11 juillet 2017

Incertitudes sur les élections et Belges bloqués à Kindu

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Les autorités congolaises refusent désormais la coopération militaire belge. Par contre, le matériel dont celles-ci disposent encore semble les intéresser… On se rappelle que mi avril, réagissant à des propos critiques tenus par le Ministre des Affaires étrangères Didier Reynders au sujet du gouvernement Tshibala, Kinshasa décidait la suspension de la coopération militaire avec le Congo. Une coopération bien modeste en apparence, puisqu’elle se limitait à des tâches de formation de la 31e Brigade et à l’accueil d’étudiants congolais à l’Ecole royale militaire, mais appréciée tout de même parce que les unités formées par les instructeurs belges à Kindu étaient considérées comme les meilleurs éléments des forces armées gouvernementales.
A Kindu (Maniéma) douze militaires belges n’ont toujours pas quitté le camp Kasuku et leurs familles commencent à s’impatienter. Ils sont censés démonter les installations restées sur place et ils sont dans l’attente d’un C130 qui viendrait récupérer les hommes et leurs équipements. Mais pour des raisons techniques, (une histoire d’huile dans les C130, qui se solidifierait en vol et devrait être vidangée avant le départ…)le C130 de la Force aérienne est toujours bloqué à Brazzaville tandis qu’à Kindu, Belges et Congolais se disputent à propos du matériel demeurant sur place. Selon nos sources, il s’agirait de quelques vieux réfrigérateurs, qui resteront sans doute en Afrique, de quelques camions Unimog amortis depuis qu’ils ont entamé leur carrière en Somalie au début des années 90, de jeeps Iltis, des armes personnelles des militaires et d’un matériel de transmission qualifié de « sensible ».
C’est là que le bât blesse : alors que les Belges souhaitent rapatrier tout leur « matos » les Congolais aimeraient hériter de ces appareils sophistiqués. Il s’agît d’appareils radio susceptibles d’envoyer des messages cryptés, vers Kinshasa ou vers Bruxelles, des messages indéchiffrables. Dans le climat actuel entre Bruxelles et Kinshasa, marqué par le soupçon et la méfiance, les Congolais souhaiteraient récupérer ce matériel ou, au minimum, l’examiner de plus près. Les Belges pour leur part estiment qu’ils n’ont pas de raison de faire des cadeaux à leur sourcilleux partenaires et qu’en plus, embargo et licence d’ importation temporaire obligent, ils ne pourraient le faire, même s’ils le voulaient.
Aux yeux des Congolais, ce matériel de transmission revêt aussi une signification particulière. Rappelons qu’en 2013, lorsque l’armée congolaise avait réussi à mettre en échec des troupes du M23 (rebelles tutsis soutenus par le Rwanda) c’est entre autres grâce aux bataillons qui avaient été formés à Kindu par les Belges et qui furent déployés en première ligne. A cette époque, les FARDC (forces gouvernementales) étaient minées par les défections et les trahisons, leurs communications étaient interceptées et l’adversaire, informé de tout mouvement de troupes par des officiers qui travaillaient pour lui, pouvait sans difficulté aucune tendre des embuscades et mettre en échec des offensives qui auraient du être victorieuses. C’est pourquoi les instructeurs belges, opérant à distance, conseillèrent à leurs partenaires congolais d’abandonner leurs portables, de suspendre toutes les communications téléphoniques pour éviter tout risque d’interception, et de ne plus communiquer qu’avec des talkies walkies ou du matériel de transmission indétectable dans le camp d’en face. Cette précaution permit à l’offensive des FARDC de bousculer le M23 dont les troupes durent chercher refuge en Ouganda. Depuis lors, les artisans de cette victoire congolaise sont considérés comme des héros, surtout à titre posthume : le colonel Mamadou Ndala a trouvé la mort dans une embuscade sur la route de Beni quelques semaines après la victoire et nul n’a jamais cru que des causes naturelles aient pu être à l’origine du décès du général Lucien Bahuma…
Quant aux radios cryptées utilisées par les Belges, ce matériel a toujours été considéré comme de grande valeur et on peut comprendre qu’à l’heure du départ des formateurs belges leurs collègues congolais lorgnent sur cet héritage plus que symbolique….
La récente visite à Bruxelles du ministre congolais des Affaires étrangères She Okitundu n’ayant pas allégé le climat ni permis la levée des sanctions ciblées qui frappent une dizaine d’officiels congolais (refus de visa et gel des avoirs) des mesures de rétorsion sont appliquées du côté congolais où la méfiance demeure entière. C’est ainsi que le ministre de l’information et porte parole du gouvernement Lambert Mende nous a expliqué que « le Ministre belge de la Défense aurait souhaité obtenir une cinquantaine de visas pour des militaires devant se rendre à Kindu avec pour tâche d’ emballer ce qui reste du matériel militaire. » « Notre estimation », a poursuivi le ministre, « c’est que pour fermer quelques caisses et les amener à la piste d’atterrissage, vingt homme devraient suffire amplement… Nous avons donc proposé d’octroyer vingt visas…. Personne n’est bloqué à Kindu, mais vu l’état des relations entre nos deux pays, nous nous étonnons de voir des Belges vouloir venir en aussi grand nombre… »
Autrement dit, la confiance ne règne pas. Les propos tenus ce week end par M. Corneille Nangaa, président de la Commission électorale indépendante ne sont pas, eux non plus, de nature à satisfaire les Belges : il a déclaré que le calendrier électoral sera publié après l’évaluation du processus par son institution et par le Conseil national de suivi de l’accord de la Saint Sylvestre. Un conseil qui n’est pas encore nommé tandis qua la loi organique devant l’instituer n’est pas encore votée. M. Nangaa a aussi précisé que le Congo n’irait pas aux élections sans les provinces du Kasaï qui sont aujourd’hui en proie à de graves désordres.
Si le climat entre Bruxelles et Kinshasa ne s’est pas réchauffé, les «mesures de rétorsion » souvent évoquées du côté congolais n’ont cependant pas encore été prises et, en particulier, la fréquence des vols de Brussels Airlines n’a pas été modifiée. l’inauguration de la nouvelle ambassade de Belgique, qui aurait du avoir lieu en mai dernier, devra encore attendre…