21 juillet 2017

La valse des gouverneurs et des fusibles

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S’agît il de faire baisser la tension, de démontrer que, « quelque part » les aspirations des citoyens sont entendues ? Ou de relancer le jeu politique en tranchant quelques têtes ? La CENI (Commission électorale indépendante) a frappé un grand coup en publiant mardi le calendrier de l’élection des gouverneurs et vice gouverneurs de 11 des 26 provinces de la République démocratique du Congo.
La liste définitive des candidats sera publiée le 12 août prochain et après que les candidats aient fait campagne devant leurs Assemblées provinciales la publication des résultats définitifs devrait intervenir le 12 septembre prochain. Certaines provinces très en vue sont ainsi décapitées, dont l’Equateur, le Bas Uele, le Kasaï central, le Kwilu, la Tshopo et et surtout le Sud Kivu. Dans la plupart des cas les gouverneurs, élus au suffrage indirect, avaient été destitués par les élus des assemblées provinciales, mais dans le cas du Sud Kivu le gouverneur Marcellin Cishambo avait seulement fait l’objet d’une motion de défiance, sans avoir pour autant été destitué, et une pétition demandant sa mise à l’écart avait recueilli 30.000 signatures.
A Bukavu comme dans les autres capitales provinciales, les reproches adressés aux gouverneurs se ressemblaient : mauvaise gestion, absence d’investissements publics, retards dans le paiement des fonctionnaires. Au Sud Kivu, le gouverneur Cishambo, connu pour son franc parler, avait maintes fois souligné que si les fonctionnaires provinciaux accusaient des retard de paiement s’élevant à huit ou neuf mois, la faute en incombait d’abord au gouvernement central qui ne rétrocédait pas aux provinces les 40% des recettes engrangées et à ceux qui lui reprochaient de voyager trop souvent à Kinshasa il répondait qu’il répondait au convocations du chef de l’Etat…
En réalité, le malaise vient du fait que la constitution congolaise prévoit que toutes les recettes (douanières, minières foncières et autres) perçues par les 26 provinces doivent être envoyées à Kinshasa qui d’après la loi, devrait rétrocéder 40% de ces sommes aux entités provinciales. Mais on est loin du compte : budgétivore, la capitale garde l’essentiel des recettes pour ses propres besoins, institutionnels ou politiques et ne renvoie que des miettes, de manière irrégulière, la corruption et l’ « achat des consciences » faisant le reste… Cette situation avait, en son temps, provoqué les vives protestations de Moïse Katumbi : alors qu’il était gouverneur du Katanga il estimait que la province du cuivre, « vache à lait » du pays, était loin de recevoir ce qui lui était du afin de pouvoir assurer son propre développement. Au Sud Kivu, le gouverneur Cishambo, critiqué par ses administrés pour l’état des routes, ne cessait, lui aussi, de reporter la responsabilité sur Kinshasa et il se rendait régulièrement dans la capitale, non seulement pour rencontrer le président, mais aussi parce qu’il espérait ramener les moyens de payer le personnel provincial et tenter de faire baisser la tension.
Dans le contexte actuel, les gouverneurs de province sont aussi des fusibles que l’on fait sauter pour calmer l’opinion et masquer l’état inquiétant des finances du pays : les réserves de change ne s’élèvent plus qu’à 3,4 semaines d’importations, les prix ont augmenté de 36,4% depuis le début de l’année et le franc congolais, longtemps stabilisé à 900FC congolais pour un dollar pourrait frôler la barre des 2000 FC pour un dollar d’ici la fin de l’année. Ce qui entraînera une perte de 50% du pouvoir d’ achat en particulier pour les agents de l’Etat. Pour se dédouaner, les autorités évoquent la chute des cours des matières premières, le fait que 85% des recettes générées par l’exploitation des ressources naturelles n’entrent pas dans le budget de l’Etat, l’absence de programme avec le Fonds monétaire international qui pose des conditions politiques. Des excuses qui ne convainquent pas grand monde : à l’instar de l’ancien banquier Jean-Jacques Lumumba « « la descente aux enfers de l’économie s’explique d’abord par la situation politique instable que vit le pays : il y a rareté des devises pare qu’aucun investisseur ne veut ramener des devises au Congo pour exploiter ou développer ses affaires… »