6 octobre 2016

Le ministre congolais de l’Industrie réplique à Didier Reynders

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« Pourquoi cette attitude de Père Fouettard, alors que, par le dialogue, nous essayons de trouver une solution à nos problèmes ? »
A 38 ans, Germain Kambinga, Ministre de l’Industrie, ancien porte parole de Jean-Pierre Bemba, passé par les meilleures universités européennes, est le benjamin du gouvernement congolais. De passage à Bruxelles, il a tenu à donner, à chaud, la réplique aux propos de Didier Reynders qui avait évoqué des sanctions à l’égard des responsables congolais, dont la limitation à six mois des visa diplomatiques.
Sur le mode ironique, le ministre congolais pose la question : « quel est le lien avec les problèmes politiques de l’heure ? Les hauts responsables congolais sont censés travailler à Kinshasa et ne venir en Belgique que pour des séjours de courte durée… »
Plus sérieusement, M. Kambinga insiste sur l’importance du dialogue politique actuellement en cours à Kinshasa, accompagné par l’Union africaine, l’Union européenne, les Nations unies : « ce dialogue avance, il a pour but de trouver une solution à nos problèmes…Ne faudrait il pas plutôt faire pression sur le Rassemblement de l’opposition pour qu’il rejoigne ceux qui discutent déjà et qu’il apporte sa contribution ? »
A l’objection selon laquelle « gouverner c’est prévoir » et au reproche fait aux autorités congolaises d’avoir délibérément fait traîner la préparation et la budgétisation des élections, depuis longtemps prévues en 2016, M. Kambinga rétorque que la Commission électorale est indépendante du gouvernement et qu’elle est le seul pouvoir organisateur des élections. Or la CENI a été défaillante : « nous avons perdu deux ans lorsque le pasteur Ngoy Mulumba, précédent président de la CENI a été fortement mis en cause pour sa gestion. L’abbé Malu Malu, qui avait déjà organisé les élections de 2006, avait été désigné pour le remplacer mais il est malheureusement décédé. N’oubliez pas non plus que la guerre du M23, menée dans le Nord Kivu nous fait perdre beaucoup de temps et d’énergie… C’est à l’issue de cette guerre qu’anticipant sur les problèmes à venir, le président Kabila a convoqué les concertations nationales… »
« Aujourd’hui » dit le ministre, « la CENI est fonctionnelle, 320 millions de dollars lui ont déjà été attribués, mais elle constate que, dans cet immense pays, il lui sera impossible d’ organiser les élections en 2016 comme prévu. C’est pour cela qu’avec l’aide de l’ Union africaine, de l’ONU, de l’Union européenne, nous avons souhaité organiser un dialogue rassemblant tous les partis politiques afin de dégager ensemble un consensus sur la manière de gérer la situation. Nous sommes ouverts et souhaitons que le Rassemblement de l’opposition nous rejoigne pour faire entendre ses arguments… Il faut maintenir le cadre consensuel et préserver les acquis. Je vous rappelle tout de même, au passage, que dans tous les pays du monde, les élections sont un fait de souveraineté… »
Le ministre estime que si Didier Reynders voulait jouer un rôle positif, « il pourrait nous aider à résoudre des problèmes techniques, promettre une aide belge en matière de logistique par exemple… »
De manière implicite, M. Kambinga laisse entendre que le ministre des Affaires étrangères belges se serait exprimé en termes de « Père Fouettard » comme s’il souhaitait ne pas être en reste par rapport aux positions exprimées par les Etats Unis et la France et il insiste « il ne faut surtout pas jeter de l’huile sur le feu. Du côté du président Kabila, aucune porte n’est fermée…Il faut que toute l’opposition entre dans le dialogue, fasse entendre sa voix. Convoquer le chaos pour le 19 décembre, c’est entrer dans la confrontation, prendre des risques immenses. Veut-on détruire tout ce qui a déjà été construit ? » Et il rappelle aussi le jugement de la Cour constitutionnelle qui autorise le chef de l’Etat à demeurer en place jusqu’à l’élection de son successeur.
Lorsqu’on lui avance que le climat social est explosif, que le fossé s’est creusé entre les pauvres et les nouveaux riches, le ministre de l’industrie rétorque qu’au Congo, la pauvreté est structurelle et qu’il faut avant tout jeter les fondations de la nouvelle économie, attirer les investissements étrangers, générateurs d’emplois, en améliorant le climat des affaires : « mis à part le secteur minier, le pays ne compte que 350 industries , il est urgent d’élargir la base économique, de rassurer les milieux d’affaires en privilégiant le dialogue et non la confrontation… »

4 octobre 2016

Expertise perdue et retrouvée

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Lorsqu’au milieu des années 80 Léo Tindemans présenta un important document de synthèse sur la politique africaine de la Belgique, la démarche fut interprétée comme un tournant : l’ancienne puissance coloniale préconisait la diversification de ses relations, l’ouverture vers d’autres régions du monde et minimisait les liens économiques entre la Belgique et le Zaïre de l’époque. Les crises succédant aux psychodrames, les relations jadis « privilégiées » s’érodèrent et sous la pression des socialistes flamands, l’Afrique centrale finit par sortir de l’écran radar des Belges, d’autant plus indifférents au sort de leurs anciennes colonies que les intérêts économiques avaient fortement diminué et que les « spécialistes » des années 60 avaient rendu leur tablier. Cet abandon, cette relative méconnaissance, l’Afrique centrale allait le payer cher : au Rwanda, la France remplaça la Belgique, et en 1994, les 500 Casques bleus belges envoyés à Kigali s’étaient vu promettre des « vacances »…La mort de dix soldats de la paix poussa la Belgique, avec Willy Claes aux Affaires étrangères, à abandonner le peuple rwandais à ses bourreaux. Quelques années plus tard, ce sont des spécialistes américains et des « miniers » canadiens qui suivirent de près la première guerre du Congo (1996_97) qui allait mettre fin au régime Mobutu. Il fallut attendre le retour au pouvoir des libéraux en 1999, avec Louis Michel aux Affaires étrangères, pour voir la Belgique reprendre sa place et multiplier les efforts pour mettre fin à la deuxième guerre du Congo (1998-2002). Mais il était, il est encore bien tard : la mondialisation a amené en Afrique centrale d’autres partenaires, les Africains (Afrique du Sud en tête) veulent prendre en mains le destin de leur continent, de nouveaux alliés (Chine, Russie) permettent au Burundi de résister à toutes les pressions. Si la Belgique veut proposer son expertise, jouer un rôle, elle devra le faire sur la pointe des pieds, en se cordonnant avec d’autres…Tout en gardant discrètement sa capacité de frapper là où cela fait mal, en limitant les visas par exemple…

4 octobre 2016

Le fil rouge de la politique de Reynders en Afrique

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: « Notre point de départ, c’est le constat suivant lequel l’intérêt à l’égard de l’Afrique centrale ne diminue pas, ni auprès de nos partenaires internationaux ni auprès de notre opinion publique…. » Ce constat a amené Didier Reynders à produire un « document stratégique » qui représentera le « fil rouge » de la politique de la Belgique en Afrique centrale et qui sera présenté ce mercredi au Parlement. « Il y a au moins vingt ans que l’on n’avait plus adapté un tel document aux réalités de notre politique » souligne Didier Reynders qui insiste sur l’intérêt constant que rencontre toujours ce sujet.
« Aujourd’hui, »insiste Didier Reynders, l’intérêt ne diminue pas : nos partenaires européens comptent toujours sur notre expertise, au Parlement, l’Afrique centrale suscite toujours beaucoup de questions. Quant au public, il soutient des initiatives comme la « Fondation Virunga » qui, au Nord Kivu, s’emploie à protéger le plus ancien parc naturel d’Afrique ou se passionne pour un personnage tel que le Docteur Mukwege. La diaspora africaine, de plus en plus active, renforce également les liens déjà existant et qu’il s’agisse des universités, du secteur privé, des pouvoirs publics, des entités fédérées, l’Afrique centrale continue à inspirer de nombreuses initiatives. »
Puisque l’Afrique centrale demeure très présente dans le cœur et dans les actions des Belges, quelles sont les priorités de notre politique étrangère ? Pour Didier Reynders « il est important de maintenir le dossier « Afrique centrale » sur la table des Européens, il faut encourager le dialogue avec les autorités, promouvoir la paix, la sécurité, le respect des droits de l’homme, développer l’économie . Notre logique, défendue au sein des réunions interfédérales, peut se résumer par la formule anglaise « diplomacy, defense, law and order », c’est dans cette ligne là que nous entendons agir ensemble, à tous les niveaux de pouvoir. »
Didier Reynders reconnaît qu’au Burundi comme en République démocratique du Congo, deux des pays prioritaires pour la diplomatie belge, les sujets de préoccupation ne manquent pas : « le Burundi connaît une crise majeure depuis plusieurs mois ; le régime se referme sur lui-même, se montre sourd aux pressions voire aux sanctions. Tout est bloqué, fermé, les relations avec la Belgique sont très mauvaises et dans l’ensemble, la situation demeure très incertaine. » A New York, Didier Reynders s’est entretenu avec le président ougandais Museveni et il en a conclu que « pour les pays de la région, les accords d’Arusha, qui en 2000 avaient marqué le retour de la paix au Burundi et scellé un certain équilibre ethnique représentent toujours une référence incontournable. »
Quant à la situation au Congo, elle inquiète vivement le ministre des Affaires étrangères : « les manifestations et les violences des 19 et 20 septembre dernier ont changé la donne. Le bilan de la répression semble beaucoup plus lourd que ce qu’on en a dit, il y a eu un usage disproportionné de la force. C’est pourquoi j’insiste sur la nécessité d’une enquête de l’ONU et sur la définition des responsabilités individuelles, qu’il s’agisse de la répression ou des appels à la violence. »
Pour Didier Reynders, « le délai de 500 jours proposé par la commission électorale n’a pas de sens. Si on retarde à ce point les prochaines élections, on aboutit à un troisième mandat de fait…
D’ici le 19 décembre (date d’expiration du deuxième mandat du président Kabila) il faudra savoir avec clarté qui gère le pays et donc faire redémarrer le dialogue en y associant des personnalités importantes comme Moïse Katumbi ou Etienne Tshisekedi. En ce qui me concerne, j’ai fait inscrire la situation au Congo à l’ordre du jour de la réunion européenne du 17 octobre prochain et j’ai proposé une réunion de tous les « envoyés spéciaux » qui représentent la communauté internationale dans la région, en suggérant qu’ils travaillent en étroite collaboration avec l’Union africaine. J’estime aussi qu’au Congo, il est urgent que la majorité et l’opposition, avec l’aide de la communauté internationale, définissent le statut d’ « ancien président », entre autres en matière de sécurité. J’ai bien noté que l’Eglise catholique, elle aussi, souhaite un dialogue inclusif et que le Pape François a reçu le président Kabila, qui se trouve en ce moment en visite officielle en Tanzanie. »
Préoccupé par la « date butoir » du 19 décembre, Didier Reynders souhaiterait savoir « dans quel contexte, dans quel cadre on se trouvera alors : nous serons en tous cas dans une autre logique, et c’est pour cela que j’ai limité à six mois les visas que nous allons octroyer… »(ndlr. Gérant la « maison Schengen à Kinshasa, ce sont des fonctionnaires belges qui ont la haute main sur l’octroi de visas pour tous les pays de la zone Schengen. Une limitation de ces visas à six mois représente une sanction déguisée…).
Même s’il est certain que des élections ne pourront être organisées avant le 19 décembre, il faut gérer la période intermédiaire, fixer un nouveau calendrier, savoir qui gérera le pays. On ne peut pas imaginer des reports successifs des échéances…De tout cela, il faudra débattre avec les Congolais, mais aussi avec les pays de la région, avec l’Union africaine… Il faut favoriser tout ce qui peut aider à sortir de la crise, d’abord encourager le dialogue entre Congolais puis soutenir l’Union africaine. Au cours des semaines à venir, je vais entretenir un contact constant avec tous les groupes congolais de l’opposition, avec l’Union africaine, avec les divers «envoyés spéciaux », ce sera l’une des priorités de ma politique…

4 octobre 2016

Congo: rien avant 2018!

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Avec sérénité, comme si rien ne pouvait contraindre l’immense vaisseau de la Commission électorale indépendante à changer de cap, son président Corneille Naanga a confirmé ce que, implicitement, chacun savait déjà : compte tenu des retards, des contraintes techniques, ce n’est qu’en novembre 2017 que la CENI convoquera les électeurs pour plusieurs élections simultanées : la présidentielle, les législatives nationales et provinciales. Se présentant à la séance plénière du dialogue intercongolais rassemblant la majorité présidentielle et une partie de l’opposition, M. Naanga a précisé que la CENI devait disposer de 504 jours à partir du 31 juillet 2017 pour faire face aux contraintes techniques liées à l’organisation simultanée de ces divers scrutins. Autrement dit, dans le meilleur des cas, l’élection présidentielle n’aura pas lieu avant novembre 2018 et cela alors que la Cour Constitutionnelle a décidé que le président sortant Joseph Kabila pourrait rester en place jusqu’à l’élection de son successeur.
Plusieurs participants au dialogue, membres de l’opposition de la société civile ou de l’église catholique ont estimé que les délais proposés étaient beaucoup trop longs et que, même en tenant compte des contraintes techniques il y aurait moyen de les raccourcir de manière significative. Résumant l’ opinion de beaucoup de Congolais, le quotidien Le Potentiel relève que la requête de M. Naanga correspond à la partition que joue la CENI, à savoir « élaborer un calendrier élastique pour permettre au président Kabila de rester au pouvoir au-delà de la fin de son mandat en dirigeant une période de transition au cours de laquelle « tout peut arriver ».
Malgré cette déclaration indicative du président de la CENI, la classe politique congolaise est toujours divisée et une solution « inclusive » plus éloignée que jamais : le « dialogue national » qui être clôturé après quinze jours n’est toujours pas terminé et le « Rassemblement de l’opposition » qui inclut des poids lourds comme Moïse Katumbi ou Etienne Tshisekedi n’ a toujours pas rejoint ceux qui discutent des modalités d’une transition qui serait « co gérée » par le pouvoir actuel et l’opposition.
Quant à la population, nombreux sont ceux qui assurent, discrètement, qu’ils comptent les points marqués par les diverses personnalités politiques et surtout qu’ils décomptent les jours les séparant du 19 décembre, date d’expiration, du deuxième et en principe dernier mandat de M. Kabila. Même si le dialogue mené par Edem Kodjo, le médiateur désigné par l’Union africaine, devait aboutir à une solution réellement inclusive, associant toutes les formations politiques, on pourrait assister à une révolte de la base, attachée au prescrit constitutionnel et dénonçant souvent les compromis conclus par une classe politique souvent avide de postes et de pouvoir…