5 juillet 2017

KInshasa obtient, face à l’Europe, le soutien de l’Afrique

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La brève accalmie sur le plan politique n’allège pas les tensions sur le terrain…Représentée à Addis Abeba qui accueillait le sommet de l’Union africaine par son ministre des Affaires étrangères Léonard She Okitundu, la République démocratique du Congo a pu compter sur le soutien de ses pairs face à l’Europe. En effet, une résolution adoptée sans grands débats dénonce les sanctions « unilatérales et injustes » que l’Europe et les Etats Unis viennent d’infliger a une vingtaine de personnalités du Congo Kinshasa, comprenant entre autres le gel des avoirs et des interdictions de voyager en Europe et aux Etats Unis. « Des mesures arbitraires, n’étant fondées sur aucune réalité juridique, ne donnant pas aux personnes accusées la possibilité de se défendre » a martelé le ministre Okitundu. Le soutien obtenu par Kinshasa face aux « ingérences » de l’Europe et des Etats Unis augure mal du débat Union africaine Union Européenne qui aura lieu lors du prochain sommet prévu en novembre prochain à Abidjan.
Cependant, le soutien diplomatique ne suffit pas à masquer la réalité sur le terrain, de plus en plus tendue : alors qu’au Sud Kivu, la localité de Fizi est tombée aux mains des Mai Mai Yacoutoumba, des tirs à l’arme légère ont été entendus dans le centre des affaires de Kinshasa, du côté du rond point Forestcom et de l’avenue Lukusa. La police a affirmé qu’elle avait délogé de petits délinquants, les shegues qui s’attaquaient aux passants du côté du port fluvial. Ces coups de feu ont suscité une inquiétude d’autant plus vive que le quartier des affaires abrite des banques commerciales, des boutiques de luxe mais aussi le siège de l’Agence nationale de renseignements (ANR). De toutes manières l’insécurité a fortement augmenté depuis qu’à Kinshasa plus de 4000 détenus s’étaient évadés de la prison centrale de Makala le 17 mai dernier. C’est à travers tout le pays que l’on assiste à des fuites massives de détenus, ce qui ouvre la voie à toutes les suppositions.
S’exprimant lors d’un point de presse tenu à Bukavu, le Docteur Mukwege, médecin-chef de l’hôpital de Panzi a haussé le ton face au pouvoir : il s’est demandé qui était derrière les violences qui se multiplient à travers le pays et plus particulièrement au Kasaï où l’ONU a découvert plus de 40 charniers, au Nord Kivu où un nouveau mouvement rebelle, le RNM, vient d’apparaître, vraisemblablement soutenu par des « anciens » du M23, le mouvement tutsi vaincu par les forces gouvernementales voici trois ans. Dans un discours prononcé le 30 juin et diffusé sur les réseaux sociaux, le médecin avait aussi parlé des « fronts courbés » de ses compatriotes « unis par le sort », de leur souveraineté bafouée et il avait annoncé que toute tentative de balkanisation serait vouée à l’échec. Discours moral, discours d’un homme indigné par l’injustice, cette épître du docteur a touché nombre de ses compatriotes et plusieurs d’entre eux, en ordre dispersé et sans avoir obtenu l’assentiment du médecin lui-même, ont rédigé mémorandums et pétitions présentant le médecin de Panzi comme l’éventuel candidat d’une très hypothétique « troisième voie. » Ces documents mis en circulation expriment sans doute l’opinion des « fans « du Docteur, qui aimeraient voir leur héros prendre la tête d’une éventuelle transition, prélude à des élections apaisées. Ces positions répandues parmi les jeunes, n’ engagent jamais que leurs auteurs car elles sont formulées en dehors de tout cadre légal et sans avoir consulté le principal intéressé ! Le Dr Mukwege quant à lui répète qu’il n’a aucune ambition politique et qu’il entend se consacrer uniquement aux femmes du Kivu…Tout en gardant la liberté de s’exprimer comme simple citoyen…