17 mai 2017

De Mobutu à Kabila en passant par Machiavel

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Que de différences entre Joseph Désiré Mobutu et Joseph Kabila ! Les origines, la filiation idéologique, le caractère. Alors que le premier, orateur de talent, a longtemps réussi à conquérir les foules par son sens des formules, son humour, sa dégaine, le second est le « maître du silence » ; il cache le fond de sa pensée, calcule à long terme… Mobutu, malgré un jeu d’équilibre rendu possible par la guerre froide, a longtemps fondé son pouvoir sur l’ appui des Occidentaux alors que Joseph Kabila n’a pas hésité à ouvrir son pays aux Chinois, mais aussi à la Corée, à la Turquie, sans oublier les alliés africains omniprésents. Avec lui, le Congo, ce coffre fort longtemps chasse gardée des Belges et des Américains, s’est ouvert au monde, pour le meilleur mais aussi pour le pire.
Apparemment, tout sépare le « Léopard » qui recourut à l’authenticité pour forger une identité nationale et mit en œuvre le culte de la personnalité, de l’homme discret, inoffensif en apparence, mais qui frappe en silence et, calmement, élimine ou discrédite un à un rivaux ou adversaires. Au début cependant, le désir de reconstruire le pays étaient le même : Mobutu, après les rébellions voulait réunifier un Congo devenu Zaïre, le pacifier, le doter d’une conscience nationale et ses rêves s’incarnèrent dans des constructions aussi grandioses que sur dimensionnées (le Palais du peuple, l’échangeur de Limete, -jamais achevé-, la Voix du Zaïre…)Joseph Kabila aussi, héritant en 2001 d’un pays divisé par la guerre, pillé, détruit, voulut reconstruire, bâtir un Etat de droit fondé sur une Constitution adoptée par referendum, faire entrer son pays dans la modernité…En 2001, comme au début du règne de Mobutu en 1965, tous les espoirs étaient permis, un géant reprenait vie au cœur de l’Afrique…
Mais dans les deux cas le temps a fait son œuvre, implacable : si Mobutu lisait Machiavel, Kabila, visiblement, s’est inspiré de… Mobutu ! Aujourd’hui comme hier, la classe politique s’enlise dans des « dialogues », les bons offices de l’Eglise catholique (Mgr Monsengwo hier, la conférence des évêques aujourd’hui), tournent court, des membres de l’opposition sont invités à participer au pouvoir (c’est-à-dire au partage du gâteau), les échéances électorales sont reportées ; alors que l’isolement international s’accroit, le pays, après une croissance prometteuse et mal partagée, replonge dans la crise. Les entourages aussi commencent à se ressembler, quand ils ne sont pas les mêmes : d’anciens mobutistes recyclés, forts de toutes les « ficelles » du passé, des faucons, des flatteurs qui omettent de dire au « chef » qu’il est nu, qu’il est seul, que la population appauvrie est déçue car le « social » n’a pas été au rendez vous. Et que dire d’une armée divisée, des hiérarchies parallèles, des « services » tout puissants, de l’application implacable de la vieille recette « moi ou le chaos », semer la violence pour être le seul à pouvoir y mettre fin, entretenir le désordre pour rendre impossibles les consultations populaires…
Au Congo, même la mort a des allures de déjà vu : enterré au Maroc, Mobutu attend toujours d’être ramené au pays. Enfermée dans une morgue bruxelloise, la dépouille d’Etienne Tshisekedi a fait l’objet de marchandages honteux. En 1996 cependant, alors que tout semblait bloqué, l’impensable survint, une guerre venue d’ailleurs. L’histoire, avec ses différences et ses similitudes, mériterait d’être lue et méditée jusqu’au bout.