16 juin 2017

Eric de Lamotte, un volcan venu de Belgique s’enflamme pour Goma

Catégorie Non classé

Qui, à Goma, ne connaît Papa Eric, ce géant aux cheveux gris, toujours enthousiaste, jamais à court d’idées, d’un optimisme communicatif que rien ne démonte ? Apr!s avoir organisé en février dernier le festival de rock et de rap Amani, il vient de réussir un autre de ses paris: amener 85 Belges à faire du vélo sur les rives du lac Kivu, du côté de l’île d’Idjwi et de Minova, afin de réunir l’argent nécessaire au financement d’une usine de lavage de café, au bénéfice de l’asbl Comequi, et de la coopérative Amka.

Alors qu’il dirigeait l’antenne locale de la banque BCDC (Banque commerciale du Congo) au début des années 90, Eric de Lamotte, Liégeois d’origine et Bruxellois d’adoption, se prit de passion pour Goma et plus largement pour le Nord Kivu, à cause de sa beauté, de ses attraits touristiques, et surtout de sa population, à la fois têtue et laborieuse, toujours décidée à relever les défis, à reconstruire sa ville, après une éruption du volcan Nyiragongo ou après une offensive rebelle… Après avoir été directeur financier d’IBA à Louvain la Neuve, Eric de Lamotte, tournant le dos à une bien hypothétique retraite, décida de se consacrer à sa passion pour Goma. Voici une dizaine d’années, la ville, parfois qualifiée « capitale mondiale de l’humanitaire » était envahie par les réfugiés et les déplacés. Des enfants erraient à la recherche d’un toit ou de leur famille disparue, des vieillards abandonnés dormaient sur les pierres, la coulée de lave de 2002 avait engloutit des quartiers entiers…
Eric de Lamotte ne se posa pas longtemps la question « que faire pour Goma ? » Il remonta ses manches et para au plus pressé. Sous le label de l’association « En avant les enfants » il créa Inuka, un centre d’accueil pour jeunes filles inspiré par la Burundaise Maggy Barankitse : des adolescentes abandonnées, coupées de leurs familles sont hébergées durant huit à dix mois dans de petites maisonnettes conçues sur un modèle familial, encadrées par une éducatrice qui joue le rôle de maman provisoire. A côté d’Inuka, les femmes désireuses d’apprendre un métier, de gagner un petit revenu, sont invitées à Kisany, un atelier de broderie. Mais pas n’importe lequel : les sacs cousus et décorés par Kisany, les nappes et les serviettes sont conçus par des stylistes belges et ne dépareraient pas les vitrines du Sablon… Après avoir soutenu les garçons de l’Institut don Bosco, de Lamotte a décidé d’appuyer le centre des jeunes de Goma, sa bibliothèque, son équipe sportive, mais aussi ses activités culturelles : des musiciens formés en Belgique grâce au soutien de WBI ont donné des cours aux jeunes de la ville et percent peu à peu sur les scènes locales. C’est ainsi que voici cinq ans, alors que Goma vivait encore sous la menace des canons une autre idée germa, folle en première vue : pourquoi ne pas organiser un grand festival de musique dédié à la paix dans la sous région ? La première édition d’Amani (paix en swahili) dut être postposée car… les combats étaient trop rapprochés, et le festival démarra en 2012, sous les vivats des jeunes ravis d’entendre autre chose que le cliquetis des armes. Depuis lors Amani a pris racine à Goma et cette année encore, faisant craquer l’enceinte du Centre des jeunes, il a accueilli plus de 30.000 participants et un grand « village humanitaire » où toutes les ONG de la place ont présenté leurs projets.
Ancien banquier, fondateur du Belgian Finance Club, de Lamotte n’a jamais perdu de vue l’économie : il a créé Kivu Travel, une agence de voyages qui amène les visiteurs sur le volcan Nyiragongo et auprès des gorilles du parc des Virunga, lancé Swipco, une entreprise de micro crédits, participé avec ses amis au lancement de Comequi (commerce équitable) et organisé Bike for Africa, un rallye cycliste qui a récolté 320.000 euros ! Aujourd’hui, une autre tranche de population vulnérable attire son attention : celle des personnes âgées. Dans cette région secouée par la guerre, les catastrophes naturelles, où des centaines de milliers de personnes déplacées ont perdu leur famille en cours de route, les vieux sont souvent restés au bord du chemin. Ils mendient au centre ville, dorment dans des abris de fortune, sans plus personne sur qui compter…C’est à leur intention qu’Eric de Lamotte a soutenu la création de HAD (Humanité&s et actions pour le développement) : dans le quartier de Keshero, l’un des plus déshérités de la ville, où les parcelles sont taillées à même la lave du volcan, quatre terrains ont été aménagés en potagers collectifs sur deux hectares, ce qui permet aux anciens de cultiver et de vendre leurs choux, leurs amarantes et leurs carottes afin d’améliorer leur ordinaire tandis que 200 maisonnettes de bois ont été construites, pour le prix de 1500 dollars chacune…Plus de 2000 personnes bénéficient ainsi de ce projet qui contribue à leur rendre un peu de dignité.
D’où vient l’énergie de cet homme-volcan, qui galvanise les jeunes et se fait ovationner par les vieux ? De son éducation, de son passé de chef scout, de ses valeurs chrétiennes, de sa générosité et de son enthousiasme à toute épreuve ? Sans aucun doute. Mais De Lamotte est aussi soutenu par un solide réseau d’amis, d’anciens « touristes » de Kivu Travel tombés amoureux à leur tour de cette région fascinante. Sans oublier les effets à fragmentation positive de la solidarité familiale et relationnelle: enfants, amis d’enfants et autres volontaires venus de Belgique sont de plus en plus nombreux à faire le voyage et à vouloir contribuer, chacun à sa manière, au relèvement de Goma et de toute la région…