8 février 2017

Le festival Amani à Goma: une pépinière de talents

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Goma, envoyée spéciale,

D’année en année, le foyer culturel de Goma, au cœur du collège Mwamba, prend des couleurs. Alors que jadis les briques noires de la vieille bâtisse, se confondaient avec la poussière des volcans tout proches, cette fois, en l’honneur de la quatrième édition du Festival Amani, des paillottes ont été construites à partir de vieilles palettes de bois, soigneusement parées de couleurs vives. Dès vendredi, lorsque retentiront les premières notes du festival, les jeunes de Goma se retrouveront ici pour fuir le vacarme et discuter un peu.
Belamy, le directeur du foyer culturel de la capitale du Nord Kivu, n’en finit pas de s’étonner du succès croissant rencontré par ce festival, le seul du genre dans la région sinon en Afrique. « Tout a commencé presque par hasard. En 2010, notre centre culturel, désireux d’occuper les jeunes de la ville, de les faire rêver à autre chose qu’à la guerre, organisait des formations culturelles : la musique, les arts de la scène et même des concours d’éloquence. Des formateurs, envoyés par WBI, (Wallonie Bruxelles International) venaient de Liège, de Verviers et durant trois mois, découvraient puis aidaient de jeunes talents à se développer. Jusqu’au jour où un rappeur venu de Bruxelles, Pitcho, d’origine congolaise et qui avait travaillé avec Papa Wemba, le père de la rumba congolaise, eut l’idée de créer un évènement et lança l’idée d‘un festival. Eric de Lamotte, à l’origine du foyer culturel, embraya immédiatement… »
Belamy préfère ne pas rappeler combien, à l’époque, le projet paraissait insensé : des groupes armés campaient encore sur les contreforts du volcan Nyiragongo, des bombes tombant sur la ville obligèrent les organisateurs à potposer la première édition du festival…
La foi soulèverait-elle les montagnes, sinon les volcans ?
En 2013 en tous cas, le premier festival Amani (paix en swahili) vit le jour. De jeunes artistes de toute la sous région (Burundi, Rwanda, Nord et Sud Kivu) convergèrent vers Goma pour se partager les deux scènes d’un immense chapiteau et, moyennant une participation d’un dollar par jour, les jeunes, par milliers, convergèrent vers le collège Mwamba.
« Le premier festival était marqué par le hip hop » se souvient Belamy, le second par la musique congolaise. Avec comme tête d’affiche Werrasonn le « lion de la forêt » la rumba de Kinshasa débarquait à l’Est. Puis vint le Malien Tiken Jah Fakoli et avec lui le reggae, dans lequel s’engagèrent de nombreux jeunes du Burundi. Et cette année, avec Yoande Austen, nous allons découvrir la musique noire américaine… »
A Goma, découvrir, cela signifie aussi apprendre : en marge de leurs récitals, les stars participent à des ateliers avec des jeunes participants et chaque année, de nouveaux talents apparaissent.
C’est pour cela que les jeunes se pressent avec tant d’enthousiasme : Amani, c’est la fête de tous les artistes de la sous région. Durant les mois qui précèdent le festival, des pré sélections sont organisées tous les samedis au foyer culturel : chaque week end, les jeunes artistes viennent y présenter leurs créations et, au terme d’une sélection rigoureuse, les meilleurs sont invités à se présenter sur la grande scène, ce qui leur ouvre quelquefois la voie d’une carrière artistique. C’est que leur publicité a déjà été faite : via Facebook et les autres réseaux sociaux, des milliers de jeunes ont déjà été amenés à désigner leurs favoris. Le Rwandais Mani Martin, découvert voici deux ans est aujourd’hui une star, tandis que Voldie, originaire de Goma met désormais le feu à sa ville d’origine…
Quelle sera la vedette de cette année, dont l’exemple suscitera de nouveaux talents ? Peut-être le Kinois Jean Goubald, poète, musicien, qui officie comme un barde à travers toute la francophonie ? A moins que « Pinochet » Kasay, un chanteur de blues, n’emporte les suffrages au soir du 3e jour ?
Pour Belamy comme pour Eric de Lamotte, Amani est bien plus que trois jours de musique : « pour tous les jeunes de la sous région, c’est une occasion de se rencontrer, de chanter et danser pour la paix, de mobiliser des dizaines de bonnes volontés, qu’il s’agisse des scouts chargés de l’encadrement, des basketteurs qui assurent le service d’ordre, des mamans qui, inlassablement font cuire les haricots et enfilent les brochettes… »
Même s’il faut dépasser les obstacles techniques ou bureaucratiques (au Congo la « rage taxatoire » est plus virulente que jamais) et se battre avec les caprices du « réseau », les aléas de la sono, les défaillances du courant, le principal enseignement du festival Amani est double : non seulement les jeunes de la région sont prêts à vivre en paix mais surtout c’est sur eux que repose la seule richesse du pays, multiforme et encore trop peu explorée, le talent…