14 avril 2016

Moïse Katumbi, candidat unique de l’opposition?

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Si les plus grandes incertitudes planent encore à propos du financement, des dates et des modalités des futures élections congolaises, il est d’ores et déjà certain que les état majors politiques ont entamé de grandes manœuvres et qu’au sein de la majorité comme de l’opposition, nul n’ignore que le mandat du président Kabila se terminera officiellement fin 25 novembre prochain.
Alors que le principal intéressé ne s’est pas encore prononcé publiquement, ses alliés membres de la « majorité présidentielle » tentent toujours d’ouvrir un « dialogue national » avec une partie de l’opposition, incarnée par Etienne Tshisekedi. Ce dialogue devrait aboutir à la gestion concertée d’une période intermédiaire, lourde de dangers potentiels : celle qui séparerait la fin officielle du mandat présidentiel de l’organisation d’un nouveau scrutin dans des conditions acceptables. Un délai qui, pour certains se réduirait à quelques mois, mais que d’autres comptent déjà en années…
S’il réussissait, le « dialogue » devrait mener au maintien du président Kabila à la présidence, pour une période déterminée, en échange d’une gestion concertée du pays voire de la mise sur pied d’un « gouvernement d’union nationale » qui inclurait dans le gouvernement une partie de l’opposition.
L’Union africaine, qui redoute par-dessus tout la déstabilisation du pays et qui a déjà avalisé bien des entorses aux Constitutions africaines, a désigné l’ancien président togolais Edem Kodjo comme « facilitateur » d’un « dialogue » dont ni les participants ni le calendrier ne sont encore fixés. Quant à l’ONU, sous la poussée de Washington, elle maintient une attitude plus stricte, exigeant toujours que les élections aient lieu à la date prévue par la Constitution. Cette position incarnée par la résolution 2277 a été qualifiée d’ « irresponsable » par le ministre congolais des Affaires étrangères.
Repoussant l’idée de ce « dialogue national» synonyme de compromis et de « partage du gâteau », le G7 un groupement de sept partis qui étaient naguère membres de la majorité présidentielle, a décidé d’aller de l’avant et a proposé à Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga, de se présenter officiellement comme candidat à l’élection présidentielle.
S’il multiplie les consultations, au Congo et à l’étranger, l’intéressé n’a pas encore officiellement répondu à cette offre qui est peut-être prématurée et marquée par certaines ambiguïtés. En effet, il n’est pas certain que d’autres personnalités membres du G7 aient déjà renoncé à leurs propres ambitions pour se mettre au service de l’ancien gouverneur du Katanga. Sait on déjà ce que décidera en définitive Vital Kamerhe, président de l’UNC, (Union pour la nation congolaise) et ancien président du Parlement, qui jouit d’une grande popularité dans l’Est du pays ainsi qu’à Kinshasa ?
Est on certain que Jean-Pierre Bemba, président du MLC (Mouvement pour la libération du Congo) en appel à La Haye après avoir été condamné par la Cour pénale internationale donnera pour consigne à ses partisans de l’Equateur et de Kinshasa de voter pour Katumbi le Katangais, qui fut longtemps un allié de Kabila ? Quant à Etienne Tshisekedi, qui séjourne toujours à Bruxelles pour des raisons médicales, il est autant courtisé par le G7 que par le pouvoir mais on sait aussi que l’imprévisible octogénaire garde la ferme conviction que c’est à lui seul que revient le titre de chef de l’Etat…
Si Moïse Katumbi garde aujourd’hui une longueur d’avance sur ses rivaux potentiels, il le doit à plusieurs atouts : son incontestable popularité, conquise grâce à son club de football, le Tout Puissant Mazembe et sa relativement bonne gestion du Katanga. Son succès repose aussi sur les moyens financiers qu’on lui prête : ses nouveaux alliés, plutôt désargentés, comptent aussi sur lui pour financer leur propre campagne électorale. Mais rien ne dit que Katumbi, bon gestionnaire de sa propre fortune, sera disposé à partager ses ressources avec des rivaux éventuels…
A l’heure où les « Panama papers » jettent une lumière crue sur les transactions opaques et les paradis fiscaux, les ressources financières de M. Katumbi pourraient d’ailleurs se transformer en faiblesse si certains de ses partenaires au Katanga, comme l’Israélien Dan Gertler, passaient soudain sous les feux des projecteurs. Mais en cas de scandale, un autre interlocuteur de Dan Gertler serait plus éclaboussé encore : le président Kabila, qui entretient des relations avec l’homme d’affaires depuis 1997, le reçoit régulièrement et lui a permis d’emporter des contrats importants, dans le domaine des diamants, des mines, du pétrole…