14 mai 2017

Adoptions: le malentendu Nord Sud

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Ce nouveau développement dans la saga des adoptions en provenance du Congo illustre, si besoin en était, la profondeur du malentendu : si les fonctionnaires en charge des dossiers finissent souvent par céder et déclarer recevables des cas qui mériteraient à tout le moins plus ample examen, c’est parce qu’ils sont soumis à d’intenses pressions. Les familles européennes désireuses d’adopter un enfant originaire d’un pays dit du « Sud » considèrent souvent que l’adoption est un « droit » et que leurs représentants politiques autant que les fonctionnaires chargés du dossier, doivent tout mettre en œuvre pour satisfaire ce désir légitime. Cette demande pressante, impérieuse, peut pousser les responsables à réduire le temps consacré à l’examen des cas, à faire confiance à des intermédiaires bien introduits ou présentant bien, à se passer de visites sur le terrain ou de vérifications trop précises. A ces négligences s’ajoutent, parfois, les méprises d’ordre culturel : en Afrique, dans des familles très pauvres, où les parents ne peuvent ni nourrir leurs enfants ni payer leurs études, il arrive que les jeunes soient confiés à des parents plus fortunés, cette « cession » momentanée ne signifiant pas pour autant un abandon définitif des droits parentaux. Dans ce cas, le malentendu vécu par les familles d’adoption est total : elles croient recevoir la charge, ou le cadeau, d’un véritable orphelin, qu’elles pourront chérir et considérer comme un membre à part entière de sa nouvelle famille et non d’un « pensionnaire » momentané…
Comment ne pas relever aussi un autre aspect du malentendu : combien sont-ils qui sont convaincus, en toute bonne foi, du fait qu’un enfant originaire d’un pays pauvre aura de toutes manières plus de chances de s’épanouir dans une famille aisée, aimante, dans un pays doté de bonnes écoles, que dans son milieu d’origine ? Quels sont les droits de l’enfant ? Quels sont les droits de sa famille, de sa communauté ? Y pense – t on vraiment, tant sont écrasants les avantages matériels à court terme et prometteuses les perspectives d’avenir ?
Une dernière observation s’impose : alors que tout le monde est d’accord pour que des contrôles soient opérés, afin de garantir tant les droits des enfants que ceux des familles adoptantes, est-il bien raisonnable de maintenir ouvertes les filières de l’adoption internationale dans des pays tels que le Congo, où l’Etat est encore défaillant, où, trop souvent, tout se vend et tout s’achète ? Y compris des êtres humains…