30 juin 2017

Comment, à l’issue du génocide, les Français ont réarmé le Hutus

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Les dernières révélations du magazine XXI font sensation : le journaliste, Patrick de Saint Exupéry, l’un des fondateurs de la publication, y relate les confidences d’un haut fonctionnaire qui a été autorisé en 2014 à éplucher des archives jusque là confidentielles. Ces documents, des caisses entières de cartons classés « secret défense », concernent le rôle joué par la France au Rwanda de 1990 à 1994. Rappelons que l’intervention de l’armée française commence au lendemain de l’attaque menée depuis la frontière ougandaise par le Front patriotique rwandais en octobre 1990 et elle culmine en juin 1994 lorsqu’est décidée l’Opération Turquoise, qui verra 2500 militaires français s’envoler vers les collines du Rwanda, officiellement pour mettre fin au génocide. Le haut fonctionnaire qui compulse les archives est effaré : il relève qu’en réalité, au lieu de donner priorité au sauvetage des Tutsis survivants, (la plupart des 800.000 victimes ont été massacrées dans les premières semaines du génocide, dès le lendemain de l‘attentat contre l‘avion du président Habyarimana le 6 avril 1994) ordre avait été donné aux soldats de l’Opération Turquoise de réarmer les Hutus qui franchissaient la frontière et se dirigeaient vers le Congo. Plusieurs des documents font état d’un malaise : des militaires français font valoir un « droit de retrait » afin de ne pas devoir obéir aux ordres. Ils assurent qu’ils ne comprennent pas ces ordres et ne souhaitent pas devoir les appliquer. Mais une note figurant dans la marge de l’un de ces documents est très claire : elle précise qu’il faut s‘en tenir aux directives fixées et donc réarmer les Hutus. Le signataire est Hubert Védrine, alors secrétaire général de l’Elysée. C’est par lui que passent les notes de la cellule africaine de l’Elysée et celles du chef de l’état major particulier du chef de l’Etat, le général Quesnot, c’est lui qui fait appliquer les directives présidentielles. Ou qui les interprète car François Mitterrand, à cette époque, est gravement diminué par la maladie qui finira par l’emporter.
Cette volonté de réarmer les assassins ou, à tout le moins, de leur permettre d’emmener au Zaïre voisin leurs armes et leurs équipements militaires, nous en avions été témoins fin août 1994 à Cyangugu, dans les derniers jours de l’Opération Turquoise.
La petite ville séparée de Bukavu par la rivière Ruzizi était alors en proie à une grande agitation : refluant de la «zone sécurisée » que les Français avaient créée depuis juin 1994 et où s’étaient réfugiés tant les cadres du gouvernement intérimaire (qui avait orchestré le génocide) que l’armée du régime Habyarimana, civils et militaires franchissaient par milliers, dans la plus grande confusion, le pont de bois qui séparait le Rwanda de la capitale du Sud Kivu. Les civils portaient des ballots, des valises, les militaires coltinaient sur la tête ou dans des véhicules des caisses de munitions, des armes, des lance roquettes, des mortiers. Au milieu des flots des réfugiés, c’est une armée en déroute qui se repliait vers le pays voisin, dotée de tout son équipement et elle allait bientôt se réinstaller dans les camps édifiés sur les rives du lac Kivu.
Dans l’hôpital de Cyangugu aussi, les Français pliaient bagages : les plus valides des blessés étaient priés de suivre le mouvement, les autres devaient rester sur place. La malaise des médecins français était perceptible : l’un d’eux, qui refusait d’abandonner ses patients et renâclait à suivre le repli général, se vit apostropher durement, sous mes yeux, par un officier, qui lui lança : « espèce d’idiot, tu n’as pas encore compris que l’on n’était pas dans une opération humanitaire ? C’est d’autre chose qu’il s’agît… »
Autre chose… Dans les camps de réfugiés installés au Kivu, les équipes de Médecins sans frontières n’allaient pas tarder à se poser la même question et à refuser avec fracas à participer à la remise en état des forces qui avaient commis le génocide : quelques mois plus tard, MSF décidait de rompre l’omerta humanitaire et de quitter les camps dont les responsables politiques et militaires du génocide avaient pris le contrôle et où ils préparaient clairement la revanche. « Il faut finir le travail » disait on à l’époque…
Ce soutien apporté par les militaires français aux forces de l’ancien régime n’avait rien de fortuit : c’est le 9 mai 1994 que le lieutenant colonel Ephrem Rwabalinda, conseiller du chef d’état major de l’armée rwandaise, avait été reçu à Paris par le général Huchon, qui dirigeait la mission militaire de coopération. A l’époque, nous avions pu prendre connaissance de son rapport de mission. Conscient du désaveu de l’opinion internationale, « du aux medias que seul le FPR semble piloter » l’officier français insistait sur l’importance « d’établir la légitimité de la guerre et de retourner l’opinion internationale ». Mais surtout, le général Huchon examina les besoins urgents présentés par l’officier rwandais, qui réclamait des munitions de 105 mm, des munitions pour armes individuelles, des vêtements, du matériel de transmission.
Le rapport de mission du général Rwabalinda précisait aussi qu’un téléphone sécurisé permettant au général Bizimungu et au général Huchon de converser sans être écoutés par une tierce personne avait été acheminé sur Kigali. Et que 17 petits postes, à sept fréquences chacun, avaient également été envoyés pour faciliter les communications entre les unités dans la ville de Kigali. En attente d’embarquement à Ostende, ils attendaient l’aménagement d’une piste d’atterrissage sous contrôle des Forces armées rwandaises où les opérations pourraient se faire en toute sécurité. La piste de Kamembe (Cyangugu) avait été retenue convenable aux opérations, « à condition de boucher les trous éventuels et d’écarter les espions qui circulent autour de cet aéroport ».
Autrement dit, en mai 1994, alors que les massacres avaient déjà fait plus d’un demi-million de morts, Paris examinait encore comment redorer l’image de ses alliés hutus auprès de l’opinion internationale et surtout comment les aider à gagner la guerre. Les livraisons d’armes n’avaient d’ailleurs jamais cessé. En avril 1994, alors que des Transall français se posaient à Kigali pour évacuer des expatriés, le colonel belge Luc Marchal, numéro deux de la Minuar, (Mission des Nations unies pour le Rwanda) avait constaté que les avions n’arrivaient pas les cales vides : des caisses de munitions destinées à l’armée rwandaise étaient discrètement débarquées sur l’aéroport de Kigali…Il en ira de même plus tard à Cyangugu et à Goma.
Président de l’Institut François Mitterrand et fidèle gardien de la mémoire, Hubert Vedrine a beau balayer souvenirs, témoignages et critiques, rien n’y fait : les preuves de l’implication française dorment dans les archives de l’Elysée et les boîtes bien classées finiront bien par s’ouvrir les unes après les autres…

30 juin 2017

Debout Congolais?

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« Trente juin o doux soleil(…)jour sacré soit le témoin(…)de l’immortel serment de liberté(…) que nous léguons à notre postérité. Pour toujours. »
Incertain dans la rime mais ferme sur le fond, cette promesse clôture l’ hymne national, prophétiquement appelé « Debout Congolais » Après avoir marqué les premières années de l’indépendance, il a remplacé « la Zaïroise » de Mobutu et, depuis vingt ans, il est entonné avec ferveur en de nombreuses occasions. En ce nouveau trente juin, on chantera une fois de plus « Debout Congolais » à travers tout le pays mais cela risque d’être à mi voix : bannies hier par Mobutu, ces paroles sacrées risquent d’être tenues pour subversives. En effet, la puissante Eglise catholique, estimant que les promesses de décembre dernier n’ont pas été tenues, vient de lancer un mot d’ordre de désobéissance passive. A travers tout le pays, le malaise est perceptible : en dépit des déclarations des politiciens, chacun sait déjà qu’en 2017 il sera impossible, sauf miracle, que se tiennent les élections promises. Même si la moitié des électeurs ont déjà été enrôlés, la Commission électorale reconnaît qu’en de larges parties du pays, l’insécurité et la violence empêcheront que le scrutin soit organisé dans des conditions acceptables. Une hypothèse déjà chuchotée voici quelques mois refait surface: estimant que la guerre du M23, monopolisant tous les moyens de l’Etat, l’a privé de deux ans de pouvoir effectif, Joseph Kabila s’arrogerait deux années de « rabiot », ce qui mènerait à la fin de 2018. Qu’il existe ou non, ce projet risque de se heurter à la situation réelle : l’économie est en chute libre, au point de faire redouter des émeutes de la faim voire des pillages, les poches de violence s’étendent de plus en plus largement renforcées par l’évasion de milliers de détenus. Dans un tel contexte, la question qui nous hante risque de s’avérer vaine : Joseph Kabila serait il ou non le maître d’œuvre de ce chaos, serait il capable de l’avoir mis en œuvre afin de démontrer l’impossibilité de tenir les élections prévues ?
Alors que le « pouvoir » se montre serein, voire arrogant et se drape dans la souveraineté nationale, l’opposition rend le chef de l’Etat responsable de tout tandis que les Occidentaux réagissent, presque mécaniquement, à coup de sanctions qui tombent souvent dans le vide. Comme si une douzaine de personnes, au sommet de l’Etat, pouvaient à elles seules organiser, ou maîtriser un tel désastre ! Il faut craindre que la vérité soit ailleurs : puisque le cadre légal, celui de la Constitution qui canalisait les passions et les ambitions, a été brisé, de multiples forces centrifuges se sont remises en action. Désormais, c’est chacun pour soi, pour sa famille, son ethnie, sa région, ses intérêts et au lieu de « tous pour un » c’est personne pour personne.
« Debout Congolais » chantera-t-on demain. Debout, certainement, car même au jour le jour, il faut bien vivre. Mais debout pour avancer, c’est moins sûr. Aller où ? Avec qui ? Qui ramènera les démons dans leur boîte et les prisonniers dans leur cellule ? Qui, comme le promet l’hymne national, redressera les fronts courbés ? Retour à la case départ : aujourd’hui comme en 60, comme à la fin du règne de Mobutu, personne ne voit rien venir.

30 juin 2017

Le Congo, comme une peau de léopard

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Il y a longtemps que le Congo n’avait connu un 30 juin –fête de l’indépendance- aussi chargé de mauvais présages. Les paramètres économiques ne sont pas bons : se changeant à 1500 FC pour un dollar, la monnaie nationale a perdu la moitié de sa valeur, et le citoyen de base la moitié de son pouvoir d’achat. Quant au gouvernement, il a vu son budget être ramené de 9 à 4,5 milliards de dollars.
Sur le plan politique règnent toujours confusion et polémique. Rappelons que le 31 décembre dernier, la conférence épiscopale du Congo avait réussi à désamorcer la crise et à proposer un accord honorable pour toutes les parties :renonçant à se présenter pour un troisième mandat et à organiser un referendum, le président Kabila était autorisé à rester en poste le temps d’organiser des élections en 2017 et plaçait à la tête du gouvernement un Premier Ministre issu de l’opposition. Six mois plus tard, l’opposition s’est déchirée, le premier Ministre Bruno Tshibala (un Kasaïen qui fut porte parole de Tshisekedi) est contesté, sa nomination n’étant pas jugée conforme aux accords, le Comité national de suivi de l’accord n’a pas vu le jour, l’opposant Moïse Katumbi n’a pas été autorisé à regagner le pays et si des milliers de détenu sont en liberté, c’est parce qu’ils se sont enfuis massivement et non parce qu’ils auraient bénéficié de mesures de décrispation promises aux prisonniers politiques……Faute d’accord entre les autorités et ses héritiers, les funérailles d’Etienne Tshisekedi, décédé en début d’année, n’ont toujours pas été organisées ! Quant aux évêques qui, hier encore, pouvaient être soupçonnés d’avoir voulu sauver la mise du président sortant ou tout au moins d’avoir voulu rechercher une sortie de crise honorable, ils sont aujourd’hui épinglés par le pouvoir, car ils ont déclenché une autre forme de guerre : la résistance passive.
Prenant à la lettre l’article 64 de la Constitution, qui prévoit que le peuple a le droit de s’opposer de manière pacifique à toute atteinte à ses droits constitutionnels, les évêques catholiques prévoient une série d’actions non violentes aboutissant au sabotage de l’Etat : refuser de s’acquitter des factures d’eau et d’électricité, refus de payer les taxes exigées sur les marchés, d’honorer les factures d’assurances , les impôts, les patentes…Diffusées à travers le pays, ces consignes pourraient bloquer l’immense machine à percevoir taxes et impôts en tous genres, que les citoyens, au vu des carences des services publics, perçoivent avant tout comme des ponctions arbitraires.
A cette sorte de « dissidence intérieure » par laquelle les citoyens « prennent congé » d’un Etat défaillant s’ajoutent des fractures plus inquiétantes encore.
Le Congo, ce pays-continent, ressemble de plus en plus à une « peau de léopard » sur laquelle s’étendent des poches de violences, des zones de non droit où des acteurs multiples et parfois difficilement identifiables ont repris les armes.
La situation la plus dramatique est celle du Kasaï : les quatre provinces du centre du pays connaissent une crise humanitaire et politique sans précédent qui a commencé en août dernier avec la mort du chef traditionnel Kamwina Nsapu. L’immixtion de Kinshasa dans le processus de succession et l’assassinat de son héritier potentiel ont suscité une révolte populaire par laquelle des miliciens (jeunes gens se faisant appeler Kamwina Nsapu) s’en prenaient aux représentants de l’Etat, policiers et militaires et aux institutions publiques. Menée par des bataillons venus d’autres régions du pays et des forces spéciales difficiles à identifier et s’exprimant en langues étrangères, la répression fut terrible, engendrant plus de 3000 morts, deux millions de déplacés internes et plus de 40 fosses communes ont été découvertes. L’assassinat de deux experts de l’ONU dans des circonstances troubles contribua à internationaliser la crise qui suscita de longs débats au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, jusqu’à se terminer par une victoire diplomatique de Kinshasa qui gardera la haute main sur l’enquête.
La crise du Kasaï qui risque de déborder sur l’Angola voisin inquiète beaucoup Luanda qui a massé des troupes sur la frontière tandis que Sindika Ndokolo, beau fils du président dos Santos et fils d’un banquier congolais soutient ouvertement l’opposition et en particulier Moïse Katumbi. La crainte d’une intervention angolaise contribue à échauffer la région…
Au Katanga, non seulement les miliciens Bakata Katanga qui avaient mis à feu et à sang le nord de la province n’ont pas désarmé, mais leur chef Gédéon Kyungu a réussi à s’échapper et ses hommes ont été soupçonnés d’opérer… au Kasaï, loin de leur base katangaise ! On ignore qui les a armés et transportés…
Dans le Bas Congo, le chef religieux Muanda Nsemi, qui avait mené la révolte de la secte Bundu dia Kongo a pu s’échapper de la prison de Makala grâce au coup de force mené par ses partisans qui ont libéré plus de 4000 détenus dont de redoutables « kulunas » (commettant vols et exactions dotés de machettes…) et de nouvelles violences sont à redouter.
Quat à l’Est du pays, qui a toujours été le berceau des guerres et des changements de régime, il est à nouveau en effervescence.
Dans l’Ituri (Nord du Nord Kivu) et plus particulièrement près de Bunia, le torchon brûle à nouveau entre les ethnies Lendu (apparentées aux Hutus) et les Hemas (proches des Tutsis) ; dans la région de Beni et aux abords du parc des Virunga, la lutte pour l’accès aux terres cultivables et aux mines d’or provoque de violents affrontements entre des groupes armés hutus et l’ethnie majoritaire des Nande, peu soucieuse de partager son terroir. En outre des groupes d’origine ougandaise ADF Nalu et décrits comme islamistes sont toujours présents aux abords du parc des Virunga.
Depuis cette semaine d’autres dangers se précisent : le gouverneur du Nord Kivu Julien Paluku a révélé l’apparition d’un nouveau mouvement armé, qui aurait commencé à opérer à Beni et dans la région de Kasindi près de la frontière ougandaise. Ces hommes qui ne seraient pas des combattants locaux Mai Mai se révèlent mieux armés et mieux organisés que les autres groupes, ce qui augurerait du risque d’une nouvelle guerre de grande ampleur. D’après certaines sources les leaders de ce mouvement seraient d’anciens chefs politiques et militaires du M23, la rébellion tutsie vaincue en 2013 et dont les combattants sont réfugiés en Ouganda…
Soulèvements locaux dus aux incertitudes politiques, tentative de déstabilisation, organisation systématique du chaos pour rendre impossible l’organisation des élections, toutes les hypothèses se bousculent, avec une certitude : qu’il soit orchestré ou non, le chaos tant de fois annoncé se transforme de plus en plus en réalité…

22 juin 2017

Attaque surprise sur Beni (Nord Kivu)

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Longtemps menacée par des groupes islamistes, Beni, au Nord Kivu, vit à nouveau dans un climat de panique : durant la nuit, des groupes de combattants lourdement armés ont pénétré dans la ville, progressant du sud vers le nord A 6 heures du matin, ils ont attaqué les positions de l‘armée gouvernementale à Kalau, à 10 km du centre ville. Une heure plus tard, ils envahissaient le quartier Rwangoma, puis à 8 heures, au moment de l’ouverture des bureaux, ils atteignaient le cœur de la ville, au niveau de la mairie. A Kalau et à Rwangoma, les Forces armées congolaises ont réussi à repousser l’assaut mais au centre ville, la situation est demeurée confuse et des civils ont été victimes des échanges de tirs.
D’après des témoins joints sur place, les tirs étaient très intenses, très coordonnés et ils ont même atteint de jeunes élèves qui attendaient dans une salle de classe pour passer les examens d’Etat, tuant une jeune étudiante. Au niveau de la mairie, les Casques bleus de la Monusco ont prêté main forte aux forces gouvernementales. Selon certaines informations les rebelles se composaient de trois groupes différents mais bien coordonnés. Un point suscite certaines interrogations : durant la nuit, des drônes de la Monusco dotés de caméras thermiques avaient survolé la ville, comme si les forces onusiennes avaient eu vent de quelque attaque. A noter que cet assaut est survenu alors que, dans la journée, le conseil des droits de l’homme de l’ONU devait se prononcer sur la situation en RDC. Après avoir adopté une résolution condamnant la situation au Kasaï, où massacres et répression auraient fait plus de 400 morts, il a reculé face aux objections du gouvernement congolais et n’enverra pas sur place une équipe composée d’observateurs indépendants.
La question que se posent de nombreux témoins congolais est double : qui sont les assaillants, et à qui peut profiter l’attaque de Beni ?
Sur le premier point, tout indique que les assaillants en tenue civile seraient plutôt des Mai Mai (milices ethniques congolaises) s’opposant à tous les combattants étrangers, Rwandais et Ougandais. Ces Mai Mai qui avaient établi leurs camps de base dans le parc des Virunga venaient d’essuyer un lourd revers : voici quelques jours ils avaient été chassés de la partie centrale du parc, à la suite d’une offensive de l’armés gouvernementale épaulée par des gardes du parc, bien équipés grâce une dotation venant de la présidence. Cette défaite avait privé les groupe Mai Mai, FDLR (combattants hutus rwandais) et Nyatura (Hutus congolais) de l’accès au lac Edouard et elle hypothèque les recettes que ces divers groupes armés tirent du très lucratif commerce du charbon de bois. L’attaque sur Beni pourrait donc être un acte de représailles, le déplacement vers la ville d’une violence qui était jusqu’à présent limitée aux zones rurales et aux abords du parc des Virunga. En 2016 déjà le quartier de Rwangoma avait été attaqué par les Mai Mai en coordination avec les rebelles ougandais ADF Nalu, assaut qui s’était soldé par 56 morts. A noter que voici quelques jours, la plupart des 4000 détenus dfe la prison centrale de Beni, principalement des Mai Mai, avaient réussi à s’enfuir à la suite d’une attaque menée par des groupes armés bien coordonnés…

20 juin 2017

Des cyclistes belges à l’assaut des pistes du Kivu… pour la bonne cause

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Envoyée spéciale,

Goma,
Jambo, Habari, mais aussi Niha et Good morning… En toutes les langues, les habitants de l’île d’Idjwi, moins isolés qu’on ne le pense, saluent les 85 cyclistes et piétons partis à l’assaut de leurs pistes et les enfants, serrés comme des grappes de raisin ne manquent pas de crier à leur tour « money » ou « cadeau »…Cependant, au large de Bukavu et de Goma, Idjwi, l’une des plus grandes îles d’Afrique sertie au milieu du lac Kivu demeure encore une perle oubliée…Même si la région a été troublée par les guerres et les rébellions, même si, après le génocide des Tutsis en 1994 40.000 réfugiés rwandais ont fait la traversée, l’île n’a jamais connu de mouvements armés, de guerres, de violences d’aucune sorte. C’est pour cela sans doute que l’asbl Comequi (commerce équitable) a choisi de mener une centaine de Belges désireux de soutenir une coopérative de café sur ces rivages paisibles où, à chaque détour de la piste se révèlent des baies paradisiaques, des paysages à couper le souffle. Cependant, les chiffres sont accablants : avec 600 habitants au km2 Idjwi connaît une explosion démographique sans pareille en Afrique alors que les ressources en vivres diminuent depuis que la bananeraie est littéralement consumée par le « wilt », une bactérie venue du continent et descendue depuis l’Ouganda. « Pour stopper le désastre, il n’y a qu’une seule solution, nous confirme Yves Minani, journaliste de la radio locale » couper, et brûler jusqu’aux racines… »Mais Idjwi, après ce traitement radical, n’est pas pour autant chauve et dévastée : les cyclistes ont cheminé entre de luxuriantes collines envahies par la végétation, entre des villages où les femmes proposaient des papayes, des haricots, du fretin, ces petits poissons pêchés dans le lac…Peu à peu des guest house apparaissent, un « éco lodge » va bientôt s’ouvrir : le salut d’Idjwi viendra-t-il du tourisme ?
Avant d’embarquer pour l’île, le soir même de leur arrivée, les participants avaient eu un aperçu de l’hospitalité congolaise lorsque le gouverneur du Sud Kivu, Marcellin Cishambo, qui vécut longtemps en Belgique, tint à les accueillir dans sa résidence. C’est que le débarquement d’une centaine de Belges, et non des moindres, -dirigeants d’entreprise, financiers, médecins, juristes, architectes- arrivant dans un Congo à nouveau décrit comme en crise représente une première qui n’a pas fini de susciter espérances et commentaires. Car ces Belges là, qui pourraient s’offrir des hôtels de luxe, ont choisi de crapahuter sur les pistes du Congo, de dormir sous la tente, de partager des buffets en plein air et de ne pas trop exiger des douches montées au jour le jour sur les rives du lac…Quelle mouche les a donc piqués ? La curiosité, la nostalgie d’un passé colonial qui a imprégné bien des souvenirs familiaux ou, plus concrètement, la solidarité avec les producteurs de café du Sud Kivu, le désir de clore le chapitre humanitaire pour relever de véritables enjeux de développement ? Le gouverneur Cishambo ne s’y est pas trompé : félicitant les sportifs, il a aussi visé les investisseurs potentiels et avait invité des hommes d’affaires locaux, ainsi que les ministres des mines et de l’agriculture, espérant que fonctionne le « networking », le « réseautage » des relations interpersonnelles. De fait, les échanges ne se sont pas fait attendre entre un représentant d’associations paysannes et un patron désireux de trouver des produits bio, entre des spécialistes de Saint Luc et des médecins locaux expliquant qu’ils ne peuvent plus opérer après 18 heures faute de courant électrique… Les plus émus des participants furent sans doute Marc et Jacques Borlée : fils du dernier gouverneur du Sud Kivu, ils furent invités à visiter la vaste demeure construite par leur père, quelques mois avant l’indépendance. Une imposante bâtisse, édifiée avec soin par un père de sept enfants, qui n’avait jamais prévu de devoir quitter le pays aussi rapidement… « J’ai retrouvé ma chambre, j’ai reconnu la salle de bains, le long couloir… »commentait Jacques Borlée qui n’avait que 3 ans en 1960 tandis que Marc se souvenait avec émotion du départ précipité de toute la famille : « fin juin 1960, notre père nous avait envoyés à Bujumbura et en août alors qu’il aurait voulu organiser la « remise reprise », il dut fuir sous les balles…Même lointain, le Congo ne nous a jamais quittés »
« Puisque vous êtes nés ici, vous êtes mes fils » assurait le gouverneur, invitant les frère Borlée à revenir…Jovial, esquissant un pas de danse avec les femmes, participant à l’inauguration d’un jardin potager et d’une cantine scolaire, s’informant sur les méthodes de lavage du café à Minova et sur la qualité des terres, le gouverneur n’était cependant pas mu uniquement par la sollicitude envers ses sportifs visiteurs, par le désir de se rapprocher de ses compatriotes auprès desquels il semble très populaire. Manifestement, sur ordre du chef de l’ Etat avec lequel il s’entretenait régulièrement par téléphone, il avait pour tâche de veiller à ce que la sécurité de l’expédition soit parfaitement assurée. Militaires et policiers ont ainsi suivi le convoi de près, vigilants et lourdement armés, ne laissant aucune chance à d’éventuels assaillants. Car le Congo, en ces temps troublés, n’a nul besoin d’un accident de parcours, quel qu’il soit ! Le contraste était d’ailleurs frappant entre les nouvelles venues de Kinshasa, où les autorités, frappées par des sanctions européennes et américaines, envisagent des mesures de rétorsion à l’égard de la seule Belgique, soupçonnée d’être l’instigatrice de ce durcissement, et le climat chaleureux et rassurant de cette équipée non officielle et marquée par la solidarité. Même si l’ambassadeur de Belgique à Kinshasa, craignant d’être rappelé avait renoncé à faire le voyage, son collègue du Rwanda avait traversé la frontière et il se livra à une belle démonstration de pédalage dans les côtes écrasées de soleil. De politique, il ne fut d’ailleurs jamais question, aux yeux des participants, l’essentiel était ailleurs : à tout moment, oublieux du timing, les cyclistes mettaient pied à terre pour échanger avec les paysans, avec un peu de français, beaucoup de sourires et quelques menus cadeaux, des ballons de foot, des bics, des caresses aux enfants et bien sûr d’innombrables photos. Manifestement, la surprise allait dans les deux sens : « jamais je n’ai vu un pays à la fois aussi beau et aussi pauvre, aussi attachant, j’en suis bouleversé » assurait Laurent, accroché à son appareil photo. Et en face, à voir ces Européens, quadra ou quinquagénaires, enfiler des dénivelés de 500 mètres, transpirer sous le cagnard, être maquillés de poussière rouge et dormir à la belle étoile, la joie de l’accueil se mêlait à un certain scepticisme « mais ils sont fous ces muzungus (Blancs), que cherchent ils ? » La halte à Lutumba, sur la rive congolaise du lac, devait éclairer les éventuels sceptiques, lorsque Pépin, l’agronome congolais, expliqua que le projet Comequi avait pour but d’augmenter le revenu des membres de la coopérative AMKA en permettant la production de café arabica de première qualité, lavé et dépulpé sur place et en passe de recevoir le label bio.
Les cyclistes se souviendront ils des tables de lavage des cerises de café, des plantules soigneusement rangées à l’ombre, de l’ambition de construire une deuxième usine de lavage plus proche des champs cultivés ? Ou bien retiendront ils que la conjonction de toutes ces ces bonnes volontés a aussi doté l’école de Minova d’une bibliothèque, que l’hôpital s’enorgueillit d’une nouvelle maternité, que 8 écoles ont été incitées à se doter de jardins potagers assurant l’approvisionnement des cantines scolaires, que des apiculteurs ont appris comment augmenter la production de leurs ruches ? Autour de Comequi, projet de développement économique, de multiples initiatives se sont ainsi greffées ramenant un peu d’espoir dans cette région encore hantée par des bandes armées…
A l’issue du périple le long du lac Kivu, la traversée de la ville de Goma fut à la fois une épreuve et une sorte de sacre : les cyclistes rouges de poussière, précédés par la police anti émeute (sic) furent acclamés par une foule enthousiaste massée sur les bas côtés, mais ils durent aussi se frayer un chemin parmi des dizaines de motards, dépasser des « tshukudus » ces vélos de bois chargés de marchandises, dribbler des émules locaux zigzaguant en criant de joie, éviter une énorme benne à ordures surgie à l’improviste, narguer les jeeps et les camions alors que les policiers moulinaient en vain tentant, en vain, de régler le tumulte. Il fallut atteindre la pelouse du gouvernorat pour que le calme revienne et que, comme un mirage, apparaisse au bord du lac une nouvelle vision paradisiaque : une table garnie de bières belges que le gouverneur proposa en répétant cette phrase tant de fois répétée tout au long du voyage : « sentez vous chez vous chez nous.. »

19 juin 2017

Le prix Roi Baudouin salue la nouvelle révolution africaine…celle du numérique

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C’est une révolution silencieuse, que les afro- pessimistes se gardent bien de mentionner, un « grand bond en avant » à la sauce africaine : le continent noir est engagé dans une révolution numérique qui lui fera gagner plusieurs étapes du développement.
En Afrique plus encore qu’en Europe, le téléphone portable est devenu l’indispensable compagnon de tout citoyen : pour payer les « unités », trouver des endroits où recharger l’appareil, se connecter via Whatsapp ou autres réseaux sociaux, on se priverait de tout, même de nourriture…. Moyen de communication, instrument de sociabilité, source d’informations, le portable est aussi un marqueur social, et dans des pays très connectés, comme le Ghana, on compte déjà plus de mobiles que d’habitants ! Saluant d’ordinaire des initiatives de développement individuelles, le jury du prix Roi Baudouin pour le développement a voulu, cette année, saluer cette vague de fond, et récompenser trois de ces jeunes entrepreneurs qui, s’appuyant sur les nouvelles technologies, incarnent une autre Afrique, celle qui monte, invente et pulvérise les indicateurs de croissance…
Les générations se suivent et ne se ressemblent pas : Tonee Ndungu se souvient que son père, alors qu’il était directeur d’école à Nairobi, se désespérait de voir les élèves manquer de cahiers, ignorer à quoi ressemblait un livre d’école. Trop rares, trop chers, les manuels scolaires étaient inaccessibles, comme dans la plupart des pays du continent. Lorsque le gouvernement kényan, comme ses voisins d’Ethiopie, du Rwanda, a décidé de doter toutes les écoles du pays de tablettes électroniques, Tonee a sauté sur l’occasion et fondé Kytabu (livre en swahili) : « Les bibliothéques, avec de vieux livres venus d’Europe, c’est fini…Kytabu, c’est une application qui permet aux enseignants et aux élèves de louer les livres scolaires dont ils ont besoin, pour une période déterminée. le paiement s’effectuant lui aussi sous forme électronique… » Dans un premier temps, 300 enseignants ont souscrit au projet et Kytabu, moyennant 10 dollars de contribution, leur fournit les livres de base dont ils ont besoin pour enseigner. A terme, 300.000 professeurs kényans pourraient adhérer à l’initiative et, dûment connectés, avoir accès à tout le matériel pédagogique dont ils ont besoin. L’accès au réseau, le manque d’électricité, voilà qui ne préoccupe pas Tonee : « les citoyens ont un tel besoin de connections qu’ils se débrouillent, jusque dans les villages les plus éloignés, pour pouvoir recharger leur batterie ou trouver du réseau… Le corps enseignant fera de même… Quant aux smartphone, les Chinois diffusent aujourd’hui des appareils qui coûtent moins de dix dollars pièce, et nul n’imagine de s’en passer… »
L’Ougandais Gérard Abila fait le même constat : « le portable, les réseaux sociaux représentent d’incroyables instruments de mobilisation… « Lui, il a créé « Barefoot law », un site qui délivre des avis juridiques, explique aux citoyens quels sont leurs droits, leur donne les moyens de se défendre. Alors qu’il était étudiant, le jeune juriste s’était ému du sort d’un détenu qui, comparaissant devant ses juges, ignorait tout de ses droits, ne mesurait pas l’infraction qu’on lui reprochait et se laissait condamner sans comprendre… « Les pauvres, les moins éduqués ne connaissent pas leurs droits, ils sont incapables de se défendre…C’est pourquoi, avec 20 autres jeunes juristes, nous avons créé « Barefoot law » la loi aux pieds nus. Via Internet, les juristes peuvent être consultés. Nous organisons aussi des cliniques juridiques, des programmes de radio. Plus de 400.000 personnes nous consultent chaque mois… De temps à autre, via les réseaux sociaux ou tout simplement par SMS, nous organisons un « blast », une action de mobilisation, et notre message touche 350.000 personnes… »
Quant à Alloysius Attah du Ghana, il ne doute de rien. Ses parents étaient de simples fermiers, lui, il est un pur produit de l’Université N’Krumah des sciences et des technologies et il entend doter les cultivateurs des moyens d’améliorer leur production et, pourquoi pas, d’avoir accès aux marchés internationaux.
« Mon pays est producteur de café, de cacao, de primeurs.. Pourquoi les producteurs devraient ils s’incliner devant les prix offerts par les intermédiaires qui se gardent bien de leur dire que sur les marchés les cours de telle ou telle matière première sont en hausse ? Désormais ces informations là doivent être accessibles à tous… »
Le Ghana aussi est hyper connecté, il compte plus de mobiles que de citoyens, et « Farmeline » la société constituée par Alloysius Attah et son partenaire Emanuel Owuwu Addai compte déjà plus de 200.000 adhérents. Si l’abonnement de base ne coûte que 8 cents par mois, en revanche les prévisions météo reviennent à un dollar : « pour les agriculteurs, il s’agît d’informations précieuses, qui peuvent déterminer l’avenir de leurs récoltes… Nous diffusons aussi des alertes à propos d’épidémies, lorsque des bactéries touchent les cultures, nous proposons les moyens de les enrayer… »
Les trois lauréats croient fermement que la révolution numérique va permettre à l’Afrique de sauter des étapes du développement et accentuer la mobilisation citoyenne mais ils demeurent lucides et modestes : « pourrons nous pour autant arrêter les guerres, stopper la propagation de la haine, des contre vérités ? Nous l’ignorons, nous avons nos limites…… Tout ce que nous pouvons faire, c’est rendre les gens plus conscients de leurs droits. Les aider à devenir plus instruits, plus branchés sur les innovations technologiques, plus performants, plus reliés au reste du monde…Leur donner les moyens de sauter les étapes… »

16 juin 2017

Revenu à Panzi, le Dr Mukwege est toujours aussi vulnérable

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Panzi, envoyée spéciale
Dans un paysage congolais chaotique, marqué par les incertitudes politiques, le personnage du Dr Mukwege émerge, plus que jamais. Le médecin chef de Panzi, l’ « homme qui répare les femmes » est désormais reçu, écouté, dans le monde entier et les plus grands tiennent à s’entretenir avec lui.
Mais dans son propre pays, il demeure largement inconnu au-delà du Sud Kivu et des provinces de l’Est car les médias officiels évitent soigneusement de prononcer son nom ou de l’inviter…Cet homme charismatique, qui a déjà fait l’objet de plusieurs tentatives d’attentat, est il seulement en sécurité dans son fief, l’hôpital de Panzi, où nous l’avons retrouvé, au retour de l’un de ses périples à travers le monde ?
Jadis banlieue de Bukavu, sinon simple campagne sur la route dite des escarpements qui mène à la ville d’ Uvira et à la frontière burundaise, la petite localité de Panzi, s’est densifiée, développée. Adossés à la grille, les petits commerces se sont multipliés, souvent tenus par des femmes, qui proposent des légumes, des fruits frais et aussi des plats préparés aux familles qui rendent visite aux malades. En face, il y a désormais des tailleurs, des couturières, des vendeurs de chaussures, un établissement « de luxe » avec des alcôves discrètes réservées aux clients importants et des murs sur lesquels on a peint des éléphants, des antilopes. Cette densification du tissu urbain de Panzi est due entre autres au fait que de nombreuses femmes venues des campagnes lointaines et soignées à l’hôpital ont préféré s’installer sous l’ombre tutélaire du Docteur Mukwege, qu’elles considèrent comme leur père, leur sauveur. L’hôpital lui-même a diversifié ses services et la « maison Dorcas » dépendant de la Fondation Panzi, propose aux femmes victimes de violences sexuelles un logement mais aussi des formations professionnelles et un suivi psychologique et thérapeutique. Lorsque le médecin-chef revient de ses voyages à l’étranger, la Monusco (Mission des Nations unies au Congo) déploie devant la grille de l’hôpital des Casques bleus pakistanais qui somnolent dans leur 4X4, ce qui permet aux porte parole de l’ONU d’affirmer que la sécurité du docteur est assurée.
Voici quelques semaines en effet, une vive polémique avait opposé les porte parole de Panzi à ceux de la Monusco à Kinshasa. Alors que depuis 2015, le Docteur Mukwege ne bénéficiait plus de la protection d’un détachement permanent de Casques bleus, l’ONU avait prétendu le contraire.
En fait, c’est depuis 2015 que le contingent pakistanais qui était basé non loin de Panzi, sur la rivière Ruzizi, a déménagé pour revenir dans la ville de Bukavu et que les « gardes » de Casques bleus devant l’hôpital avaient été supprimés. Cependant, à chacun de ses déplacements, le médecin pouvait faire appel à des policiers égyptiens qui assuraient son escorte depuis sa maison dans l’enceinte de l’hôpital jusqu‘à l’aéroport de Kavumu, au nord de Bukavu.
Au cours des dernières semaines cependant, la Monusco a été soumise à de fortes pressions internationales tandis que les jeunes du quartier populaire « Essence » manifestaient quotidiennement, jusqu’à ce que la garde quotidienne soit finalement rétablie devant l’hôpital.
C’est que les signes inquiétants se sont multipliés : en 2016 déjà, un jeune homme, qui s’était introduit dans l’hôpital avait exigé, presque de force, de serrer la main du médecin. Intercepté, il apparut qu’il était porteur d’une enveloppe contenant une poudre noire, qui pouvait être un poison traditionnel !
Cette année, le Docteur Mukwege a été secoué par l’assassinat de son jeune collègue et ami le Docteur Gildo Byamungu, abattu à bout portant dans son bureau, au cœur même de son hôpital de Kasenga, proche d’Uvira non loin de la frontière burundaise. La veille du crime, se sentant menacé, le jeune médecin avait fait part de ses inquiétudes à son aîné. Au lendemain du crime, des mobiles ethniques, des jalousies financières furent avancés, mais pour les proches de Mukwege, il s’agissait avant tout d’un avertissement. Une interprétation renforcée par l’assassinat, voici quelques jours, d’une famille qui vivait en face de l’hôpital : des gens modestes, liquidés de sang froid par un commando de neuf personnes qui avait envahi le quartier.
Ayant retrouvé sa maison, dans l’enceinte même de l’hôpital, dirigeant la prière du matin qui réunit les membres du personnel et les malades, se préparant à reprendre la tournée des salles, le médecin-chef, heureux de retrouver ses malades et ses collaborateurs, refuse de s’inquiéter et assure qu’il est bien protégé, tant par les Casques bleus que par ses proches et ses collègues. Mais un simple examen des lieux suffit à révéler leur vulnérabilité : en face de l’entrée, de l’autre côté de la rue, une imposante bâtisse de trois étages construite par une personnalité locale domine le modeste quartier. Depuis les nombreuses fenêtres, aucun coin de l’hôpital n’échappe au regard. On tremble à l’idée d’un sniper, d’un tireur fou qui s’installerait là : il aurait le champ libre.

16 juin 2017

Eric de Lamotte, un volcan venu de Belgique s’enflamme pour Goma

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Qui, à Goma, ne connaît Papa Eric, ce géant aux cheveux gris, toujours enthousiaste, jamais à court d’idées, d’un optimisme communicatif que rien ne démonte ? Apr!s avoir organisé en février dernier le festival de rock et de rap Amani, il vient de réussir un autre de ses paris: amener 85 Belges à faire du vélo sur les rives du lac Kivu, du côté de l’île d’Idjwi et de Minova, afin de réunir l’argent nécessaire au financement d’une usine de lavage de café, au bénéfice de l’asbl Comequi, et de la coopérative Amka.

Alors qu’il dirigeait l’antenne locale de la banque BCDC (Banque commerciale du Congo) au début des années 90, Eric de Lamotte, Liégeois d’origine et Bruxellois d’adoption, se prit de passion pour Goma et plus largement pour le Nord Kivu, à cause de sa beauté, de ses attraits touristiques, et surtout de sa population, à la fois têtue et laborieuse, toujours décidée à relever les défis, à reconstruire sa ville, après une éruption du volcan Nyiragongo ou après une offensive rebelle… Après avoir été directeur financier d’IBA à Louvain la Neuve, Eric de Lamotte, tournant le dos à une bien hypothétique retraite, décida de se consacrer à sa passion pour Goma. Voici une dizaine d’années, la ville, parfois qualifiée « capitale mondiale de l’humanitaire » était envahie par les réfugiés et les déplacés. Des enfants erraient à la recherche d’un toit ou de leur famille disparue, des vieillards abandonnés dormaient sur les pierres, la coulée de lave de 2002 avait engloutit des quartiers entiers…
Eric de Lamotte ne se posa pas longtemps la question « que faire pour Goma ? » Il remonta ses manches et para au plus pressé. Sous le label de l’association « En avant les enfants » il créa Inuka, un centre d’accueil pour jeunes filles inspiré par la Burundaise Maggy Barankitse : des adolescentes abandonnées, coupées de leurs familles sont hébergées durant huit à dix mois dans de petites maisonnettes conçues sur un modèle familial, encadrées par une éducatrice qui joue le rôle de maman provisoire. A côté d’Inuka, les femmes désireuses d’apprendre un métier, de gagner un petit revenu, sont invitées à Kisany, un atelier de broderie. Mais pas n’importe lequel : les sacs cousus et décorés par Kisany, les nappes et les serviettes sont conçus par des stylistes belges et ne dépareraient pas les vitrines du Sablon… Après avoir soutenu les garçons de l’Institut don Bosco, de Lamotte a décidé d’appuyer le centre des jeunes de Goma, sa bibliothèque, son équipe sportive, mais aussi ses activités culturelles : des musiciens formés en Belgique grâce au soutien de WBI ont donné des cours aux jeunes de la ville et percent peu à peu sur les scènes locales. C’est ainsi que voici cinq ans, alors que Goma vivait encore sous la menace des canons une autre idée germa, folle en première vue : pourquoi ne pas organiser un grand festival de musique dédié à la paix dans la sous région ? La première édition d’Amani (paix en swahili) dut être postposée car… les combats étaient trop rapprochés, et le festival démarra en 2012, sous les vivats des jeunes ravis d’entendre autre chose que le cliquetis des armes. Depuis lors Amani a pris racine à Goma et cette année encore, faisant craquer l’enceinte du Centre des jeunes, il a accueilli plus de 30.000 participants et un grand « village humanitaire » où toutes les ONG de la place ont présenté leurs projets.
Ancien banquier, fondateur du Belgian Finance Club, de Lamotte n’a jamais perdu de vue l’économie : il a créé Kivu Travel, une agence de voyages qui amène les visiteurs sur le volcan Nyiragongo et auprès des gorilles du parc des Virunga, lancé Swipco, une entreprise de micro crédits, participé avec ses amis au lancement de Comequi (commerce équitable) et organisé Bike for Africa, un rallye cycliste qui a récolté 320.000 euros ! Aujourd’hui, une autre tranche de population vulnérable attire son attention : celle des personnes âgées. Dans cette région secouée par la guerre, les catastrophes naturelles, où des centaines de milliers de personnes déplacées ont perdu leur famille en cours de route, les vieux sont souvent restés au bord du chemin. Ils mendient au centre ville, dorment dans des abris de fortune, sans plus personne sur qui compter…C’est à leur intention qu’Eric de Lamotte a soutenu la création de HAD (Humanité&s et actions pour le développement) : dans le quartier de Keshero, l’un des plus déshérités de la ville, où les parcelles sont taillées à même la lave du volcan, quatre terrains ont été aménagés en potagers collectifs sur deux hectares, ce qui permet aux anciens de cultiver et de vendre leurs choux, leurs amarantes et leurs carottes afin d’améliorer leur ordinaire tandis que 200 maisonnettes de bois ont été construites, pour le prix de 1500 dollars chacune…Plus de 2000 personnes bénéficient ainsi de ce projet qui contribue à leur rendre un peu de dignité.
D’où vient l’énergie de cet homme-volcan, qui galvanise les jeunes et se fait ovationner par les vieux ? De son éducation, de son passé de chef scout, de ses valeurs chrétiennes, de sa générosité et de son enthousiasme à toute épreuve ? Sans aucun doute. Mais De Lamotte est aussi soutenu par un solide réseau d’amis, d’anciens « touristes » de Kivu Travel tombés amoureux à leur tour de cette région fascinante. Sans oublier les effets à fragmentation positive de la solidarité familiale et relationnelle: enfants, amis d’enfants et autres volontaires venus de Belgique sont de plus en plus nombreux à faire le voyage et à vouloir contribuer, chacun à sa manière, au relèvement de Goma et de toute la région…

16 juin 2017

Au Congo les faits sont plus éloquents que les diplomates

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En estimant que c’est l’influence de la Belgique qui serait à l’origine du désaveu européen, les dirigeants congolais surestiment l’influence de l’ex puissance coloniale. Certes, on peut relever l’entregent de l’ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi qui a ses amis à Bruxelles, les « entrées » d’Olivier Kamitatu, et les contacts que les Belges entretiennent tant avec des milieux d’opposition que des défenseurs des droits de l’homme. Mais si, aujourd’hui comme hier, Bruxelles demeure la caisse de résonance de l’opposition congolaise, il faut être bien naïf pour croise que cela suffise à définir une politique, européenne de surcroît.
La principale source des sanctions européennes, la principale cause de l’inquiétude que suscite l’évolution du Congo, à Washington autant que dans les capitales du Vieux Continent, ce sont les faits eux-mêmes. Ce n’est pas seulement à Bruxelles que l’on se préoccupe des massacres répertoriés dans le Kasaï où des dizaines de charniers ont été découverts, que l’on déplore les violences dans le Nord Katanga ou au Nord Kivu, que l’on s’étonne des évasions massives qui ont vidé les prisons et libéré des milliers de criminels. Et que dire des révélations qui se succèdent, à propos de détournements de fonds, de corruption à tous les niveaux ? Qui pourrait ne pas s’indigner devant les meurtres ciblés, les dénis de justice, la chute dramatique du pouvoir d’achat dans un pays où la valeur du franc congolais est passée de 900 à 1500 pour un dollar ?
Ces réalités là n’ont pas été inventées par Didier Reynders pour accabler Kabila et les siens, elles se sont imposées à tous les observateurs et elles découlent, entre autres, de la crise politique déclenchée par le « glissement » c’est-à-dire le retard apporté au processus électoral, par manque de volonté ou de prévoyance.
Certes, les Européens doivent soutenir un processus démocratique et promouvoir des valeurs plus que des hommes, aussi bien en cour soient ils. Mais ils ne détiennent pas la clé du succès ou de l’échec. Pas plus d’ailleurs que les membres de l’ Union africaine, pays « amis » peut-être mais pas aveugles pour autant, et qui pourraient se révéler plus préoccupés que solidaires…

16 juin 2017

Bruxelles accusée d’orchestrer la valse des sanctions

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Chaque jour, les relations se tendent davantage entre Kinshasa et la Belgique, et donc, par extension, avec l’Union européenne elle-même. Les autorités congolaises estiment en effet qu’en tant qu’ « ancienne puissance coloniale » la Belgique influence la politique étrangère de l’Union, entre autres via ses diplomates placés à des postes importants, Bat Ouvry ambassadeur de l’UE en RDC et Koen Vervaeke, ambassadeur de l’UE en Afrique. Relevons aussi que la « maison Schengen » où sont délivrés les visas vers les pays adhérant au groupe du même nom dépend à Kinshasa de fonctionnaires belges chargés de verrouiller ou non les portes de la « maison Europe. »
C’est pourquoi les sanctions décidées à Bruxelles contre neuf personnalités du régime ont été très mal ressenties : outre le gel des avoirs, elles impliquent l’impossibilité de voyager dans l’espace européen et plus largement, un discrédit moral difficile à supporter par des personnalités telles que Lambert Mende, le ministre de l’ Information ou Evariste Boshab, un pur produit de la Faculté de droit de l’UCL, ancien étudiant de Francis Delpérée, sans oublier M. Kalev Mutomb chef de l’ANR (services de renseignements)…
La nature des sanctions est cependant particulière : épargnant des projets de coopération, elles se veulent ciblées et visent des personnalités considérées comme responsables des violences commises au Kasaï et ailleurs, ou impliquées dans des actes de répression et de censure.
Le déplaisir des Congolais s’est encore aggravé depuis la mise à l’instruction d’un dossier concernant le ministre de la Justice Thambwe Mwamba, à la suite de plaintes déposées par les familles de victimes de l’attentat commis contre un avion de Congo Airlines le 18 octobre 1998. Cet appareil, avec à son bord 43 passagers civils et sept membres d’équipage, avait été abattu aux abords de Kindu, (Maniéma) . Alewis Thambwe Mwamba, qui était alors l’un des leaders du RCD Goma (un mouvement rebelle soutenu par le Rwanda) avait revendiqué cet attentat au nom du mouvement rebelle, au prétexte que l’appareil aurait transporté des militaires pro-Kabila, ce qui fut démenti immédiatement.
Une plainte pour crime contre l’humanité a été déposée par Me Alexis Deswaef et c’est le juge Michel Claisse qui a été chargé de l’instruction du dossier. La plainte porte aussi sur des détournements de fonds publics.
Sans évoquer la détérioration de la situation sécuritaire, qui sont de sa propre responsabilité, Kinshasa estime que ces sanctions en série et les procès qui s’annoncent sont la suite logique des propos tenus par Didier Reynders en mai dernier. Le ministre des Affaires étrangères avait alors estimé que le gouvernement constitué par Bruno Tshibala (ancien militant du parti de Tshisekedi durant plusieurs décennies) n’était pas conforme à l’esprit de l’accord de la Saint Sylvestre, conclu grâce à la médiation de la Conférence épiscopale congolaise.
Chaque jour,, l’exaspération de Kinshasa va croissant et un journal de la place, Politico .Cd a annoncé que Kinshasa adopterait à son tour des « sanctions ciblées » (interdiction de visa et gel des avoirs au Congo ) à l’encontre d’un certain nombre de personnalités, Didier Reynders étant la première cible de l’ire congolaise. Non seulement il lui est reproché d’être l’instigateur des sanctions belges et européennes mais à demi mot, Kinshasa le soupçonne de « rouler » pour l’ex gouverneur du Katanga Moïse Katumbi et d’avoir été l’organisateur de la rencontre de l’opposition congolaise à Genval l’été dernier. Les autres cibles sont les euro députées européennes Marie Arena et Cécile Kyenge (Italienne d’origine congolaise), l’ambassadeur Koen Vervaeke et des représentants d’ONG américaines Human Rights Watch et Enough Project accusées d’avoir documenté les dossiers à charge du pouvoir congolaise.
Ces menaces de rétorsion contre des personnalités européennes n’ont cependant pas encore été mises à exécution, pas plus que des sanctions économiques. Si le « gel des avoirs » est une mesure plus que théorique, en revanche une éventuelle réduction des vols de Brussels Airlines pourrait s’avérer douloureuses, tandis que la solidarité de l’Union africaine pourrait être invoquée pour faire pièce aux « ingérences » européennes et au risque de « faire du Congo une autre Libye. »