18 mai 2017

Evasion massive à Makala mais les politiques refusent de partir

Catégorie Non classé

Cela ressemble à un mauvais film, à un remake de « prison break » : alors que le 17 mai était jour de congé et que cette année le Congo célébrait le 20e anniversaire de la chute du président Mobutu et de la prise de pouvoir de Laurent Désiré Kabila et ses alliés, des hommes armés ont pris d’assaut la prison de Makala à l’aube. Pompeusement appelé Centre pénitentiaire de Kinshasa, l’établissement qui abritait 1300 détenus du temps de la colonisation comptait aujourd’hui plus de 8000 pensionnaires, des détenus de droit commun, des « shege » enfants des rues, mais aussi des prisonniers politiques détenteurs de tous les secrets de la République. Dans cette prison, les détenus s’ « autogèrent » en fonction de leurs moyens financiers et de leur rang social.
Présentés comme des partisans de Zacharie Dabiengila, alias Ne Muanda Semi, député de la province du Congo central, à l’Ouest de Kinshasa et leader de la secte politico religieuse Bundu-Dia-Congo, des assaillants prirent la prison d’assaut dès les premières lueurs de l’aube et les combats firent de nombreuses victimes. Mais surtout, les pavillons où s’entassaient les détenus se vidèrent en quelques heures : le premier à perdre tous ses pensionnaires fut le pavillon des femmes, situé près de la porte d’entrée de la prison, tandis que les autres s’ouvraient les uns après les autres. Enfants des rues, petits et grands malfrats se volatilisèrent aussitôt dans cette ville de 10 millions d’habitants, se dirigeant vers les quartiers populaires de Tshangu où ils furent accueillis en héros et aussitôt protégés par la population. Alors que le régime ne reconnaissait qu’une cinquantaine d’évasions, plusieurs sources faisaient état d’un bilan beaucoup plus lourd : quelque 4630 prisonniers auraient réussi à prendre le large. Jamais le Congo ni même le Zaïre de Mobutu n’ont connu une évasion d’une telle ampleur.
Véhicules calcinés, traces de combats , la prison de Makala présentait jeudi matin un aspect apocalyptique mais curieusement les pensionnaires du pavillon 8 n’avaient pas quitté leur cellule : redoutant un piège, ou des exécutions sommaires sous prétexte de délit de fuite, les prisonniers politiques détenus dans ce pavillon particulier s’abstinrent de faire la belle tandis que Ne Muanda Nsemi, le chef de la secte prenait le large emmené par ses partisans. C’est en mars dernier que le député avait été arrêté, accusé d’outrage au chef de l’Etat et vilipendé pour vouloir restaurer l’ancien royaume du Congo. Au lendemain des évènements les spéculations allaient bon train : les uns estimaient qu’il s’agissait d’un coup sévère porté à la crédibilité du régime, incapable d’assurer la sécurité des détenus alors que l’on compte plusieurs dizaines de victimes parmi le personnel pénitentiaire et parmi les polifoiers chargés de garder la prison.
Cependant dans le contexte politique tendu qui est celui du Congo, où le nouveau Premier Ministre a prêté serment sous les sifflements de l’opposition tshisekediste, d’aucuns mettaient en parallèle l’évasion de Ne Muanda Nsemi avec celle de Gédéon Kyungu, l’un des chefs de guerre du Katanga qui ressemblait à un coup monté, afin de fomenter des troubles dans la province du cuivre. Certains se demandent si Muanda Nsemi, à la tête de ses partisans galvanisés par le « haut fait » de Makala ne tentera pas à son tour des déstabiliser le Bas Congo, créant ainsi une autre poche d’insécurité ce qui hypothèquera davantage encore la préparation des élections et en particulier l’enrôlement des électeurs…