28 novembre 2016

En l’honneur de la francophonie Tananarive fait bonne figure

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Tananarive,
A l’occasion du 16e sommet de la francophonie, Tananarive a fait peau neuve.Enfin presque. Les mendiants ont été priés de déguerpir du centre ville, les petites échoppes des vendeurs d’artisanat ou des revendeurs de bimbeloterie chinoise ont du reculer sur deux rands bien serrés et non plus quatre ou cinq comme jadis, les policiers, en uniforme neuf, règlent le ballet des 4×4 et des limousines noires. Plus inquiétant, des militaires surarmés sont postés tous les 50 mètres sur l’itinéraire des convois officiels,
comme s’ils avaient pour consigne de tenir la foule en respect. Les craintes que suscitait initialement le choix de Madagascar comme pays hôte du grand raoût francophone se révèlent cependant largement infondées. La population, d’ordinaire si réservée, se montre amicale et bien avant l’ouverture officielle du sommet, le “village de la francophonie” est l’occasion d’une fête permanente. Les Malgaches y défilent en rangs serrés,les enfants gambadent, les musiciens se succèdent sur le podium… Durant des jours, la presse a tiré à
boulets rouges sur le sommet, dénonçant des malversations, des rêves de grandeur, des routes inachevées ou en passe de s’effondrer avant même d’être empruntées par les cortèges officiels. Souligner que dans ce pays de 18 millions d’habitants dont le revenu annuel ne dépasse pas les 4OO dollars (contre 9300 dans l’île voisine de Maurice)organiser un aussi grand rassemblement de chefs
d’Etat et de gouvernement (ils sont plus de trente à s’être annoncés) et attendre 3000 personnes relève de la mégalomanie est un reproche qui a du sens et la presse ne s’en est pas privée. Et pourtant, à la veille de l’ouverture de
la cérémonie, c’est l’esprit de fête qui prévaut. Les Malgaches sont fiers de leur pays, les vendeurs d’articles artisanaux ont triplé leur chiffre d’affaires et les jeunes se pressent en masse sur le site comme si soudain y soufflait un air de grand large, comme si, enfin, était mit fin à des années d’isolement…C’est que les crises politiques n’ont pas manqué et la dernière,
de mars 2009 à décembre 2013 fut sans dopute la plus cruelle: elle entraîna le départ de toutes les organisations internationales, la suspension de toutes les aides financières et l’île fuit mise à l’écart des grandes organisations régionales. Le blocage des exportations vers les Etats Unis entraîna la faillitte de centaines d’ateliers établis dans la zone franche et les travailleurs d’hier, massivement licenciés, se tournèrent vers le commerce
informel, vendant et revendant à l’infini des produits chinois depuis longtemps déclassés.
Ce n’est qu’en 2013 que des élections présidentielle et législatives
signifièrent un retour au calme et depuis lors, le président Hery
Rajaonarimampianina, ministre des Finances durant la transition, s’est efforcé de reconquérir la place de Madagascar au sein des organisations régionales et
internationales. C’est pour cela que le sommet de la francophonie ressemble à une sorte de bulle irisée, s’élevant au dessus d’un océan de pauvreté, mais il est aussi un gage d’espoir,il symbolise l’attente de nouveaux flux de touristes,l’espérance d’investissements qui détourneront les jeunes de l’émigration ou de
la délinquance…Pour Michaëlle Jean, la secrétaire générale de la francophonie qui a succédé voici deux ans au Sénégalais Abdou Diouf, ce sommet représente aussi un défi. En ces temps d’inégalités croissantes, de violence, celle qui fut gouverneur du Canada et initialement journaliste, a voulu rappeler l’importance
de la jeunesse, des valeurs. C’est ainsi que chacune des délégations nationales a inclus dans ces rangs un jeune homme ou une jeune femme et, vendredi après midi, ces jeunes ont été invités à s’exprimer sur le thème “libres ensemble”.Marie Beheyt, une jeune Belge originaire de Perulwez, qui termine à l’ULB un master en relations internationales, s’est montrée tellement percutante qu’elle
a été invitée à exprimer en séance plénière, devant les chefs d’Etat et de délégation, les attentes de sa génération. Une autre jeune Belge attirera d’ailleurs les feux de la rampe: la Belgo burundaise, Gioia Giolli, Joy lorsqu’elle est sur scène, sera invitée à slamer, sinon à crier devant tous ses
espoirs et sa révolte…