4 février 2017

La disparition de Tshisekedi ouvre une nouvelle page

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Alors que la négociation sur les « arrangements particuliers » c’est-à-dire la véritable discussion politique battait son plein, Etienne Tshisekedi a quitté la scène. Le décès d’un homme de 84 ans, que l’on savait malade, ne devrait pas surprendre, mais il a ému tout le Congo et bouleversé l’échiquier politique.
Certes, le « Rassemblement de l’opposition », cette coalition de formations politiques qui s’ étaient fermement opposées au prolongement du mandat présidentiel, négociait le partage du pouvoir et cette démarche, encouragée par la conférence épiscopale, avait désamorcé la crise de décembre dernier. Mais même si les ambitions individuelles demeuraient une réalité, le « Rassemblement » demeurait adossé à cet homme intraitable, le seul capable le cas échéant de dire non et de remettre les cartes sur la table. La disparition d’Etienne Tshisekedi, qui aurait du diriger le « comité de suivi des accords » c’est-à-dire être la « belle mère » du gouvernement de coalition, sinon occuper lui-même le poste de Premier Ministre, affaiblit sérieusement l’opposition et Joseph Kabila perd le plus coriace de ses interlocuteurs. Plus que jamais, l’équation s’impose : du point de vue du président » ce qui est à moi est à moi » c’est-à-dire une prolongation de son mandat d’au moins un an, s’impose, tandis que ce qui appartient aux autres, c’est-à-dire à l’opposition qui revendique le poste de Premier ministre, demeure négociable. Une fois de plus, le temps a joué en faveur de Joseph Kabila, un homme qui, comme l’était Tshisekedi, est capable de cultiver l’art du silence et faire durer le suspense…
Il est fort probable que, associant le nationalisme au calcul politique, Joseph Kabila et les siens réservent des obsèques nationales à un homme qui a marqué le Congo depuis l’indépendance, ce que les opposants interpréteront comme une tentative de récupération mais qui sera aussi un hommage mérité.
Les « kabilistes » auraient cependant tort de pavoiser trop vite : les obsèques et le deuil pourraient aussi se transformer en manifestations massives et radicales, récusant le compromis envisagé par la classe politique. Ces démonstrations de colère seraient d’autant plus dangereuses qu’ en face, il n’y aurait plus d’interlocuteur écouté et respecté par tous.
Par ailleurs, la disparition de Tshisekedi marque la fin d’une époque et on peut aussi se demander quelles en seront les conséquences pour son parti, l’UDPS. Au vu des nombreux intellectuels qui l’ont rallié depuis longtemps, compte tenu de son expérience politique et de la popularité de Tshi Tsi parmi les jeunes, il est possible que la « fille aînée de l’opposition » surmonte la crise. Mais il n’est demeure pas moins que le vieil opposant n’avait pas désigné d’héritier politique, son fils Félix manquant encore d’expérience sinon d’envergure pour assumer un aussi lourd héritage. Le parti endeuillé risque de traverser une zone de turbulences, d’autant plus dangereuse que s’y ajoute l’attrait d’un pouvoir à portée de mains.
La statue du Commandeur ayant disparu, le dernier des acteurs des années 60 s’étant éteint, une nouvelle page s’ouvre pour le Congo et des millions de jeunes se préparent à l’écrire. Mais nul ne sait en quels termes.