19 avril 2017

L’assassinat du Dr Byamungu bouleverse Bukavu

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L’assassinat d’un médecin proche du Dr Mukwege bouleverse Bukavu

Conduit par le Docteur Mukwege, un important cortège funéraire on en provenance de l’hôpital de Panzi a traversé toute la ville de Bukavu pour se rendre au siège du gouvernorat de la province du Sud Kivu.Avant d’être amené au Cercle sportif, le corps du Docteur Gildo Byamungu est passé par la place Munzihirwa, du nom de l’évêque assassiné en 1996 où une foule nombreuse était rassemblée. Par la suite, un memorandum a été déposé entre les mains des autorités, dénonçant l’insécurité croissante dans la région. Les manifestants ont également exigé une enquête approfondie sur les circonstances du décès du jeune médecin. Gynécologue obstétricien, le docteur Gildo Byamungu avait été formé à l’hôpital de Panzi par le Dr Mukwege. Par la suite, ce dernier l’avait aidé à parachever sa formation à l’Université d’Orléans en France.
Après son retour au Congo, le Dr Byamungu avait été nommé directeur de l’hôpital général de Kasonga, une structure médicale dépendant de Panzi et situé non loin de la ville d’Uvira, sur la frontière du Burundi et où sévissent de nombreux groupes armés.
L’hôpital avait déjà été attaqué à plusieurs reprises l’année dernière et le Docteur Byamungu lui-même avait reçu des menaces de mort. Cette situation qui avait incité les autorités locales à doter le médecin chef d’une escorte de police, mais cette protection avait été récemment retirée.
Dans la nuit du jeudi au vendredi, alors que le docteur Byamungu travaillait chez lui, des assassins pénétrèrent dans la concession de l’hôpital, escaladant le mur de clôture et le médecin fut abattu de trois balles. Les assassins réussirent à s’enfuir et la victime, grièvement blessée, fut acheminée à l’hôpital de référence d’Uvira où il fut décidé de la conduire à l’hôpital de Bujumbura, mieux équipé. Mais le convoi ne réussira pas à franchir la frontière et le Docteur Byamungu succombera à ses blessures durant le trajet.
L’Ordre des médecins du Sud Kivu a rencontré le procureur et demandé qu’une enquête soit rapidement menée.
La grande question porte évidemment sur les mobiles du crime : si beaucoup d’observateurs y voient un avertissement lancé au docteur Mukwege lui-même, déjà visé par des tentatives d’attentat et dont la voix dérange de plus en plus les tenants du pouvoir, d’autres sources font état de motivations plus locales. Qualifié de « zone rouge » le Sud du Sud Kivu, voisin du Burundi, est en proie à une grande insécurité et les groupes armés y prolifèrent. En outre, le «tribalisme » fait également des ravages, chacun privilégiant les intérêts de son groupe ethnique. Venu de Kalehe, dans le Bushi et donc considéré comme « non originaire » de la région, le Dr Byamungu avait déjà eu maille à partir avec les Bafuleros, le plus important des groupes ethniques de la région de Kasenga, dont sont issus de nombreux « Mai Mai » qui entretiennent une insécurité constante. « Il n’était pas d’ici, on ne voulait pas de lui » devait nous résumer un interlocuteur originaire de la région, révélant ainsi combien, en plus des failles de la justice et de l’impunité, le Congo sombre aussi dans les rivalités ethniques exacerbées…