14 mai 2017

Adoptions: après le moratoire congolais, les opérations ont continué

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En novembre 2013 un moratoire adopté par le gouvernement congolais jetait le trouble dans le monde de l’adoption internationale : troublé par des accusations faisant état d’enfants qui auraient été «vendus » au Canada et aux Etats Unis et envoyés dans des couples monoparentaux, le président Kabila décrétait la suspension de tout départ du Congo d’enfants destinés à rejoindre des familles d’accueil. Désireux d’y voir plus clair, le président voulait aussi que soient vérifiées les allégations selon lesquelles, Outre Atlantique, des enfants congolais auraient fait l’objet d’un trafic lucratif et auraient, dans certains cas été adoptés par des couples homosexuels, hypothèse choquant profondément l’opinion nationale. Depuis la France, les Etats Unis et aussi la Belgique, les réactions furent nombreuses, les pressions se multiplièrent sur Kinshasa afin que soit levé le moratoire et les missions diplomatiques à Kinshasa se faisaient le relais des pressions exercées par les parents et les organismes d’adoption inquiets de voir se fermer le” marché” congolais. Les nouveaux développements enregistrés, en Belgique cette fois, devaient cependant démontrer à posteriori le bien fondé de la prudence des autorités congolaises.
Au moment du mpratoire, encouragées par les organismes d’adoption, ept familles belges, fortes de jugements favorables déjà prononcés, tant au Congo qu’en Belgique, firent le voyage de Kinshasa en espérant pouvoir ramener des enfants qu’elles considéraient déjà comme leurs. Après sept mois d’attente, au cours desquels les familles furent hébergées gracieusement dans des locaux de l’ambassade de Belgique et soutenues moralement par la délégation de la Fédération Wallonie Bruxelles, les dossiers finirent par se débloquer et les familles, avec leur enfant congolais, purent regagner la Belgique. La joie de la réunification fit oublier tous les déboires, parmi lesquels les sommes importantes réclamées par l’organisme congolais d’adoption, Toumaini et l’organisation partenaire belge Larissa, qui entendaient non seulement faire couvrir tous les frais d’hébergement des enfants mais aussi permettre l’accueil de nouveaux candidats à l’adoption internationale.
Par la suite, en dépit des avis de prudence émis par de nombreux spécialistes, les adoptions au départ du Congo se poursuivirent, principalement mises en œuvre par Larissa et sa partenaire congolaise Toumani, sous la houlette de Mme Julienne Mpemba, une Namuroise qui fi, à chaque occasion, faisait état de nombreux soutiens sinon protections, en Belgique du côté du PS et à Kinshasa du côté du ministre de l’Intérieur de l’époque Evariste Boshab. Depuis novembre 2016 cependant, il semble que les choses soient en train de se gâter : le Parquet fédéral a ouvert un dossier à l’encontre de Mme Mpemba, qui a été arrêtée puis remis en liberté et des persquisitions ont eu lieu au siège du ministre chargé de la Famille à la Communauté française Rachid Madrane successeur d’Evelyne Uyttebroek. En outre trois familles se sont portées partie civile et ont chargé Me Beauthier de poursuivre l’affaire.
C’est qu’un reportage publié par le quotidien het Laatste Nieuws a confirmé les craintes des familles, déjà nourries par plusieurs indices préalables : les enfants arrivés en Belgique ne ressemblaient pas aux photos déjà envoyées depuis le Congo, les âges ne correspondaient pas et les petits candidats à l’adoption ne répondaient pas au nom qu’ils étaient censés portés. Comme si, une fois arrivés à l’orphelinat de Kinshasa, leur nom avait été modifié afin d’effacer toute trace de leur famille et de leur lieu d’origine ! D’où le soupçon terrible qui hante les familles d’adoption : ces enfants sont ils réellement orphelins ou ne seraient ils pas plutôt les victimes d’un trafic d’êtres humains ?
Les assurances données par les fonctionnaires de la communauté française en charge de l’adoption internationale ne rassurent pas davantage les familles : durant longtemps, en dépit d’indices inquiétants, ils ont maintenu leur confiance envers les organismes d’adoption, belge et congolais, les frais ont été considérés comme normaux , sinon inévitables alors que, s’élevant parfois à 18.000 euros au total, ils grevaient lourdement le budget des familles belges. Dans certains cas cependant, les frais d’hébergement exigés par l’orphelinat kinois, qui s’élevaient à 400 euros par mois, ont-ils été ramenés à 200 ! Des parents qui se sont rendus à Kinshasa ont rapporté le contraste entre les conditions plus que modestes règnant à l’orphelinat et le train de vie des responsables congolais de l’adoption qui « rouleraient carrosse »….Le reportage paru dans “het Laatste Nieuws” a achevé de jeter le doute : il apparaît que dans l’un des villages d’origine des enfants, situé près de Gemena, à 800 km de la capitale, dans la province de l’Equateur, les parents biologiques se demandent où sont passés leurs enfants, qu’ils avaient accepté d’envoyer à Kinshasa pour une période présentée comme de courte durée et démentent catégoriquement avoir jamais voulu les abandonner sinon les vendre…DEs parents congolais assurent aussi être menacés et accusés de « sorcellerie » s’ils posent trop de questions…
Ces révélations, confirmant des doutes antérieurs, ont jeté les familles belges dans l’angoisse et trois couples se sont portés partie civile…