15 avril 2017

Retenir son souffle… et sa voix…

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Lorsqu’il a dénoncé, dans un communiqué très dur, la nomination de Bruno Tshibala au poste de Premier Ministre, Didier Reynders s’est peut-être départi de sa prudence habituelle. Bien sûr, Tshibala n’ est pas le fruit d’un accord à l’amiable entre la majorité présidentielle et l’opposition, mais durant trois mois ce consensus s’est avéré introuvable, tant à cause des rivalités politiques que des blocages opposés par Joseph Kabila lui-même, qui refusait catégoriquement de composer avec Felix Tshisekedi ou avec Pierre Lumbi son ancien conseiller spécial, des hommes qui sont censés « rouler » pour Moïse Katumbi, désormais le principal adversaire du chef de l’Etat. Qualifié de traître, de transfuge par ses anciens alliés qui le traitent de « vendu » (mais qui ne l’est pas ? )Tshibalan’en est pas moins un Kasaïen, qui fut longtemps membre de l’UDPS et porte parole d’Etienne Tshisekedi (le leader charismatique que son fils, qui veut diriger le pays, n’a même pas réussi à enterrer dignement)
Au lieu de prendre parti dans ces « pinaillages » à la congolaise et de donner l’impression de s’engager du côté de l’ancien gouverneur du Katanga (ami de longue date des libéraux), le ministre Reynders, au nom de la Belgique, n’aurait-il pas été mieux inspiré de garder le cap sur l’essentiel, c’est-à-dire la tâche qui incombe au Premier ministre quel qu’il soit : organiser les élections dans les meilleures conditions et dans les délais convenus, c’est-à-dire d’ici la fin de l’année ou en tous cas le plus rapidement possible et persuader le président Kabila de renoncer officiellement à se présenter ou de jouer les prolongations.
Le Congo d’aujourd’hui est celui des blocages multiples, de la méfiance généralisée, des coups tordus, des ambitions exacerbées. Tout est possible, y compris le pire, une dérive à la burundaise, une regain de violence voire un coup de force. Face au feu qui couve, il faut retenir son souffle, rassurer et respecter les acteurs congolais, mettre l’accent sur la marche à suivre au lieu de compter les cailloux du chemin…