31 juillet 2017

Congo,le doute, l’inquiétude, la colère…

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A la veille d’une série de manifestations et d’appels à des journées Ville morte, plusieurs sentiments se bousculent. Le doute d’abord : alors qu’une large frange de la population souhaite que des élections soient organisées dans les délais convenus et que cesse le carrousel des « dialogues », « arrangements particuliers » et autres manœuvres dilatoires, pourquoi les organisations citoyennes, les formations politiques et les forces sociales, qui appellent unanimement à des démonstrations publiques, n’arrivent elles même pas à s’entendre sur une date commune ? Tant qu’à prendre le risque de faire descendre la population dans la rue, pourquoi ne pas le faire tous en même temps ?
Inquiétude aussi : vu la faible capacité d’encadrement des signataires des divers appels, dérapages et provocations sont à redouter dans un pays où les détenus en cavale courent les rues, où d’anciens chefs de guerre comme Gédéon Kyungu au Katanga sont prêts, armes à la main, à se mettre au service des manipulations du pouvoir, où l’on ignore toujours qui tire vraiment les ficelles de la violence au Kasaï, à Beni dans le Nord Kivu ou ailleurs…. Si des violences éclatent, provoquées ou non, l’application d’une « loi anti casseur » à la congolaise ne permettra-t-elle pas d’inculper des dirigeants de la société civile et de l‘opposition, de les traiter comme de dangereux meneurs, tenus pour responsables des éventuels débordements ?
Mais au vu de cette dérive du Congo, chaque jour plus rapide, c’est surtout la colère qui prévaut. Colère car la crise actuelle, qui annihile des années d’efforts et de croissance et qui décapite les espoirs de la population, était parfaitement évitable. Lors des années de « vaches grasses », alors que les recettes de l’Etat augmentaient, rien n’empêchait le gouvernement, dominé par la majorité présidentielle, de prévoir les budgets nécessaires à la préparation des élections dans les délais légaux. Si rien n’a été fait, ou trop tard, c’est parce que M. Kabila et les siens, s’estimant indispensables, ont tout fait pour prolonger leur présence au pouvoir et imposer un « glissement » de fait. Et si, depuis la signature de l’accord du 31 décembre, négocié par les évêques, la mise en œuvre de la transition a pris tellement de retard, c’est aussi parce que les partis de l’opposition se sont laissé diviser par les calculs et les ambitions personnelles, à tel point que le crédit de la classe politique dans son ensemble s’est effondré.
Pour qui prend la peine de l’écouter, la population congolaise est unanime : elle récuse tractations et compromissions, elle exige que soit appliquée une Constitution qui, au sortir de la guerre, avait été ratifiée comme une garantie de la paix, elle refuse la « marche arrière toute » qui lui est aujourd’hui imposée, elle veut que l’Etat fonctionne et que soit partagé le bénéfice des ressources naturelles, actuellement confisqué par les « élites ». Dans ce pays immense et divers, le respect de la loi fondamentale est le seul véritable ciment, l’aspiration à la démocratie réunit la plupart des citoyens. Ne pas y répondre, laisser à la population seule le soin de « se prendre en charge », c’est aussi prendre le risque de libérer toutes les forces centrifuges…

25 juillet 2017

Congo: la classe politique tourne en rond, comme dans un film…

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Le film « Tribunal sur le Congo » se rejoue en direct

Goma et Bukavu, envoyé spéciale,

« Si nous voulons que nos droits soient respectés , nous devons retrouver notre sens de l’honneur et de la dignité… Dans ce pays, des hommes politiques ne se gênent pas pour venir assister à un tribunal fictif où sont évoqués des crimes bien réels, pour lesquels ils savent bien que personne ne leur demandera des comptes »…Dans la grande salle paroissiale de Panzi, à quelques mètres de son hôpital, le Docteur Mukwege ne mâche pas ses mots. Au premier rang d’une assistance de 3000 personnes, il a, durant presque deux heures, assisté à la « première » du film de Milo Rau, « Tribunal sur le Congo ». Un tribunal imaginaire, monté sous forme de documentaire, mais dans lequel tout est vrai, la procédure, les juges, mais surtout les témoins et les faits décrits : massacre de Mutarule près d’Uvira, où 35 villageois ont été tués par des militaires et jetés dans une fosse commune, spoliation des terres par des multinationales avides d’exploiter les ressources en or et en coltan, constitution de milices d’autodéfense des communautés…Durant des années, crimes de sang et crimes économiques se sont succédé au Congo, sans autre réponse que l’impunité des coupables et l’impuissance voire la complicité des dirigeants. Le « Tribunal sur le Congo » faisant appel à l’opinion entend apporter une première réponse à cette exigence qui fuse de partout et réclame la fin de l’impunité…
Apostrophant de autorités qui, pour certaines ont accepté de figurer dans le film et de répondre aux questions des jurés, le médecin-chef de Panzi visait aussi, avec une vigueur inhabituelle, un invité de marque, qui ne manqua aucune des projections du film au Sud et au Nord Kivu : Vital Kamerhe, ancien président de l’Assemblée nationale et aujourd’hui président d’un parti politique d’opposition, l’Union pour la nation congolaise. Dans ses fonctions, alors qu’il était le deuxième personnage de l’Etat, Kamerhe, fut, à l’époque, informé des accaparements de terres, des interprétations abusives d’un code minier déjà très libéral. Mais aujourd’hui, sans revenir sur le passé, il se contente d’écouter les revendications de ses compatriotes qui réclament la justice, la fin de l’impunité et il relaie avec éloquence un vœu partout exprimé : que l’ Etat congolais prenne ses responsabilités, garantisse la loi et l’ordre , défende les droits de chacun…Envisageant de se porter candidat à l’élection présidentielle, Kamerhe, visiblement, a entamé sa campagne en commençant par son fief du Sud Kivu, Bukavu et surtout Walungu, son village natal, où le film a également été projeté.
Captant la lumière des projecteurs, présent sur la scène lors des débats et ovationné par ses fans, même lorsqu’il arrive en retard et interrompt la projection, Kamerhe est apparu comme un politicien chevronné, beau parleur, habile à dévier les flèches et à botter en touche lorsque les questions se font trop pointues. Mais au-delà de la curiosité et de l’enthousiasme que suscite toujours l’apparition d’une vedette politique, l’ancien président de l’Assemblée nationale, présenté naguère comme un dauphin potentiel de Kabila, jusqu’à ce que surviennent le choc et la rupture, a-t-il gardé son crédit d’antan ? Ce qui est sûr, c’est qu’ à l’inverse d’autres opposants, il peut s’exprimer librement et utiliser à son profit les feux de la rampe…
Mais même dans son fief du Kivu, on lui reproche d’avoir accepté les dialogues successifs avec le pouvoir, en octobre avec le médiateur togolais Edem Kodjo et en décembre sous la houlette des évêques désireux d’éviter l’affrontement. Ces dialogues sont aujourd’hui largement considérés comme des jeux de dupes, où l’opposition, en acceptant d’entrer dans le jeu de la majorité présidentielle s’est discréditée par les rivalités, les luttes pour le pouvoir, les soupçons d’ « achat des consciences »… Avec le recul, les faits donnent raison au docteur Mukwege qui, l’automne dernier, était bien seul lorsqu’il réclamait, purement et simplement, que les élections soient organisées dans les délais requis et qu’au-delà de la date fatidique du 19 décembre, (jour de l’expiration du deuxième mandat du chef de l’Etat) les tenants de pouvoir cèdent la place à un pouvoir de transition…
Aujourd’hui, le dernier acte le la récupération des concessions accordées en décembre aux évêques vient de se jouer : après avoir désigné Bruno Tshibala au poste de Premier ministre, (ancien proche de Tshisekedi, Tshibala est aujourd’hui récusé par les plus radicaux du Rassemblement et n’incarne donc pas le consensus) le chef de l’Etat a achevé de diviser l’opposition en nommant Joseph Olenghankhoy (connu pour ses fréquents retournements) à la tête du CNSA. La manœuvre s’accompagne de cynisme : dans une récente interview au « Spiegel, » Joseph Kabila allait jusqu’à affirmer qu’en décembre, « il n’avait rien promis ».
Alors que la violence s’étend sur de larges portions du territoire, que l’opposition politique est discréditée et les évêques dupés, d’où viendra le verdict final de ce « Tribunal sur le Congo » qui se joue en direct, sur la large scène de ce pays- continent ? Le 31 juillet prochain, les organisations de la société civile, dont Lucha et le Docteur Mukwege, ont appelé à une journée de manifestations pacifiques…

25 juillet 2017

Vital Kamerhe: il est minuit moins une

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Vital Kamerhe, ancien président de l’Assemblée nationale, croit encore à une sortie de crise pacifique

Interview de Vital Kamerhe, président de l’UNC (Union pour la nation congolaise ) et ancien président de l’Assemblée nationale

Bukavu,
Vous avez refusé votre nomination au poste de vice président du Comité national de suivi de l’accord (qui devait superviser la mise en œuvre de l’accord de la Saint Sylvestre) et le MLC, (Mouvement pour la libération du Congo, un autre parti de l’opposition a fait de même. Pour quelles raisons ?

Il s’agît d’une manœuvre de plus destinée à distraire l’opinion et les partis politiques. Revenons en arrière : en décembre dernier, lorsque les évêques avaient réussi à conclure un accord, il avait été décidé de confier la présidence du comité de suivi à Etienne Tshisekedi, compte tenu de la personnalité de ce dernier, de son intransigeance. Après son décès, il y eut des querelles internes au sein du Rassemblement de l’opposition, pour savoir qui allait le remplacer et être capable de faire contrepoids face à la Commission électorale indépendante (CENI), peser de tout son poids pour que l’accord soit appliqué intégralement et mène à l’organisation des élections.
Quant au président Kabila, conformément à ce qui était prévu, il a fait son choix et nommé Bruno Tshibala, issu de l’UDPS le parti de Tshisekedi, au poste de Premier Ministre. (ndlr. Une nomination contestée car elle n’a pas été avalisée par l’ensemble de l’opposition)
Pour le comité de suivi de l’accord, (CNSA) le président a entamé des consultations et finalement, il y a eu signature de l’arrangement particulier. Dans l’entendement de tout le monde, il fallait rechercher des consensus et il y avait plusieurs candidats. Joseph Olenghankhoy était proposé par le groupe de Bruno Tshibala, devenu premier ministre. Ma candidature avait été présentée par plusieurs de mes pairs et une lettre avait été adressée au président. Mais je posais des conditions : pour moi, il fallait consulter tout le monde, y compris le Rassemblement de l’opposition et Félix Tshisekedi. D’autres candidats à ce poste de président du CNSA étaient possibles, comme Pierre Lumbi, membre du du Rassemblement…

Aujourd’hui, alors que je me trouve à Walungu (Sud Kivu) j’apprends que j’ai été désigné vice président du CNSA et que Joseph Olenghankhoy en est le président. Non seulement je suis surpris, mais je ne me sens pas concerné et la direction de mon parti estime qu’il faut rester dans la logique de l’accord et aller aux élections. Cette nomination est mal ficelée et je crois que M. Olenghankhoy, au lieu d‘être indépendant, demeurera dans la logique du pouvoir présidentiel. J’ai donc décliné cette offre de la manière la plus claire possible, il n’y a pas de confusion…

Maintenant vous refusez, mais à l’automne 1917 vous avez été critiqué pour avoir accepté de participer au dialogue qui s’est mené à la cité de l’Union africaine, sous la houlette de l’ancien président togolais Edem Kodjo ; on vous avait qualifié de traître…

Nous avons été vilipendés par tous. Mais mon principe était qu’on ne peut pas refuser le dialogue, qu’il faut incarner une opposition responsable. Je rappelle qu’à ce dialogue étaient présents des représentants des Nations unies, de l’Union européenne, de l’Union africaine…L’objectif était d’organiser des élections, de se mettre d’accord. Nous savions tous que le mandat du président Kabila expirait le 19 décembre et nous avions le choix entre deux positions : on le met dehors mais alors il faut être sûr que tout le monde suit, la population mais aussi l’armée et la police et qu’un « troisième larron » ne va pas surgir, rafler la mise et mettre tout le monde en congé. Cela s’est déjà vu. L’intelligence c’est aussi la ruse. Dire non à tout, on a vu ou cela mène.
Nous avons donc accepté le dialogue et exigé un délai raisonnable pour organiser les élections, une année, pas plus. La CENI proposait les élections avant novembre 2018 mais pour nous qui étions à l’intérieur cela nous paraissait trop lointain, et nous avions ramené ce calendrier au 19 avril 2018. Nous exigions aussi la décrispation politique, c’est-à-dire la libération de prisonniers d’opinion. Dans mon idée, il fallait que tôt ou tard on se retrouve tous ensemble, ceux qui participaient au dialogue, comme nous, et aussi les autres qui avaient initialement refusé.
Pour moi, au-delà des postes à pourvoir, Premier ministre ou autre, ce qui comptait, c’était obtenir un calendrier précis en vue d’organiser les élections et savoir comment surveiller le processus. Je souhaitais que soit mis sur pied une sorte de « comité d‘accompagnement » congolais, avec des prérogatives clairement définies, ce qui donna naissance au « CNSA », une institution dotée d’une autorité certaine. C’était la dernière carte à jouer…
Si après le dialogue mené par Edem Kodjo j’ai accepté de participer aux négociations de décembre menées par les évêques, c’était pour donner au président Kabila et à sa majorité une chance de trouver une porte de sortie honorable. Si le président avait sincèrement appliqué cet accord, il aurait pu se construire un autre avenir, conseiller son successeur, être sénateur à vie, être chargé de missions internationales. Mais voilà, entre ce qu’il promet et ce qu’il fait, il y a de la marge…

Au fil de toutes ces négociations qui ne débouchent sur rien, de ces accords qui ne sont pas appliqués,n’avez-vous pas l’impression d’être roulé dans la farine, dupé à chaque coup ?

Je ne me suis pas senti roulé. Je connais l’homme et aussi sa majorité, mais j’ai plusieurs tours dans mon sac… Mon objectif premier, c‘est qu’il n’y ait pas de bain de sang. Eviter d’aller au choc, à la violence. Eviter que les militaires aillent s’affronter avec une population que ne demande qu’une chose, s’exprimer librement…En fait, au sein de la majorité présidentielle, ils se sont roulés eux-mêmes dans la farine. Mobutu avait fait la même chose, il a voulu rouler tout le monde à l’époque, créer un vide autour de Tshisekedi. Et à la fin, c’est lui qui s’est retrouvé tout seul.
Se retrouvent aujourd’hui à crier dans l’opposition des hommes comme Olivier Kamitatu, qui, alors qu’il était ministre du Plan assurait que tout allait pour le mieux…Aujourd’hui il dit que le président Kabila a échoué. Mais cet échec est aussi le sien.

Précisément, en plus d’une crise politique, le Congo traverse une crise économique. Le Premier Ministre assure que les caisses sont vides, alors que hier encore son prédécesseur Matata Mponyo assurait que le taux de croissance était de 7 ou 8%, que le budget était en équilibre. Que s’est il passé ?

En prenant ses fonctions le premier Ministre Badibanga avait trouvé 800.000 dollars dans les caisses de l’Etat, et pour Bruno Tshibala, c’est pareil il constate que l’Etat n’a pas d’argent. Or le président ne dit rien, la Cour des Comptes non plus… Où est parti le fruit de la croissance ? Or en même temps le Ministre de la Justice assure devant la communauté internationale que pour organiser les élections, le pays n’a pas besoin d’aide étrangère, qu’il a les moyens de le faire tout seul. Allez comprendre…
De deux choses l’une. La première hypothèse, c’est qu’il y a eu duperie : si le taux de croissance avait réellement été de 8% les conditions de vie de la population auraient changé, il y aurait eu création d’emplois. Ou alors il y a vraiment eu de la croissance, une augmentation des recettes, mais dans ce cas, l’argent a été détourné. Quand on gouverne on prévoit, et le budget de élections n’a pas été prévu…
Chaque jour dans les médias internationaux apparaissent des rapports qui accablent le chef de l’Etat et sa famille, les accusent de détournements de fonds publics. Pourquoi n’y a-t-il ni sanction, ni démenti ? On accuse la Gecamines d’avoir dilapidé ses avoirs, pourquoi n’y a-t-il pas de réponse à ces accusations ?
Il faut savoir qui a fait quoi ?

Parce que vous ne le savez pas ?

C’est pour le savoir qu’à l’époque, lorsque j’étais président de l’Assemblée nationale j’avais demandé que l’on revisite les contrats miniers…
Trouvant les caisses vides, le Premier ministre qui ne peut même plus payer les fonctionnaires devrait démissionner..La réalité, c’est que l’argent ne se trouve pas là où il devrait se trouver. S’il n’est plus dans les caisses de l’Etat il est ailleurs… Rappelez vous qu’avant de céder son poste, le Premier Ministre Matata Mponyo en accord avec le président Kabila avait nommé tous les responsables des régies financières…

Vous aussi vous avez été proche du président Kabila, président de l’Assemblée nationale. Et puis vous avez rompu, vous êtes passé à l’opposition…

Si j’ai rompu et démissionné c’est à la suite d’une divergence fondamentale. Il fallait mettre fin à la présence des rebelles hutus sur notre territoire, mais j’estimais que recourir à l’armée rwandaise, lui permettre de revenir sur notre territoire, ce n’était pas la bonne manière. Et aujourd’hui ces mêmes rebelles, les Interhahamwe, sont toujours là…

Une autre question : au Kasaï, à Beni et aussi ailleurs, il y a une explosion de violence. Est-ce un accident, ou le résultat d’un plan délibéré ?

Ce qui est sûr c’est que le pouvoir est incapable d’endiguer cette violence. Ce pays a bénéficié de la présence de 20.000 Casques bleus, d’une brigade spéciale de 3000 hommes, de résolutions de l’ONU renforçant tous les mandats. Et avec tout cela on n’est pas en mesure de mettre fin aux activités de tous ces petits groupes, les Kamwina Nsapu et autres, les Mai Mai, qui n’ont tout de même pas tellement de moyens… Au Kasaï nous sommes dans le cœur du Congo. Si une tumeur part de là, c’est tout le corps qui va s’infecte…C‘est un conflit inutile qui gagne tout le pays. Or l’Etat s’avère incapable de sécuriser toute la population et le président de la CENI déclare que son institution sera incapable d’assurer l’enrôlement des électeurs dans le Kasaï alors que dans l’Ituri, il a pu avoir lieu.

La question est de savoir si le pouvoir organise cette violence, ou s’il s’avère impuissant…

Je préfère rappeler qu’à l’époque où j’étais président de l’Assemblée nationale, nous avions organisé au Nord Kivu une rencontre de toutes les communautés, de toutes les forces en présence, écouté leurs revendications et mis au point un plan de sortie de crise.
Aujourd’hui on ne peut pas laisser nos frères du Kasaï seuls dans leur drame, il faut organiser un dialogue. Je suis prêt à tout faire pour essayer d’éteindre l’incendie.

Le président Kabila peut il encore organiser son départ d’une manière pacifique, en évitant la casse ?

La pression du peuple sera telle qu’il n’aura pas le choix. Ce n’est pas un téméraire, il ne va pas accepter de mourir. On ne fait pas la guerre à son peuple et pour celui-ci c’est clair, tout le monde dit la même chose partout, on veut des élections. Personne ne veut la mort de Kabila, ce que l’on veut c’est qu’il soit ancien président…C’est aussi simple que cela. On veut voir un ancien président de la République circuler librement dans son pays. Une sortie digne et pacifique est encore possible, à condition que les extrémistes des deux camps mettent de l’eau dans leur vin. On ne gère pas un pays dans les extrêmes…J’ai envie de dire au président : « vous avez encore l’occasion de reprendre la situation en mains et d’inscrire votre nom dans l’histoire du Congo. Méfiez vous des flatteurs, des petits stratèges… »Aujourd’hui nos généraux sont sur la liste des sanctions de l’Union européenne, des Etats-Unis, alors même que certains d’entre eux n’ont pas participé à la répression. Vers où va notre armée ? Et si les militaires aussi disaient « nous aussi, nous sommes le peuple, nous voulons que l’on organise des élections, conformément à la Constitution… »
Il est minuit moins une et le temps n’est pas nécessairement du côté du pouvoir…

21 juillet 2017

Les pénuries s’aggravent à Bukavu et le Rwanda suscite l’envie

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Bukavu,

A première vue, Bukavu est une ville d’eau. Ceinte de tous côtés par les rives étincelantes du lac Kivu. Traversée par une demi douzaine de rivières et autant de ruisseaux qui dévalent depuis les haut plateaux. Et pourtant, en cette période de saison sèche, qui dure jusqu’en septembre, la capitale du Sud Kivu a des allures sahéliennes. Des nuages de poussière rouge tourbillonnent dans les rues, tout le monde crache ou toussotte, les buissons de fleurs s’étiolent, les arbres naguère luxuriants se craquèlent sous le soleil. Et surtout l’eau manque, tragiquement. Même dans les quartiers huppés d’Ibanda ou de la Botte, qui accueillent la bourgeoisie locale ou les expatriés, le personnel est obligés, tôt matin, d’aller puiser l’eau dans le lac pour remplir de seaux qui seront délicatement posés dans les chambres. Les affichettes recommandant d’économiser l’eau potable ou de fermer soigneusement les robinets sont inutiles : plus aucune goutte ne suinte, tout est désespérément sec.
L’eau n’est pas seule à manquer. Dans beaucoup de voitures, des petits panneaux solaires placés derrière le pare brise captent les généreux rayons et alimentent l’indispensable outil de communication, le précieux marqueur social qu’est le portable. Car dans les maisons, fussent elles à étages, avec vue sur lac et dotées de portails hollywoodiens, l’électricité est absente ou n’apparaît que sporadiquement. Seuls les vraiment riches sont dotés de générateurs qui fonctionnent à l’essence mais dans cette ville où les fonctionnaires n’ont plus été payés depuis huit mois, où le franc congolais a perdu 50% de son pouvoir d’achat, chacun est obligé de compter ses sous et de rationner le carburant.
Cependant le miracle congolais tient bon : privés d’eau, obligés de coltiner des bidons jaunes depuis le lac ou les rivières, nos amis congolais sont habillés avec autant de soin que d’habitude, les épouses arborent chaque jour des tenues aux couleurs soigneusement assorties, vacillent sur leurs chaussures compensées et leurs talons hauts.
Certes, Marie nous souffle qu’elle améliore son ordinaire en louant des robe de mariage, en faisant tourner les toilettes entre ses amies. Lors de chaque réception robes ou costumes sont impeccables et, puisque les mariages se succèdent chaque week end, les fiancés et leurs familles veillent à s’y prendre des mois à l’avance pour louer les salles…
« Le Congo, c’est ainsi, on vit, on se débrouille… » assurent nos amis en nous faisant les honneurs de leur nouvelle maison avec vue sur lac, une demeure qui fait allègrement fi des plans d’urbanisme (à supposer qu’il y en ait…) et qui nous expliquent que tous ceux qui ont réussi à mettre un peu d’argent de côté l’investissent désormais dans l’immobilier, les banques étrangères se montrant réticentes à accepter ou à changer de l’argent venu d’un Congo placé sur la liste noire des pays à risque…
Certes, au Congo, on vit, envers et contre tout, et le miracle est quotidien. Mais on râle aussi. On épingle les puissants qui roulent carrosse, entourés de nuages de poussière, on désigne les autorités, et plus particulièrement le gouverneur et ses adjoints, comme boucs émissaires de tous les maux qui accablent la ville.
Il est vrai que Kinshasa la boulimique, où la misère est tout aussi grande, est bien loin, et que les autorités locales, à portée de main, ou de cailloux, font l’objet de tous les récits de corruption, vrais ou excessifs et représentent les boucs émissaires les plus accessibles… Pharaoniques, les chiffres qui détaillent la fortune accumulée par la famille Kabila dépassent l’imagination et l’homme de la rue mélange allègrement les millions et les milliards, retenant simplement que les ressources captées au sommet de l’Etat sont autant de moyens qui font défaut pour assurer le quotidien de chacun… Même même chez les “petits”, les simples citoyens la politique st omniprésente, elle absorbe toutes les énergies. Dans l’ombre des paillottes qui protègent du vent brûlant, on discute de l’insécurité qui se répand, des morts inexpliquées, des prisons qui se vident mystérieusement, des politiciens qui créent des milices pour imposer un improbable dialogue et qui recrutent sans scrupules parmi les dizaines de milliers de jeunes sans emploi malgré leurs diplômes chèrement obtenus…
Au pays des aveugles, les borgnes sont rois… Dans ce Congo privé d’élections, où le échéances électorales reculent sans cesse, les élections présidentielles qui se dérouleront au Rwanda voisin le 4 août prochain finissent par faire rêver. Et pourtant elles seront sans surprise : le pays voisin est couvert de banderoles « Tora Kagame » votez pour Kagame, les adversaires et rivaux du « boss » qui remportera certainement un mandat de sept ans, renouvelable, sont presque invisibles, le drapeau du Front patriotique rwandais flotte partout, et chacun lorsqu’il s’agît de politique, ne s’exprime qu’à mi voix…
Au Congo, et plus particulièrement dans la turbulente Bukavu, un tel unanimisme susciterait une levée de boucliers, une poussée généralisée de scepticisme et de critiques acerbes. Mais dans la capitale du Sud Kivu en ce moment, on préfère relever que Kagame, l’ennemi d’hier, le voisin si longtemps abhorré et encore redouté, est aussi « un homme qui a une vision pour son pays , qui l’a mis sur les rails du développement. »
Et chacun d’énumérer, avec un mélange d’envie et de sentiment d’humiliation, les réalités du Rwanda d’aujourd’hui : « nos minerais sont raffinés chez eux, mais les légumes que nous consommons viennent du Rwanda ; grâce à la fibre optique, ils ont Internet partout, les routes, où la vitesse est drastiquement limitée, sont en excellent état…”
Il fut un temps où rancuniers, hostiles, humiliés par les défaites successives et l’exploitation de leurs ressources naturelles, les gens de Goma et de Bukavu préféraient faire un détour par le Burundi ou l’Ouganda plutôt que passer par le Rwanda. Tout cela est bien loin. Aujourd’hui, ceux qui le peuvent voyagent via Rwandair qui offre des tarifs très compétitifs vers l’Europe. Les sédentaires traversent une frontière ouverte jusque 22 heures pour s’en aller passer la nuit au Rwanda : à Cyangugu en face de Bukavu comme à Gisenyi en face de Goma des logements modernes sont désormais loués ou vendus à des Congolais, de plus en plus nombreux, qui travaillent dans leur pays (quand ils ont un emploi) mais traversent la frontière pour jouir, à bas prix, de privilèges devenus introuvables chez eux : eau courante, électricité, réseau Internet. Sans oublier le bien le plus précieux de tous, la sécurité, garantie dans un pays où des la tombée de la huit les militaires envahissent les rues, silencieux, disciplinés, mais arme au poing…

21 juillet 2017

La valse des gouverneurs et des fusibles

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S’agît il de faire baisser la tension, de démontrer que, « quelque part » les aspirations des citoyens sont entendues ? Ou de relancer le jeu politique en tranchant quelques têtes ? La CENI (Commission électorale indépendante) a frappé un grand coup en publiant mardi le calendrier de l’élection des gouverneurs et vice gouverneurs de 11 des 26 provinces de la République démocratique du Congo.
La liste définitive des candidats sera publiée le 12 août prochain et après que les candidats aient fait campagne devant leurs Assemblées provinciales la publication des résultats définitifs devrait intervenir le 12 septembre prochain. Certaines provinces très en vue sont ainsi décapitées, dont l’Equateur, le Bas Uele, le Kasaï central, le Kwilu, la Tshopo et et surtout le Sud Kivu. Dans la plupart des cas les gouverneurs, élus au suffrage indirect, avaient été destitués par les élus des assemblées provinciales, mais dans le cas du Sud Kivu le gouverneur Marcellin Cishambo avait seulement fait l’objet d’une motion de défiance, sans avoir pour autant été destitué, et une pétition demandant sa mise à l’écart avait recueilli 30.000 signatures.
A Bukavu comme dans les autres capitales provinciales, les reproches adressés aux gouverneurs se ressemblaient : mauvaise gestion, absence d’investissements publics, retards dans le paiement des fonctionnaires. Au Sud Kivu, le gouverneur Cishambo, connu pour son franc parler, avait maintes fois souligné que si les fonctionnaires provinciaux accusaient des retard de paiement s’élevant à huit ou neuf mois, la faute en incombait d’abord au gouvernement central qui ne rétrocédait pas aux provinces les 40% des recettes engrangées et à ceux qui lui reprochaient de voyager trop souvent à Kinshasa il répondait qu’il répondait au convocations du chef de l’Etat…
En réalité, le malaise vient du fait que la constitution congolaise prévoit que toutes les recettes (douanières, minières foncières et autres) perçues par les 26 provinces doivent être envoyées à Kinshasa qui d’après la loi, devrait rétrocéder 40% de ces sommes aux entités provinciales. Mais on est loin du compte : budgétivore, la capitale garde l’essentiel des recettes pour ses propres besoins, institutionnels ou politiques et ne renvoie que des miettes, de manière irrégulière, la corruption et l’ « achat des consciences » faisant le reste… Cette situation avait, en son temps, provoqué les vives protestations de Moïse Katumbi : alors qu’il était gouverneur du Katanga il estimait que la province du cuivre, « vache à lait » du pays, était loin de recevoir ce qui lui était du afin de pouvoir assurer son propre développement. Au Sud Kivu, le gouverneur Cishambo, critiqué par ses administrés pour l’état des routes, ne cessait, lui aussi, de reporter la responsabilité sur Kinshasa et il se rendait régulièrement dans la capitale, non seulement pour rencontrer le président, mais aussi parce qu’il espérait ramener les moyens de payer le personnel provincial et tenter de faire baisser la tension.
Dans le contexte actuel, les gouverneurs de province sont aussi des fusibles que l’on fait sauter pour calmer l’opinion et masquer l’état inquiétant des finances du pays : les réserves de change ne s’élèvent plus qu’à 3,4 semaines d’importations, les prix ont augmenté de 36,4% depuis le début de l’année et le franc congolais, longtemps stabilisé à 900FC congolais pour un dollar pourrait frôler la barre des 2000 FC pour un dollar d’ici la fin de l’année. Ce qui entraînera une perte de 50% du pouvoir d’ achat en particulier pour les agents de l’Etat. Pour se dédouaner, les autorités évoquent la chute des cours des matières premières, le fait que 85% des recettes générées par l’exploitation des ressources naturelles n’entrent pas dans le budget de l’Etat, l’absence de programme avec le Fonds monétaire international qui pose des conditions politiques. Des excuses qui ne convainquent pas grand monde : à l’instar de l’ancien banquier Jean-Jacques Lumumba « « la descente aux enfers de l’économie s’explique d’abord par la situation politique instable que vit le pays : il y a rareté des devises pare qu’aucun investisseur ne veut ramener des devises au Congo pour exploiter ou développer ses affaires… »

11 juillet 2017

Incertitudes sur les élections et Belges bloqués à Kindu

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Les autorités congolaises refusent désormais la coopération militaire belge. Par contre, le matériel dont celles-ci disposent encore semble les intéresser… On se rappelle que mi avril, réagissant à des propos critiques tenus par le Ministre des Affaires étrangères Didier Reynders au sujet du gouvernement Tshibala, Kinshasa décidait la suspension de la coopération militaire avec le Congo. Une coopération bien modeste en apparence, puisqu’elle se limitait à des tâches de formation de la 31e Brigade et à l’accueil d’étudiants congolais à l’Ecole royale militaire, mais appréciée tout de même parce que les unités formées par les instructeurs belges à Kindu étaient considérées comme les meilleurs éléments des forces armées gouvernementales.
A Kindu (Maniéma) douze militaires belges n’ont toujours pas quitté le camp Kasuku et leurs familles commencent à s’impatienter. Ils sont censés démonter les installations restées sur place et ils sont dans l’attente d’un C130 qui viendrait récupérer les hommes et leurs équipements. Mais pour des raisons techniques, (une histoire d’huile dans les C130, qui se solidifierait en vol et devrait être vidangée avant le départ…)le C130 de la Force aérienne est toujours bloqué à Brazzaville tandis qu’à Kindu, Belges et Congolais se disputent à propos du matériel demeurant sur place. Selon nos sources, il s’agirait de quelques vieux réfrigérateurs, qui resteront sans doute en Afrique, de quelques camions Unimog amortis depuis qu’ils ont entamé leur carrière en Somalie au début des années 90, de jeeps Iltis, des armes personnelles des militaires et d’un matériel de transmission qualifié de « sensible ».
C’est là que le bât blesse : alors que les Belges souhaitent rapatrier tout leur « matos » les Congolais aimeraient hériter de ces appareils sophistiqués. Il s’agît d’appareils radio susceptibles d’envoyer des messages cryptés, vers Kinshasa ou vers Bruxelles, des messages indéchiffrables. Dans le climat actuel entre Bruxelles et Kinshasa, marqué par le soupçon et la méfiance, les Congolais souhaiteraient récupérer ce matériel ou, au minimum, l’examiner de plus près. Les Belges pour leur part estiment qu’ils n’ont pas de raison de faire des cadeaux à leur sourcilleux partenaires et qu’en plus, embargo et licence d’ importation temporaire obligent, ils ne pourraient le faire, même s’ils le voulaient.
Aux yeux des Congolais, ce matériel de transmission revêt aussi une signification particulière. Rappelons qu’en 2013, lorsque l’armée congolaise avait réussi à mettre en échec des troupes du M23 (rebelles tutsis soutenus par le Rwanda) c’est entre autres grâce aux bataillons qui avaient été formés à Kindu par les Belges et qui furent déployés en première ligne. A cette époque, les FARDC (forces gouvernementales) étaient minées par les défections et les trahisons, leurs communications étaient interceptées et l’adversaire, informé de tout mouvement de troupes par des officiers qui travaillaient pour lui, pouvait sans difficulté aucune tendre des embuscades et mettre en échec des offensives qui auraient du être victorieuses. C’est pourquoi les instructeurs belges, opérant à distance, conseillèrent à leurs partenaires congolais d’abandonner leurs portables, de suspendre toutes les communications téléphoniques pour éviter tout risque d’interception, et de ne plus communiquer qu’avec des talkies walkies ou du matériel de transmission indétectable dans le camp d’en face. Cette précaution permit à l’offensive des FARDC de bousculer le M23 dont les troupes durent chercher refuge en Ouganda. Depuis lors, les artisans de cette victoire congolaise sont considérés comme des héros, surtout à titre posthume : le colonel Mamadou Ndala a trouvé la mort dans une embuscade sur la route de Beni quelques semaines après la victoire et nul n’a jamais cru que des causes naturelles aient pu être à l’origine du décès du général Lucien Bahuma…
Quant aux radios cryptées utilisées par les Belges, ce matériel a toujours été considéré comme de grande valeur et on peut comprendre qu’à l’heure du départ des formateurs belges leurs collègues congolais lorgnent sur cet héritage plus que symbolique….
La récente visite à Bruxelles du ministre congolais des Affaires étrangères She Okitundu n’ayant pas allégé le climat ni permis la levée des sanctions ciblées qui frappent une dizaine d’officiels congolais (refus de visa et gel des avoirs) des mesures de rétorsion sont appliquées du côté congolais où la méfiance demeure entière. C’est ainsi que le ministre de l’information et porte parole du gouvernement Lambert Mende nous a expliqué que « le Ministre belge de la Défense aurait souhaité obtenir une cinquantaine de visas pour des militaires devant se rendre à Kindu avec pour tâche d’ emballer ce qui reste du matériel militaire. » « Notre estimation », a poursuivi le ministre, « c’est que pour fermer quelques caisses et les amener à la piste d’atterrissage, vingt homme devraient suffire amplement… Nous avons donc proposé d’octroyer vingt visas…. Personne n’est bloqué à Kindu, mais vu l’état des relations entre nos deux pays, nous nous étonnons de voir des Belges vouloir venir en aussi grand nombre… »
Autrement dit, la confiance ne règne pas. Les propos tenus ce week end par M. Corneille Nangaa, président de la Commission électorale indépendante ne sont pas, eux non plus, de nature à satisfaire les Belges : il a déclaré que le calendrier électoral sera publié après l’évaluation du processus par son institution et par le Conseil national de suivi de l’accord de la Saint Sylvestre. Un conseil qui n’est pas encore nommé tandis qua la loi organique devant l’instituer n’est pas encore votée. M. Nangaa a aussi précisé que le Congo n’irait pas aux élections sans les provinces du Kasaï qui sont aujourd’hui en proie à de graves désordres.
Si le climat entre Bruxelles et Kinshasa ne s’est pas réchauffé, les «mesures de rétorsion » souvent évoquées du côté congolais n’ont cependant pas encore été prises et, en particulier, la fréquence des vols de Brussels Airlines n’a pas été modifiée. l’inauguration de la nouvelle ambassade de Belgique, qui aurait du avoir lieu en mai dernier, devra encore attendre…

5 juillet 2017

KInshasa obtient, face à l’Europe, le soutien de l’Afrique

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La brève accalmie sur le plan politique n’allège pas les tensions sur le terrain…Représentée à Addis Abeba qui accueillait le sommet de l’Union africaine par son ministre des Affaires étrangères Léonard She Okitundu, la République démocratique du Congo a pu compter sur le soutien de ses pairs face à l’Europe. En effet, une résolution adoptée sans grands débats dénonce les sanctions « unilatérales et injustes » que l’Europe et les Etats Unis viennent d’infliger a une vingtaine de personnalités du Congo Kinshasa, comprenant entre autres le gel des avoirs et des interdictions de voyager en Europe et aux Etats Unis. « Des mesures arbitraires, n’étant fondées sur aucune réalité juridique, ne donnant pas aux personnes accusées la possibilité de se défendre » a martelé le ministre Okitundu. Le soutien obtenu par Kinshasa face aux « ingérences » de l’Europe et des Etats Unis augure mal du débat Union africaine Union Européenne qui aura lieu lors du prochain sommet prévu en novembre prochain à Abidjan.
Cependant, le soutien diplomatique ne suffit pas à masquer la réalité sur le terrain, de plus en plus tendue : alors qu’au Sud Kivu, la localité de Fizi est tombée aux mains des Mai Mai Yacoutoumba, des tirs à l’arme légère ont été entendus dans le centre des affaires de Kinshasa, du côté du rond point Forestcom et de l’avenue Lukusa. La police a affirmé qu’elle avait délogé de petits délinquants, les shegues qui s’attaquaient aux passants du côté du port fluvial. Ces coups de feu ont suscité une inquiétude d’autant plus vive que le quartier des affaires abrite des banques commerciales, des boutiques de luxe mais aussi le siège de l’Agence nationale de renseignements (ANR). De toutes manières l’insécurité a fortement augmenté depuis qu’à Kinshasa plus de 4000 détenus s’étaient évadés de la prison centrale de Makala le 17 mai dernier. C’est à travers tout le pays que l’on assiste à des fuites massives de détenus, ce qui ouvre la voie à toutes les suppositions.
S’exprimant lors d’un point de presse tenu à Bukavu, le Docteur Mukwege, médecin-chef de l’hôpital de Panzi a haussé le ton face au pouvoir : il s’est demandé qui était derrière les violences qui se multiplient à travers le pays et plus particulièrement au Kasaï où l’ONU a découvert plus de 40 charniers, au Nord Kivu où un nouveau mouvement rebelle, le RNM, vient d’apparaître, vraisemblablement soutenu par des « anciens » du M23, le mouvement tutsi vaincu par les forces gouvernementales voici trois ans. Dans un discours prononcé le 30 juin et diffusé sur les réseaux sociaux, le médecin avait aussi parlé des « fronts courbés » de ses compatriotes « unis par le sort », de leur souveraineté bafouée et il avait annoncé que toute tentative de balkanisation serait vouée à l’échec. Discours moral, discours d’un homme indigné par l’injustice, cette épître du docteur a touché nombre de ses compatriotes et plusieurs d’entre eux, en ordre dispersé et sans avoir obtenu l’assentiment du médecin lui-même, ont rédigé mémorandums et pétitions présentant le médecin de Panzi comme l’éventuel candidat d’une très hypothétique « troisième voie. » Ces documents mis en circulation expriment sans doute l’opinion des « fans « du Docteur, qui aimeraient voir leur héros prendre la tête d’une éventuelle transition, prélude à des élections apaisées. Ces positions répandues parmi les jeunes, n’ engagent jamais que leurs auteurs car elles sont formulées en dehors de tout cadre légal et sans avoir consulté le principal intéressé ! Le Dr Mukwege quant à lui répète qu’il n’a aucune ambition politique et qu’il entend se consacrer uniquement aux femmes du Kivu…Tout en gardant la liberté de s’exprimer comme simple citoyen…