3 avril 2017

Qui tue qui, au Kasai, au Kivu, dans le Nord Katanga et ailleurs encore?

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Chaque jour des appels au secours, des témoignages filtrent depuis le Kasaï. Le dernier en date vient de Nganza, une commune de la ville de Kananga : selon des sources fiables, plus de 300 civils ont été tués à la fin de la semaine dernière, des vieillards, des enfants mais surtout, visés en premier lieu, des jeunes gens susceptibles de rejoindre les rangs de la milice dite Kamwina Nsapu, du nom du chef coutumier tué en août dernier. « C’est la terreur » poursuit notre source «des militaires passent durant la nuit, de maison en maison, ils vérifient les identités et surtout, ils tuent. » L’inquiétude est avivée par le fait que, selon d’autres témoignages : « ces militaires ne parlent ni le lingala, la langue de l’armée, ni le tshiluba, la langue nationale du Kasaï. Certes, ils portent l’uniforme de l’armée congolaise mais ils paient en dollars… » D’où le soupçon de voir à l’œuvre des « mercenaires » ou des troupes « empruntées « aux pays voisins, le Burundi, ou plus sûrement encore, l’Ouganda, le Rwanda ou le Zimbabwe, dont les présidents entretiennent les meilleures relations avec Joseph Kabila et partagent sa volonté de rester au pouvoir. Au Kasaï comme au Katanga, les civils craignent aussi la mise en liberté du redoutable chef de guerre Gédéon, chef d’une autre milice, les Bakata Katanga, qui s’illustrèrent par des massacres dans le Nord Katanga et, à toutes fins utiles, l’Angola a fermé sa frontière avec son dangereux voisin.
En fait, comme une peau de chagrin, les sites où sévit la violence se multiplient à travers le pays et les accusations croisées se multiplient.
C’est au Kasaï, au centre du pays, que la violence est aujourd’hui la plus spectaculaire. Le début de l’explosion date de 2016 : à la suite du décès du chef traditionnel, son fils Jean-Pierre Pandi revendiqua sa succession au titre de « Kamwina Nsapu ». Kinshasa ayant refusé de reconnaître son autorité, il créa une milice, aussitôt réprimée par les forces gouvernementales. Malgré la mort du nouveau Kamwina Nsapu, en août dernier, dans des circonstances mystérieuses, la violence n’a fait que croître : 23 fosses communes ont déjà été dénombrés, le chiffre de 2500 morts est cité, 39 policiers ont été retrouvés décapités, les corps de deux experts de l’ONU, Michaël Sharp et Zaida Catalan, ont été découverts, eux aussi décapités. Peut-être en savaient ils trop ? Michaël Sharp était reconnu comme un spécialiste des rebelles hutus FDLR auprès desquels il avait longtemps travaillé au Kivu. Aurait il reconnu leurs méthodes ou discerné d’éventuelles complicités ? L’assassinat de ces deux experts onusiens marque aussi une rupture : les décapitations étaient jusqu’à présent inconnues au Kasaï et, comme partout dans le pays, les étrangers étaient généralement épargnés.
-Au Nord Kivu, la violence est endémique depuis vingt ans mais elle prend ici aussi de nouvelles tournures : des tensions mettent aux prises les populations locales, les Nande et des Hutus, nés dans la province ou venus du Rwanda en 1994 mais toujours considérés comme des étrangers. De part et d’autre des milices ont été créées, les Nyatura pour soutenir les Hutus, les Mai Mai Mazembe du côté des Nande.
En outre, les rebelles du M23, des Tutsis naguère soutenus par le Rwanda puis réfugiés en Ouganda après leur défaite de 2012, ont repris du service : quittant leur camp de réfugiés, 1300 d’entre eux se sont rapprochés de la frontière et, dans le parc des Virunga, un de leurs groupes a réussi à abattre un hélicoptère de l’armée. Autour de Rutshuru et dans la région du Masisi, les affrontements se multiplient entre ces rebelles tutsis et l’armée congolaise.
Dans le « Grand Nord » du Nord Kivu, l’escalade se poursuit également : les massacres de civils se poursuivent autour de Beni et la prospère ville de Butembo a elle aussi été le théâtre de tueries. Si des réseaux islamistes ont été mis à jour à l’occasion d’un important procès qui s’est tenu à Beni, des complicités locales ont également été démontrées. En outre, une nouvelle milice, « Corps du Christ » est apparue dans la région. Cette secte collabore avec des leaders Mai Mai locaux et elle serait dirigée par Bwambale Kakolele, rentré en grâce auprès de Kinshasa et qui secondait naguère le rebelle tutsi Laurent Nkunda.
Dans la province du Tanganyika, des violences ont éclaté entre les Pygmées (Batwa), se plaignant de discriminations et les communautés Luba. Ici aussi des milices se sont constituées de part et d’autre et des affrontements ont eu lieu dans les territoires de Kabalo, Kalemié, Nyunzu, provoquant de vastes déplacements de populations.
Dans le Bas Congo, malgré la répression, la secte Bundu Dia Kongo n’a pas renoncé aux actions violentes.
Se multipliant à travers tout le pays, ces « sales petites guerres » nourrissent les pires soupçons et raniment toutes les haines…