14 mars 2016

Kivu, l’espoir… Un roman ancré dans le réel de l’Est du Congo

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Les rendez vous inattendus d’Alain Huart

On connaissait Alain Huart photographe, fin connaisseur de tous les tréfonds du terroir congolais, découvreur de talents, pédagogue soucieux d’inculquer aux jeunes Congolais l’amour et la connaissance de leur pays. Ces talents multiples ne doivent cependant pas occulter l’essentiel, qui vient de se révéler à l’occasion d’un deuxième roman » Kivu, l’espoir » : l’auteur, qui a longtemps travaillé pour la coopération belge et internationale, est aussi un homme d’imagination et de talent. Il a réussi, en collaboration avec Rejane Peigny, à transposer dans l’imaginaire l’histoire mouvementée des deux dernières décennies au Congo…
Et quelle histoire ! Compliquée en apparence, avec des personnages multiples, des lieux apparemment aussi éloignés que la frontière mexicaine et les bureaux du département d’Etat, les collines du Masisi, la ronde des humanitaires à Goma et Bukavu, l’engrenage des rébellions à répétition, des mouvements militaires, des défaites et des victoires… Au vu de ces personnages qui ressemblent quelquefois à des archétypes, l’enfant soldat, la jeune fille violée et séropositive, l’humanitaire au grand cœur, le baroudeur américain en charge des missions délicates, on aurait pu craindre que Justin, Albertine et les autres ne soient que des prétextes, comme ces personnages de cire qui ne sont là que pour rehausser les maquettes, leur donner quelque vraisemblance.
Heureusement, il n’en est rien : à travers ces héros si vraisemblables, le vrai sujet du roman, c’est le Congo lui-même, avec ses contradictions, ses déchirements, sa « grande histoire » tissée au fil des destins individuels… Le plus surprenant, à propos de ce pays où l’on croit volontiers que le pessimisme serait un signe d’intelligence et non un indice de myopie, c’est que l’histoire se termine plutôt bien, sur une note de courage et d’espoir. C’est là qu’Alain Huart démontre qu’il connaît vraiment le Congo, qu’il n’est pas l’un de ces Blancs de passage qui justifient leur impuissance ou leurs échecs par les carences des Congolais eux-mêmes…L’auteur, qui vit au Congo depuis des décennies, trouve dans ce vaste pays et dans la jeunesse de sa population des raisons d’espérer, de refuser la fatalité du pire.
Pour ne pas alourdir un récit qui se lit avec facilité et suscite quelquefois de réels moments d’émotion, l’auteur s’est livré à un travail méticuleux, bien utile pour tous ceux qui souhaitent en savoir plus : toutes les allusions historiques sont méticuleusement renvoyées à un « cahier pédagogique » de plusieurs dizaines de pages qui reprennent les références des plus importants des rapports consacrés au Congo, citent les livres indispensables, rappellent les faits historiques…. A lui seul, ce cahier pédagogique représente une somme de connaissances, un entrelacs de pistes de réflexion et d’études. Mais l’essentiel demeure le roman, cette histoire imaginaire dont toutes les pages semblent vraies et qui donne déjà envie de connaître la suite…

Alain Huart, Kivu, l’Espoir, Alain Weyrich