3 avril 2017

Le Congo est miné par de sales petites guerres vicieuses

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Les sales petites guerres vicieuses qui minent le Congo et font des milliers de morts ne doivent rien au hasard. Certes, elles sont dictées par des enjeux locaux, rivalités ethniques, conflits fonciers, prosélytisme religieux, attrait des ressources naturelles et des profits faciles.
Mais si ces tensions multiples éclatent cette année, c’est avant tout à Kinshasa qu’il faut en chercher le foyer : depuis le 19 décembre dernier, non seulement le pouvoir central est affaibli par l’absence d’accord politique, mais il est illégitime car il s’exerce en dehors des délais constitutionnels et, en l’absence de consensus, il ne repose plus que sur la force. D’où la tentation, pour les innombrables groupes centrifuges, de profiter de cet affaiblissement de l’autorité pour jouer d’autres cartes.
Les violences qui éclatent au Kasaï , au Kivu ou ailleurs ont d’autres liens encore avec la situation politique dans la capitale : depuis qu’en 2002, lors des accords de Sun City, il a été accepté que des rebelles, traîtres à leur patrie ou agents de forces étrangères, soient intégrés dans la nouvelle direction du pays, au nom de la paix et de la réconciliation, la formule a fait des émules. Désormais l’exercice de la violence, le contrôle réel ou supposé d’un groupe armé, voire le macabre bilan des victimes représentent un très efficace ascenseur pour le pouvoir. De nombreux chefs de guerre, voire des politiciens à double jaquette lui doivent leur bâton de commandement ou leur portefeuille de ministre. Durant longtemps, il était de bon ton d’incriminer les appétits, bien réels, des pays voisins et d’y voir la source de tous les troubles. C’était l’arbre qui cachait la forêt et cette dernière est hélas bien congolaise : aussi belliqueux ou gourmands qu’ils soient, les voisins qui rêvent de dépecer le Congo, de le balkaniser ou tout simplement de tirer profit de ses richesses, seraient incapables de le faire s’ils ne pouvaient compter sur des alliés locaux, ou, plus simplement encore, s’ils se trouvaient en présence d’un pouvoir intègre, attaché à défendre les intérêts nationaux. On en est loin : l’échec de la médiation des évêques, -les derniers à avoir la foi-, a mis en lumière la duplicité d’une majorité présidentielle bien décidée à jouer les prolongations et la médiocrité d’une classe politique souvent dominée par les positionnements personnels.
Il y a pire encore : bien éclairées sur le devant de la scène, les sales petites guerres vicieuses rappellent les derniers temps du régime Mobutu, où l’orgueilleux président clamait « moi ou le chaos », comme s’il était le seul à pouvoir dompter une violence qu’il entretenait en sous main. Non seulement le dictateur fut chassé, mais le pays faillit disparaître de la carte. L’histoire n’apprendrait elle rien ?