22 décembre 2016

Un président jeune qui a…perdu le soutien de la jeunesse

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Lorsqu’en 2001, il succéda à son père assassiné, Joseph Kabila était le plus jeune chef d’Etat d’Afrique. Même aujourd’hui, âgé de 45 ans et après quinze années de « règne », il n’est pas bien vieux…Cependant, cet homme nouveau à l’époque, qui réussit à s’affirmer, à maîtriser tous les rouages du pouvoir avec des talents insoupçonnés, a perdu l’essentiel : la confiance des jeunes.
Au Congo, les moins de vingt cinq ans représentent la moitié sinon les deux tiers de la population. Ils sont les électeurs de demain, les cadres du futur. Ils incarnent l’avenir du pays. Ils n’ont connu que Joseph Kabila. Même taiseux et discret, ce dernier a hanté leurs années d’enfance durant lesquelles Mobutu n’était déjà plus qu’un souvenir du siècle dernier. Les promesses de Kabila ont fait rêver ces gamins. Ils ont partagé sa vision d‘un pays moderne, émergent, d’un pays meilleur à vivre pour les pauvres, d’un pays où on pourrait étudier, travailler, construire. Aujourd’hui, ces rêves sont fracassés. Ceux qui ont pu étudier à force de sacrifices sont condamnés au chômage, la plupart vivent d’expédients. Dans les mines que l’on ferme pour les confier aux multinationales qui chassent les travailleurs au profit des excavatrices, combien sont-ils qui payaient leurs modestes études en creusant, en se faufilant dans les galeries avec leur taille d’enfant et leurs ambitions d’adultes ?
Alors que ces jeunes avaient cru en l’essor économique de leur pays, ils constatent que les gains éventuels sont mangés par la corruption. Ils avaient cru, -naïfs qu’ils étaient-, aux chances de la démocratie. En toute occasion, ils entonnaient l’hymne national « Debout Congolais » et ils étaient sincères lorsque, chantant à tue tête, ils promettaient « de construire un pays plus beau qu’avant ». Aujourd’hui, ils sont confrontés à des manoeuvres dilatoires, des palabres sans fin menées par des hommes politiques qui n’ont rien oublié des pratiques mobutistes.
Ils font face aussi à une répression bien moderne, elle, menée avec des armes neuves, et sans états d’âme. Ces jeunes privés d’avenir assurent qu’ils n’ont pas peur de mourir. On leur avait promis la révolution de la modernité. Aujourd’hui, ce dont ils rêvent avant tout, c’est la révolution de la moralité.

22 décembre 2016

Wamu Oyatambwe: “Kabila bye bye” sur fond de misère sociale

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Interview de Wamu Oyatambwe, politologue (VUB) auteur du livre « de Mobutu à Kabila »

Vous êtes rentré en début de semaine de Kinshasa. Quel était le climat ?
Franchement mauvais… On a le sentiment que le régime ne comprend rien à la problématique des jeunes, à leurs frustrations. Je suis frappé par l’amateurisme avec lequel on gère les manifestations. Car enfin, elles étaient prévisibles, et depuis longtemps. On savait que les gens allaient sortir dans la rue, crier « carton rouge » ou « Kabila by bye »…Tout cela aurait pu être prévu, accompagné. Au lieu de cela, le régime est tombé dans le piège, celui de la violence, de la répression. Comme en septembre, lorsqu’il y a eu 50 morts… Ici aussi, tout en accusant l‘opposition de vouloir semer le chaos, le régime est tombé lui-même dans le piège de la violence.
Tout cela s’inscrit sur une base explosive depuis longtemps, la situation sociale. La misère est indescriptible, généralisée. Les jeunes- deux tiers de la population- sont au chômage, il n’y a pas de perspectives d’emploi. En outre, la situation économique a empiré au cours des derniers mois : le cours du franc congolais, par rapport au dollar, est passé de 980 à 1260, ce qui signifie une hausse de 25 % et donc une baisse d’un pouvoir d’achat déjà très faible. C’est intenable. Mais ce qui l’est plus encore, c’est l’arrogance des riches. Ils construisent des immeubles, organisent des fêtes dans les nouveaux hôtels, louent des salles pour des mariages. Et ils s’imaginent que tout autour, les pauvres ne se rendent compte de rien. A cela s’ajoutent les rapports comme celui de l’agence Bloomerg, qui décrit de manière détaillée la fortune accumulée par la famille Kabila. Même si l’on peut discuter des données, les mettre en cause, il n’empêche que tout cela circule sur les réseaux sociaux, alimente la colère générale. Comment accepter que la famille présidentielle soit créditée d’une fortune de 15 milliards de dollars, alors que le budget de l’Etat atteint péniblement les 4, 5 milliards ?
La chute des cours des matières premières contribue à aggraver les choses.
Cette misère sociale entraîne un rejet du système, alors qu’en même temps les espaces de liberté rétrécissent et que la répression s’accentue. Quel dommage… Au début de l’entrée en fonctions du Premier Ministre Matata Mponyo, on avait senti un frémissement, les recettes de l’Etat augmentaient, la croissance s’accélérait, la bancarisation (paiement par voie bancaire des salaires des fonctionnaires) avait des effets positifs. Mais aujourd’hui on s’aperçoit que les travaux d’infrastructures ont été mal réalisés que des routes sont déjà à refaire…

La classe politique, tous partis confondus, est elle attentive à ce malaise social ?
Absolument pas. Les partis sont enfermés dans une stratégie purement politique. Depuis un an, il n’est question que de troisième mandat, de date des élections etc…On ne se positionne que par rapport à cela, bien loin au dessus des préoccupations des gens…Si demain la médiation menée par la conférence épiscopale aboutit à une solution, il faudra élargir encore le gouvernement de 68 ministres qui a été présenté cette semaine, y inclure les nouveaux venus. Je suis certain que le président ne reviendra pas sur sa décision, ne remettra pas en cause ce gouvernement issu de l’accord politique d’octobre dernier, tout au plus sera-t-il élargi, ce qui ne résoudra rien…
Le problème, c’est qu’il n’y a plus de légitimité au Congo : tout le monde est hors mandat. Le président, évidemment, mais aussi le président du Sénat, Lépon Kengo wa Dondo, qui légalement pourrait lui succéder en cas de vacance : il est hors mandat depuis cinq ans ! Le vide juridique est absolu, plus aucune autorité n’est légitime. Même si on se mettait d’accord pour organiser des élections en 2018, je ne suis même pas sûr que ce serait possible : le budget de la CENI est colossal, un milliard 800 millions de dollars…Où pourrait on trouver cet argent ? En outre la remise à jour des listes électorales, dans un pays aussi vaste, aussi dépourvu de moyens de communications, représente une opération compliquée : dans certains coins il faut se déplacer en pirogue ou à pied… Tout cela va prendre du temps…
Peut on craindre un putsch ?
Je ne sais pas : l’appareil sécuritaire semble sous contrôle, la garde républicaine est forte, dominée par des fidèles de Kabila…Mais les policiers partagent les mêmes conditions que le reste de la population : en ville, ils vous demandent de l’eau, vous disent qu‘ils souffrent eux aussi…Vont-ils accepter de tirer sur les jeunes, sur leurs enfants ?
Et pourtant, je crois encore que c’est Kabila qui a toutes les clés en mains. Mais je me demande s’il se rend compte de la gravité de la situation, qui écoute-t-il encore …Ainsi par exemple, je crois qu’avoir publié la liste du gouvernement alors que la médiation des évêques n’était pas terminée, ce fut un erreur. Il fallait laisser une chance à la négociation au lieu de gouverner par défi. Je suis aussi frappé par l’invocation d’un certain «esprit rebelle », une verve anti occidentale, exprimée par ceux qui disent parler au nom de Kabila… Ils tiennent des discours du style « tout le monde nous en veut, l’Occident nous rejette.. »

Si l’on se fait l’avocat du diable, on peut tout de même constater une certaine unanimité occidentale contre Kabila, alors que dans la région, il y a d’autres présidents qui s’éternisent au pouvoir, qui répriment, qui s’enrichissent…Pourquoi cette sévérité à l’égard du Congo ?

Mais parce que par sa dimension, son importance géopolitique, son économie, le Congo ne peut se comparer au Congo Brazzaville, au Rwanda, à l’Ouganda, aux petits pays de l’Afrique de l’Ouest. Toujours il a suscité plus d’attention, été plus regardé qu’un autre. Les enjeux sont tellement différents…Il faut tout de même dire aussi que la gestion est différente : le Rwanda, pour ne citer que lui, réussit nettement mieux…Au Congo, l’Etat demeure incroyablement faible.
Je ne peux que souhaiter bonne chance à la médiation des évêques, mais je suis préoccupé par l’illégitimité du pouvoir et par les risques d’une explosion sociale généralisée…Et cependant, il faut aussi préserver les acquis de la démocratie…

21 décembre 2016

Les évêques du Congo reprennent le chantier de la négociation

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Avant de quitter les évêques congolais convoqués au Vatican, le Pape Benoît a béni le Congo : « je réitère un appel vibrant à tous les Congolais pour que dans ce moment délicat de leur histoire, ils soient des artisans de réconciliation et de paix. » Il a aussi souhaité « que Noël ouvre des chemins d’espoir ».
Une exhortation formulée alors que le Congo compte ses morts : selon un «bilan provisoire » des Nations unies, 19 personnes ont été tuées à Kinshasa, Lubumbashi et Matadi en plus de 45 blessés. Les autorités revoient ce chiffre à la baisse et ne reconnaissent que 11 morts. Dans les villes qui se sont enflammées sitôt qu’est venu à expiration le mandat de Joseph Kabila, le calme peine à revenir, l’encadrement policier est toujours massif et la population exprime toujours sa colère et ses craintes. A Kinshasa cependant, les exigences de la survie quotidienne ont obligé les 10 millions d’habitants à sortir de chez eux et à reprendre leurs activités, fût ce au ralenti, mais beaucoup de boutiques sont restées fermées. A Goma vingt jeunes activistes du mouvement Lucha ont été arrêtés à l’occasion d’un sit in alors qu’ils proclamaient « Bye Bye Kabila ».
Comme ils l’ avaient annoncé avant leur départ, les prélats membres de la Conférence épiscopale (CENCO) ont donc repris leur effort de médiation. Ils ont convoqué une nouvelle réunion, rassemblant autour d’une table des porte- parole de la majorité présidentielle et des représentants du Rassemblement de l’opposition. Mais le « format » de la rencontre est de plus en plus restreint : trente personnes la semaine dernière, dix cette fois, pour le troisième et sans doute dernier acte d’une négociation de la dernière chance. Monseigneur Marcel Utembi, président de la CENCO, a lancé un avertissement clair aux hommes politiques : « notre souhait est de clôturer avant Noël. Si les acteurs politiques et la société civile civile n’arrivent pas à un compromis à cette échéance, la CENCO en tirera toutes les conséquences qui s’imposent. »
Si les points litigieux demeurent les mêmes, les circonstances ont cependant changé depuis la semaine dernière : sans attendre le résultat de la médiation épiscopale, le président Kabila a promulgué la liste de l’éléphantesque gouvernement de 68 membres. Des membres de sa majorité soulignent que, si un accord était trouvé avec l’opposition radicale, des postes supplémentaires pourraient encore être trouvées pour les ralliés de la dernière heure, à moins que des nouveaux élus ne soient déjà priés de céder leur siège…En plus des violences des derniers jours, le climat est également plombé par le déploiement sécuritaire et par les propos d’Etienne Tshisekedi qui, sans appeler à manifester, a cependant exhorté ses compatriotes à ne plus reconnaître l’autorité de M. Kabila.
C’est bien là que le bât blesse : les négociateurs achoppent toujours sur la « décrispation » c’est-à-dire la libération de sept prisonniers politiques « emblématiques » et sur la durée de la transition, mais le fond du problème demeure l’avenir politique de M. Kabila qui ne veut pas céder le pouvoir.
Ses partisans justifient son maintien par l’article 70 de la Constitution stipulant « qu’à la fin de son mandat, le président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau président élu » tandis que les opposants citent l’article 64 de la même Constitution, selon lequel « tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force »…
Estimant qu’en négligeant délibérément d’organiser les élections dans les délais prescrits, le pouvoir a fauté, les opposants souhaiteraient mettre sur pied un « Conseil national de transition » qui pourrait être présidé par Etienne Tshisekedi. On peut imaginer que ce dernier, qui s’était déjà autoproclamé président après les élections contestées de 2011, ne manquera pas alors de se considérer comme un « président bis », ce que les partisans de Kabila refusent absolument.

20 décembre 2016

Talk and fight, négocier et combattre…

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Le miracle n’a pas eu lieu : sans attendre le retour des membres de la Conférence épiscopale, qui avaient prévu de reprendre mercredi les négociations avec les derniers récalcitrants de l’opposition, Joseph Kabila, dans les dernières minutes de son mandat présidentiel, a nommé son nouveau gouvernement. Autrement dit, craignant peut-être le vide du pouvoir, il a pris de court les hommes de bonne volonté qui, suivant le conseil du pape François, essayaient encore de « construire des ponts ». Défiant l’opinion, il a ainsi adressé une sorte de pied de nez aux évêques qui, à sa demande d‘ailleurs, avaient entrepris une « négociation de la dernière chance ».
Alors qu’il était jeune militaire dans les rangs de l’AFDL, (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo), un mouvement piloté par le Rwanda et qui finit par renverser Mobutu en 1997, Joseph Kabila, dans l’ombre de son père Laurent Désiré, apprit l’une des tactiques de base des rebelles auprès desquels il s’initiait au métier des armes : talk and fight. Parler, c’est à dire négocier, mais aussi combattre. Et ne jamais perdre de vue l’objectif final.
Depuis les élections de 2011, contestées à cause de nombreuses fraudes et irrégularités, Joseph Kabila n’a jamais cessé de mettre en œuvre cette méthode éprouvée : faire mine de négocier mais aussi combattre afin de rester au pouvoir au-delà de délais prévus. C’est ainsi qu’il organisé en 2012 les « concertations nationales », vaste forum réunissant l’opposition et la majorité présidentielle, qui accouchèrent de résolutions qui ne furent jamais mises en œuvre. Le « dialogue politique » mené à la cité de l’Organisation africaine, avec l’appui du médiateur nommé par l’Union africaine, Edem Kodjo, eut la même finalité : réunir la majorité présidentielle et des membres de l’opposition dans une vaste palabre, distribuer généreusement indemnités financières et promesses de partage du pouvoir, convaincre tout ce beau monde de l’impossibilité matérielle d’organiser les élections à la date prévue. Evidemment : la Commission électorale se révélait sous financée, les listes n’étaient pas prêtes, les nouveaux électeurs n’avaient pas été recensés…La nécessité s’imposait donc d’ organiser une transition sur mesure, avec délai élastique. Autrement dit le «glissement », c’est-à-dire un maintien au pouvoir qui ne porte pas ce nom. Si le président demeure taiseux, ses proches s’expriment, promettent, tentent de rassurer, s’engagent à soutenir un gouvernement de transition associant une partie de l’opposition. Durant des semaines, le « talk » occupe le devant de la scène. Mais dans les coulisses, c’est le « fight » qui domine : les forces de sécurité reçoivent du matériel neuf, la garde républicaine est renforcée, les agents de renseignements redoublent d’activité et la répression se durcit.
Cependant, on ne peut tromper tout le monde tout le temps : s’il devait se confirmer que, comme bien d’autres avant eux, les évêques eux aussi ont été roulés, il faut craindre le coup de crosse. Sinon pire.

20 décembre 2016

La violence se rallume et tue à Lubumbashi et Kinshasa

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Alors que Kinshasa attendait le retour des évêques, appelés en consultation à Rome et qui se préparaient à reprendre leur médiation ce mercredi, c’est un véritable coup de force qui a été mené quelques minutes avant la fin du mandat du président Kabila : la liste du nouveau gouvernement a été promulguée, sans tenir compte d’un éventuel accord avec les plus récalcitrants des opposants qui ont donc été « dribblés ». Cette proclamation du nouveau gouvernement, -une équipe pléthorique de 68 personnes- a été saluée par un concert improvisé qui n’avait rien d’artistique. Toute la ville a soudain retenti du bruit des sifflets, des casseroles battues avec l’énergie du désespoir et des coups de feu non identifiés se sont ajoutés à la cacophonie. En outre dans certains quartiers, Yolo et Matete, des colonnes de fumée, provoquées sans doute par des pneus enflammés, ont obscurci le ciel de la capitale tandis que, restés éveillés, de nombreux habitants sortaient dans les ruelles pour commenter la situation avec leurs voisins.
Tandis que des partisans de Kabila expliquaient que la promulgation du nouveau gouvernement visait à éviter un vide du pouvoir et que l’équipe pouvait encore être remaniée sinon élargie, la plupart des Kinois exprimaient colère et indignation. L’équipe dirigée par M. Badibanga est en effet pléthorique : elle se compose de 68 ministres, dans un pays où le budget de l’Etat n’est que de 4,5 milliards de dollars. « Ils sont tellement nombreux qu’on ne leur trouvera même pas une chaise ou un bureau » commentait, goguenard, un Kinois joint par téléphone. Au vu du nom des élus, il ajoutait « qu’on avait voulu récompenser tout le monde » et en particulier les membres de l’opposition qui, après avoir participé au dialogue chapeauté par Edem Kodjo avaient conclu un accord récusé par une partie non négligeable de la classe politique réunie dans le Rassemblement dirigé par Etienne Tshisekedi. Ce « gâteau » aussi largement partagé laisse un goût amer : sa composition laisse deviner le souci d’envoyer en première ligne des poids lourds de la majorité présidentielle comme Léonard She Okitundu, qui fut chargé des droits de l’homme. Il aura la lourde charge de faire lever les sanctions prises par les pays occidentaux tandis que Lambert Mende demeure en charge des médias et Tambwe Mwamba de la Justice. Des personnalités de l’opposition, jadis proches de Tshisekedi, l’homme à affaiblir et qui a appelé ses concitoyens à ne plus reconnaître Kabila, se retrouvent aussi à la table du « partage du gâteau », comme Holy Ilunga à la Santé (il était le médecin personnel de Tshisekedi…) ou Tharcisse Loseke aux Finances…
Ces calculs d’apothicaires politiques ont été rapidement dépassés par la colère populaire : à Lubumbashi, fief de l’opposant et ex- gouverneur Moïse Katumbi, des tirs nourris ont commencé tôt dans la journée dans des quartiers populaires et les morts n’ont pas tardé à s’accumuler : des sources privées ont dénombré 8 morts, victimes de tirs à balles réelles dans le quartier Matshipisha, 5 à la Katuba, deux élèves sur la route de Kipushi, tandis que 4 policiers et deux militaires ont également été tués. Le gouverneur de la province n’a fait état pour sa part que de deux morts et trois blessés. « Nous sommes à deux doigts de pillages massifs » relevait un journaliste de la place, ajoutant que les dégâts matériels, après une journée de colère populaire, étaient déjà très importants. En effet, la population en fureur a attaqué plusieurs stations service (réputées pour appartenir à la famille Kabila) et quatre pompes à essence ont été incendiées. Ailleurs dans le pays, malgré le déploiement policier et les interdictions de manifester, la tension est également vive : à Kananga, dans le centre du pays, des tirs d’armes légères et des détonations d’armes lourdes ont provoqué des mouvements de panique et un prêtre catholique a décrit la fuite des habitants des quartiers proches de l’aéroport.
En fin de journée, des sources gouvernementales relevaient que les violences avaient fait neuf morts à Kinshasa.

(avec AFP)

20 décembre 2016

Bruxelels va réexaminer ses relations avec le Congo

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L’absence d’un accord inclusif, malgré la médiation des évêques et l’absence de mesures de décrispation ont été notées avec regret par le gouvernement belge : le Ministre des Affaires étrangères Didier Reynders et le Ministre de la Coopération Alexander de Croo, regrettant que des élections n’aient pas été organisés avant la date du 19 décembre ont exprimé leur profonde préoccupation au sujet de la situation en République démocratique du Congo. Déplorant les nombreuses restrictions aux droits et libertés, la Belgique appelle à rétablir sans délai la liberté d’expression, de communication, d’association et de manifestation pacifique ainsi que l’indépendance de la justice.
Sans surprise, les ministres ont décidé de réexaminer les relations entre la Belgique et la République démocratique du Congo. Autrement dit, si les programmes de coopération déjà en cours seront maintenus, car ils bénéficient directement à la population et représentent environ une enveloppe de un milliard d’euros, en revanche, de nouveaux engagements seront examinés « avec la plus grande circonspection ».
En concertation avec l’ensemble des partenaires du Congo, la Belgique continuera à se montrer très vigilante à l’égard des responsabilités individuelles dans le cadre des atteintes aux droits de l’homme et de l’obstruction du processus démocratique.
La prompte réaction de la Belgique, déplorant l’absence d’un accord « inclusif », c’est-à-dire associant des personnalités comme Moïse Katumbi l’ancien gouverneur du Katanga ou des représentants d’Etienne Tshisekedi, le leader historique de l’opposition, connu pour sa radicalité, a été exprimée en même temps que la réaction française, elle aussi très dure. Paris a appelé mardi l’Union européenne à réexaminer ses relations avec la RDC au vu de la gravité de la situation sur place et s’est dit préoccupée par les informations faisant état d’arrestations ainsi que de violences à Kinshasa et à Lubumbashi. A l’instar de la Belgique, la France appelle les autorités et les forces de sécurité congolaises à agir dans le respect des droits de l’homme et assure que la responsabilité individuelle des auteurs de crimes et autres violations des droits de l’homme est engagée.

19 décembre 2016

L’Eglise catholique faiseuse de miracles

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Alors que tous les médiateurs et autres envoyés spéciaux se sont cassé les dents sur le rébus congolais et que se multipliaient les prophéties autoréalisatrices promettant le pire, c’est l’Eglise catholique qui, sans avoir encore trouvé de solution a, au minimum, réussi à faire baisser la tension. S’agissait-il d’une réunion prévue depuis longtemps (tous les cinq ans les évêques de chaque pays sont reçus en audience par le Pape) ou d’une invitation de dernière minute permettant de gagner du temps et de passer le cap de la date fatidique du 19 décembre ? Toujours est-il qu’en abandonnant brusquement les participants au dialogue -représentants de la majorité et porte-parole de l’opposition-, les évêques catholiques, membres de la CENCO (conférence épiscopale) ont désamorcé une crise imminente : la suite de la réunion ayant été post posée au mercredi 21, les partis se sont abstenus d’appeler à manifester le 19 ! D’ici la reprise des discussions, les esprits auront eu le temps de se refroidir et le « momentum, » celui d’une déflagration populaire qui aurait pu déclencher une violente répression sinon emporter le régime, sera passé. On peut espérer que les participants au dialogue, exhortés par le Pape François « à construire des ponts et non des murs » aborderont la suite des négociations en capitalisant sur l’essentiel, c’est-à-dire la nécessité d’organiser des élections apaisées dans un délai raisonnable, validé par des experts, avec une commission électorale réformée, ayant retrouvé sa crédibilité. Restera à régler le sort du chef de l’Etat : Joseph Kabila restera sans doute en fonctions durant la période précédant les élections mais, malgré ses ruses, il n’y a pas d’autre choix que le prendre au mot lorsqu’il assure qu’il respectera le prescrit constitutionnel dans toutes ses dispositions et cédera le pouvoir à son successeur élu.
Si tel ne devrait pas être le cas, les partis politiques garderont la possibilité de réagir mais surtout, l’Eglise catholique, toujours elle, en accord avec les autres confessions, garde à sa disposition l’arme absolue : des manifestations de masse qui réuniraient tous les croyants, curés et pasteurs ouvrant les cortèges. Au Congo, nul n’a oublié la « marche des chrétiens », sévèrement réprimée par le régime Mobutu en février 1992, qui contribua grandement à discréditer le régime t à précipiter sa fin. Dans ce pays où 80% de la population appartient à une église, catholique, protestante ou évangélique, la mobilisation des chrétiens, aujourd’hui comme hier, pourrait s’avérer déterminante. Quant à l’Eglise catholique, à l’inverse des partis politiques, elle est indépendante du pouvoir et, grâce au maillage des paroisses, des services sociaux, des innombrables associations, elle est plus proche de la population que n’importe quel tribun politique, à fortiori si ce dernier vit à l’étranger ou s’y est réfugié.
Quant au pape Benoît, précisément grâce à ce réseau des institutions catholiques, grâce aux évêques qui lui font rapport, grâce aux curés de paroisse présents sur tout le territoire, sans parler des circuits particuliers des Jésuites, il est mieux informé de l’état réel du Congo que n’importe quel diplomate…
S’il devait se confirmer que l’Eglise catholique a désamorcé la crise, le service ne sera sans doute pas gratuit : il faut se rappeler qu’en septembre dernier, alors que tous l’attendaient aux Nations unies pour lui faire la leçon, le président Kabila, à la surprise générale, fut reçu au Vatican au moment même où on l’attendait à New York ! Si l’on ignore évidemment tout du contenu de l’entretien avec Benoît, on peut cependant supposer que le Pape fit entendre la voix de la raison à son interlocuteur, c’est-à-dire l’obligation d’organiser des élections crédibles dans un délai raisonnable, de ne pas s’accrocher au pouvoir et de ne pas faire couler le sang. C’est que le Pape, plus que d’autres membres de la « communauté internationale » qui songent d’abord à leurs intérêts, est soucieux de ne pas déstabiliser le Congo, -ce qui rendrait cet immense pays vulnérable à la poussée de l’islam ou plutôt de l’islamisme- et hypothéquerait pour longtemps le décollage d’Afrique centrale tout entière…

19 décembre 2016

Pour comprendre la crise congolaise il faut suivre la piste de l’argent

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Les Congolais ne sont pas tous des spécialistes en droit constitutionnel et s’ils invoquent si souvent la loi fondamentale pour réclamer le départ du président Kabila, ce n’est pas par juridisme : c’est parce qu’ils estiment que le président est « chiche », qu’il n’a pas suffisamment « partagé » et que le « social » n’a pas représenté une priorité suffisante.
Exprimant le point de vue de ses collègues et des habitants de son quartier, C., un ami de longue date qui habite dans l’un des quartiers de la cité voisin de l’aéroport, souligne les efforts déployés par sa famille : « mon fils aîné vient de terminer l’université, mais il ne trouve pas de travail, tout est réservé aux diplômés apparentés à des gens au pouvoir ou revenus de la diaspora… » »Pour permettre au fils d’étudier, les sacrifices n’ont pas manqué », explique C : « les filles ont été sacrifiées, nous devions nous limiter à payer les études du garçon… Chez nous bien souvent, on ne mangeait qu’un jour sur deux, un jour pour les parents, un autre pour les enfants… Aujourd’hui que notre aîné devrait nous aider à payer les études de ses petits frères, il traîne à la maison, sans travail. Je crains ses réactions : chômeur non rémunéré, comme des milliers d’autres jeunes, il risque de descendre dans la rue en disant qu’il n’a plus rien à perdre… »
Dans les hautes sphères cependant, le Premier ministre démissionnaire Matata Mponyo souligne que depuis dix ans, il a mis l’accent sur la stabilité macro- économique et obtenu des résultats remarquables : de 2010 à 2015, le taux de croissance économique était de 7,7% , le franc congolais était stable et les travaux d’infrastructure se multipliaient, autoroutes urbaines, nouvelles flottilles de bus à Kinshasa, ligne aérienne Congo Airways, sans oublier des centaines de nouveaux bâtiments scolaires et de centres de santé. Mais les familles, elles, ont continué à devoir payer les salaires des enseignants, sous peine de voir les enfants être chassés de l’école et à Kinshasa le minerval moyen est de 350 dollars. Dans les hôpitaux, même rénovés et où les honoraires des médecins ont été augmentés, les familles doivent nourrir elles-mêmes les patients et il n’est pas rare de voir de jeunes mères être retenues en otages avec leur nouveau- né aussi longtemps que n’ont pas été acquittés les frais d’accouchement…Ces derniers mois, la baisse des cours du cuivre, et des matières premières en général, a plombé les brillantes statistiques du Premier Ministre : le budget a du être revu à la baisse, n’atteignant plus que 4,5 milliard de dollars (l’équivalent d’une ville wallonne…) ce qui fait paraître pharaonique le coût des futures élections (1.800 millions de dollars) et les salaires des fonctionnaires sont passés de 100 à 70 dollars par mois ; le franc congolais a « repris l’ascenseur » et s’échange à 1.200 pour un dollar contre 920 durant longtemps, les réserves de change (un milliard de dollars) ne dépassent pas un mois d’exportations…
La pauvreté criante qui règne dans les quartiers populaires des grandes villes est d’autant plus insupportable qu’elle va de pair avec l’arrogance de la richesse : dans la capitale où les pauvres, les mendiants sont chassés du quartier des affaires, les hôtels se multiplient, des immeubles tours surgissent de terre, des 4×4 dernier modèle font du sur place dans les embouteillage. Mais le mal premier dont se plaignent tous les Congolais, c’est la corruption. La petite, dont ils souffrent tous les jours, et la grande, ces détournement massifs, commis en haut lieu, qui font dire au Premier ministre qu’il a « du naviguer dans une eau infestée de crocodiles ».
A tout moment, partout, on quémande : les policiers réclament un « sucré », les fonctionnaires monnaient leurs documents, les inspecteurs des impôts font une ronde incessante dans les commerces et les petites entreprises, les taxes et les amendes pleuvent, réelles ou inventées. Tout le monde en convient : si cette « petite corruption » est aussi harcelante que des essaims de moustiques, c’est parce que l’exemple vient d’en haut. Tout le monde se souvient avec nostalgie de la brève époque où Laurent Désiré Kabila (au pouvoir de 1997 à jusqu’à son assassinat en 2001) payait rubis sur l’ongle les salaires des fonctionnaires et des soldats (100 dollars par mois) mais ne craignait pas de faire fouetter ou jeter au cachot des ministres ou des proches soupçonnés de s’être enrichis indûment. Aujourd’hui, les études pleuvent (Bloomberg, Enough Project, International Crisis Group, African Arguments…) sur les détournements massifs opérés au sommet, les ventes d’actifs miniers, les achats de terres, de propriétés immobilières, les participations financières impliquant la famille présidentielle, entre autres dans des banques comme la BGFI. Tout récemment, le fonds d’investissement américain Och Ziff s’est engagé auprès d’un tribunal de New York à payer 413 millions de dollars d’amende et de pénalités, reconnaissant voir corrompu « de hautes personnalités congolaises » afin de mettre la main sur des actifs miniers. L’acte de repentance du fonds de pension est transparent : il reconnaît avoir versé 10,7 millions de dollars au « responsable RDC number one » et 23,5 millions de dollars à son plus proche conseiller, « responsable RDC number 2 » décédé dans le crash d’un avion…Ces appétits de la famille présidentielle se déploient dans toutes les provinces, mais surtout à Kinshasa, au Nord et Sud Kivu, au Katanga où chaque citoyen, en murmurant « ce pays est à eux » peut vous montrer les domaines agricoles, les pompes à essence, les hôtels, les sites touristiques tombés entre les mains d’un frère, d’une sœur ou de la mère du chef de l’Etat. Une telle accumulation de biens s’avère aujourd’hui un handicap : si le pouvoir doit changer de mains, comment ces avoirs pourront-ils être sécurisés ? Si Kabila hésite à partir et si ses proches le poussent à rester, c’est qu’il n’a confiance en personne.

19 décembre 2016

Militaires belges refouls au Katanga

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Outre les journalistes de la VRT et de VTM refoulés car ils ne disposaient pas d’accréditations, un autre incident a opposé Belges et Congolais : vendredi, un avion de transport C130 s’est vu interdire l’accès à Lubumbashi par les autorités congolaises. Il avait à son bord une équipe d’une dizaine de militaires formant un « détachement d’agents de sécurité » (DAS) qui était chargé de renforcer la protection du consulat de Belgique à Lubumbashi. Le ministère belge des Affaires étrangères a confirmé que ce C130 venait de Belgique via Cotonou (Bénin). Dans la capitale du Katanga, la Belgique dispose d’un consulat général. C’est dans la province du cuivre que se trouve, après Kinshasa, la plus grande concentration d’expatriés, de nombreux Belges étant employés dans les sociétés minières. A leur sujet aussi les craintes sont grandes dans les milieux diplomatiques, qui redoutent que nos compatriotes soient pris pour cibles dans des situations de violence.
Ainsi que le M. Matata Mponyo, qui expédie les affaires courantes dans l’attente d’un nouveau Premier Ministre, l’a expliqué à son homologue Didier Reynders, les militaires ont eu un problème de « clearance » diplomatique, étant dépourvus d’autorisations de vol. M . Reynders pour sa part a évoqué un refus de visa de la part des autorités congolaises.
La réalité, qui s’est confirmée au cours du week end, c’est que Kinshasa refuse tout survol de son espace aérien par des avions militaires étrangers, au moins jusque mardi, comme si le pouvoir craignait des manœuvres intempestives et s’en prenait, comme souvent au Congo, à la Belgique comme première cible.
De telles mesures, peu amicales à l’égard de l’ancienne puissance coloniale, rappellent étrangement les derniers temps du régime Mobutu où la brouille avec la Belgique avait servi de détonateur à la rupture avec tous les Occidentaux, ce qui entraîna les conséquences que l’on sait.

19 décembre 2016

KInshasa retient son souffle

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Le compte à rebours, qui devait s’achever le 19 décembre, jour de tous les dangers car il marque la fin de deuxième et dernier mandat du président Kabila, a été subitement débranché par les évêques catholiques membres de la CENCO (conférence épiscopale du Congo). Avançant une audience avec le pape François prévue de longue date, les prélats ont pris l’avion pour Rome samedi soir et dimanche midi, dans son Angelus, François a demandé aux fidèles de prier pour la République démocratique du Congo. Lorsque les évêques reviendront au pays mardi soir, ils devraient retrouver dès le lendemain les négociateurs abandonnés dans une impasse à la veille du week end. On ignore si, durant cette trêve imposée, les positions se seront assouplies, mais de toutes manières la date butoir aura été dépassée. Laissées dans l’expectative, les formations politiques n’ont pas donné à leurs troupes l’ordre de manifester.
Négociateur dans les rangs de l’opposition, le député Martin Fayulu avoue sa perplexité : « Nous ne comprenons pas…Kabila nous aurait- il tendu un piège afin de gagner du temps, avec ou non la complicité des évêques ? Les négociations n’étant pas terminées, nous n’avons donné aucune consigne, mais il appartient à la population de se prendre en charge si elle veut s’exprimer… »Pessimiste quant à l’issue des négociations, le député, qui déplore l’arrestation à Goma de deux membres de son parti, souligne que les points de désaccord demeurent fondamentaux. « Les représentants de la majorité présidentielle et ceux du Rassemblement de l’opposition, soit une quarantaine de personnes en tout, se sont réunis en trois commissions, examinant les institutions, le processus électoral, et la décrispation politique. Dans les trois cas, des points de désaccord subsistent : alors que pour nous, le mandat du président est terminé, les membres de sa majorité, se fondant sur l’avis, contesté, de la Cour constitutionnelle, estiment qu’il peut rester en poste jusqu’à l’entrée en fonctions de son successeur. Alors que la population et l’opposition, exigent des élections en 2017, aucun accord n’a été conclu sur ce point. Et en ce qui concerne la décrispation, sept prisonniers « emblématiques » demeurent sous les verrous… » Au nom de l’opposition, le député conclut » nous sommes dans une impasse et pour nous, dès le 20, Joseph Kabila ne sera plus le président légitime du pays. »
Si l’Eglise catholique joue avec le temps, le pouvoir, lui, ne prend aucun risque : Kinshasa, dimanche déjà, était quadrillée par les policiers et les militaires, les voitures étaient systématiquement fouillées. « Le 19 sera une journée comme les autres » a promis le chef de l’ANR (agence nationale de renseignements) Kalev Mutomb, qui a multiplié les mesures de précautions. A toutes fins utiles, les réseaux sociaux seront coupés dimanche soir et Internet suspendu alors que tous les activistes ont demandé à leurs « amis » d’effacer les messages figurant sur leurs portables.
Alors que Human Rights Watch, le Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme s’attendent à une recrudescence de violences graves et que l’ONU multiplie les appels au calme, un curé de paroisse nous assure que « j’ai traversé toute la ville sans encombre, depuis l’aéroport jusqu’au centre ville, mais c’est demain que l’on verra si la population répond aux mots d’ordre « Bye Bye Kabila ». Il ajoute :« il n’y a pas de psychose, la vie est normale. »
La négociation de la dernière chance lui inspire des sentiments mitigés : « nos politiciens sont des marionnettes, ils feront ce que leurs maîtres leur diront… Leurs maîtres, c’est-à-dire les maîtres du monde…Moi, à mes paroissiens, j’explique qu’il ne faut pas se soumettre aux plus forts, et qu’il ne faut pas compter sur nous pour brûler nos cases…Ne comptez pas sur nous pour la casse… »