18 octobre 2016

Le lait est renversé

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On le pressentait, c‘est désormais confirmé : le lait est renversé. Les élections n’auront pas lieu cette année, ni même l’an prochain. Ce qui a manqué ? L’argent peut-être, la préparation sérieuse sans doute, mais surtout la volonté politique. Le pouvoir est à blâmer car tout a été fait (ou pas fait…) pour qu’il soit impossible d’organiser le scrutin dans les délais constitutionnels et qu’un « rabiot » de deux ans au moins soit accordé au président Kabila.
Le lait est renversé, car la population gronde, qu’en septembre déjà le sang a coulé. Poussés dans la rue, des jeunes ont brûlé vifs deux policiers et entamé des pillages. Appelés en renfort, des militaires ont tiré à bout portant et fait, au moins 50 morts. Et demain, que va-t-il se passer ? Le dialogue qui vient de se conclure avec une partie de l’opposition fera-t-il rentrer le lait dans la bouteille, réussira-t-il à calmer les esprits, repartira-t-on comme si de rien n’était ? Certainement pas : les délais sont inacceptables, les signataires ne représentent pas la totalité de la classe politique et même l’inclusion des absents ne garantira l’apaisement. Comment croire que l’association d’Etienne Tshisekedi, qui, l’été dernier encore, négociait pour son fils le poste de Premier Ministre et qui fut depuis Mobutu l’homme de toutes les volte face, suffirait à calmer le jeu ?
Ce qui est sûr, c’est que si le lait est renversé, la confiance rompue, il faut aujourd’hui veiller à ne pas briser la bouteille. Et surtout ne pas risquer de dépecer la vache elle-même, ce Congo si convoité, qui n’a pas encore échappé aux risques d’implosion et de rebellions diverses. Les progrès enregistrés depuis quinze ans sont loin d’être irréversibles, les acquis peuvent encore être annulés, par la révolte populaire sinon par la guerre.
La tâche du futur Premier Ministre s’apparentera à celle de Sisyphe : auprès du président Kabila, il devra exiger un engagement clair, avec une promesse de retrait assortie de dates précises, et surtout il devra avoir les mains libres pour diriger en toute indépendance. Ce qui supposerait, au minimum, que des technocrates sans allégeance politique soient nommés aux postes clés : les finances, l’économie, l’Intérieur, la banque nationale. Rétablir la confiance, c’est aussi assécher les réseaux mafieux, redistribuer plus équitablement les ressources, privilégier le « social ». Même au bord du précipice, il n’est pas interdit de rêver.