16 juin 2017

Au Congo les faits sont plus éloquents que les diplomates

Catégorie Non classé

En estimant que c’est l’influence de la Belgique qui serait à l’origine du désaveu européen, les dirigeants congolais surestiment l’influence de l’ex puissance coloniale. Certes, on peut relever l’entregent de l’ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi qui a ses amis à Bruxelles, les « entrées » d’Olivier Kamitatu, et les contacts que les Belges entretiennent tant avec des milieux d’opposition que des défenseurs des droits de l’homme. Mais si, aujourd’hui comme hier, Bruxelles demeure la caisse de résonance de l’opposition congolaise, il faut être bien naïf pour croise que cela suffise à définir une politique, européenne de surcroît.
La principale source des sanctions européennes, la principale cause de l’inquiétude que suscite l’évolution du Congo, à Washington autant que dans les capitales du Vieux Continent, ce sont les faits eux-mêmes. Ce n’est pas seulement à Bruxelles que l’on se préoccupe des massacres répertoriés dans le Kasaï où des dizaines de charniers ont été découverts, que l’on déplore les violences dans le Nord Katanga ou au Nord Kivu, que l’on s’étonne des évasions massives qui ont vidé les prisons et libéré des milliers de criminels. Et que dire des révélations qui se succèdent, à propos de détournements de fonds, de corruption à tous les niveaux ? Qui pourrait ne pas s’indigner devant les meurtres ciblés, les dénis de justice, la chute dramatique du pouvoir d’achat dans un pays où la valeur du franc congolais est passée de 900 à 1500 pour un dollar ?
Ces réalités là n’ont pas été inventées par Didier Reynders pour accabler Kabila et les siens, elles se sont imposées à tous les observateurs et elles découlent, entre autres, de la crise politique déclenchée par le « glissement » c’est-à-dire le retard apporté au processus électoral, par manque de volonté ou de prévoyance.
Certes, les Européens doivent soutenir un processus démocratique et promouvoir des valeurs plus que des hommes, aussi bien en cour soient ils. Mais ils ne détiennent pas la clé du succès ou de l’échec. Pas plus d’ailleurs que les membres de l’ Union africaine, pays « amis » peut-être mais pas aveugles pour autant, et qui pourraient se révéler plus préoccupés que solidaires…