30 janvier 2017

Congo: ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable

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Un mois après la signature de l’accord de la Saint Sylvestre qui avait désamorcé une explosion imminente grâce à la médiation des évêques congolais, la situation politique est toujours bloquée à Kinshasa.
Certes, des concessions majeures avaient été faites, par les uns et les autres : les négociateurs de la majorité présidentielle avaient accepté que les élections aient lieu fin 2017 et que M. Kabila ne soit pas candidat à sa propre succession. Ils avaient aussi accepté de confier à un représentant de l’opposition le poste de Premier ministre. En contrepartie, l’opposition avait accepté que le chef de l’Etat, dont le deuxième mandat expirait le 19 décembre, reste en fonctions jusqu’aux élections sans qu’un « régime transitoire » soit mis en place.
Les prélats auraient du s’en douter : dans cet accord comme dans tant d’autres, le diable se trouvait dans les détails. Et le diable, c’était la notion d’ « arrangements particuliers » c’est-à-dire les modalités pratiques de la mise en œuvre de l’accord., où chacun (mais surtout le pouvoir, qui avait tout) tente de mettre en œuvre la vieille tactique du « ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable ». Malgré le deuxième ultimatum fixé par les évêques et qui a expiré le week end dernier, quatre points de blocages importants subsistent. Le premier concerne le poste de Premier Ministre. Certes, ce dernier doit être issu de l’opposition et désigné dans les rangs du « Rassemblement », la coalition dirigée par Etienne Tshisekedi. Mais outre le fait que le vieux leader charismatique, malade et affaibli, a du être ramené à Bruxelles dans un jet privé, une divergence majeure subsiste : les partisans de Kabila estiment que c’est au chef de l’Etat qu’il appartient de choisir le chef du gouvernement sur une liste de cinq personnalités qui lui sera soumise par l’opposition. Faut-il dire que la lutte pour le poste est serrée, que le premier ministre sortant Sammy Badibanga (un Kasaïen qui fut proche de Tshisekedi) n’a pas encore dit son dernier mot, que le chef de l’Etat avant de faire son choix définitif, pourra jouer sur la gamme des ambitions et des appétits ?
La répartition des postes ministériels est tout aussi problématique : arguant de sa majorité au Parlement, issue des élections –contestées- de 2011, le camp présidentiel n’entend pas céder les ministères dits régaliens (intérieur, défense, affaires étrangères, justice) et il revendique également les ministères considérés comme « juteux » c’est à dire les mines ou les finances. Autrement dit, Kabila et les siens entendent bien garder en mains les rênes du pays, un atout évident au moment de la future campagne électorale.
La médiation de la Conférence épiscopale (Cenco) représente elle-même le troisième point de blocage : pour la majorité, l’accord conclu à la veille du Nouvel An marquait la fin d’une médiation momentanée. Pour l’opposition, méfiante ou échaudée, les prélats doivent continuer à exercer leurs bons offices et demeurer des arbitres jusqu’au jour du scrutin. Et cela même si certains évêques souhaiteraient retourner dans leurs diocèses respectifs.
La « ligne du temps » est tout aussi problématique : d’un côté les médiateurs comme l’opposition souhaitent respecter les délais et arriver aux élections d’ici fin 2017. Mais de l’autre, les « pinaillages » du camp présidentiel permettent de gagner du temps, afin peut-être, d’atteindre 2018. Ce délai avait été initialement demandé par Kabila et aujourd’hui déjà, il apparaît comme le plus probable. Ajoutons aussi que le jour où l’opposition sera effectivement associée au pouvoir, elle sera peut-être moins désireuse de tout remettre en jeu.
Dans ces négociations en forme de procession d’Echternacht, un non dit progresse dans les esprits : l’idée d’un referendum constitutionnel, soutenu par les amis du président, refusé par l’opposition. Cette consultation, présentée comme une issue à l’impasse actuelle, permettrait de faire sauter le verrou constitutionnel et elle autoriserait M. Kabila à exercer un mandat supplémentaire. A condition que la population consultée marque son consentement. Mais dans un pays où les «mesures de décrispation » (elles aussi promises le 31 décembre dernier) sont loin d’être prises, où la presse demeure sous haute surveillance, chacun sait que poser la question ce sera probablement y répondre…

27 janvier 2017

Reynders veut maintenir la pression en Afrique centrale

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Si l’année dernière a été difficile, 2017 ne s’annonce guère plus aisée. Devant la presse belge et internationale, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a énuméré tous les défis qui se présenteront, du Brexit aux relations entre l’Europe et les Etats Unis. Est-ce l’accumulation de ces crises imprévues ou l’optimisme de la volonté, mais le ministre s’est montré relativement serein au sujet des relations entre a Belgique et l’Afrique centrale et plus largement à propos de l’évolution de la région. Relevons d’abord que le Rwanda est passé en dessous des écrans radar. Au pays de Kagame, circulez il n’y a rien à voir et donc, sans doute rien à dire ou à redire. Tant mieux pour les Rwandais. Quant au Burundi, le ministre prend note de la difficulté du dialogue mais aussi des progrès accomplis, comme la libération de quelques prisonniers politiques. Pas un mot sur les arrestations de militaires, généralement Tutsis, de l’ancienne armée burundaise (les ex FAB) ni sur la famine qui a déjà fait des dizaines de victimes dans la province de Bubanza. Circulez, puisqu’on vous le dit, ou plutôt ne circulez pas puisque, dans le cas des journalistes, vous n’aurez pas de visa.
Quant au Congo, où en décembre dernier la situation était décrite en termes apocalyptiques et où tous les résidents belges étaient priés de prendre (à leurs frais) le premier avion, une relative sérénité semble l’avoir emporté. Bravo les évêques ! Malgré l’accord intervenu à la Saint Sylvestre, le gouvernement associant la majorité présidentielle et l’opposition n’est toujours pas sorti des limbes et les tractations se poursuivent tandis que les prélats multiplient les ultimatums. Il n’empêche que le ministre Reynders se réjouit de l’accord intervenu, le soutient. Il est bien décidé à maintenir la pression pour qu’il s’applique et que les élections puissent avoir lieu en 2017 encore, comme convenu… Même si en sourdine, les diplomates chuchotent qu’il serait plus réaliste de viser 2018. Tout cela s’éclaircira sans doute la semaine prochaine lors de la visite que fera à Bruxelles Léonard She Okitundu le nouveau ministre congolais des Affaires étrangères, qui aura pour première mission de rassurer les partenaires occidentaux. Apparemment, pour ce qui concerne la Belgique, le gros de l’orage est passé et M. Reynders se prépare à inaugurer en mai prochain la nouvelle ambassade du Royaume à Kinshasa.

23 janvier 2017

L’opposition burundaise s’unit… en Belgique

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Tant sur le plan économique que politique, la situation au Burundi est toujours enlisée. En revanche sur le plan militaire, on pourrait assister à de nouveaux développements, mus par l’un des anciens mentors du président Nkurunziza, Hussein Radjabu.
Le médiateur mandaté par l’ Union africaine, Benjamin Mkapa, qui a obtenu le ralliement de certains opposants, à titre individuel, est de plus en plus contesté par le CNARED, la plate forme rassemblant le plus grand nombre d’anciennes personnalités politique en exil. En effet, en décembre dernier, le médiateur avait déclaré que « la question de la légitimité du président Nkurunziza avait été vidée » et cela alors que l’opposition considère que le troisième mandat qu’il exerce actuellement n’est pas légitime et représente une violation des accords de paix d’Arusha. L’Union africaine pour sa part, soutient toujours les efforts du médiateur et tente de convaincre les opposants, un à un, de reprendre le dialogue. Pour le Cnared, « cet agenda du médiateur ne vise qu’à « réconforter et renforcer la dictature de M. Nkurunziza, sinon détruire l’opposition. »
C’est pour tenter de vaincre cette lassitude de l’opposition qu’une réunion importante a eu lieu le week end dernier en Belgique : dans la plus grande discrétion, des représentants de l’opposition politique, de la société civile et de la diaspora burundaise, soit 34 personnes, se sont réunis pour arrêter une stratégie commune. Selon Pancrace Cimpaye, le porte parole du mouvement, «toutes les forces vives de la nation opposées au troisième mandat criminel du président Nkurunziza se sont réunies dans un forum et elles ont désigné un « comité de conciliation » dirigé par Pierre Claver Mbonimpa, défenseur historique des droits de l’homme au Burundi. » Ce dernier est réfugié en Belgique depuis une tentative d’attentat qui a failli lui coûter la vie.
A mesure que le temps passe, l’opposition politique en exil craint cependant de perdre prise sur la situation dans le pays, qui, sur le plan économique et social, à cause de la pénurie de devises et de la suspension des aides étrangères, devient de plus en plus critique, à tel point que l’on enregistre désormais des morts par famine…
C’est pourquoi les regards se tournent à nouveau vers l’opposition armée et en particulier vers un mouvement initié par l ’ancien mentor du président Nkurunziza, l’un des fondateurs de son parti CNDD, (Comité national pour la défense de la démocratie) Hussein Radjabu. Ce dernier se serait rapproché d’un officier très populaire dans les rangs de l’ancienne rébellion, le général Jérémie Ntizanyibagira. Ce dernier était jadis le chef de la garde rapprochée du président Nkurunziza et, quoique ayant combattu dans les maquis où il dirigeait la deuxième région militaire, il était sorti de l’Institut de formation militaire Iscam. Hussein Radjabu aurait rallié à lui les « frondeurs » c’est-à-dire les membres historiques du parti CNDD qui avaient tenté de dissuader le président Nkurunziza de briguer un troisième mandat, tandis que le général Jérémie aurait la confiance des officiers des anciennes Forces armées du Burundi, parmi lesquels de nombreux Tutsis, réputés pour leur professionnalisme et qui avaient été progressivement écartés du service actif…

17 janvier 2017

D’ex-rebelles du M23 reviennent au Kivu

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Alors que la mise en œuvre de l’accord conclu à la veille du nouvel an sous l’égide de la conférence épiscopale tarde à se mettre en œuvre, de nouvelles menaces se profilent à l’Est du Congo : le gouverneur de la province du Nord Kivu, Julien Paluku, a dénoncé une incursion d’anciens rebelles, membres du M23, qui auraient quitté leur cantonnement en Ouganda pour pénétrer en territoire congolais, dans la localité d’Ishasha. Selon lui, sept de ces hommes, dotés d’armes légères, des fusils A47, auraient été arrêtés dans la bourgade de Kisoro, en face de la localité de Bunagana en territoire congolais. Ces informations ont été confirmées par le ministre congolais de l’information Lambert Mende qui a rappelé que ces hommes avaient été enregistrés comme réfugiés en Ouganda et que, cantonnés dans le camp de Bihanga, il n’auraient pas du avoir la possibilité de traverser la frontière.
Les forces armées congolaises, présentes au Nord Kivu, auraient stoppé l’avancée de ces 200 rebelles. Les sources congolaises assurent que ces hommes seraient dirigés entre autres par Sultani Makenga, le chef du M23 en 2013, que l’on disait cependant très malade…
Du côté ougandais, on confirme que des armes auraient été saisies sur la frontière congolaise, mais en assurant que l’Ouganda n’aurait pas autorisé d’opération du M23 au départ de son territoire.
Pour sa part, le ministre congolais des affaires étrangères Léonard Okitundu accuse l’Ouganda « de jouer un jeu dangereux » et rappelle que si de nombreux contacts ont eu lieu entre ces combattants et les autorités de Kinshasa, ces hommes n’ont jamais voulu revenir.
Rappelons que c’est en novembre 2013, à l’issue de la victoire des forces armées congolaises contre les rebelles tutsis du M23 avec l’aide de la Monusco et de la Brigade d’intervention africaine, que 1500 hommes, qui avaient initialement été soutenus par le Rwanda, s’étaient repliés sur l’Ouganda où ils avaient été désarmés et cantonnés. L’accord-cadre d’Addis Abeba, conclu par la suite, avait prévu le retour des réfugiés et l’amnistie des hommes en armes mais ces promesses ne s’étaient pas concrétisées et ces combattants aguerris étaient demeurés une sorte de force de réserve, régulièrement soupçonnée de vouloir s’engager dans l’un ou l’autre des conflits de la région. C’est ainsi que, voici quelques semaines, des membres de l’ancien M23 et des Banyamulenge (Tutsis congolais) avaient été accusés de s’infiltrer au Congo au départ de l’Ouganda, moins pour déstabiliser le pays de Kabila que pour rejoindre, au départ du Sud Kivu, la frontière burundaise afin d’y ouvrir un autre front contre le régime du président burundais Pierre Nkurunziza.
Par ailleurs les incertitudes qui pèsent sur la situation au Congo ravivent toutes les craintes et il est régulièrement question de reprise des combats, par les rebelles hutus rwandais FDLR ou les rebelles ougandais ADF Nalu….

17 janvier 2017

Bruxelles-Kinshasa: le froid persiste

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Malgré la conclusion d’un accord politique entre Congolais, salué par la Belgique, les relations sont toujours glaciales entre Bruxelles et Kinshasa, plombées par la méfiance. Comme en décembre dernier, le Congo vient de refuser que Bruxelles envoie à Lubumbashi une dizaine de militaires, des DAS, chargés de protéger le consulat général.
Rappelons que, découlant de l’accord obtenu par la conférence épiscopale du Congo le 31 décembre dernier, les négociations politiques se poursuivent à Kinshasa, entre autres pour le choix d’un Premier Ministre issu de l’opposition.
Cependant le malaise entre le Congo et ses alliés occidentaux, dont la Belgique, est loin d’être dissipé. En décembre dernier, outre l’annonce de sanctions ciblées contre des proches du président Kabila, la Belgique, la France, les Etats Unis, entre autres, avaient déconseillé à leurs ressortissants de se rendre au Congo ou d’y rester plus que nécessaire. Cependant, alors que mises en garde sévères sinon ultimatums se succédaient, les diplomates occidentaux furent totalement absents de la « négociation de la dernière chance » initiée par les évêques congolais avec le soutien du pape François. Dans l’enceinte du centre diocésain, les Congolais se retrouvèrent entre eux. Une fois l’accord conclu, la «communauté internationale » qui avait été tenue à l’écart des discussions et en ignorait largement le contenu, se contenta de souhaiter que les engagements soient mis en œuvre sans tarder.
Ce satisfecit n’ a toutefois pas réussi à dissiper les inquiétudes des uns, la psychose des autres. En effet, les ambassades occidentales ont maintenu, sinon renforcé les mesures de sécurité prises en décembre. C’est ainsi que la Belgique essaie toujours de renvoyer au Congo la dizaine de militaires (des troupes d’élite) qui, chargés de protéger le consulat général à Lubumbashi, avaient déjà été « recalés » fin 2016.
Une nouvelle tentative a eu lieu cette semaine, lorsque les passeports de ces militaires furent introduits dans d’autres dossiers, relevant, eux, du partenariat existant entre la Belgique et le Congo en vue de former la nouvelle armée congolaise, à Kindu entre autres. Les Congolais avancèrent que les passeports diplomatiques relevaient des Affaires étrangères (en vertu de la Convention de Vienne) et non de la coopération militaire..
Nous expliquant ces réticences, le Ministre de l’Information et porte parole du gouvernement Lambert Mende devait parler de « nouvelle provocation », ajoutant que « si le consulat de Belgique à Lubumbashi devait être menacé, c’est à la police congolaise qu’il appartiendrait de le sécuriser. Les Belges n’ont pas encore compris que le Congo de Papa, c’est fini… Les procédures doivent être respectées… »
Pour expliquer cette méfiance, le ministre évoqua aussi la méfiance, sinon la psychose qui hante en ce moment les Congolais : « dois je vous rappeler que c’est dans l’ « interrègne » des présidents américains que tant Patrice Lumumba que Laurent Désiré Kabila ont été assassinés, en janvier 1961 et en janvier 2001, c’est pour cela que lundi et mardi prochain seront des jours fériés, des « journées des martyrs ». Nous croyons qu’un attentat est toujours possible et, à la veille de l’investiture de Donald Trump, nous prenons nos précautions… »
Ambiance…

16 janvier 2017

Le fondateur du Village du Livre de Redu a tourné la page

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Noël Anselot, décédé à l’âge de 92 ans, était l’un des derniers acteurs de la résistance, témoin de la bataille de Bastogne où il perdit plusieurs membres de sa famille. Originaire des Ardennes mais né à Liège, il s’engage en 1942 dans les services de renseignement et d’action, sous la direction de William Ugeux qui fondera l’agence Inbel et il termine la guerre avec le grade d’adjudant A.R.A. Il se lance alors dans le journalisme, et, dans les colonnes de la Wallonie, il mène une campagne enflammée contre le retour de Léopold III. Il collaborera ensuite à l’agence Belga puis à Reuter et, spécialisé dans les affaires pétrolières, se fera connaître lors de l’affaire Ibramco, ce projet de raffinerie belgo iranien qui entraînera la chute du gouvernement Leburton. Lui-même reconverti dans les affaires pétrolières (il sera directeur de BP Belgique/Luxembourg) puis d’Elf/Belgique, Noël Anselot deviendra célèbre grâce à ses livres dont un best seller de l’époque, « ces Belges qui ont fait la France »(éditions France Empire).
Par la suite, cet amoureux de l’Ardenne et de la Famenne se découvrit à Redu une autre vocation, celle de bibliophile. Dans ce petit village, il ne se contenta pas de lutter pour empêcher la construction d’un barrage sur la Lesse, il fonda avec le journaliste de la RTBf Gérard Valet le « Village du Livre » qui assura la célébrité de Redu et suscita plusieurs initiatives similaires en France, en Suisse, aux Pays Bas et même en Malaisie. Le fonds initial de Noël Anselot avait été constitué au départ des ouvrages qui appartenaient à la famille de Selys Longchamp et qui avaient été mis en vente. Dûment répertoriés, catalogués, ces ouvrages se révélèrent d’une richesse inépuisable et assurèrent des visiteurs fidèles à la librairie que Noël Anselot avait ouvert à Redu. L’un des plus assidus fut le roi Baudouin, qui, venant en voisin feuilleter les livres rares, n’hésitait pas à s’entretenir longuement avec le libraire…
Esprit ouvert, éclectique, alliant la curiosité d’esprit, le sens des affaires et l’esprit de famille, Noël Anselot venait de célébrer ses 70 ans de mariage avec Joan Cranshaw, qu’il avait rencontrée en Irlande alors que, volontaire de guerre elle aussi, elle conduisait les camions de l’armée britannique. Le seul roman que Noël Anselot n’a pas écrit est celui de sa longue vie, mouvementée et traversés par d’innombrables rencontres…Trop de matière peut-être…Ses amis, sa nombreuse famille, mettront du temps à revisiter toutes les facettes de ce personnage hors du commun, qui, par sa culture et son entregent correspondait assez bien à ce que dans un autre siècle on aurait appelé un « honnête homme »…

4 janvier 2017

l’Afrique d’un modeste bourlingueur

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D’hôtel en hôtel, le –modeste- carnet d’un bourlingueur

Ce sont les carnets d’un bourlingueur, version passe muraille. Un voyageur modeste mais omniprésent. La silhouette effacée, mais le regard vif, le déclencheur rapide.
Economiste, spécialiste du développement, enseignant-chercheur dans les universités de Nanterre, de Louvain ou du Sussex, Olivier Le Brun a arpenté le monde et rédigé d’innombrables rapports, entre autres pour les Nations unies. Mais lui, on ne l’a pas vu dans les hôtels de luxe et il n’a pas circulé dans des jeeps aux vitres teintées. C’est que, pour comprendre la pauvreté et peut –être l’économie, pour observer au plus près les sociétés des Caraïbes, de l’Afrique centrale et de l’Ouest, de Madagascar ou des Comores, il préférait arpenter le terrain et descendre dans des hôtels que ne mentionne aucun guide. Des « guest house » de village, des « motels » le long des routes, des parcelles appelées « au bon repos » ou « Hôtel Versaille », des cabanes annoncées comme « World trade center ».
Les photographies de ces petits hôtels à six francs six sous balisent un périple « poético politico sentimental » à travers sept pays africains, avec des textes qui correspondent admirablement aux images présentées et qui évoquent une Afrique plus vraie, plus proche que les clichés misérabilistes ou modernistes qui prévalent trop souvent.
L’auteur nous emmène dans une Afrique au ras du sol, dans la poussière des bus et le fracas de la musique, une Afrique qui vit et accueille et qui se débrouille, avec ses modestes moyens, pour demeurer accueillante, chaleureuse.
Merveilleux sont les souvenirs d’Olivier Le Brun, splendides sont ses photos, modestement présentées dans un petit livre aux allures de carnet de voyage. Un livre que l’on glisse dans sa poche, ou, pourquoi pas, dans le fond du sac à dos. Car il est le meilleur des guides : pour apprendre à traîner un peu, à prendre le temps de regarder. Avec les yeux du cœur et un appareil photo suffisamment discret…

Olivier Le Brun, Africa Hotel, Yellow Now, les carnets

4 janvier 2017

Mémoires noires, ou l’Afrique des premières photos

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Mémoires noires, un passé qui ne passe pas…

Tout commence par un émerveillement. Celui que ressentirent les premiers explorateurs blancs qui, délaissant les côtes, pénétrèrent au cœur du continent africain. Ils s’appelaient Livingstone, Savorgnan de Brazza, Marchand et, bien sûr Henri Morton Stanley. Poussés par la curiosité, le désir, l’espoir de repousser les frontières du monde connu, ils étaient aussi des arpenteurs. Ils traçaient des croquis, posaient des bornes frontières, se préparaient à rendre compte à leurs commanditaires, ceux qui avaient financé les entreprises de découverte et espéraient bien récupérer leurs mises.
Mais en cette fin du 19eme siècle, les explorateurs étaient déjà dotés d’appareils photos, la star technologique de l’époque et, longtemps enfouies dans les musées ou les collections privées, leurs archives échappaient au grand public. Jacques Lamalle, désireux de remettre au grand jour, à la disposition de tous, ces documents historiques, entreprit de numériser certaines des photos tirées de divers fonds d’archives européens, dont le quai Branly et l’incontournable, le richissime musée royal de l’Afrique centrale à Tervueren.
De ces choix, sans doute difficiles, de ces travaux de réanimation d’images que l’on croyait mortes est né un ouvrage magnifique, prenant, émouvant, révoltant aussi. Un livre qui nous fait voir l’Afrique de l’intérieur avec le regard à la fois ébloui et cupide des premiers découvreurs. Les explorateurs de l’époque qui sont aussi cartographes, chefs militaires, ethnologues, sont dotés d’appareils photos rudimentaires si on les compare au matériel d’aujourd’hui mais ils possèdent un atout que les générations suivantes ont définitivement perdu : un regard neuf, une capacité d’émerveillement. Dès l’entame de l’ouvrage, c’est l’émotion qui l’emporte devant les sources du Nil et la majesté du Congo, devant les chutes de Murchinson en Ouganda ou la luxuriance du bassin congolais. Mais les hommes ne tardent pas : villageois saisis au sortir de leurs cases, pagayeurs et piroguiers qui rappellent que les fleuves étaient les autoroutes d’alors, pêcheurs habiles et audacieux qui n’ont vraiment pas attendu « qu’on leur apprenne à pêcher »…. Minutieux, les explorateurs se font aussi architectes : ils observent les villages, notent l’agencement des cases, leur variété, leur relatif confort, l’adaptation au milieu, les greniers, les champs cultivés. Ils fixent aussi les paisibles visages d’ habitants qui n’ont pas encore appris à se méfier et introduisent les visiteurs jusque dans les cours intérieures ou les enceintes royales et les autorisent à photographier les forgerons, les tisserands, les briquetiers, sans oublier les musiciens, flûtistes, tambourinaires…
Les explorateurs sont également fascinés par les femmes, leur élégance, leur beauté « beaucoup de ces jeunes filles sont jolies et admirablement faites. Si les Européens étaient nus, ils feraient triste figure à côté de ces corps bien découpés, aux membres élégants…. » écrit un David Livingstone qui n’était pas pressé de rentrer en Europe…
Mais l’enchantement ne dure pas, le charme de la rencontre s’estompe vite : les explorateurs sont avant tout des chefs de mission, des guerriers lourdement armés. Ils donnent des ordres, se font obéir et mettent les populations locales au service de leur dessein. Le chapitre intitulé l’ « œuvre aux Noirs » illustre les dégâts du portage et la lourdeur des charges, la cruauté de la cueillette du caoutchouc et la pratique bien réelle des mains coupées. Cette fois, les corps hier bien découplés sont squelettiques, les regards sont vides ; les lourdes défenses d’ivoire traînées le long des pistes ponctuent les silhouettes penchées, les lianes du caoutchouc s’entremêlent. Une sobre légende le rappelle : « le moteur de l’expansion coloniale fut bien le Nègre. » La dernière image de l’album frappe comme un coup de poing : précédée par d’autres corps affalés, un cadavre est allongé au bord de la « route des caravanes ». Réalisée en 1895 par le photographe Auguste Weyns, qui accompagnait Charles Lemaire, la photo du squelette gît en travers de la piste, dans une pose qui évoque le désespoir, l’épuisement. Cette image là, vieille de plus d’un siècle, pourrait avoir été prise aujourd’hui encore sur les pistes du Sud Soudan, de l’ Est du Congo ou d’ailleurs. Mais alors qu’hier de telles photos pouvaient alimenter des campagnes dénonçant l’exploitation coloniale, aujourd’hui elles ne susciteraient peut-être qu’un sentiment de déjà vu…

Jacques Lamalle, Mémoires noires, éditions Les Arènes, 250 photographies exceptionnelles, 1880-1910

1 janvier 2017

Croire au miracle de la Saint Sylvestre

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Imprévisible Congo ! Alors que le pire était à craindre, que les expatriés s’étaient vu conseiller de plier bagages et que les « envoyés spéciaux » de la communauté internationale étaient arrivés au bout de leurs conseils et de leurs menaces, ce sont finalement les négociateurs congolais, sous la houlette de leurs autorités spirituelles , qui ont trouvé la voie d’un compromis. Dans cette négociation de la dernière chance, toutes les parties ont jeté du lest : l’opposition, même son aile la plus radicale, a renoncé à obtenir un départ imminent de Kabila. Quant à ce dernier, il a accepté de partager le pouvoir, de co-gérer une transition qui, plus tôt que prévu, devrait déboucher sur des élections à la fin de cette année. Dans cette Afrique centrale où se côtoient les dinosaures accros au pouvoir, le « Raïs », qui demeure toujours le plus jeune du club, a finalement renoncé à se représenter. Même si subsistent des pièges, cachés ou non, si tous les dangers ne sont pas écartés (une reprise de la guerre pourrait encore enrayer la machine électorale et pérenniser la transition), si la classe politique demeure capable de se déchirer pour des questions d’intérêt personnel, il faut, au lendemain de cet accord de la Saint Sylvestre, se laisser gagner par l’optimisme. Car cette négociation de la dernière chance a été menée par les Congolais eux-mêmes, sans interférence étrangère. Chacun des camps, gardant en vue l’intérêt supérieur du pays, s’est montré capable de faire des concessions. Et Moïse Katumbi, en suggérant que son cas soit réglé plus tard, a posé un geste d’homme d’Etat. S’ajoutant aux pressions extérieures, c’est la mobilisation populaire qui s’est révélée déterminante : malgré le déploiement de l’appareil sécuritaire, le régime s’est rendu compte qu’on ne pouvait gouverner contre l’opinion, contre la jeunesse. Même obligé de recourir aux sifflets pour s’exprimer sans danger, le peuple congolais est demeuré attentif, mobilisé. Si tout va bien (croisons les doigts…) il aura obtenu ce miracle de fin d’année: pour la première fois depuis l’indépendance du pays, la transition devrait s’opérer de manière pacifique, par la voie des urnes et non dans le fracas des armes et les déchirements de la violence.
Certes, les palabres ont duré longtemps, les évêques ont souvent frôlé l’exaspération. Mais au bout du compte, si les termes de l’accord sont réellement mis en œuvre, le Congo aura réussi une étape cruciale dans l’apprentissage de la démocratie. Ce sera la première bonne nouvelle de cette année 2017.

1 janvier 2017

Un accord qui devrait réconcilier les Congolais

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Au finish… Il aura fallu treize heures de négociations ininterrompues, la menace à peine voilée de l’Eglise catholique de recourir à un mystérieux « plan B » et de dénoncer publiquement les responsables de l’échec, l’impatience croissante des ambassadeurs convoqués au centre diocésain et surtout la pression de l’opinion, nationale et internationale, pour que, peu avant minuit, alors que le dernier des ultimatums venait à expiration s’élève la « fumée blanche symbolique : un accord était conclu, qui devrait passer à l’histoire comme l’accord de la Saint Sylvestre ! Le comité restreint, réuni par la Conférence épiscopale du Congo, réunissant des représentants de Joseph Kabila, arrivé en fin de mandat, et des négociateurs issus de l’opposition avait enfin fixé les modalités précises du partage du pouvoir durant la période de transition qui précédera des élections qui devraient se tenir d’ici fin 2017.
Des virgules, des formulations, des verbes conjugués au présent ou au conditionnel : les négociateurs, bretteurs redoutables, se sont battus pied à pied, en répétant que chaque mot comptait et que, -comme l’Eglise catholique le sait mieux que personne- le diable se cache toujours dans les détails. « Il y avait des pièges, nous les avons déjoués, mais il y en aura encore d’autres» nous confiait, épuisé mais satisfait, le député Martin Fayulu mais « l’essentiel c’est qu’il n’y a ni gagnant ni perdant, tout le monde a su jeter du lest… »
L’accord politique, qualifié de « global et inclusif », prévoit donc que le président Joseph Kabila, dont le mandat s’est terminé le 19 décembre dernier, reste à la tête du pays et qu’il ne sera remplacé qu’après l’élection de son successeur. Cette élection interviendra d’ici décembre 2017, soit quatre mois plus tôt que le délai prévu par le premier accord obtenu sous l’égide du médiateur de l’Union africaine Edem Kodjo. En contrepartie de ce « bonus » accordé au président sortant, l’opposition obtient deux points : la création d’un Conseil national de transition (CNT) présidé par l’opposant historique Etienne Tshisekedi (84 ans) et le nomination d’un Premier Ministre issu de la coalition dite le « Rassemblement de l’opposition » plus radicale que les formations qui avaient déjà négocié un premier accord politique, conclu le 18 octobre dernier.
Jusqu’en dernière minute, deux points ont focalisé les débats : l’éventualité d’organiser un referendum qui ouvrirait la voie à une révision de la Constitution (et à un troisième mandat) et la « décrispation politique ».Alors que, sur le terrain, en province de Lualaba par exemple, les préparatifs de cette consultation avaient déjà commencé, ce n’est qu’en fin de soirée que les partisans de Kabila abandonnèrent ce projet. Autrement dit, le président Kabila, s’il demeurera en poste durant la transition, ne briguera pas de troisième mandat.
Quant à la décrispation, elle visait surtout la libération de certains prisonniers politiques et la possibilité, pour Moïse Katumbi, de pouvoir rentrer au pays. « Pour les porte parole de Kabila, « c’était devenu une affaire personnelle » nous confiait Martin Fayulu, « comme si la haine était toujours proche de l’amour. » En effet, jadis très proche de M. Kabila et aujourd’hui le plus populaire de ses opposants, candidat déclaré à la future élection présidentielle, l’ancien gouverneur du Katanga est devenu la « bête noire » du régime, bien plus détesté que d’autres « traîtres ». Au terme d’un procès contesté, il a été condamné à trois ans de prison pour une affaire de spoliation d’immeubles et, se sentant menacé, il a choisi de vivre en exil, officiellement pour y recevoir des soins médicaux. Son retour éventuel serait le symbole d’une décrispation véritable.
Le document de compromis consacre aussi la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, dirigé par un Premier Ministre proposé par le Rassemblement. Etienne Tshisekedi étant chargé de surveiller la transition, il est douteux que le poste soit confié à son fils Félix et d’autres noms circulent. Mais qu’adviendra-t-il de Sammy Badibanga, Premier ministre issu de l’accord du 18 octobre et qui vient à peine d’être investi ? Ce Kasaïen, jadis membre de l’UDPS et proche de la famille Tshisekedi, devra-t-il déjà céder la place ? Ou bien faudra-t-il attendre une nouvelle session de l’Assemblée nationale fin mars ? Malgré la signature de l’accord, le chronogramme reste flou et les pièges restent nombreux… « Il va falloir encore travailler, ce n’est donc pas une fin, seulement un début » souligne le Nonce apostolique, Mgr Montemayor, qui a sérieusement épaulé les évêques congolais.
Ces derniers peuvent en tous cas se réjouir d’avoir désamorcé une crise qui a déjà fait une quarantaine de morts tandis que, sur les réseaux sociaux, les simples citoyens, se souhaitant la « Bonana » (bonne année) constatent que leur pays, depuis l’indépendance, n’a jamais connu de transition pacifique mais qu’en 2017, peut-être, « le miracle sera congolais »…