28 novembre 2016

Julien Trudeau sauve de l’ennui le sommet de la francophonie

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Tananarive

Il est de ces présences qui font oublier bien des défections : Julien Trudeau, a sauvé de la morosité le 16e sommet de la francophonie et fait oublier que sur les 80 pays membres de l’organisation, seulement vingt chefs d’Etat et de gouvernement avaient fait le déplacement. Ouattara (Côte d’Ivoire) Kabila (RDC) Bongo (Gabon), Charles Michel retenu par le budget et surtout le roi du Maroc, présent partout à Madagascar à la tête d’une délégation de 500 personnes, mais invisible au sommet, les absents étaient de taille. La secrétaire générale de la francophonie Michaëlle Jean, qui vivait à Tananarive son premier sommet, aurait pu se sentir un peu seule en l’absence des vétérans et face à un François Hollande, dernier arrivé, premier parti et gardant le nez plongé dans ses textos…Heureusement pour sa compatriote (qui fut gouverneur du Canada) le Premier Ministre canadien sauva plusieurs mises : celle d’une présence physique évidente, d’un discours clair mais surtout celle d’un courage politique inhabituel dans de telles assisses. Non seulement il rendit un hommage appuyé à Fidel Castro, « un ami de toute ma famille » mais il proclama « je suis féministe et j’en suis fier ». Sans reprendre son souffle, il assura à l’assistance médusée que « chacun devait avoir le libre choix de sa sexualité » et que les LBTG (lesbiennes, gays, transgenres…) étaient souvent victimes d’inacceptables discriminations et s’éleva aussi avec vigueur contre les mariages précoces et l’excision. Après ce lourd pavé jeté dans la mare et encaissé en silence par plusieurs Etats africains, Rudi Demotte, au nom de la Fédération Wallonie Bruxelles apparut comme un modéré lorsqu’il réclama que « la francophonie, intransigeante sur les valeurs, soit un espace démocratique irréprochable. »
Dans les heures qui suivirent, examinant les nouvelles candidatures à l’adhésion à la francophonie, le Canadien et le Wallon devaient avoir une autre occasion de démontrer leur attachement à certaines valeurs. Auparavant les « cousins » avaient eu l’occasion de refaire le point après la « bataille du CETA » et Rudi Demotte devait souligner que « d’avoir traversé une épreuve commune nous a rendu plus proches encore… », ajoutant :« la résistance menée par les Wallons n’a laissé aucune trace de rancune chez nos interlocuteurs canadiens auxquels en 2014 déjà, à l’occasion du sommet de Dakar, nous avions signifié que le traité de libre échange suscitait chez nous de graves objections, dont la Commission européenne ne tenait pas suffisamment compte. »
Lorsque se posa la question de l’adhésion de l’Arabie Saoudite à la francophonie les deux hommes se retrouvèrent côte à côte : Trudeau, sans ambages, rappela la peine de mort, la condition des femmes, tandis que Demotte misait sur les problèmes de procédure, soulignant que le dossier présenté par le royaume saoudien n’était pas complet et méritait un plus ample examen et devait donc, au minimum, être reporté à deux ans. Initialement favorable à la candidature saoudienne, « un pays avec lequel la France entretient de bonnes relations » François Hollande finit par conclure à son tour que mieux valait respecter la procédure et différer l’examen de l’adhésion saoudienne.
Fossé Nord Sud ? Poids de l’argent ? Bien des pays africains, dont le Sénégal, le Tchad, le Togo ne voyaient pas où était le problème tandis que le roi du Maroc, qui soutenait la candidature de Ryad, préféra peut –être ne pas perdre la face sur ce dossier sensible. En coulisses, plusieurs pays reprochèrent à Michaëlle Jean de ne pas avoir anticipé le problème et tenté de le régler en amont. Mais peut on vraiment en vouloir à la charmante secrétaire générale de la francophonie qui, misant sur les jeunes, introduisit des slameurs (dont la Belge Joy qui fit lever les yeux à François Hollande), des musiciens, des danseurs et surtout mit l’accent sur la dimension économique de la francophonie, afin que la formation professionnelle, l’appui aux petites entreprises, le réseautage, les « incubateurs de projets » rendent l’espoir aux jeunes et leur donne le goût d’être « libres ensemble ».