22 juin 2017

Attaque surprise sur Beni (Nord Kivu)

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Longtemps menacée par des groupes islamistes, Beni, au Nord Kivu, vit à nouveau dans un climat de panique : durant la nuit, des groupes de combattants lourdement armés ont pénétré dans la ville, progressant du sud vers le nord A 6 heures du matin, ils ont attaqué les positions de l‘armée gouvernementale à Kalau, à 10 km du centre ville. Une heure plus tard, ils envahissaient le quartier Rwangoma, puis à 8 heures, au moment de l’ouverture des bureaux, ils atteignaient le cœur de la ville, au niveau de la mairie. A Kalau et à Rwangoma, les Forces armées congolaises ont réussi à repousser l’assaut mais au centre ville, la situation est demeurée confuse et des civils ont été victimes des échanges de tirs.
D’après des témoins joints sur place, les tirs étaient très intenses, très coordonnés et ils ont même atteint de jeunes élèves qui attendaient dans une salle de classe pour passer les examens d’Etat, tuant une jeune étudiante. Au niveau de la mairie, les Casques bleus de la Monusco ont prêté main forte aux forces gouvernementales. Selon certaines informations les rebelles se composaient de trois groupes différents mais bien coordonnés. Un point suscite certaines interrogations : durant la nuit, des drônes de la Monusco dotés de caméras thermiques avaient survolé la ville, comme si les forces onusiennes avaient eu vent de quelque attaque. A noter que cet assaut est survenu alors que, dans la journée, le conseil des droits de l’homme de l’ONU devait se prononcer sur la situation en RDC. Après avoir adopté une résolution condamnant la situation au Kasaï, où massacres et répression auraient fait plus de 400 morts, il a reculé face aux objections du gouvernement congolais et n’enverra pas sur place une équipe composée d’observateurs indépendants.
La question que se posent de nombreux témoins congolais est double : qui sont les assaillants, et à qui peut profiter l’attaque de Beni ?
Sur le premier point, tout indique que les assaillants en tenue civile seraient plutôt des Mai Mai (milices ethniques congolaises) s’opposant à tous les combattants étrangers, Rwandais et Ougandais. Ces Mai Mai qui avaient établi leurs camps de base dans le parc des Virunga venaient d’essuyer un lourd revers : voici quelques jours ils avaient été chassés de la partie centrale du parc, à la suite d’une offensive de l’armés gouvernementale épaulée par des gardes du parc, bien équipés grâce une dotation venant de la présidence. Cette défaite avait privé les groupe Mai Mai, FDLR (combattants hutus rwandais) et Nyatura (Hutus congolais) de l’accès au lac Edouard et elle hypothèque les recettes que ces divers groupes armés tirent du très lucratif commerce du charbon de bois. L’attaque sur Beni pourrait donc être un acte de représailles, le déplacement vers la ville d’une violence qui était jusqu’à présent limitée aux zones rurales et aux abords du parc des Virunga. En 2016 déjà le quartier de Rwangoma avait été attaqué par les Mai Mai en coordination avec les rebelles ougandais ADF Nalu, assaut qui s’était soldé par 56 morts. A noter que voici quelques jours, la plupart des 4000 détenus dfe la prison centrale de Beni, principalement des Mai Mai, avaient réussi à s’enfuir à la suite d’une attaque menée par des groupes armés bien coordonnés…