour la population, la vie est devenue encore plus difficile, les écarts se sont creusés. »
Aux yeux des jeunes comme « José », l’échec est évident : « les recettes du pouvoir sont les mêmes que du temps de Mobutu, dédoublement des partis, achat des voix, enrichissement personnel… Nous représentons la « génération Kabila » mais ce dernier ne nous fait plus rêver… En novembre prochain, à l’issue de son deuxième mandat, il faut qu’il parte… »
Pour « José, le le rêve n’est pas mort pour autant : «un autre Congo est possible. La générosité, le désintéressement, cela existe, Amani l’a démontré… Lorsque des politiciens veulent nous donner 100 dollars à titre de « motivation », de « per diem », de « transport » nous refusons systématiquement. C’est cela le « mal congolais », toujours « chercher l’argent ». Cela nous humilie, notre pays vaut mieux que cela… Pour accueillir et récompenser notre équipe après sa victoire à la Coupe d’Afrique de football, le pouvoir a dépensé deux millions de dollars… Mais la population a refusé d’aller fêter les joueurs au stade… »
C’est peut-être à cause de ce refus d’entrer dans le système, qu’à Kinshasa, dans les cercles du pouvoir, la « génération Kabila », celle de ces jeunes déçus par leur idole d’hier et qui refusent ses méthodes d’aujourd’hui, inquiète et suscite répression et calomnies : « ces jeunes ne peuvent qu’être payés par les Américains, vouloir déstabiliser le pays… »
Idéalistes, et pacifistes, attachés au respect de la Constitution, ces jeunes ne représentent-ils qu’une petite élite urbaine, mobilisée via les réseaux sociaux mais coupée des quartiers populaires, dont la répression, s’ajoutant à la coupure des réseaux de communication, finira par venir à bout ? Ou bien sont-ils la partie visible de l’iceberg, révélateurs d’un désaveu plus général à l’égard d’un pouvoir qui a rendu les inégalités encore plus visibles que du temps de Mobutu ?
Cette question hantera le Congo dans les mois à venir.

14 février 2016

Durant trois jours, le festival Amani a fait chanter et rêver Goma

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Goma,

« Quelle émotion…Goma, c’est la ville où je suis né, où j’ai étudié. Depuis les guerres qui ont sévi dans la région, je n’y étais plus revenu. Et aujourd’hui, alors que je chantais en kinyarwanda, en anglais, je me suis fait applaudir par des milliers de jeunes… »Kode, un artiste compositeur rwandais entouré de musiciens belges a séduit Goma par ses chansons d’amour, sa voix mélodieuses. Avant lui, sur la « petite scène », les tambourinaires du Burundi, d’une énergie folle, avaient donné envie de sauter, de battre des mains. Et avant eux encore, des danseurs venus de Ruhengeri au Rwanda, longues coiffures de raphia, pieds martelant le sol et postures guerrières, avaient eux aussi suscité l’enthousiasme. Ismaël Lo, le grand chanteur sénégalais, qui clôturait la deuxième journée, n’arrivait plus à quitter la scène. S’aidant de la guitare, de l’harmonica, il détaillait sans cesse de nouvelles chansons et bien après l’heure de clôture (à 18 heures, pour des raisons de sécurité, les habitants de Goma tiennent à rentrer chez eux…) il nous déclarait encore « j’aime cette ville, plus belle encore que Montreux, son enthousiasme, son énergie. L’accueil que j’ai reçu me donne enie de revenir..Je connais le Congo depuis plus de 25 ans, j’ai souvent chanté à Kinshasa. Mais ici, c’est différent : dans cette ville qui a connu la guerre, le festival, c’est avant tout un message de paix et d’amitié… »
A l’occasion de cette troisième édition, la magie du festival Amani a opéré une fois de plus : durant trois jours, dans l’enceinte du collège Mwanga, les jeunes du « Centre culturel de Goma » tous volontaires, ont réussi à rassembler chaque jour plus de 12.000 spectateurs (30.000 au total) autour de deux scènes sur lesquelles alternaient chanteurs et danseurs traditionnels et vedettes de la musique africaine et de la « world music ». S’acquittant d’un prix d’entrée plus que symbolique (un dollar par jour…) les jeunes de toute la région ont été à la fête : venus du Nord Kivu encore en guerre (Beni et Butembo) du Rwanda voisin, du Burundi enflammé par la contestation politique et la violence, de la ville de Goma qui, sur la lave du volcan se reconstruit désormais à une vitesse surprenante, ils se sont pressés au pied des tribunes, malgré les averses ou le soleil vertical pour découvrir des vedettes consacrées ou de jeunes artistes moins connus mais prometteurs, y compris des talents locaux sélectionnés à l’occasion de plusieurs semaines de sélection organisées par le Centre des jeunes.
Paradoxalement, le « dessert », le « clou » du festival a été servi dès le premier jour, lorsque le grand Werrason, a électrisé la foule. Privé de spectacle en Europe ( les «combattants » adversaires de Kabila sabotent systématiquement ses concerts…), la star aux dix surnoms, « Werra », le » roi de la forêt », « Igwe » l’enfant du pays, le seigneur, n’a pas joué à l’économie. Entouré d’une dizaine de musiciens, dont un guitariste déchaîné, il a alterné le « ndombolo » des nuits de Kinshasa avec la rumba qui, d’Est en Ouest fait danser tout le Congo depuis des décennies. Et à Goma aussi, les pieds dans l’herbe mouillée et la poussière noire, on a dansé, on s’est balancé en cadence, on a levé les bras. On a crié aussi, de surprise, de joie lorsque les danseuses de Werra, moulées dans de minuscules shorts blancs garnis de rubans roses ont offert au public les ondulations de leur postérieur et autres galipettes suggestives…D’audacieuses mimiques dont on n’a pas l’habitude à l’Est du pays, traditionnellement plus réservé…
Sur le plan strictement musical, les mélodies d’Ismaël Lo, la « jam session » de trois vedettes d’origine bien différente (le Malien Ali Keita, la Zambienne Yvonne Mwale, l’Ougandais Joel Sebunjo) sont sans doute d’une qualité supérieure. Mais dans cette foire aux décibels, dans ce rendez vous de l’effusion, le grand Werrason a certainement remporté la palme, tardant lui-même à quitter la scène bien après l’heure imposée par son manager…Le troisième jour cependant, le chanteur de Brazzaville, Zao, a lui aussi réussi à rassembler le public autour d’une chanson devenue mythique en Afrique et qui pourrait être adoptée par toute la région « anciens combattants » dans laquelle il martèle martèle « cadavere… la guerre, ce n’est pas bon… »
Très chaud, très motivé, le public, qui dépassait largement les 14 000 personnes fut cependant « refroidi » par la star nigeriane Nekka, qui se lança dans des solos en anglais d’une voix belle pour certains, trop aigue sinon glapissante pour d’autres et qui échoua complètement à conquérir le public. Faut il en conclure que les Congolais n’apprécient que leur propre musique, que les rythmes qui leur sont familiers ? Ce serait aller trop vite en besogne : les mélopées d’Ismaël Lo ont été applaudies, Zao le Brazzavillois a été porté en triomphe, Burundais et Rwandais ont reçu un accueil plus que chaleureux. En fait ce tour de chant de Nneka tomba à plat, l’assistance était prête à danser, à chanter mais aussi à se mobiliser pour ses propres causes, qui ne manquent pas. Ainsi, alors que la chanteuse voilée rappelait les méfaits de Boko Haram, une banderole était soudain brandie au dessus de la foulen rappelant qu’à Lubero et à Walikale « le peuple hutu est massacré et demeure sans aucune assistance »,allusion aux massacres interethniques qui endeuillent le « grand nord » du Kivu et font des dizaines de morts. Alors que les organisateurs avaient insisté pour que la politique soit totalement bannie, ils ne purent cependant empêcher un lancer de ballons assez particulier : durant de longues minutes les jeunes se relancèrent des ballons multicolores portant le nom de leur héros, Fred Bauma, l’un des organisateurs du festival l’an dernier, incarcéré depuis près d’un an à Kinshasa ou il avait été arrêté à l’issue d’une réunion avec des musiciens sénégalais et burkinabé, rencontre jugée subversive…
De la musique, des heures durant. Des plats traditionnels, servis par des « mamans » de l’ethnie nande qui lâchent leurs assiettes pour battre des mains lorsque les danseuses de leur village arrivent sur la scène. Plus de 500 volontaires, qui surveillent les entrées, veillent à la propreté du site, assurent le service d’ordre (les basketteurs de l’équipe de Goma ont une carrure impressionnante), règlent la sono, montent et démontent les installattions, remettent tout en ordre pour que, dès lundi, les élèves du collège puissent retrouver leurs salles de classe et leur cour de récréation, des activités parallèles comme un « village humanitaire » un « village de l’entreprenariat » où de jeunes entrepreneurs proposent leurs projets et innovations, une couse relais à travers la ville, le festival Amani c’est tout cela et plus encore…
Ce sont aussi de discrets rendez vous politiques dans la tribune des VIP,où, désormais les élites de toute la région tiennent à voir et être vus, où des diplomates occidentaux viennent prendre une température qui n’est pas uniquement musicale et qui pourrait monter dangereusement lors d’une manifestation prévue pour le 16 février prochain et convoquée par plusieurs partis de l’opposition hostiles au dialogue vec le pouvoir……
Ce festival, lancé voici trois ans par le Belge Eric de Lamotte, alors que Goma vivait encore sous la menace de la guerre, est aussi un formidable symbole, celui de l’une des régions les plus riches d’Afrique, dont les populations, qu’il s’agisse du Kivu, du Rwanda, du Burundi, font preuve d’une résilience exceptionnelle, toujours prêts à rebondir, à « gagner la vie », sans jamais cesser, malgré les conflits, de commercer, d’échanger, de vivre ensemble…Voici deux semaines, lorsque l’équipe nationale du Congo, les Léopards, a gagné la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en infligeant une cuisante défaite à l’équipe du Mali, le stade de Kigali, où se déroulait le match, était plein à craquer. « Cette victoire des Congolais, c’était aussi la nôtre » nous assurait un jeune chanteur rwandais « tout comme Amani, à Goma, c’est aussi chez nous… »
Ce n’est pas par hasard que les jeunes, en quittant l’enceinte du collège Mwanga, chantonnaient le tube de Zao, créé en 1983 et toujours actuel « la guerre, ce n’est pas bon… »

Et pourquoi pas Stromae ?

Il n’ose pas en parler, mais il ne cesse d’y penser : Guillaume Bisimwa, le directeur du festival Amani, dont Eric de Lamotte est le promoteur, caresse un désir qu’il formule à peine : voir Stromae se produire un jour sur la grande scène d’Amani. Au vu de l’agenda de la star, il s’agît sans doute d’une idée folle, irréalisable. Mais après tout pourquoi pas ? L’idée de cette rencontre n’est elle pas née en Belgique, d’où sont venus des dizaines de volontaires ; pour les jeunes du Centre culturel, comme pour les Rwandais et les Burundais, Stromae est une icône de la sous région, sinon un exemple de réussite, son parcours de vie est familier à tant de jeunes d’ici, ballottés par les guerres et les séparations…
Certes, il y a l’argent, les cachets, les agendas, la sécurité. Certes, il y a le réalisme des éternels sceptiques, que d’année en année, « Amani » ne cesse de démentir. Guillaume murmure, comme s’il effleurait un secret : « l’un de nos amis communs envoie chaque jour à Stromae des videos du festival…cela lui donnera peut-être envie de venir ? »
Ce jour là, on affrétera un charter…

13 février 2016

Werrason, le roi de la forêt, met le feu à Goma

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Goma,
Branle bas de combat au collège Mwanza, 523 volontaires sont sur la brèche. Sécurité, service d’ordre, restauration, communication, transport des stars, personne ne manque à son poste. C’est que la première journée du festival Amani a fait le plein : tout le monde était au rendez vous, les vedettes évidemment, mais aussi un public compact, plus de douze mille personnes se pressant au soleil ou dansant sous l’averse passagère. Alors que les années précédentes, les officiels avaient suivi l’évènement avec prudence sinon circonspection, n’apparaissant que le dernier jour, cette année, Amani est désormais « the place to be » l’endroit où il faut aller voir et être vu. Le « tout Goma » se pressait ainsi à la tribune officielle, depuis le gouverneur de la province du Nord Kivu Justin Paluku et le président de l’Assemblée provinciale, sans oublier plusieurs ministres nationaux (éducation, agriculture) qui avaient fait le voyage depuis Kinshasa… Les ambassade étaient également bien représentées à cette manifestation pour laquelle seuls les Etats-Unis consentirent à accorder un soutien financier, tandis que, pour la Belgique, seule la fédération Wallonie Bruxelles intervint dans quelques frais de voyage…
Dès le premier jour, le festival a ainsi fait le plein, peut –être à cause de la qualité des vedettes qui se succédèrent sur les deux podiums : la Kinoise Keren, qui, par la voix et le choix de ses chansons, rappelle la Canadienne Céline Dion, la Rwandaise Angel Mutoni, visiblement inspirée par les shows à l’américaine, dont l’entrain dissimula quelque peu le contenu de ses chansons poétiques…Vint ensuite la première « jam session »’ du festival, lorsque jouèrent ensemble un musicien ougandais Joël Sebunjo, Yvonne Mwale une Zambienne dont on entendra sans doute encore parler sur les scènes africaines, et surtout Aly Keita, un Malien, maître du balafon. Le trio démontra l’universalité de la musique africaine, qui réussit à marier les rythmes de l’Afrique de l’Est aux tempos endiablés du balafon et des instruments anciens maniés avec brio par l’artiste ougandais…
Enthousiaste, la foule compacte ne bouda pas son plaisir, réservant un accueil chaleureux à toutes les vedettes et même aux mamans Nande venues du Nord Kivu, qui plongèrent l’assistance dans la magie envoûtante des rythmes traditionnels.
Mais la véritable vedette du festival, celui que tous attendaient et qui combla les spectateurs dès la première après midi, c’est le fabuleux Werrason. Alors que ses musiciens, vêtus de rouge et d’orange, accordaient encore leurs instruments, la foule murmurait déjà ses surnoms, comme des incantations religieuses : « le grand Werra », le « roi de la forêt » « Igwe » l’enfant du pays, le seigneur, le maître…Déchaîné, d’autant plus satisfait de se produire devant un auditoire conquis qu’en Europe il est privé de concert depuis que les « combattants » anti Kabila le sanctionnent et le sabotent systématiquement, Werrason ne déçut pas, malgré quelques affaiblissements de tempo.
Belle voix aux registres extraordinairement variés, alternant les rythmes saccadés du ndombolo aux variations plus douces de l’éternelle rumba, jeu de scène inventif, soutenu par ses comparses, une quinzaine de musiciens vêtus de rouge et surtout des danseuses qui laissèrent Goma sans souffle. Car dans l’Est du Congo, comme dans les pays voisins, tous marqués par une grande pudeur, on n’a pas l’habitude de voir des danseuses présenter leur dos nu, et surtout faire tressauter leurs jolies fesses moulées dans un étroit short blanc décoré de rubans roses…Entrechats, grands écarts, variations sur les solos de fesses bien galbées, à grand renfort de gestes suggestifs, les spectateurs ne se sont pas privés de se rincer les yeux, de s’emplir de cette musique à la fois entraînante et sensuelle. Bras levés, corps en mouvement, pieds battant la mesure, s’aidant de la voix, douze mille personnes ont ainsi accompagné durant plus d’une heure un Werrason en grande forme, qui multipliait les rappels comme s’il avait peine à s’arracher à un tel enthousiasme…Un petit couac cependant : à Goma pas plus qu’à Kinshasa on n’aime mélanger le sport ou la musique avec la politique. Et lorsque la star proposa au gouverneur de la province de monter sur le podium, des bras se dressèrent dans la foule, formels et assurés : non, pas question.
Werrason n’insista pas et à 18 heures, alors que le concert se poursuivait encore, les officiels quittèrent la tribune requis par d’autres tâches…
Détrônant le volcan, la star kinoise a mis le feu à Goma et en sortant du collège, les jeunes qui n’avaient jamais été à pareille fête, avaient des étoiles dans les yeux. Tellement enthousiastes qu’appelés par les organisateurs à signer un « engagement personnel » à la tolérance, au vivre ensemble, au respect de l’environnement, sorte de charte d’Amani, ils ne se contentèrent pas de signer avec enthousiasme les panneaux qui leur étaient tendus. Ils couvrirent aussi de paraphes et de signatures le cou et la poitrine de la jolie volontaire qui leur tendait de quoi écrire…

12 février 2016

Goma:chanter et danser, entreprendre aussi…

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Goma,

Durant trois jours, galvanisés par le Festival Amani, les jeunes de Goma chantent et dansent pour la paix. Ils suivent les caravanes des vedettes comme Werrason ou Ismaël Lo, se préparent à prendre d’assaut le collège Mwanga pour y trouver place sur les pelouses et applaudir choristes, tambourinaires, joueurs de kora. Mais la vie des jeunes à Goma, c’est autre chose que cette éclaircie artistique. C’est, au quotidien, un combat pour la vie, pour payer ses études, pour se nourrir et aider sa famille, garder la tête haute malgré l’immense pauvreté. Une formidable énergie se dégage de cette ville, et si seulement 10% des jeunes peuvent se réjouir d’avoir décroché un emploi formel, les autres ne sont pas oisifs, loin s’en faut. Des milliers de motards tournoient dans la ville, remplaçant désormais les taxis, d’autres portent des paquets au marché, vendent, achètent, se rendent sur la frontière rwandaise, « petite » ou « grande » barrière, à la recherche de la moindre opportunité.
Issu du monde de la finance (il a longtemps dirigé à Goma une agence bancaire) Eric de Lamotte, le promoteur du festival Amani, n’est pas un « bisounours ». Il sait que chanter et danser, si cela met du soleil dans la vie, cela ne suffit pas pour autant. Il sait que le développement, ce n’est ni l’humanitaire dont les citoyens de Goma, ont longtemps recueilli la manne ou les miettes, ni le pillage ou l’économie de cueillette…
C’est pourquoi, désireux d’encourager les énergies créatrices qui abondent dans la ville, il a ajouté au Festival Amani un volet inédit : un « village entrepreneurial ». C’est-à-dire une sorte de Foire où les entrepreneurs de la ville, et particulièrement les jeunes sont invités à exposer leurs projets, à expliquer ce qu’ils ont déjà réalisé.
L’inauguration du « Village » a été précédée par un concours original, qui a déjà démontré, à ceux qui auraient pu en douter, que « cette région ne se définit pas seulement par la guerre ou par le viol des femmes, mais aussi par le dynamisme et le courage de la population… ».
Désireux de démystifier l’accès au monde de l’entreprise, de Lamotte a rappelé : « à l’époque où je dirigeais mon agence, j’ai vu des jeunes qui hésitaient à entrer pour solliciter un crédit. Aujourd’hui, ils figurent parmi les plus gros opérateurs économiques de la ville… On peut commencer petit, et aller loin… »
C’est ainsi qu’un jury comprenant entre autres le président provincial de la FEC (Fédération des entreprises du Congo) a examiné 64 projets présentés par des jeunes, dont les dix meilleurs ont été défendus publiquement. Qu’il s’agisse de produire de l’ail pour le marché local, de proposer un service de lavage de voitures, de créer des espaces dotés d’électricité et d’accès à Internet où les nombreux étudiants de la ville pourront venir travailler en paix, l’imagination des jeunes entrepreneurs est sans limite, leur force de conviction aussi : ils jonglent avec les notions de marché, de clientèle potentielle, de return sur des investissements qui se limitent à quelques milliers d’euros…Les quatre lauréats, qui recevront un prêt sans intérêt de 1000 dollars afin de faciliter leur démarrage illustrent cette inventivité : considérant que les « craies Unicef » distribuées par l’organisation créent la dépendance et ne seront pas toujours disponibles, le « projet Segum » veut produire localement des craies qui seront proposées aux 640 écoles de Goma, à des prix attractifs.
Quant aux initiateurs du « projet Vadepol », sachant que chaque habitant de Goma « produit » un demi kilo de plastique par jour ( !) ils veulent mobiliser les jeunes de la ville (et en particulier les moins qualifiés qui peinent à gagner de quoi vivre) pour ramasser les déchets, sacs et bouteilles, qui encombrent et salissent les voiries, les compacter et en faire des pavés. Le troisième projet primé, « Flash express » part d’une idée simple : envoyer une lettre, un paquet, de Goma à Bukavu ou dans toute autre ville dans la sous région demeure une entreprise hasardeuse, relativement coûteuse. Pourquoi ne pas mettre sur pied un service de messagerie privé, à un prix compétitif, qui pourra même délivrer les envois à domicile ?
Quant au projet « BCS construction », présenté par la très élégante Bernadette Bisimwa, il résulte de la mise en commun des talents de quatre jeunes femmes, ingénieurs ou architectes, qui ont constaté que dans cette région volcanique, les constructions existantes ne tiennent presque jamais compte des risques sismiques. Dans cette ville où des villas tarabiscotées sont construites en dépit du bon sens et semblent ne tenir debout que par miracle, les jeunes diplômées proposent donc à leurs clients, tout simplement, de les aider à respecter les normes de sécurité…
Ce concours récompensant les meilleures innovations, comme l’inauguration du village de l’entreprenariat lui-même, furent aussi l’occasion de réflexions de fond sur le développement à long terme : « passer de l’informel au formel, de « pauvre » à « non pauvre » cela peut prendre du temps, il faut compter quinze ans » souligna le président de la FEC, M. Mwanza, qui ajouta aussi une mise en garde aux jeunes entrepreneurs : « un ménage qui a beaucoup d’enfants ne peut entreprendre…Il y aura des arbitrages à faire : « innover ou affamer votre famille…Autrement dit, je vous en conjure, n’ayez pas trop d’enfants… »

11 février 2016

Troisième clap pour le festival Amani a Goma

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La troisième édition du Festival Amani fait déjà rêver Goma

Goma,

A la « grande barrière », qui marque la frontière entre le Rwanda et la province du Nord Kivu, les douaniers n’en croient pas leurs yeux. Ils voient passer de hauts tambours venus du Burundi, soigneusement enveloppés dans des draps blancs, des koras du Mali dans leurs housses noires, des baffles, des synthétiseurs, des guitares, des jeunes aux coiffures rastas tandis qu’à quelques mètres de là, du côté de l’hôtel Ihusi, le grand Werrason, tout juste arrivé de Kinshasa, draine les foules qui saluent « Werra » et trépignent de joie. D’ici quelques heures, dès vendredi après midi, le festival Amani (paix en swahili) ébranlera Goma : dans l’enceinte du collège Mwa,nga, tout est prêt. Des bouteilles multicolores qui serviront de guirlandes, les deux podiums pour lesquels, en toute hâte il a fallu commander de nouvelles bâches en Ouganda car les premières … ne laissaient pas passer le son. Les tickets d’entrée sont imprimés et commencent à être vendus (un dollar par jour, très peu à l’échelle européenne, le salaire d’une journée pour la plupart des habitants…), et n’en déplaise à l’évêché qui prête le terrain, les affiches des sponsors vantant les bières locales, la Primus omniprésente et les cigarettes, sont haut dressées.
Dominant le branle bas de combat de sa haute silhouette, le Belge Eric de Lamotte, qui eut l’idée de ce festival voici trois ans, alors que le Nord Kivu était encore plongé dans la guerre et Goma envahie par les déplacés, assure que tout est en place et qu’il y aura même des innovations : « en plus du « village humanitaire » qui draine un nombre croissant d’ONG, nous voulons donner des perspectives de travail aux jeunes, et lançons un « salon de l’entrepreneuriat ». S’y retrouveront tous ceux qui veulent se lancer dans de nouvelles entreprises, tous ceux qui pourraient trouver intérêt à les financer. A l’occasion du festival, nous avons rencontré les banquiers de la place pour les convaincre de créer un « fonds de garantie » qui permettra de soutenir des « start ups » lancées par des jeunes… »
Car Amani, c’est avant tout un incroyable melting pot, qui brasse des Congolais venus de toutes les régions de l’Est et même de Kinshasa, des Burundais, des Rwandais, et plus de 150 jeunes Belges, des bénévoles recrutés par le charismatique Eric de Lamotte pour monter ce festival qui repose sur un mélange de professionnalisme et d’enthousiasme.
Le cœur du festival, c’est le centre culturel des jeunes de Goma. En temps ordinaire, on y découvre une bibliothèque, une salle dotée de connections Internet, un terrain de basket, des cours de danse et de musique (dont les animateurs, soutenus par WBI, ont pu se former en Belgique…). Ce sont ces jeunes là, habitués du centre, qui sont aujourd’hui la cheville ouvrière de l’évènement : les basketteurs baraqués comme des armoires à glace assurent le service d’ordre, Guillaume, Belami Paluku,Jean_Claude Wenga et des dizaines d’autres sont au four et au moulin,.. Amani, c’est leur fête, et cette troisième édition est la preuve d’une sorte de pérennisation de l’évènement : la première tentative, en 2013, dut être annulée car des bombes tombaient sur la ville, la première édition eut lieu en février 2014 alors que les canons venaient de se taire et que les déplacés se comptaient encore par dizaines de milliers, la deuxième version, en 2015, draina plus de 30.000 personnes dans l’enceinte du collège et la quatrième, édition, qui accueillera le grand artiste sénégalais Ibrahim Lo, Werrason la star de Kinshasa mais surtout des dizaines de rappeurs, danseurs, tambourinaires, reggaemen, qui ont déjà commencé à faire le tour des quartiers de Goma, juchés sur des camions multicolores et suivis par des nuées de gamins : dans les quartiers populaires de Katoyi, de Birere, où la musique fait danser la poussière, la fête a déjà commencé…

10 février 2016

L’ex-gouverneur Moïse Katumbi fragilisé

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Lubumbashi

Il n’y a pas si longtemps, il drainait les foules, il était courtisé de tous. Aujourd’hui, lorsqu’il nous reçoit dans sa résidence de Lubumbashi, à côté d’un caïman grandeur nature taillé dans la malachite et tenant dans sa gueule un ballon de football, le patron du Tout Puissant Mazembe, le club de foot vedette du Congo, ressemble à un homme seul. Le corps douloureux, les gestes lents, son visage mince est planté sur une minerve. Les maux de tête dont il se plaint justifieraient une séance de résonnance magnétique ou un scanner, en Zambie ou en Europe. Mais pour l’instant, cet homme richissime, qui hier encore avait le monde à portée de mains, est bloqué à Lubumbashi, capitale d’un Katanga aujourd’hui divisé en quatre provinces. Son avion personnel n’ayant pas été autorisé à quitter le pays, c’est par route que Moïse Katumbi, s’il veut voyager, devra gagner la Zambie voisine. Un trajet qui, au vu de l’ « accident » de la semaine dernière, lui paraît désormais dangereux.
Jeudi dernier en effet, la presse avait fait état de ce qui ressemblait à un banal accident de circulation : traversant la ville en pleine heure de pointe, vers 16 heures, la Mercedes blindée de l’ex-gouverneur avait heurté un minibus. De part et d’autre, on n’avait relevé que des blessures légères…Plus de peur que de mal…
Cependant, lorsqu’il récapitule les faits devant nous,Moïse Katumbi se pose des questions : « alors que je venais de quitter mon domicile dans l’intention de me rendre au stade de football, je remarquai une voiture grise, qui stationnait dans les parages et se mit à me suivre. Elle ressemblait à un véhicule de l’ANR, (Agence nationale de renseignements, les services de sécurité congolais). Jusqu’au centre ville, cette voiture ne me lâcha plus.
Soudain, alors que ma voiture, prioritaire, abordait un carrefour, un minibus vide jaillit à très vive allure d’une rue perpendiculaire. Etant installé à l’arrière, e n’avais pas attaché ma ceinture de sécurité et me retrouvai projeté vers l’avant, sans avoir le réflexe de me retenir car je pianotais sur mon portable. Bien que ma tête ait reçu un choc violent, je me suis précipité à l’extérieur pour éviter le pire. En effet, la foule, après avoir immobilisé la voiture tamponneuse, se préparait à lyncher les deux occupants qui n’étaient que légèrement blessés malgré la violence du choc. Concluant à un simple accident de circulation, j’offris d’emmener les deux blessés à l’hôpital. Mais ils s’étaient écartés et je découvris qu’ils avaient déjà pris place dans la voiture qui me suivait…Depuis lors, les questions s’accumulent : pourquoi ce bus vide, à l’heure où tous les véhicules de la ville sont pleins à craquer ? Pourquoi les deux « chauffards » avaient ils si bien attaché leur ceinture de sécurité ? Ne communiquaient ils pas avec la voiture qui me suivait ? Finalement, je me suis demandé si je n’avais pas échappé à une opération de «cascadeurs », maquillé en banal accident de la route… »
Il y a longtemps que nous connaissons Moïse Katumbi, et cet homme d’affaires avisé, sportif et sûr de lui, est tout sauf paranoïaque. Mais depuis quelque temps, cet homme qui dérange semble inquiet, sinon affaibli. Il y a de quoi : alors que naguère le gouverneur du Katanga était un fidèle du chef de l’Etat Joseph Kabila, il compte aujourd’hui parmi ses adversaires les plus résolus, sinon parmi ses rivaux potentiels.
Tout a commencé en septembre 2015, lorsque, rentrant au pays après un long séjour en Europe au cours duquel il avait multiplié les contacts, Katumbi, s’adressant à la foule de ses partisans devant la grand poste de Lubumbashi, recourut à une métaphore sportive : « dans le match politique congolais, nous avons accepté les deux premiers penaltys, qui étaient douteux. Allons nous en accepter un troisième ? » Il s’agissait là d’une allusion claire aux deux scrutins de 2006 et 2011, contestés par l’opposition et qui avaient donné la victoire à Joseph Kabila, et aux incertitudes pesant sur les prochains élections, prévues en principe pour novembre prochain.
Aujourd’hui, l’homme qui pose toujours dans son salon à côté d’une grande photo du chef de l’Etat, tient des propos modérés, étrangement affectueux envers celui avec lequel il a rompu comme à regret. «J n’ai rien contre Joseph Kabila, j’ai travaillé avec lui. Son bilan, c’est aussi le mien. Quant il est arrivé au pouvoir en 2001, je croyais en lui, nous avons travaillé au sein du même parti… Mais aujourd’hui, je plaide pour que le président soit poussé à accepter l’alternance. Il peut quitter le pouvoir pendant cinq ans, et se préparer à revenir ensuite. Comme il est jeune, l’avenir est devant lui. »
Sans préciser ses intentions réelles, Katumbi se limite à répéter que son combat actuel, c’est de faire respecter la Constitution que les Congolais ont ratifiée… »
Poussant sa logique jusqu’au bout, l’homme qui, en 2006 et 2011, avait permis à Kabila de remporter des scores massifs au Katanga, a rejoint aujourd’hui le « Front citoyen » composé d’adversaires au troisième mandat. Même si en Europe il a rencontré Etienne Tshisekedi, l’opposant historique, leader de l’UDPS,, il ne croit pas au dialogue entre le pouvoir et l’opposition, pour une raison simple : « nous devons apprendre à respecter notre constitution et surtout nos électeurs. Je vous rappelle que Joseph Kabila, devant Dieu et devant le peuple congolais, a prêté serment, jurant de respecter la constitution. Un tel engagement ne peut être renié. »
Aujourd’hui, Katumbi, comme bien d’autres qui ont quitté la majorité présidentielle, s’inquiète des dérives d’ un régime dont il fut l’un des piliers : « les assemblées provinciales sont suspendues, les commissaires spéciaux qui dirigent les nouvelles provinces n’ont aucune légalité, le pouvoir dédouble tous les partis : le Ministre de l’Intérieur vient de donner son agrément à un MSR bis (Mouvement social pour le renouveau) car les membres fondateurs de ce parti, qui fut l’un des piliers de la majorité présidentielle, s’étaient prononcés contre un troisième mandat… »
Même si sa popularité demeure intacte et dépasse les frontières du Katanga, à cause du football mais aussi à cause d’un vrai travail de reconstruction de la province du cuivre, l’ex-gouverneur paie, joue après jour, sa rupture avec le clan majoritaire : ses gardes du corps lui ont été retirés et sa sécurité n’est plus assurée, sa résidence est discrètement surveillée et Nyota télévision, une chaîne qui lui appartient, risque d‘être réduite au silence d’un jour à l’autre…
Par presse interposée, Moïse Katumbi semble vouloir s’adresser au président qui fut naguère son ami : « dites lui que le dialogue est une trahison, que ceux qui aujourd’hui le flattent et l’empêchent de céder la place sont ceux là même qui demain seront les premiers à l’abandonner. Dites lui qu’il faut pouvoir partir au bon moment.. Comment est-il possible qu’aujourd’hui soient qualifiés de traîtres ceux là même qui défendent le respect de la Constitution ? »

Un démenti formel issu de l’ANR

“Ridicule… Ces allégations de l’ex gouverneur Katumbi sont absolument ridicules… Ce n’est ps avec de telles inventions que l’on démarre une éventuelle campagne électorale…” M. Kalev Mutomb, administrateur général de l’ANR, a tenu à démentir avec force les propos et les accusations formulées voici quelques jours par M. Katumbi, au lendemain de son accident de cirvuation survenu en plein centre de Lubumbashi. Evoquant es campages électorales précédentes, M. Kalev Mutomb rappelle que ” ses services ont toujours eu pour consigne et pour responsabilité de sécuriser tous les candidats aux élections. En 2011 M. Tshsekedi n’a t il pas pu se déplacer à travers tout le pays, sans problème… A ce stade ci, pourquoi donc M. Katumbi devrait il être inquiété? Je le dis et le redis: de telles allégations sont ridicules et ne méritent pas d’être répercutées .”