16 juin 2017

Bruxelles accusée d’orchestrer la valse des sanctions

Catégorie Non classé

Chaque jour, les relations se tendent davantage entre Kinshasa et la Belgique, et donc, par extension, avec l’Union européenne elle-même. Les autorités congolaises estiment en effet qu’en tant qu’ « ancienne puissance coloniale » la Belgique influence la politique étrangère de l’Union, entre autres via ses diplomates placés à des postes importants, Bat Ouvry ambassadeur de l’UE en RDC et Koen Vervaeke, ambassadeur de l’UE en Afrique. Relevons aussi que la « maison Schengen » où sont délivrés les visas vers les pays adhérant au groupe du même nom dépend à Kinshasa de fonctionnaires belges chargés de verrouiller ou non les portes de la « maison Europe. »
C’est pourquoi les sanctions décidées à Bruxelles contre neuf personnalités du régime ont été très mal ressenties : outre le gel des avoirs, elles impliquent l’impossibilité de voyager dans l’espace européen et plus largement, un discrédit moral difficile à supporter par des personnalités telles que Lambert Mende, le ministre de l’ Information ou Evariste Boshab, un pur produit de la Faculté de droit de l’UCL, ancien étudiant de Francis Delpérée, sans oublier M. Kalev Mutomb chef de l’ANR (services de renseignements)…
La nature des sanctions est cependant particulière : épargnant des projets de coopération, elles se veulent ciblées et visent des personnalités considérées comme responsables des violences commises au Kasaï et ailleurs, ou impliquées dans des actes de répression et de censure.
Le déplaisir des Congolais s’est encore aggravé depuis la mise à l’instruction d’un dossier concernant le ministre de la Justice Thambwe Mwamba, à la suite de plaintes déposées par les familles de victimes de l’attentat commis contre un avion de Congo Airlines le 18 octobre 1998. Cet appareil, avec à son bord 43 passagers civils et sept membres d’équipage, avait été abattu aux abords de Kindu, (Maniéma) . Alewis Thambwe Mwamba, qui était alors l’un des leaders du RCD Goma (un mouvement rebelle soutenu par le Rwanda) avait revendiqué cet attentat au nom du mouvement rebelle, au prétexte que l’appareil aurait transporté des militaires pro-Kabila, ce qui fut démenti immédiatement.
Une plainte pour crime contre l’humanité a été déposée par Me Alexis Deswaef et c’est le juge Michel Claisse qui a été chargé de l’instruction du dossier. La plainte porte aussi sur des détournements de fonds publics.
Sans évoquer la détérioration de la situation sécuritaire, qui sont de sa propre responsabilité, Kinshasa estime que ces sanctions en série et les procès qui s’annoncent sont la suite logique des propos tenus par Didier Reynders en mai dernier. Le ministre des Affaires étrangères avait alors estimé que le gouvernement constitué par Bruno Tshibala (ancien militant du parti de Tshisekedi durant plusieurs décennies) n’était pas conforme à l’esprit de l’accord de la Saint Sylvestre, conclu grâce à la médiation de la Conférence épiscopale congolaise.
Chaque jour,, l’exaspération de Kinshasa va croissant et un journal de la place, Politico .Cd a annoncé que Kinshasa adopterait à son tour des « sanctions ciblées » (interdiction de visa et gel des avoirs au Congo ) à l’encontre d’un certain nombre de personnalités, Didier Reynders étant la première cible de l’ire congolaise. Non seulement il lui est reproché d’être l’instigateur des sanctions belges et européennes mais à demi mot, Kinshasa le soupçonne de « rouler » pour l’ex gouverneur du Katanga Moïse Katumbi et d’avoir été l’organisateur de la rencontre de l’opposition congolaise à Genval l’été dernier. Les autres cibles sont les euro députées européennes Marie Arena et Cécile Kyenge (Italienne d’origine congolaise), l’ambassadeur Koen Vervaeke et des représentants d’ONG américaines Human Rights Watch et Enough Project accusées d’avoir documenté les dossiers à charge du pouvoir congolaise.
Ces menaces de rétorsion contre des personnalités européennes n’ont cependant pas encore été mises à exécution, pas plus que des sanctions économiques. Si le « gel des avoirs » est une mesure plus que théorique, en revanche une éventuelle réduction des vols de Brussels Airlines pourrait s’avérer douloureuses, tandis que la solidarité de l’Union africaine pourrait être invoquée pour faire pièce aux « ingérences » européennes et au risque de « faire du Congo une autre Libye. »