29 octobre 2016

Les caisses de la Commission électorale congolaise siphonnées en douceur

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CENI
COUNASSE Xavier oct 28 à 8h19 PM
À
colette braeckman
Corps du message
Les caisses électorales de la CENI siphonnées

Le dossier le plus explosif qu’a étalé sur la table Jean-Jacques Lumumba, c’est celui de la CENI. Au Congo, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) est chargée d’organiser les élections. A l’échelle de ce pays-continent, cette tâche est gigantesque. Pour le prochain scrutin, on parle d’un coût supérieur au milliard, financé par la communauté internationale et par les autorités congolaises.

Les dirigeants de la CENI assurent depuis des mois que les financements font défaut, entre autres parce que la communauté internationale, faute de calendrier clair, n’a pas payé les sommes promises. Et il est désormais confirmé qu’il sera impossible d’organiser les scrutins aux dates prévues (avant le 19 décembre 2016).

Or il apparaît que le gouvernement congolais a déjà versé des fonds destinés à financer l’achat de matériel électoral. Depuis janvier 2016, la CENI a reçu six versements du Trésor public, pour un total de 55 millions de dollars, sur l’un de ses comptes logés à la BGFI Bank. Si ce n’est un chèque d’un peu plus de 900.000 dollars retiré le 10 mai, rien n’a été dépensé sur ce compte. Fin septembre, au moment où s’arrêtent nos informations, il reste donc à la CENI plus de 54 millions de dollars sur ce livret.

Sauf que la CENI joue un double jeu, avec un deuxième compte, également logé à la BGFI. Début mai 2016, il n’y avait pas un euro sur ce compte. Démarre alors une drôle de combine. La CENI, qui dispose pourtant de capitaux importants sur son autre compte, décide de s’endetter. Elle ouvre un crédit de 25 millions de dollars, toujours chez BGFI.

« Il est pour le moins imprudent dans le chef de la BGFI d’avoir prêté une somme aussi élevée. Au Congo, il est interdit aux banques de prêter des sommes dépassant 25 % de leurs fonds propres. Or avec 36 millions de fonds propres, la BGFI ne pouvait pas prêter plus de 9 millions. C’est une infraction à la règle prudentielle », commente un expert consulté par nos soins.

Autre curiosité : alors qu’elle thésaurise sur son premier compte, ici, la CENI liquide tout. Une partie via des virements identifiés, vers la société française Gemalto par exemple (lire ci-contre). Mais on observe également de nombreux chèques inexpliqués : 350.000 dollars par-ci, 750.000 dollars par-là, 1,5 million de dollar la fois suivante. Entre mai et septembre 2016, la CENI a procédé à des retraits par chèque pour un montant total de 7,5 millions de dollars ! A quoi ont servi ces chèques ? Aucune idée. Mais il flotte un parfum de corruption.

« Ces retraits ont été faits alors que le client était blacklisté, ce qui aurait dû l’empêcher de bénéficier de tout service bancaire. La procédure a été outrepassée sciemment », dénonce Jean-Jacques Lumumba. Pour le prouver, il livre des mails, où un cadre de la BGFI demande systématiquement de lever ces blocages au moment des retraits… pour les remettre juste après.
Le patron de la CENI, Corneille Nangaa, réfute : la CENI n’est pas blacklistée. Mais Lumumba persiste. Et il fournit des preuves.
Mais ce n’est pas tout. BGFI Bank se sert aussi allègrement. Sur le compte à découvert de la CENI, la banque prélève en effet de généreux intérêts et commissions. Entre mai et septembre, ce sont près de 3 millions de dollars qui ont été prélevés par la banque. Or il aurait suffi à la CENI d’éviter ce découvert, en utilisant les millions de dollars qui sommeillent sur son autre compte, pour éviter ces frais inutiles. « C’est du détournement de fonds », gronde Lumumba, qui accuse le patron de la BGFI Bank, Francis Selemani, de s’en mettre plein les poches au passage.
Appelée à s’expliquer, la BGFI n’a pas répondu à nos sollicitations. Le patron de la CENI, Corneille Nangaa, s’est limité à un commentaire général. « Nous essayons de gérer au mieux le peu de ressources dont nous disposons. En outre, les opérations normales que nous pratiquons font l’objet d’un rapport qui est présenté au Parlement ». Et d’ajouter : « Un aspect qui échappe souvent à ceux qui ne connaissent pas le Congo, c’est qu’en dehors de Kinshasa et des grandes villes, les circuits bancaires sont inexistants. Nous sommes donc obligés d’effectuer les transactions en cash ». Mais sur les questions plus précises, tout ce petit monde reste muet.

29 octobre 2016

Quand la Banque centrale du Congo… régale et… répond

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Parmi les documents fournis par Jean-Jacques Lumumba, on trouve des extraits de compte de la société Egal. « Il s’agit d’une société apparentée au chef de l’Etat, sous couvert de monsieur Albert Yuma », prétend Lumumba. Le nom du président Kabila n’apparaît pas dans les statuts de cette société anonyme, mais – au 31 décembre 2014 – le conseil d’administration était bien présidé par Albert Yuma, un proche du président. On y retrouve également Alain Wan et Marc Piedbœuf (un Belge).
Egal produit, stocke et transforme « des produits halieutiques, avicoles, caprins, bovins et divers autres produits vivriers », peut-on lire dans l’un des documents. En gros, cette société spécialisée dans l’alimentaire mise sur le poisson, la volaille, la chèvre et le bœuf. Constituée en octobre 2013, Egal a détrôné le groupe Damseaux.
Détail amusant : Egal semble être dans les bons papiers du fisc congolais. Ses produits de pêche maritime sont en effet reconnus « d’origine congolaise », ce qui leur permet d’éviter certaines taxes. Sauf qu’il n’y a pas (encore ?) de mer en RDC. Qu’à cela ne tienne ! Même lorsque les poissons viennent de Namibie, Egal a obtenu le label d’origine congolaise. Ces produits sont donc exonérés de certaines taxes. Original.
Mais il y a plus surprenant. Le 29 novembre 2013, soit un mois après la constitution de la société, quatre versements ont atterri sur l’un des comptes de la société chez BGFI Bank. Montant total : 42,999 millions de dollars. C’est l’expéditeur de ces versements qui interpelle : la Banque centrale du Congo. Motif du versement : « Provision investissement ».
Bref, c’est comme si la Banque nationale de Belgique versait 43 millions à une société privée. On nage dans l’illégalité. Selon les comptes d’Egal, ce montant n’a jamais été remboursé. Et il n’apparaît pas non plus dans le bilan comptable de la société. Curieux…
« Ce détournement a été fait avec la complicité du gouverneur de la Banque centrale du Congo à peine nommé », explique Lumumba. Ce gouverneur, c’est Deogratias Mutombo Mwana, nommé en mai 2013. Il nous a promis une réaction écrite… qui n’est jamais arrivée. Chez Egal, personne ne s’est montré plus bavard.

En réponse à nos informations la Banque centrale nous a apporté les précisions suivantes.

Monsieur,
En réponse de vos questions nous adressés au sujet des transferts qui aurait été fait par la Banque centrale du Congo en faveur de la Société EGAL, je m’empresse par ailleurs de vous informer que :
· La BCC n’a jamais effectué de tels versements de fonds en faveur de la société alimentaire EGAL : et la BCC ne traite pas avec les sociétés privées, plus encore n’achète jamais les produits alimentaire.
· La BCC n’a répertorié aucune fréquence de ce genre de transferts entre elle et d’éventuelles sociétés privés. Par contre, elle dispose des comptes en devises dans certaines banques de la place, sous formes de placements ou comptes courants.
· La BCC n’ayant pas effectué de tels versements, ne sait prouver ni confirmer vos assertions faisant allusion à la corruption, au pot de vin ou au blanchiment d’argent qui seraient à l’origine des transferts.
· Quant aux 4 et 5 ième préoccupations, la Banque centrale du Congo, ne peut vous fournir une quelconque preuve de ce versement qu’elle ne connait pas ni justifier de la conformité de cette opération aux règles imposées par les Banques centrales car elle ignore l’objet de ce versement.

La Banque centrale du Congo

29 octobre 2016

la galaxie Kabila

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Chaque semaine ou presque apparaissent de nouveaux rapports, aussi accablants les uns que les autres, sur la République démocratique du Congo, devenu le terrain d’investigation favori de certaines ONG spécialisées. Les révélations que nous publions ci- après sont bien différentes de cette sollicitude internationale parfois équivoque : elles émanent d’un citoyen congolais, professionnellement très qualifié sans doute, mais « lambda » sur le plan politique, formé uniquement par le souvenir de son grand père. Un citoyen indigné par des abus de pouvoir commis par des proches du chef de l’Etat. Sans doute y a-t-il pire, plus cruel, plus lourd, mais comme le dit le vieil adage, « la femme de César doit être irréprochable ». Et donc, aussi, son frère, sa sœur, son ami. Or dans ce cas ci, nous voilà au cœur des relations affectives et familiales d’un homme qui assurait jadis « qu’il n’avait pas quinze Congolais auxquels il pouvait accorder sa confiance ». Le petit réseau de parents et d’amis dont il est question ci après représente effectivement des personnalités qui relèvent d’un autre ordre : toutes sont issues des années d’exil en Tanzanie auxquelles le jeune Joseph Kabila, (25 ans) n’échappa qu’en 1996, lorsque son père, Laurent-Désiré Kabila, devint le porte parole puis le chef d’un mouvement armé qui, parti du Kivu en octobre 1996 atteignit Kinshasa sept mois plus tard, chassant le président Mobutu après 32 ans de règne.
Le jeune frère Zoé, la sœur cadette Gloria partagèrent l’enfance de l’actuel chef de l’Etat, lorsque la famille Kabila fut obligée de s’exiler en Tanzanie, après avoir « tenu » durant des années dans la « zone rouge » de Hewa Bora, le maquis que Laurent Désiré Kabila avait créé et maintenu sur les rives du lac Tanganyika.
Francis SelemaniMtwale appartient lui aussi à ce petit cercle soudé par l’exil, la pauvreté, le combat politique : son père était Adrien Kanambe, le plus proche ami de Laurent Désiré Kabila, un militant du PRP (parti pour la révolution populaire).Après sa disparition, les enfants des deux familles grandirent ensemble enTanzanie, et aujourd’hui encore Francis Selemani, qui a étudié l’économie à l’Université Harvard, se considère comme un membre de la famille Kabila.
Quant au gouverneur de la Banque nationale du Congo, DéogratiasMutomboNyembo, originaire du Katanga, il ne fait pas partie du « premier cercle », mais il lui est difficile de refuser un « coup de pouce » à une société (Egal) dirigée par un frère du chef de l’Etat.

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29 octobre 2016

BGFI, la banque des chefs

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Premier groupe bancaire de la zone CEMAC (Afrique centrale) la BGFI compte 1800 employés dans dix pays africains et au Gabon la famille du président Ali Bongo est son actionnaire principal. Honorablement connue sur le marché, la BGFI Bank affiche de bons résultats : un bénéfice net consolidé de 45,73 millions d’euros en 2015, soit une progression de 24%. En République démocratique du Congo, la banque est connue comme étant la préférée de la famille Kabila. Son capital social est de 25 millions de dollars dont 59,998% sont détenus par la BGFI Holding mais les 40% restants (100.000 actions pour une valeur de 10 millions de dollars) appartiennent à la jeune sœur du chef de l’Etat, Mme Mteyu Gloria.
Au sein du Conseil d’administration on retrouve au poste de président M. Pascal KindueloLumbu (ancien directeur de la BIC, une banque rachetéée par Dan Gertler, l’ ami israélien du président) et, comme administrateur et directeur de la société M. Francis SelemaniMtwale, qui se considère comme membre de la famille du chef de l’Etat avec lequel il a grandi en Tanzanie, et M. Victor Kasongo Shomary, un homme d’affaires influent originaire du Maniema qui fut PDG de l’Okimo, les mines d’or de Kilo Moto.

29 octobre 2016

Pour préparer les élections, Gemalto évince Zetes

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Gemalto met son expertise gabonaise au service de Kinshasa

Pour préparer les prochaines élections, c’est une société française, Gemalto, qui a emporté le marché de la fourniture de kits d’enrôlement. La décision prise le 10 février 2016 écarte ainsi la société belge ZETES, qui avait fourni le matériel électoral pour les deux élections précédentes, en 2006 et 2011. La société belge, qui a fait appel de cette décision, n’a cependant pas tout perdu ; si elle n’interviendra pas dans les opérations électorales, elle s’est vu confier en revanche le juteux marché des passeports.
Pour le quotidien de Kinshasa « Le Potentiel » la société française Gemalto serait totalement en phase avec la majorité présidentielle et le quotidien donne les précisions suivantes : « inscrits totalement dans la logique du glissement du calendrier électoral, les animateurs de la CENI ont « volontairement » omis d’inscrire dans l’appel d’offres que les données de base de Zetes pouvaient être prises en compte ». Rappelons que ces données avaient servi de base pour les élections de 2016 et de 2006 et de 2016 et que les utiliser aurait permis à Gemalto de ne pas partir de zéro et donc de gagner du temps. C’est d’ailleurs sur base des données fournies par ZETES entre 2006 et 2011 que les experts de l’Organisation internationale de la francophonie avaient jugé qu’il était réalisable de tenir les élections en 2016. Le quotidien relève que « pour rendre plus élastiques les opérations d’enrôlement des électeurs, la CENI a ignoré en toute connaissance de cause les données de Zetes, rendant ainsi inéluctable le report des élections. »
C’est en janvier dernier que la partie se serait jouée entre Gemalto et le pouvoir congolais, lorsque l’influent sénateur SheOkitundu, membre de la majorité présidentielle, se serait rendu à Paris pour jouer les intermédiaires, se substituant ainsi aux instances de la CENI. La société française Gemalto, qui s’est vue confier l’élaboration du fichier électoral, n’est pas une inconnue en Afrique : au Gabon aussi, ce leader de la sécurité numérique a été désigné par le pouvoir d’Ali Bongo pour établir en 2011 des fichiers électoraux sur une base biométrique.
Selon une étude d’un analyste proche de l’opposition gabonaise et publiée par Le Potentiel, le nombre d’électeurs inscrits dans 59 localités du Gabon s’est avéré supérieur à la population locale. Au Gabon, tous les éléments de la contestation des élections étaient donc en place bien avant la date du scrutin qui, grâce au score record obtenu dans la province du Haut Ogoué (95,45%) donna la victoire au président sortant Ali Bongo…

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29 octobre 2016

Un banquier de KInshasa dévoile le pot aux roses

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Barbe bien taillée, manteau de pluie, le Congolais de haute taille qui a franchi les portes du Soir voici quelques jours semblait courtois, sinon inoffensif. Cependant, dans sa serviette de cuir, c’est une bombe qu’il transportait et qu’il dégoupilla avec des gestes tranquilles et assurés : des documents qui démontraient, de manière indiscutable, des malversations et des détournements de fonds commis par d’ éminents membres de la « galaxie Kabila », des membres de la famille ou des proches du chef de l’Etat, jusqu’à présent considérés comme intouchables.
Notre interlocuteur commença par se présenter, par expliquer ses motivations. Son nom déjà était tout un programme : « je m’appelle Jean-Jacques Lumumba, fils de Louise Lumumba, une nièce de Patrice. Mon grand père en ligne directe était le jeune frère de Patrice, Louis Richard, mais je considère le Premier Ministre, assassiné en janvier 1961, comme mon véritable grand père, ma référence. Jamais je n’ai fait de politique, cela ne m’intéresse pas. Moi, je suis un banquier. Après des études d’économie à Kinshasa, j’ai entamé un MBA (Master of business) et France et au début de cette année, j’ai été engagé à la banque BGFI, comme chef de département des engagements. La BGFI est la filiale au Congo d’une banque d’origine gabonaise, détenue à 40% par le chef de l’Etat le président Ali Bongo. A Kinshasa, le patron de la BGFI est Francis SelemaniMtwale, un ami d’enfance du président Kabila, qui fait partie de son cercle rapproché…. »
Au poste qu’il occupait, Jean-Jacques Lumumba voit passer de bien douteuses opérations. Lorsqu’il se décide à communiquer son malaise au directeur, ce dernier lui répond avec violence : « il m’a même menacé d’une arme, m’a enjoint de me taire ». Le responsable des engagements fait alors profil bas, mais dans son for intérieur, l’indignation monte : « ce que je voyais filer, c’est l’argent du peuple, l’argent destiné à financer les élections et qui avait été déposé sur un compte par le gouvernement. J’ai alors pensé à mon grand-père, à son combat, à ses principes. J’ai trente ans, je ne veux pas toute ma vie traîner le boulet d’avoir été complice de ces malversations… »
J.J. Lumumba, discrètement, se met alors à photocopier les documents les plus parlants. Des preuves indiscutables, datées et signées qui dévoilent le cœur du système de corruption qui gangrène la RDC. Et puis il prend le train pour Bruxelles, sa liasse de feuillets dans une serviette d’allure banale, il débarque au Soir en vérifiant bien s’il n’est pas suivi et assure, avant de dévoiler son « butin » : « vous pouvez me citer, j’ai pris ma décision, aujourd’hui même je démissionne. » Et d’exhiber une lettre adressée au directeur général de la banque, Francis SelemaniMtwale et au directeur général adjoint, Abdel Kader Diop, dans laquelle il conclut froidement « fort de toutes ces basses manœuvres et dans le souci de préserver ma santé, mon intégrité, ma sécurité, ma réputation et surtout mon professionnalisme face à un environnement de travail jonché d’embûches placées volontairement par certains, je dépose ce jour ma démission au sein de la BGFI Bank RDC SA sans préavis, pour faute lourde de l’employeur et je reste dans l’attente de mon attestation de fin de service. » Et s’adressant à nous, il lance, comme par défi : « tous les documents sont là, authentiques, vous pouvez me citer… »
Prudence oblige, durant des jours, nous avons pris la peine de faire expertiser le dossier par des spécialistes indépendants, de bons connaisseurs du Congo. La conclusion fut unanime : « l’authenticité des documents ne fait aucun doute. C’est explosif, c’est du béton… »

Deuxième partie, se retrouve dans le texte CENI

Aux yeux de Jean-Jacques Lumumba, c’est le dossier de la CENI (Commission électorale indépendante) qui amis le feu aux poudres.
Pour rappel, la CENI, en principe indépendante du pouvoir politique et dirigée par une personnalité neutre, M. Corneille Naanga, qui a succédé au pasteur NgoyMulunda et à l’abbé MaluMalu est chargée d’organiser les élections, à tous les niveaux de pouvoir. Pour ce faire, elle doit mettre à jour les listes électorales, procéder au recensement des électeurs. Lors du dialogue national qui s’est terminé cette semaine, il a été décidé d’inclure les Congolais de la diaspora et surtout les millions de Congolais ayant atteint l‘âge de majorité.
A l’échelle de ce pays-continent, la tâche de la CENI est gigantesque, et les élections congolaises, en 2006 comme en 2011 ont été chaque fois présentées comme les plus coûteuses ayant eu lieu sur le sol africain. L’exercice, dont le coût devrait, pour les prochaines élections dépasser le milliard de dollars est financé en partie par la communauté internationale (Union européenne, Etats Unis) et en partie par les autorités congolaises. Or les dirigeants de la CENI assurent, depuis des mois, que les financements font défaut, entre autres parce que la communauté internationale, faute de calendrier clair, n’a pas payé les sommes promises. Il est désormais confirmé qu’il sera donc impossible d’organiser les scrutins aux dates prévues (avant le 19 décembre 2016).
Or il apparaît que le gouvernement congolais, pour sa part, a bien versé sur les comptes de la Banque BGFI des fonds destinés à financer l’achat de matériel électoral pour un montant de 60 millions de dollars.
Sur cette somme, seuls 33 millions de dollars ont financé l’achat de matériel électoral auprès de la société française Gemalto, qui a remplacé la société belge Zetes.
Les autres fonds ont été soit détournés soit utilisés à payer des commissions abusives : 2.175.000 dollars ont servi à payer des commissions, et 8.530.400 dollars ont été retirés en espères, sans justification, soit un détournement de près de 11 millions de dollars.
Documents à l’appui, J.J. Lumumba démontre que ces retraits ont été opérés par LengeUmpungu (3.207.433 dollars) ,KIsulaNgoy (4.970.000 dollars) et KibangoMujinga (352.000 dollars).
Selon le chef des engagements, « tout indique que la machine est mise en place pour faire de même avec les prochains financements alors que le compte CENI est créditeur de plus de 45 millions de dollars »
En outre, un autre document établit que la CENI a emprunté à la BGFI la somme de 25 millions de dollars pour financer ses besoins de trésorerie, à un taux d’intérêt très élevé, 8,5% l’an.
Selon un expert indépendant consulté par nos soins, « il est pour le moins imprudent dans le chef de la BGFI d’avoir prêté une somme aussi élevée : au Congo, il est interdit aux banques de prêter des sommes dépassant 25% de leurs fonds propres. Or avec 36 millions de fonds propres, la BGFI ne pourrait pas prêter plus que 9 Millions. En prêter 30 représente donc une infraction à la règle prudentielle… »

20 octobre 2016

Elykia M’Bokolo: le dialogue représentait les deux tiers de la classe politique

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lHistorien de renom, professeur à Paris VII, Elikia M’Bokolo était invité au dialogue national congolais au titre de « personnalité extérieure ». De passage à Bruxelles, il nous livre des impressions nuancées. « J’ai été frappé par la variété des participants : se sont retrouvés des représentants de partis politiques, mais aussi des églises (kimbanguiste, pentecôtiste) et des musulmans congolais. IL y avait aussi des chefs coutumiers et de très nombreux jeunes (moins de 45 ans), des femmes, des personnes handicapées, des délégués venus en grand nombre de l’intérieur du pays… »
Pour Elikia M’Boloko « on était loin d’assister à une grand messe : les représentants de l’opposition avaient posé comme préalable la libération des membres de LUCHA (ce qu’ils ont obtenu) et si la rencontre a été prolongée c’est à cause des nombreux points de désaccord… »
Pour M’Bokolo, les nuances sémantiques sont importantes : « nous avons refusé le terme « période de transition » au profit de « période intérimaire ». En effet il n’y a pas de vide constitutionnel, le président reste en place mais le futur Premier Ministre, issu de l’opposition, devra s’appuyer sur une nouvelle majorité, issue du dialogue et beaucoup plus variée que la composition actuelle du gouvernement. » Les exigences de justice sociale ont-elles enfin été prises en compte ? « C’est de justesse que ce point figure dans les résolutions finales. Nous avons rappelé que c’est Zahidi N’Goma, décédé pendant le dialogue, qui avait été le premier à essayer d’imposer une échelle des salaires pour les agents de l’Etat… »
Que pense l’historien de l’exigence des Français et des Belges, qui veulent que M. Tshisekedi et l’ex gouverneur Katumbi prennent part à un « nouveau dialogue « élargi ? « Ils s’illusionnent peut-être sur la représentativité, l’audience des précités : M. Tshisekedi est très isolé, de nombreux membres de son parti, y compris des membres fondateurs et de nombreux jeunes, ont participé au dialogue. Quant à M. Katumbi, il est populaire au Katanga et aussi grâce à son club de football, mais qu’en est-il de son programme, de son parti ? C’est une sorte de Berlusconi à la Congolaise, un populiste, très sympathique par ailleurs…Pour moi, deux tiers de la classe politique congolaise étaient représentés au dialogue. Ce n’était pas un simple marchandage entre gens achetés d’avance comme on a pu le dire…Par ailleurs, la préparation de trois élections en même temps (présidentielle, législatives, provinciales) s’annonce très difficile à mener… »
Quant aux réticences de l’Occident, Elikia M’Bokolo connu pour ses idées panafricanistes, se pose une question : « à la manœuvre, il y avait le médiateur togolais Edem Kodjo et l’Union africaine, soutenus par les pays de la région. D’où peut-être une certaine frustration dans le chef des « faiseurs de paix » occidentaux , qui se reflète aussi dans les positions de l’Eglise catholique, elle n’est plus au milieu du village »…Cela étant, le gouvernement intérimaire, quelle que soit sa composition, devra donner priorité absolue au social, les entreprises d’Etat doivent engager du personnel. Quant au président, de toute urgence, il doit parler. Expliquer la situation, monter au créneau…. »

18 octobre 2016

La vie ingrate des artistes populaires

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Calligraphie, cachets, publicités… et aussi peintures…Dans les quartiers populaires de Kinshasa, les artistes ont pignon sur rue et vendent leurs talents sur des affiches aux couleurs violentes. On les sollicite pour décorer l’enseigne d’un salon de coiffure, d’un atelier de couture, pour peindre de jeunes mariés, et parfois pour fabriquer les indispensables cachets qui authentifieront les documents officiels sinon les diplômes. Leur talent qui s’exerce au fond des boutiques se déploie aussi dans des peintures dites naïves, bien loin des enseignements de l’Académie des Beaux Arts. Il n’y a pas si longtemps que, devant l’hôtel Memling, au centre ville, les petits vendeurs de souvenirs proposaient des rangées entières de tableaux qui illustraient soit l’actualité soit les hauts faits du passé et les grandes figures de l’histoire du Congo, de Lumumba à Mobutu. Les voyageurs pouvaient aussi retrouver leurs peintres préférés dans les travées du « marché aux voleurs » installé devant la gare. A la veille du 50e anniversaire de l’indépendance, le marché fut rasé, cédant la place à un rond point illuminé et les peintres furent invités à migrer plus haut sur le Boulevard du 30 juin, au pied de l’immeuble « Le Royal ». Là aussi, ils ont été rattrapés par la modernisation et priés de déguerpir. Les alignements de tableaux se retrouvent désormais plus haut encore, du côté du rond point Mandela, de la nouvelle ambassade de France, sur les côtés de l’avenue de la Justice mais les affaires sont difficiles : les piétons –tous Congolais- n’ont pas d’argent et montrent peu d’intérêt pour ces productions qui montrent un quotidien qu’ils ne connaissent que trop bien, les automobilistes pressés ne ralentissent pas pour jeter un regard sur les productions locales. Heureusement, au cœur de la concession Utex, le centre Bilembo ouvert par deux Belges, Alain Huart et son épouse Chantal, donne leur chance aux artistes : les meilleurs d’entre eux, naïfs et autres, sont exposés dans d’anciens entrepôts et ateliers. Dans le même quartier, la Symphonie des Arts, une galerie d’art, propose elle aussi, en vrac, des dizaines d’œuvres d’une qualité souvent inégale. Tout cela ne fait cependant pas l’affaire des petits marchands, souvent traqués par la police, et que l’on voit déambuler, des tableaux sous le bras, proposant les œuvres à un prix qui diminue à mesure qu’avance la journée et qu’il faut songer à payer le transport vers la lointaine « cité » et à nourrir les enfants…

18 octobre 2016

Le lait est renversé

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On le pressentait, c‘est désormais confirmé : le lait est renversé. Les élections n’auront pas lieu cette année, ni même l’an prochain. Ce qui a manqué ? L’argent peut-être, la préparation sérieuse sans doute, mais surtout la volonté politique. Le pouvoir est à blâmer car tout a été fait (ou pas fait…) pour qu’il soit impossible d’organiser le scrutin dans les délais constitutionnels et qu’un « rabiot » de deux ans au moins soit accordé au président Kabila.
Le lait est renversé, car la population gronde, qu’en septembre déjà le sang a coulé. Poussés dans la rue, des jeunes ont brûlé vifs deux policiers et entamé des pillages. Appelés en renfort, des militaires ont tiré à bout portant et fait, au moins 50 morts. Et demain, que va-t-il se passer ? Le dialogue qui vient de se conclure avec une partie de l’opposition fera-t-il rentrer le lait dans la bouteille, réussira-t-il à calmer les esprits, repartira-t-on comme si de rien n’était ? Certainement pas : les délais sont inacceptables, les signataires ne représentent pas la totalité de la classe politique et même l’inclusion des absents ne garantira l’apaisement. Comment croire que l’association d’Etienne Tshisekedi, qui, l’été dernier encore, négociait pour son fils le poste de Premier Ministre et qui fut depuis Mobutu l’homme de toutes les volte face, suffirait à calmer le jeu ?
Ce qui est sûr, c’est que si le lait est renversé, la confiance rompue, il faut aujourd’hui veiller à ne pas briser la bouteille. Et surtout ne pas risquer de dépecer la vache elle-même, ce Congo si convoité, qui n’a pas encore échappé aux risques d’implosion et de rebellions diverses. Les progrès enregistrés depuis quinze ans sont loin d’être irréversibles, les acquis peuvent encore être annulés, par la révolte populaire sinon par la guerre.
La tâche du futur Premier Ministre s’apparentera à celle de Sisyphe : auprès du président Kabila, il devra exiger un engagement clair, avec une promesse de retrait assortie de dates précises, et surtout il devra avoir les mains libres pour diriger en toute indépendance. Ce qui supposerait, au minimum, que des technocrates sans allégeance politique soient nommés aux postes clés : les finances, l’économie, l’Intérieur, la banque nationale. Rétablir la confiance, c’est aussi assécher les réseaux mafieux, redistribuer plus équitablement les ressources, privilégier le « social ». Même au bord du précipice, il n’est pas interdit de rêver.

18 octobre 2016

Pas d’élections au Congo avant 2018

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Pas d’élections avant avril 2018 au Congo

L’accord issu du « dialogue national » est accueilli sans enthousiasme

Le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault a sans doute exprimé l’opinion de la plupart des capitales occidentales en déclarant que «la décision de reporter à avril 2018 l’élection présidentielle en République démocratique du Congo, prise sans l’aval de l’opposition, n’était pas une réponse à la crise. »
IL a précisé qu’ « il n’y avait qu’une façon de sortir de la crise : faire savoir que le président Kabila annonce qu’il ne se représente pas et fixer une date pour l’élection ». La veille, l’Union européenne avait adopté une position tout aussi nette, exigeant, menace de sanctions à la clé, un processus de dialogue plus inclusif, c’est-à-dire ouvert aux grandes familles politiques du pays, (donc au parti de Tshisekedi) à la société civile et à la conférence des évêques catholiques.
Conforté par ces réticences occidentales, le Rassemblement réunissant les partis d’opposition ayant refusé de participer au dialogue a contesté le fait qu’aux termes de l’accord le chef de l’Etat puisse rester en place au-delà du 20 décembre et que le scrutin ne soit organisé qu’en avril 2018 au plus tôt. Un «carton jaune » a été symboliquement adressé au chef de l’Etat et le Rassemblement a appelé les Congolais à observer le 19 octobre une journée « villes mortes » sur toute l’étendue du territoire. Cette action de protestation non violente, invitant les Congolais à rester chez eux plutôt que descendre dans la rue, devrait permettre d’éviter les violences enregistrées lors des manifestations des 19 et 20 septembre. La répression avait fait une cinquantaine de morts et deux policiers avaient été brûlés vifs.
L’accord forgé après plus de six semaines de négociations laborieuses, chapeautées par l’ancien président Edem Kodjo, mandaté par l’Union africaine, sera-t-il de nature à apaiser les tensions ? On peut en douter tant les inconnues demeurent nombreuses. Ainsi, outre l’incertitude sur les intentions du président Kabila, on ignore encore qui sera le Premier Ministre, censé être issu de l’opposition. Même si Vital Kamerhe, le président de l’UNC (Union pour la nation congolaise) est donné pour favori, beaucoup d’autres prétendants au poste se bousculent encore et des voix réclament un « deuxième dialogue » qui, lui, inclurait les partis jusqu’à présent réfractaires et tiendrait compte de leurs exigences.