3 avril 2017

Congo: le calendrier de tous les dangers

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La semaine de tous les dangers s’ouvre à Kinshasa : après que les évêques congolais aient jeté le gant, échouant à mettre en œuvre l’accord de partage du pouvoir conclu le 31 décembre dernier après d’âpres négociations entre la majorité présidentielle et le Rassemblement de l’opposition, c’est l’épreuve de force qui s’annonce. L’opposition a publié le calendrier des actions prévues : ce lundi a été proclamé Journée Ville Morte et appel à été lancé à tous les citoyens pour qu’ils restent chez eux. Le début des vacances de Pâques devrait aider à la mise en œuvre de cette décision, au moins pour les écoliers et les enseignants.
Le 5 avril devrait être marqué par des arrêts de travail, des grèves à l’appel des syndicats et le 10 avril, tous les citoyens sont appelés à manifester pour exiger l‘application des accords organisant la co-gestion de la période intermédiaire précédant les élections, dont le tenue en 2017 encore est cependant de plus en plus improbable.
De son côté, le président Kabila, désormais privé des bons offices de la conférence épiscopale, a décidé de monter lui-même au créneau et il a entrepris de consulter personnellement toutes les parties concernées. Des émissaires « informels » ont tenté de baliser le terrain sur les deux points qui depuis trois mois font capoter toutes les discussions : la ,nomination du futur Premier ministre et celle du président du Conseil national de suivi de l’accord, un poste qui aurait du revenir à feu Etienne Tshisekedi. Le Rassemblement de l’opposition dirigé par Pierre Lumbi et Félix Tshisekedi, fils du défunt, redoutant un piège, a refusé de participer à de tels contacts.
En fait les grandes manœuvres de coulisse ont commencé : les émissaires de Kabila ont entrepris de débaucher certaines figures de l’opposition pour les amener à accepter un compromis et la menace d’une généralisation de la violence et de la répression pèse désormais sur plusieurs régions du pays.
Autre signe de blocage, du à l’intransigeance et à la volonté de récupération politique manifestée par toutes les parties en présence, le rapatriement de la dépouille d’Etienne Tshisekedi qui repose toujours dans un funérarium d’Ixelles. Faute d’accord entre les autorités de Kinshasa (qui redoutent des débordements à l’occasion de funérailles nationales) et la famille biologique du défunt, qui aurait souhaité que l’opposant soit inhumé à Limete, quartier général historique de l’UDPS, les proches, selon Félix Tshisekedi, auraient finalement décidé d’enterrer Etienne Tshisekedi dans sa province natale du Kasaï et plus précisément à Kabeya Kamwanga, près de Kananga. Cette solution là aussi risque de provoquer des remous : le Kasaï et plus précisément la région de Kananga compte des centaines de victimes et chaque jour apporte la révélation de nouveaux charniers où auraient été jetés les corps d’adeptes la secte Kamwina Nsapu ! L’émotion provoquée par cette violence là risque fort, dans les jours à venir, d’atténuer l‘impact de la protestation politique….